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L'identité cosmopolitique. Etude de cas: citoyens du monde

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par Sebastian Peàa Marin
Université de Poitiers - Master I Conception de projets en coopération pour le développement 2010
  

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Avant Propos

Il y a tout juste quelques jours, en regardant le journal d'Arte TV, j'ai pris connaissance de la mort de l'exceptionnelle artiste Louise Bourgeois. Née à Paris en 1911, elle épouse un historien d'art américain et émigre au Etats-Unis en 1938 où elle prend la nationalité états-unienne. Elle est morte à l'âge de quatre vingt dix-huit ans, elle a vécu plus de soixante dix ans en dehors de son pays d'origine. Le reportage qui présentait une rétrospective générale de sa vie et de son oeuvre, se termine par la phrase « cette grande artiste française nous a quitté »1. Inévitablement la dernière affirmation « artiste française » m'interpelle. Peut-être Louise Bourgeois se disait et se sentait-elle profondément française, ou peut-être pas ou peut-être en partie ou peut-être à moitié. En tout cas, et malgré le fait que ce reportage était diffusé par Arte tv, les journalistes ne se sont pas trop posé la question : elle était née en France, donc française, elle l'était donc restée toute sa vie.

« Pasaporte » « República de Chile », voilà ce qui est marqué sur la couverture du document que je porte. Ce document, tellement précieux spécialement quand on se trouve à l'étranger (notion d'« être à étranger » discutable d'ailleurs), ne montre pas uniquement d'où je viens mais aussi à ce dont je suis censé appartenir en tant que citoyen, unilatéralement bien sûr. Toutefois, aujourd'hui, j'accumule quasi 10 années en dehors de mon pays d'origine, soit presque un tiers de ma vie. J'espère, très sincèrement et sans aucune animosité envers mes respectables compatriotes, que si je meurs à l'âge de 98 ans, le jour de mes funérailles on ne me traitera pas encore de chilien !.

Or, pour la pensée nationale, pour ne pas dire nationaliste, des allégations de ce genre constituent une espèce de reniement de l'origine, et pour mes compatriotes, pire encore, il s'agirait d'une sorte trahison. Afin de ne pas froisser les susceptibilités patriotiques, je dois m'expliquer à chaque fois: je n'ai aucun problème avec le Chili, et pourtant, des raisons, j'en ai. Son actualité m'intéresse toujours, je suis content quand j'y vais et je m'y sens à l'aise. Je suis tout à fait conscient de mon origine et de la manière dont elle a façonné ma façon de comprendre le monde : mon héritage culturel ainsi que mon rapport à l'absolu en découle. Cependant, mon expérience migratoire m'a apporté

1 JT Arte TV du Lundi 31 mai 2010

des nouveaux éléments (culturels, identitaires, psychologiques, etc) que j'ai intégrés au fur et à mesure et j'ai le sentiment qu'ils ne doivent être, en aucun cas, pensés comme concurrents ou antagoniques à ceux de mon origine. En effet, j'aime bien le camembert avec du vin rouge, on m'a déjà surpris avec Claude François dans mon MP3 et j'aime beaucoup Joe Dassin, je n'ai pas encore vu « La cité de la peur », mais je peux chanter la Marseillaise par coeur bien que je ne le fasse jamais, et je parle, j'écris et je pense en français. Et même si je continue à croire que tremper sa tartine dans le café c'est dégueulasse, cela ne me fait pas pour autant ni plus ni moins français, loin de là. J'ironise car ce n'est pas une question d'être plus français et moins chilien ou inversement, il s'agit des bouleversements de l'appartenance et de l'identité qui ne peuvent plus être pensée dans les catégories rationnelles du national.

Grace aux interactions relationnelles et sociales que j'ai pu établir au fil des années, je me suis aperçu que ce ressenti et ces questionnements affleurent aléatoirement chez des gens ayant eu une expérience migratoire et multiculturelle importante. J'ai donc réalisé qu'il ne s'agissait pas d'un dérapage identitaire dû à une expérience personnelle, mais que c'était un sentiment partagé, qu'il s'agissait de toute évidence d'un phénomène social qui, de plus, n'a rien de nouveau. Des constatations et des réflexions de ce genre m'ont poussé à faire une recherche sur ce sujet : Qu'est ce que l'appartenance nationale ? Quelles sont les enjeux de l'identité nationale dans un contexte de migration?

Aussi, il existe une dimension personnelle forte dans ce projet de recherche car il répond à des questionnements personnels qui s'insèrent directement dans mon expérience empirique en tant qu'immigrant (Espagne puis France), et en tant qu'acteur d'une expérience multiculturelle. J'ai pu ainsi éprouver les enjeux liés aux mouvements migratoires transnationaux, tel que les questions d'ordre identitaire, émotionnel, linguistique, psychologique, financier, administratif et logistique ainsi que le caractère controversé des relations interethniques. Cette expérience en plus des éléments de réflexion recueillis de façon informelle ont représenté une source indispensable afin d'éclairer et de fixer des pistes pour cette étude.

Enfin, vous noterez peut-être un ton direct et irrévérencieux dans ce travail. Mon intention n'est évidement pas de déranger qui ce soit, mais plutôt d'imprégner ce mémoire d'une consistance humaine, quelque chose de vivant sans pour autant que

l'objectivité qui conditionne tout propos scientifique se voit compromise. Je pense que rigueur ne rime pas forcement avec austérité.

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