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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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I-1.1 la naissance avortée des Carbonari et les prémisses du mouvement libéral en Italie 

Le mouvement libéral italien est intiment lié à la lutte pour l'indépendance nationale du pays. Lutte qui naît précocement sous l'Empire sous l'impulsion de la société naissante des Carbonari, et inquiétant déjà Napoléon73(*). Une figure importante, peut-être à l'origine des premières Ventes74(*) carbonari, est à cette époque celle du français Pierre-Joseph Briot, sur laquelle nous reviendrons plus en détail. Député au conseil des Cinq-Cents (1798), il demandait déjà la déchéance des rois de Sardaigne et de Naples. Multipliant sa propagande pour l'indépendance italienne, Napoléon l'envoie à l'île d'Elbe en l'an IX ! On le retrouve cependant en Italie, dans les Abruzzes et en Calabre de 1806 à 1809. A cette même époque se développent dans ces mêmes provinces les premières Ventes carbonari italiennes qui regroupaient à l'origine tous les proscrits de l'Empire, royalistes ou républicains.

Comme le note Serge Hutin75(*), les Carbonari ont fait beaucoup parler d'eux au siècle dernier, et de nombreux romans les ont mis en scène, prêtant souvent à leurs motivations, de même qu'à celles pourtant différentes des Francs-maçons, les pires desseins76(*). Cependant, bien que disposant déjà en 1813 de nombreuse Ventes, notamment dans le royaume de Naples, leur action est vite étouffée au retour en cette même année de Joachim Murat77(*). Ce dernier qui avait épousé Caroline Bonaparte, roi du royaume de Naples de 1808 à 1815, s'inquiète à juste titre de l'extension de cette société secrète au sein de l'armée et de la jeunesse, et décide, sous le conseil du général Manhes, la fermeture de leurs Ventes le 6 novembre 1813. Les Carbonari sous l'Empire ne commencèrent donc qu'à s'organiser clandestinement, ne pouvant s'exprimer légalement. Cependant, ce même Murat tentera de s'appuyer sur les Carbonari pour reconquérir son trône perdu suite à la chute de l'Empire en juin 1815. L'épisode fut trop bref et infructueux pour qu'on s'y attarde.

Murat fusillé le 13 octobre 1815, l'Autriche suite au Congrès de Vienne reprend donc le contrôle de la péninsule italienne. Le pays se trouve alors partagé entre souverains interposés, en huit Etats. Le royaume de Naples, objet de toutes les convoitises, devient augmenté de la Sicile, le Royaume uni des Deux Siciles placé entre les mains du roi Ferdinand Ier (Habsbourg), ex-roi Ferdinand IV de Naples et III de Sicile... Passé ces partages sommes tout assez compliqués entre souverains autrichiens, la nouvelle Italie « autrichienne » ne peut satisfaire la population privée à nouveau de son identité.

La Restauration inaugure en effet en Italie le retour à une législation tatillonne, avec une remise en vigueur des droits de douanes d'Etat à Etat altérant considérablement les échanges commerciaux. Le mécontentement ne tarde pas. Une bourgeoisie agacée par ces nouvelles lois qui servent plus le Royaume que leurs affaires n'hésite pas à exprimer son mécontentement et parfois même à regretter le temps de l'Empire. Nous abordons là une épisode décisif de l'histoire italienne, traditionnellement nommé Risorgimento (réveil). Unité nationale, libertés constitutionnelles et indépendance sont les trois objectifs de ce premier mouvement libéral et national italien. Tirant son influence de la Révolution française et du temps de l'Empire, le Risorgimento ne sera jamais un mouvement de masse78(*). Il est porté à l'origine par un mouvement d'intellectuels, souvent nostalgiques de l'antique grandeur italienne alors mise en scène par les écrivains (Léopardi, Manzoni), les compositeurs (Rossini, Verdi), et qu'entretiennent pieusement les historiens (la Deputazione di storia patria sera créée à Turin en 1842). Ainsi comme le note Tacel, « des militaires aigris provenant de la Grande Armée, des fonctionnaires ou des collaborateurs de l'administration napoléonienne, des fils de famille désoeuvrés, intoxiqués de romantisme, des aventuriers généreux ou avides, lui fournissent des états-majors sinon des effectifs ; ils seront rejoints, et en partie relayés par des hommes d'affaires, des propriétaires capitalistes, qui donneront au Risorgimento une démarche plus réfléchie »79(*). Notons au passage une composition sociologique hétérogène que l'on retrouvera sous les mêmes formes au sein des conjurés français du 19 août 1820... Mais cette troisième forme du Risorgimento, qui suivra le mazzinisme propagé par le mouvement Jeune Italie dans les années 1830, ne s'affirmera que vers 1840.

Revenons aux années 1815-1820. Le premier élément actif du « réveil » italien est le carbonarisme. Le phénomène ne cesse de se développer secrètement dans l'Italie de 1815, Carbonari et Francs-Maçons étant alors indistinctement poursuivis. Lambert évoque d'ailleurs l'existence possible à cette époque de relations entre les deux corporations80(*)... Bref, les Carbonari s'implantent surtout dans l'ancien Royaume de Naples. Très vite, la répression s'organise contre le mouvement sous l'égide du ministre de la police Canosa. Une société secrète de répression des Carbonari, dite des « Calderari » (chaudronniers) se charge de réduire au silence les Carbonari. Cette société anti-carbonari devenant rapidement un groupe terroriste incontrôlable, sera plus tard en 1816 supprimé par décret royal de Ferdinand Ier. Ainsi, dés 1815, ce mouvement secret d'opposition au sein duquel « ecclésiastiques, noblesse et riches propriétaires se montrèrent les plus ardents à propager les doctrines libérales, et se classèrent indifféremment parmi les Carbonari et les Maçons, en occupèrent les dignités et parvinrent à habilement à en diriger les esprits »81(*) est sévèrement réprimé.

La constitution d'un mouvement unitaire , déjà rendu difficile par la division politique du pays et l'éclatement de sociétés secrètes (Carbonari, Adelfi, Guelfi...82(*)) marquées par les particularismes régionaux, ne semble donc pas encore possible dans ces années 1815-1816. Entre 1817 et 1820, les Carbonari s'étendent de manière maximale, dans le Royaume des Deux-Siciles, dans le Piémont à partir de 1818 où ils disposent de contacts avec l'Adelfi, ainsi que dans les Etats pontificaux. Le pape Pie VII condamnera d'ailleurs la « secte » des Carbonari le 13 septembre 1821, condamnation renouvelée par la suite par le pape Léon XII, le 13 mars 1826, accusant la société secrète d'être à l'origine des difficultés de l'Eglise. Afin de comprendre les craintes qu'elle pouvait susciter, il convient d'en venir brièvement à sa composition et à ses motivations. Regroupant de nombreux militaire, des représentants de l'aristocratie, de la bourgeoisie et de la jeunesse étudiante, ses membres n'étaient pas athées, ce qui pouvait déranger le clergé. Ils luttaient selon l'objectif commun de chasser les Autrichiens. C'était peut-être d'ailleurs le seul objectif politique clair et commun que s'assignaient les Carbonari, rejoignant ainsi le grand élan libéral européen du début des Restaurations. Abordons à présent la question de leurs origines.

* 73 Nous nous basons sur la rétrospective effectuée par Lambert dans son chapitre (III) consacré aux Carbonari, P-A Lambert, La Charbonnerie française (1821-1823), op.cit, p .49 à 60. On se reportera aussi à l'article de Daniel Ligou sur la Charbonnerie, in Daniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987, p. 216.

* 74 Une « Vente » désigne chez les Carbonari à la fois une section où les membres se réunissaient et la réunion même. L'organisation est empruntée aux Francs-Maçons qui se réunissent au sein de loges et plus encore au fonctionnement des Bons Cousins charbonniers (cf., Lambert, op.cit, chapitre II, p.39) sûrement à l'origine des Carbonari... Pour une présentation synthétique de l'organisation franc-maçonne, on consultera l'ouvrage de l'initié Jack Chaboud, Les Francs-Maçons, ces bâtisseurs du Temple intérieur, Aubéron, Bordeaux, 1997, 219p.

* 75 Serge Hutin, Les sociétés secrètes, collection Que sais-je ?, PUF, 127p. ; cf. chapitre IV, p.96.

* 76 Parmi les plus célèbres brûlots de la « littérature » professant l'existence d'un complot « maléfique » des sociétés secrètes, citons l'abbé Augustin de Barruel et ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, cinq tomes, Vouillé, Diffusion de la pensée française, 2 volumes, 1973. On se reportera aussi à l'analyse de Girardet du mythe du complot, in Raoul Girardet, op.cit, p32 ( chapitre sur le mythe de la Conspiration). Girardet rapporte quelques propos de M.Barruel  éclaircissant la paranoïa qu'il tenta de répandre: « Dans cette révolution française, tout, jusqu'à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué : tout a été l'effet de la plus profonde scélératesse, puisque tout a été préparé, amené par des hommes qui avaient seuls le fil des conspirations longtemps ourdies dans des sociétés secrètes, et qui ont su choisir et hâter les mouvements propices aux complots .». Barruel cité par Girardet, op.cit, p.33.

* 77 Joachim Murat (1767-1815) : maréchal de France, roi de Naples. Fils d'un aubergiste, il aide l'empereur durant la campagne d'Italie, gagnant ainsi la main de Caroline Bonaparte dite Marie-Annonciade (1782-1839). Maréchal (1804), prince d'Empire (1805), il devient grand duc de Clèves (1806-1808) puis roi de Naples (1808-1815). Il abandonne Napoléon en 1814 pour rejoindre le camp autrichien. Le congrès de Vienne lui ôte cependant ses Etats et il tente alors un temps de les reconquérir en soutenant les Carbonari qu'il avait auparavant écrasés...Echec de sa tentative, Murat est fusillé par les Autrichiens le 13 octobre 1815.

* 78 Max Tacel, Restaurations, Révolutions, Nationalités, op.cit, p.144.

* 79 Max Tacel, ibid, p.144.

* 80 P-A Lambert, op.cit, p.51.

* 81 Saint-Edme (Bourg Edme Théodore, dit), Constitution et organisation des Carbonari ou documents exacts sur tout ce qui concerne l'existence, l'origine et le but de cette société, Paris, Corby, 1821, 216p. ; cité par P-A Lambert, ibid., p.51.

* 82 On trouvera une présentation des sociétés des « Adelfi» et « Guelfi » dans la thèse de Lambert, Les Sociétés secrètes..., op.cit.

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