WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Communication et contrôle de la trypanosomose animale africaine : étude de cas des interrelations entre les agro-éleveurs et leurs prestataires de services vétérinaires dans la province du Kénédougou (Burkina Faso).

( Télécharger le fichier original )
par Der DABIRE
Université de Ouagadougou, Département de Sociologie - Maîtrise en Sociologie 2005
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

5) Problématique

Bonne connaissance de la maladie de la Trypanosomose Animale Africaine (TAA) et usage des trypanocides indiqués par les éleveurs, vente illicite de ces médicaments, insuffisance des spécialistes de la santé animale, inapplication des textes réglementaires et régulateurs de la médecine vétérinaire en vigueur au Burkina caractérisent les pratiques quotidiennes de gestion de la TAA dans la province du Kénédougou. Formes courantes d'Automédication, elles ont été signalées par Denis OUEDRAOGO (2002), révélées par les enquêtes menées par le Projet BMZ 2 sur les connaissances, pratiques et attitudes des éleveurs (Résultats partiels, enquête CAP, 2003), décrites et analysées par DELIA Grace (2003) et rapportées par Wolf-Dieter Krueger (2004).

Cependant indiquent ces auteurs et l'ensemble des acteurs impliqués dans cette pratique, il y a un manque d'informations sur certains points critiques de l'utilisation des trypanocides à savoir : le dosage, la maîtrise de la technique d'injection, le diagnostic et l'attitude à adopter en cas d'échec du traitement. Il se manifeste alors un grand besoin d'informations chez les agro-éleveurs au point qu'il est impératif de savoir quelle est la place de la communication dans le contrôle de la TAA ? Et quelles sont les difficultés y afférentes ? Mais, de l'avis des agro-éleveurs et leurs fournisseurs de trypanocides, l'information et la communication occupe une place significative dans leurs pratiques trypanocides dans la mesure où la consommation des trypanocides est perçue comme un système d'échange. Toutefois, il ne s'agit pas seulement d'échange marchand de trypanocides et de soins contre la TAA mais aussi d'échange d'informations, de conseils et de connaissances. Déjà le mérite revient à Marcel Mauss d'avoir mis en relief la dimension symbolique de l'échange dans les sociétés humaines. Mais si pour Mauss, cette dimension symbolique est composée de relations sociales, pour Jean Baudrillard3(*), il s'agit d'information et de communication. En effet, cet auteur conçoit la consommation comme l'achat de signes destinés à rentrer en contact avec les autres au-delà de l'achat des biens et services pour satisfaire un besoin économique. Pour ce faire, il compare la consommation à un langage répondant à des codes transmis par la famille, la publicité et les media. Dans ce sens, il pense que l'achat d'un bien matériel (un vêtement, une voiture, etc.) permet à un individu de communiquer ses valeurs aux autres et de s'intégrer à l'intérieur d'un groupe. Ce qui fonde l'existence d'un système d'information et de communication pour le contrôle de la TAA chez les agro-éleveurs et leurs prestataires de services vétérinaires. Il est mis en oeuvre à travers une pluralité de stratégies et de canaux d'information dominée par la communication interpersonnelle par le biais du contact physique et de la parole. Du reste, c'est au contact d'un spécialiste quelconque de l'élevage lors de ses sorties de terrain, au service, en pharmacie ou en clinique que les agro-éleveurs acquièrent des informations et des connaissances sur la santé animale.

Ainsi, la communication renvoie donc à l'ensemble des activités, procédures et structures par lesquelles les agro-éleveurs et leurs prestataires de services s'échangent les informations sur la TAA. Appliquée à l'utilisation des trypanocides, la vente et les traitements constituent les principales activités de communication en tant qu'occasions privilégiées de rencontre, de contact et de dialogue entre agro-éleveurs et prestataires de services. Mais, si une majorité des agro-éleveurs n'ont pas accès aux professionnels de la santé animale, alors quelle est la conséquence sur la gestion de leurs interrelations ? De plus sur le terrain, un ensemble de procédures est mis en place tant du côté des agro-éleveurs que de celui des prestataires pour rendre effectif les transactions trypanocides. Mais, si les agro-éleveurs manifestent un grand désir d'informations de qualité sur la TAA, il est impératif de se demander quelles sont les possibilités de communication y relatives ? Les services publics d'élevage, les cabinets de soins privés et la rue représentent les structures de communication en tant que lieux et espaces de rencontre, de contact et de dialogue. Mais, lorsqu'elles sont insuffisantes et sous équipées dans le Kénédougou sud, quels sont les effets induits sur la communication ?

Enfin, l'utilisation des trypanocides se déroule dans un contexte qui suscite des interrogations d'épars et d'autres. Ainsi, comment les agro-éleveurs obtiennent les informations sur la TAA dans un contexte socio-économique et socioculturel marqué par la pratique de l'automédication, la pauvreté, l'analphabétisme, la persistance de la TAA, l'utilisation massive des trypanocides, la présence de la chimiorésistance et le développement de la culture attelée ? Et quels sont les effets induits sur la communication dans la mesure où l'action conjuguée de ces facteurs entraîne une rareté des contacts avec les professionnels de la santé animale et le recours massif aux non professionnels ? De même dans un contexte socio-économique, socioprofessionnel et institutionnel caractérisé par une concurrence déloyale entre les prestataires de services, l'inaccessibilité et l'indisponibilité des professionnels de la santé animale au profit des non professionnels, l'inapplication des textes et lois sur la pratique de la profession vétérinaire et la confusion des rôles, comment se déroule la prise en charge des nombreux besoins d'informations exprimés par les agro-éleveurs chez les prestataires ? Et quels sont les effets induits sur la communication dans la mesure où l'action simultanée de ces facteurs entraîne moins de contacts entre prestataires professionnels et éleveurs et plus de contacts entre ces derniers et les non professionnels ayant peu de «culture vétérinaire»4(*) à transmettre ?

Certes, le contexte ci-dessus dépeint a une influence sur la communication car il affecte les deux principes d'efficacité de la communication à savoir la quantité et la régularité des contacts d'une part et la qualité des messages émis ou reçus d'autre part.

Ce qui introduit des « biais»5(*)  dans la communication entre agro-éleveurs et leurs prestataires par la réduction des contacts et l'apparition de sources de blocage, de distorsion, de rétention, d'intoxication et de déformation des informations vétérinaires. C'est pourquoi, il convient de s'interroger sur leurs conditions de communication afin de découvrir les biais y afférents susceptibles de bloquer l'adoption de l'utilisation rationnelle des trypanocides comme stratégie de lutte contre la TAA.

D'où la question fondamentale est de savoir comment fonctionne le système de communication pour le contrôle de la TAA chez les agro-éleveurs de la province du Kénédougou et leurs prestataires de service vétérinaire?

Quels sont les canaux et stratégies de communication par lesquels ils s'échangent les informations sur la TAA? Et, quels sont les biais de communication y afférents ?

Quelles sont les logiques sociales qui sous- tendent leurs comportements face à l'information et la communication ? Quelle est l'ampleur de leur besoin en informations sur la TAA ?

* 3 (In La société de consommation, 1970)

* 4 (Ensemble des connaissances acquises dans le domaine de la médecine vétérinaire)

* 5 (Ecart par rapport à la réalité)

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maitre !"   Léonard de Vinci