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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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III - Dépôts et centres de triage pour civils allemands dans les Vosges.

Les camps d'internés civils se distinguent des cantonnements et des détachements de prisonniers de guerre et sont plus des espaces sociaux qui remplissent surtout une fonction globale de contrôle. Dans les zones d'opérations existent de nombreux dépôts de ressortissants de puissances ennemies338. Au milieu de 1915, le nombre des internés civils était de 21 000 dont 7 500 Allemands et 4 600 Austro-Hongrois339. Après le temps des évacuations massives, un dispositif de filtrage s'est mis en place dans l'est de la France. Ainsi, au fil de l'année 1915, la politique d'internement se rationalise, notamment avec l'intervention bénéfique des commissions de triage, la mise en oeuvre d'une typologie plus rigoureuse, le renforcement des prérogatives de l'Inspection générale des services administratifs (IGSA)340.

Le peuple des camps d'internement est composé en fait de civils ennemis susceptibles de saboter de l'intérieur l'effort de guerre français. On les classe en trois catégories : « dangereux, suspect, indésirable »341. Les civils n'ont pas réussi à quitter la France à temps, ils sont aussi des ressortissants de pays ennemis capturés en mer ou internés administrativement dans les territoires d'outre-mer. S'ajoutent à ces hommes suspectés de pouvoir constituer une cinquième colonne, un nombre considérable de femmes, d'enfants et de vieillards qui peuvent être classés dans une catégorie particulière située entre l'otage et l'interné. Beaucoup d'Allemands et Austro-Hongrois furent donc internés à partir de 1915, parfois après enquêtes, dans des dépôts répartis sur tout le territoire, les permis de séjour étant réservés à des cas spéciaux. Après l'accord d'échange du 13 janvier 1916, le nombre des internés tomba à moins de 10 000342.

Les Alsaciens-Lorrains repérés par les administrations civiles et militaires passent désormais généralement par les camps de triage à Bellevaux (Besançon), Blanzy (Saône-et-Loire), Fleuryen-Bière (Seine-et-Marne) et La Ferté-Macé (Orne). Ils sont ensuite séparés d'autres catégories : réfugiés français, ressortissants de puissances ennemies, prostituées. Après un séjour plus ou moins long, ils sont soit libérés, soit dirigés, en fonction de leur catégorie, vers l'un des trois types de dépôts existants : les dépôts libres, à destination de la catégorie n°2, c'est-à-dire ceux qui sont titulaires de la « carte tricolore » (Doubs, Ardèche), les dépôts surveillés, à destination de la catégorie n°1, à savoir ceux titulaires de la « carte blanche » (Vendée, Ardèche) et les dépôts de suspects, à destination de la catégorie S, sans carte spécifique343.

338 H. Mauran, op. cit., pp. 381-474.

339 R. Schor, op. cit., pp. 30-44.

340 H. Mauran, op. cit., p. 461.

341 Ibid.

342 J. Dupaquier, op. cit., pp. 60-70.

343 H. Mauran, op. cit., pp. 455-456.

Les dossiers d'individus alsaciens domiciliés dans les Vosges avant la guerre et évacués sur l'intérieur du pays dans l'intérêt général de l'armée sont nombreux, environ 80344. Ils passent généralement par le centre de triage de Besançon, comme Peter Diehlmann en 1916. Mais prisonnier de guerre, il est rapatrié à l'hôpital Saint-Maurice d'Epinal, pour son état de santé, où il était traité auparavant. C'est la Mission Catholique suisse en faveur des prisonniers de guerre qui a sollicité cette requête345. Les soeurs Amélie et Elisa Brini, Alsaciennes, sont évacuées de Thaon, où elles étaient infirmières à la Blanchisserie, pour Dijon. Certains sont dirigés directement vers les camps spéciaux de l'intérieur : en Haute-Marne, Haute-Loire, camps de Baccarat, Manche, Tatihou, Puy-de-Dôme, Doubs346.

Certains évacués alsaciens résidant précédemment dans le département demandent à revenir mais étaient assez mal vus en général. Ainsi Jean-Baptiste Genet et son épouse, évacués au Puy (Haute-Loire), ont été autorisés en 1916 à retourner à Golbey. L'état des laissez-passer accordés en 1915 fait état de 15 individus nantis, venus surtout de Thann. Plusieurs demandes pour se rendre dans les Vosges émanent d'autres évacués sans lien avec le département. Beaucoup demandent à être libérés et autorisés à aller dans les Vosges347.

Dans les Vosges on trouve des traces de quelques centres de dépôts ou de triage d'AustroAllemands ou d'Alsaciens-Lorrains.

Tout d'abord, le camp de Soulosse est évoqué comme un « centre d'évacuation » qui n'aurait fonctionné qu'au début de la mobilisation et sans le contrôle de l'autorité militaire348. C'est en fait un camp de concentration provisoire où des étrangers ont été réunis dès la mobilisation, avant d'être évacués dans l'intérieur par l'Autorité militaire. Les informations et la connaissance même des contemporains sur ce camp sont très réduites, comme en témoigne le ministre de l'Intérieur dans une correspondance de juillet 1917 : « Les officiers qui le dirigeaient ont reçu des affectations que j'ignore et je n'ai jamais pu obtenir le moindre renseignement sur les diverses directions assignées aux individus qui y avaient été rassemblés »349. Néanmoins, deux hommes sont signalés comme y ayant séjourné : Lorang Gaspard (1916, sujet allemand) y a été dirigé avant internement vers autre part et Mathieu Reiss (1917).

Le camp de Bulgnéville est un cas un peu similaire. Le ministre de l'Intérieur constate d'ailleurs le 14 janvier 1918 : « Il n'est pas possible de fournir des renseignements sur les personnes évacués qui sont passées par le camp de concentration de Bulgnéville au début de la

344 A.D.V., 4 M 496, op. cit.

345 A.D.V., 4 M 496, Ministère de l'Intérieur, 23/07/1917.

346 Ibid.

347 Ibid.

348 A.D.V., 4 M 496, op. cit., 23/07/1917.

349 A.D.V., 4 M 496, Ministère de l'Intérieur, 23/07/1917.

mobilisation. Le personnel exclusivement militaire qui assurait le service est actuellement dispersé et n'a laissé aucune documentation »350. Un certain Auguste Acker, Allemand, 15 ans et demi, aurait été évacué de Lunéville sur le camp de Bulgnéville en 1915. Mais il ne figure pas sur la liste des étrangers étant passé au camp de concentration de Bulgnéville, du 2 au 12 août 1914. Juliette Nunge et son enfant y auraient été également de passage en 1916, ainsi que Boech Joseph, 1915. Tous les étrangers passés à Bulgnéville à cette époque ont été dirigés sur Voisey (Haute-Marne) le 12 août 1914351.

Enfin, depuis 1915, la région du Syndicat et de Remiremont n'est plus une zone de combats et Remiremont, devenu quartier général de l'Armée des Vosges (VIIIe Armée), est un centre d'hébergement et de triage des prisonniers de guerre que la proximité de la frontière amène régulièrement352.

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