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Le traitement médiatique du crash du vol Rio Paris par TF1 et Globo

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par Fernanda Morozini Batista
Université Paris 2 Panthéon-Assas - Institut Français de Presse 2010
  

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4. Conclusion

Les questions de départ posées par ce mémoire concernaient la façon dont les médias gèrent l'opinion publique et le rôle du contexte culturel dans le traitement de l'information. Pour tenter d'y répondre, une analyse comparative du traitement médiatique d'un même événement dans deux contextes culturels différents a été réalisée.

Le sujet choisi a été le crash du vol AF447 d'Air France, en raison de son caractère symétrique au Brésil et en France. L'objectif a été de mettre en évidence le rôle du contexte culturel et des autres cadres d'influence possibles dans la gestion de l'opinion brésilienne et française par rapport à l'accident. Les hypothèses de départ considéraient le contexte culturel comme le plus grand facteur conditionnant le traitement de l'information.

Une restriction du corpus à un seul type de média s'est avérée nécessaire, étant donné les contraintes de temps pour la réalisation de ce travail. Les médias choisis ont été les journaux télévisés 20 heures de TF1 et Jornal Nacional de GLOBO.

L'analyse du corpus a montré plus de similitudes que de différences dans le traitement de l'information. De ce constat, deux hypothèses ont été dégagées : d'une part, que le format choisi, le journal télévisé, a contribué à rendre le traitement de l'information homogène, car il utilise des techniques standardisées de construction de l'émission ; d'autre part, que la spécificité du sujet, un accident dont la vérité est inconnue ou indicible, a aussi contribué à rendre le traitement de l'information homogène. Les journalistes se sont davantage appuyés sur les techniques utilisées afin d'obtenir la crédibilité du public et engendrer l'émotion.

La discussion a ainsi proposé de dégager les différences de traitement de l'information entre les deux journaux télévisés en analysant les techniques utilisées. La première partie s'est concentrée sur les techniques utilisées dans le but de créer de la crédibilité, dont la fausse réalité (techniques utilisées pour créer un effet de réel face a l'ignorance ou l'inadéquation de la réalité : l'immédiateté de l'information, l'utilisation d'arguments opposés, et de la parole technique) et le faux semblant (techniques utilisées dans le but de renforcer le sentiment de maitrise de la réalité chez le spectateur : le recours abusif au direct, a l'image et aux schémas 3D).

La deuxième partie s'est consacrée aux techniques utilisées dans le but de créer de l'émotion, dont la
création de la compassion (le traitement de la souffrance des proches et de la prise en charge des

proches des victimes par les autorités) et la création du suspense (le traitement du comptage des dépouilles retrouvées et de l'enquête).

L'analyse de la crédibilité a trouvé très peu de différences entre les deux journaux télévisés, les seules différences essentielles étant le fait que le 20 Heures a annoncé précipitamment la cause de l'accident comme étant la foudre, et que le Jornal Nacional a affirmé précipitamment que des débris du vol avaient été retrouvés. Ce constat nous montre que la recherche de la crédibilité a ainsi contribué à homogénéiser les informations diffusées par les deux journaux télévisés.

Une observation intéressante dégagée de l'analyse a été le fait que les techniques de fausse réalité, utilisées davantage dans le contexte particulier de l'événement choisi, ont présenté une contradiction notable dans les éléments fournis au fil des jours, ce qui a engendré une manque de clarté du discours ; les procédés appliqués dans le but de construire une image crédible aux yeux du spectateur ayant eu un effet contraire. Cela ne s'est pas produit sur les techniques de faux semblant, qui ont effectivement renforcé la crédibilité de l'information, n'étant pas soumises a une contradiction apparente.

L'analyse de l'émotion a trouvé également de la similitude entre les journaux télévisés dans la création du suspense, qui pendant la première semaine a été garanti par l'apport constant de nouveaux éléments a l'enquête, et pendant la deuxième semaine a été assuré par le comptage du nombre du corps retrouvés. Toutefois, une différence majeure a été repérée entre les moyens utilisés pour créer de la compassion : au Brésil la souffrance des proches a été plus explorée et a montré l'espoir de retrouver de survivants, tandis qu'en France la prise en charge des proches a été diffusée en priorité.

L'analyse du corpus visait à connaître les différences de traitement de l'information pour dégager les cadres d'influence qui sont à leur origine. Une différence importante concerne deux grandes conséquences de l'objectif de diffuser une information immédiate : le fait que TF1 a été imprudente en diffusant une fausse cause de l'accident (la foudre) et que GLOBO a été imprudente en faisant état des faux débris de l'avion. Ces différences nous ont permis de repérer comme cadres d'influence la confiance dans la « parole nationale », le cadre économique et le décalage horaire.

Deux autres différences majeures ont été repérées entre les moyens utilisés pour créer de la compassion : au Brésil la souffrance des proches, qui s'accrochaient à l'espoir de retrouver des survivants, a été plus exploitée, alors qu'en France cela a été la prise en charge des proches qui a assuré en plus grande partie l'expression de la compassion. Cette différence peut être expliquée à la

base par l'influence du cadre juridique (la loi française interdit aux médias de diffuser des informations sur les victimes ou de s'approcher des membres de leur famille, contrairement à la loi brésilienne). La discussion nous a cependant permis de repérer que le seul cadre juridique ne suffisait pas à expliquer ces différences. Le fait qu'au Brésil ait subsisté l'espoir de retrouver des survivants, contrairement à la France, est une trace notable de l'influence du contexte culturel, ainsi que le fait que la souffrance à la télévision est plus couramment exploitée au Brésil qu'en France et que la France ait une culture plus interventionniste que le Brésil.

L'influence du contexte culturel n'a ainsi concerné que la création de la compassion, et elle a été en cela renforcée par l'influence notable du cadre juridique. Ce constat s'oppose a l'hypothèse de départ qui considérait le contexte culturel comme le plus grand facteur conditionnant le traitement de l'information.

En conclusion, le contexte culturel a joué un rôle appréciable dans le traitement de l'information sur le crash, mais n'as pas été le seul facteur. D'autres cadres d'influence ont été repérés : confiance dans la parole nationale, cadre économique, juridique et décalage horaire, mais le facteur qui a influencé en plus grande partie l'information diffusée a été l'utilisation des techniques de construction de l'émission, qui ont par ailleurs contribué a l'homogénéisation de l'information.

En dépit du caractère apparemment très homogène du média utilisé (le journal télévisé), l'analyse a permis de mettre en valeur les fortes nuances des approches brésilienne et française.

Ce travail a permis de soulever le fait que l'utilisation des techniques standardisées par les médias peut façonner le traitement de l'information. Cette influence peut toutefois nuire à la crédibilité de l'information, pour des observateurs avertis.

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