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Le traitement médiatique du crash du vol Rio Paris par TF1 et Globo

( Télécharger le fichier original )
par Fernanda Morozini Batista
Université Paris 2 Panthéon-Assas - Institut Français de Presse 2010
  

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II. L'enquête

Compte tenu que la diffusion des informations sur le crash a commencé bien avant qu'il y ait des hypothèses concrètes et raisonnables sur la cause de l'accident, l'enquête a été construite d'une façon qui a engendré du suspense : de nouvelles informations étaient apportées chaque émission, quelquefois en contradiction avec les informations diffusées la veille, mais toujours en essayant de répondre à des questions en même temps qu'en lançant de nouvelles.

Les hypothèses diffusées par les deux journaux télévisés n'ont pas toujours été semblables, comme nous en avions vu dans la discussion sur l'immédiateté55. Pourtant, elles ont également produit du suspense.

Le Jornal Nacional a été le premier a lancer l'hypothèse d'une faille technique de l'avion. L'émission du 3 Juin 2009 a informé que l'avion aurait envoyé des messages automatiques avant sa chute (la première à 23h10 : « pilote automatique éteint » et la dernière quatre minutes plus tard : « cabine en vitesse verticale »), une faille des ADIRUS56 étant alors mentionnée comme l'hypothèse la plus acceptée par spécialistes.

Le 4 Juin, une nouvelle information est apportée a l'enquête : les ADIRUS auraient enregistré une vitesse horizontale trop haute par rapport à la vitesse pratiquée dans la zone de turbulences où se trouvait l'avion57. L'idée de possibles fissures qui apparaitraient sur les ailes de l'avion après de multiples heures de vol est également mentionnée. Ces nouveaux éléments apportés a l'enquête laissent le spectateur sans beaucoup de réponses : pourquoi l'avion aurait pris une vitesse trop haute ? Un avion peut-il voler avec des fissures constatées ?

Le 5 Juin, d'autres informations ont été rajoutées a l'enquête, dont le fait qu'une vitesse trop haute dans une zone de turbulences pourrait engendrer la désintégration de l'avion. Cette dernière information donne enfin au spectateur une hypothèse plus précise : l'avion aurait pris une vitesse trop haute pour une zone de turbulence, ce qui aurait causé la désintégration de l'appareil.

55 Page 30

56 Une information plus détaillé est donné page 30

57 Cette information est par ailleurs retirée du website du journal Le Monde. « Selon LeMonde.fr, l'avion ne volait pas à une vitesse adéquate à la zone de turbulences » (« Segundo LeMonde.fr, o avião não voava com velocidade adequada na área de turbulência »)

Cependant, d'autres questions sont lancées : les avions ne sont pas faits pour tenir à de grandes vitesses ? Les fissures auraient contribué à la désintégration ?

L'émission du samedi (6 Juin) a réalisé un récapitulatif des nouvelles les plus importantes de la semaine (usage du Jornal Nacional). Un grand reportage sur l'enquête, nommé « Ce qui nous est connu jusqu'à présent et ce qui nous reste découvrir 58~ a présenté l'idée d'une « perte catastrophique des systèmes électriques 59», débutant par un nouvel élément apporté à l'enquête : les senseurs qui mesurent la vitesse auraient pu être givrés ou obstrués. Le reportage a ensuite expliqué l'enchaînement de problèmes que l'avion aurait subi : les senseurs qui mesurent la vitesse de l'avion auraient été givrés ou obstrués, ce qui aurait entrainé des informations de vitesse incohérentes et par conséquent l'arrêt du pilote automatique. L'avion aurait alors pris une vitesse trop excessive pour la zone de turbulences où il se trouvait, et explosé. Cette explication, bien que plus concrète que les antérieures, demeure imprécise, et relance des questions : les sondes ne sontelles pas construites pour résister au givre ? Pourquoi l'avion a-t-il pris une vitesse trop excessive ?

Cet ajout constant de nouveaux éléments a l'enquête attire et augmente l'intérêt du spectateur, qui s'attend chaque jour a connaître la vérité sur l'accident même si celle-ci demeure inconnue par les médias. Cet effet « feuilleton » de l'enquête a également été perçu au 20 Heures.

Au 20 Heures, la diffusion d'hypothèses concernant des failles techniques a débuté le mercredi 3 Juin, un jour plus tard qu'au Jornal Nacional. Le générique a mentionné que les messages automatiques envoyés par l'avion constataient une « panne du système » : déconnexion du pilote automatique, panne de L'ADIRU (décrit comme étant le « capteur de position horizontale ») et de L'ISIS (« capteur vitesse et altitude »), puis panne de l'ordinateur central et auxiliaire. Ainsi qu'au Jornal Nacional, ces informations des failles techniques ont apporté davantage de questions que de réponses.

Le 5 Juin, une interview en studio avec un spécialiste est venue apporter un élément de plus à l'enquête : des mesures de vitesses divergentes auraient été enregistrées par les dispositifs de l'avion (celle des enregistreurs et celle transmise aux pilotes sur l'écran). Cette information, qui n'est par ailleurs pas donnée par le Jornal Nacional, laisse également le spectateur sans une idée concrète de la cause de l'accident.

58 « O que ja se sabe até agora e o que ainda falta descobrir »

59 « perda catastrofica dos sistemas elétricos »

Le samedi 6 Juin, aucune information n'est donnée en plus du fait que le directeur du BEA avait affirmé n'avoir que « la pointe de l'iceberg pour l'instant »60. A la fin de la première semaine qui a suivi l'accident, le spectateur français a reçu une information moins complète que le brésilien.

Images des schémas 3D diffusés par GLOBO et TF1 au sujet de l'enquête

Cette analyse des hypothèses diffusées par le Jornal Nacional et par le 20 Heures nous montre que, chaque soir, les spectateurs recevaient plus d'éléments sur l'enquête qui suscitaient chez eux encore plus de questions. Si des différences subtiles de traitement de l'information peuvent être retrouvées au sujet de l'enquête, les deux journaux télévisés ont également utilisé le suspense pour attirer et grandir l'intérêt du spectateur, qui est demeuré dans l'ignorance de la vérité sur le sujet.

Pendant la première semaine qui a suivi l'accident, le suspense a été garanti par l'apport constant de nouveaux éléments a l'enquête, tandis que pendant la deuxième semaine, cela a été surtout le comptage du nombre du corps retrouvés qui l'a assuré. Les choix rédactionnels et le traitement de l'information ont été ainsi similaires entre les deux journaux télévisés, produisant l'effet d'un « événement feuilleton ».

Les plus grandes différences retrouvées dans la discussion de la recherche de l'émotion par le Jornal Nacional et le 20 Heures concernent les mouvements de création de la compassion : au Brésil la souffrance des proches a été plus explorée et a montré l'espoir de retrouver de survivants, tandis qu'en France la prise en charge des proches a été priorisé. Ici uniquement nous avons trouvé des

60 Différemment du Jornal Nacional, l'émission du samedi du 20 Heures ne donne pas le résumé des informations les plus importantes de la semaine

influences considérables du contexte culturel sur le traitement de l'information, en plus de l'influence du cadre juridique.

La recherche de l'émotion a ainsi moins contribué a l'homogénéisation de l'information diffusée sur le crash que la recherche de la crédibilité. Si les recours utilisés pour capter l'émotion du public ont été semblables, le choix des reportages a présenté des différences significatives.

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