WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le traitement médiatique du crash du vol Rio Paris par TF1 et Globo

( Télécharger le fichier original )
par Fernanda Morozini Batista
Université Paris 2 Panthéon-Assas - Institut Français de Presse 2010
  

précédent sommaire suivant

III. La parole technique : l'imprécision des informations sur l'enquête

Un troisième point intéressant à remarquer dans cette analyse des techniques utilisées par le Jornal Nacional et le 20 Heures dans le but de créer un effet de réel face a l'ignorance de la réalité, est l'utilisation de connaissances techniques que le spectateur ne maitrise pas. Comme discuté auparavant, l'utilisation de ce recours sera encore plus utile dans le cadre du crash, dont l'enquête révèle des détails spécifiques tel que la compréhension du mode de fonctionnement des avions Airbus A330, des procédés de pilotage, du fonctionnement des boites noires, entre autres.

Le Jornal Nacional a été le premier à se prévaloir de la parole technique pour apporter des nouveaux éléments a l'enquête. L'émission du 3 juin 2009, le troisième jour qui a suivi l'accident, a présenté dans son générique et dans un reportage l'hypothèse d'une faille des ADIRUS, « unités de référence de données33 », présents en trois exemplaires dans les modèles d'avion Airbus A330. Selon l'émission, les ADIRUS seraient les pièces responsables de l'envoi d'informations telles qu'altitude, vitesse, direction et position de l'avion a l'ordinateur de bord. Si jamais une de ces trois pièces envoie des informations erronées, l'ordinateur risque de suivre des mauvaises informations. Cette explication est suivie d'images de deux autres accidents concernant des Airbus A330 également accusés d'avoir

33 « unidades de referência de dados »

présenté une faille des ADIRUS : l'avion de la compagnie aérienne QANTAS, le 7 octobre 2008 en Australie34 et l'avion de la compagnie aérienne TAM, le 21 mai 2009 au Brésil35.

Cette explication, chargée de connaissances très spécifiques, apporte au spectateur plus de questions que de réponses : comment se passe l'enregistrement de ces informations ? Pourquoi trois unités différentes ? Quelle est l'autonomie des pilotes face a l'ordinateur de bord ? Toutefois, mentionnée pendant quelques secondes entre la présentation d'images différentes, l'utilisation de la parole technique est censée donner au spectateur le sentiment de la maitrise du sujet.

Cette même utilisation de la parole technique au sujet de l'enquête a également été appliquée par le 20 Heures, qui a choisit de parler des sondes Pitot plutôt que des ADIRUS36. Dans l'émission du 4 juin 2009, le 20 Heures a repris des images d'un journal brésilien37 pour annoncer l'hypothèse de panne des ADIRUS, alors qu'aucune explication plus détaillé n'en a été donnée. Le lendemain, un témoin informe que l'avion aurait enregistré des informations de vitesses divergentes et finalement, le 6 juin, l'émission va présenter l'hypothèse d'un dysfonctionnement des capteurs de vitesse, ou sondes Pitot, mais toujours sans explication détaillée. L'hypothèse sur le givrage des sondes, qui est défendue jusqu'à aujourd'hui par des spécialistes, va être diffusée seulement le 9 juin 2009, plus d'une semaine après l'accident, dans un reportage qui utilise la parole technique de spécialistes et schémas 3D pour expliquer le fonctionnement des sondes, qui si elles sont gelées, peuvent « fausser les données ».

Dans le 20 heures également, l'explication sur le fonctionnement des sondes Pitot laisse subsister plus de questions que de réponses : pourquoi les sondes peuvent-elles geler ? Ne sont-elles pas conçues pour fonctionner avec une baisse de température ? Comment marche le système sondes Pitot + ADIRUS ? Aucune information sur ce sujet n'est donnée dans l'émission. La parole technique ici est également utilisée pour créer un sentiment de maitrise du sujet chez le spectateur, malgré le fait qu'elle ne soit pas efficace pour éclairer la vérité sur l'accident.

34 Plus d'informations sur http://avherald.com/h?article=40de5374/0009&opt=3328

35 Plus d'informations sur http://avherald.com/h?article=41bb988a

36 Une plus claire explication du fonctionnement des sondes et des ADIRUS peut être retrouvée a l'adresse suivante : http://www.securiteaerienne.com/node/138

37 Images du site internet www.estadao.com.br

Comme l'immédiateté et les arguments opposés, l'utilisation de la parole technique peut produire une information forte imprécise, ce qui nuit à sa crédibilité. Une fois de plus, nous nous apercevons que les techniques utilisées dans le but d'avoir de la crédibilité peuvent engendrer l'effet contraire ! Et ce fait est d'autant plus évident qu'il s'agit d'un sujet sur lequel les médias ne connaissent pas la réalité...

Nous reprendrons maintenant quelques techniques usuelles de construction de l'émission télévisée présentées dans l'analyse des résultats. Ces techniques, utilisées dans le but de renforcer le sentiment de maitrise de la réalité chez le spectateur, seront ici appelées de techniques de faux- semblant.

précédent sommaire suivant

Ledger Nano S - The secure hardware wallet