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Les comportements sexuels et reproductifs des femmes vivant sous antirétroviraux au Cameroun

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par Moustapha Mohammed Nsangou Mbouemboue
Université Yaoundé I - Master en sociologie 2010
  

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I.3.Après le décès d'un conjoint ou d'un enfant

Le décès d'un conjoint, d'un nouveau né ou d'un mort né peuvent conduire une femme à faire des examens pour « avoir le coeur net98(*) ». Sur les 26 femmes interrogées, 6 veuves sur les 7 de notre échantillon ont affirmé avoir découvert leur statut sérologique à la suite du décès de leurs conjoints qui sont morts de suite de longue maladie ou qui présentaient des symptômes de SIDA au cours de leurs maladies. C'est ce qu'atteste Maman Coco, 48 ans, veuve et mère de 5 enfants en ces termes :

 Après le décès de mon mari et comme il est resté longtemps malade, on m'a lavée au village pour chasser la mort ; ce qui est un rite de veuvage dans notre coutume. J'ai commencé à avoir une santé très fragile quelques temps après sa mort. Malgré les remèdes traditionnels que je prenais, je faiblissais et je maigrissais à vue d'oeil. On a parlé de sorcellerie et d'autres disaient que c'est ma belle mère qui m'en voulait d'avoir tué son fils pour rester avec ses biens et que c'est la raison pour laquelle elle voulait finir avec moi. Après les conseils d'une de mes belles soeurs complice qui avait assez fréquenté et que dans un film j'avais vu un cas similaire. C'est alors que je suis allée à l'hôpital faire mon test et que le médecin m'a informée que j'étais porteuse du VIH/SIDA et que je faisais la maladie. Apres un examen bilan, il m'a immédiatement mise sous ARV.99(*) 

Le cas de cette femme n'est qu'un cas parmi tant d'autres car plusieurs d'entre elles se sont retrouvées dans des situations similaires. Pour madame Judith Sim, veuve et épouse d'un feu militaire, lorsque le médecin de la garnison militaire a découvert la séropositivité de son mari qui n'a pas pu être sauvé à cause du retard dans la découverte, il a immédiatement demandé à la conjointe de faire son test. Test qui a révélé le statut positif de celle-ci, un examen de taux de CD4 a permis de placer celle-ci sous TAR.

Cette situation montre que plusieurs Camerounais(es) font leur test par intermédiaire de leur partenaire. C'est-à-dire que c'est à travers le statut sérologique du partenaire ou du conjoint qu'ils/elles découvrent le leur.

Ainsi, « en Afrique, très peu de personnes savent qu'elles sont infectées par le VIH/SIDA. »100(*). Car, lorsqu'elles sont bien portantes ou ne portent aucun symptôme, l'idée de cette maladie ne les passe pas dans la tête. Elles ne peuvent pas s'imaginer malades. En Afrique noire, un individu se sent malade lorsqu'il est couché ou lorsqu'il maigrit. Le maintien du poids normal est signe du parfait état de santé physique de l'individu.

Une autre catégorie de femme a découvert sa sérologie à la suite d'un ou des décès de leurs enfants. C'est le cas de Mlle Eléonore Samba, 27 ans, rencontrée au CTA de l'HMY qui nous a répondu en coulant les larmes qu'elle a découvert sa séropositivité après le décès de son petit bébé garçon. Alors qu'elle avait tellement désiré un enfant garçon car ses 2 premiers enfants sont des filles. Selon elle :

A la naissance, mon enfant n'avait aucun problème. C'est à partir de 7 mois qu'il a commencé à être très maladif. Comme j'habite dans un foyer polygamique, j'ai cru que c'était la coépouse de ma mère qui était à l'origine parce que chez nous il n'y a pas de garçon. J'assimilais sa maladie à une sorcellerie. C'est lorsqu'il a fait une dernière crise d'anémie qui l'a emporté qu'à l'hôpital, le médecin m'a révélé qu'il était séropositif, puisqu'il est mort quelques heures après sa prise de sang pour le test de dépistage. Je n'en revenais pas. Il m'a aussi prescrit un test qui s'est avéré positif. Donc il avait été contaminé par moi. Je ne sais à quelle période puisque lors de mes consultations prénatales j'étais séronégatif.101(*)

Ainsi, « une mère qui perd son enfant à cause du SIDA, ne sait généralement pas que son enfant était infecté et qu'elle risque d'avoir à nouveau un enfant infecté en étant de nouveau enceinte »102(*) puisque, Eléonore Samba est de nouveau enceinte alors que ça ne faisait que 5 mois qu'elle avait perdu son enfant.

D'autres catégories de femmes découvrent leur statut sérologique suite à un dépistage volontaire pour des fins de mariage, pour un voyage à l'étranger, pour un don de sang, pour un recrutement dans un emploi ou tout simplement par curiosité.

* 98 Extrait de propos d'une enquêtée.

* 99 Entretien, septembre 2009.

* 100 A. DESGREES DU LOU, op. cit.

* 101 Entretien, octobre 2009.

* 102 A. DESGREES DU LOU, ibid.

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry