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L'insécurité alimentaire dans la région du Nord au Cameroun: représentations sociales, stratégies de lutte et enjeux

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par Alain Christian ESSIMI BILOA
Université de Yaoundé I - Master en sociologie 2010
  

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I- LES DÉFAILLANCES DES POLITIQUES AGRICOLES

La politique éconmique au Cameroun depuis son indépendance en 1960 a toujours accordé une place particulière au secteur agricole. C'est ainsi que Amadou AHIDJO déclarait à l'ouverture du Comice agropastoral de Buéa en 1973 que « Avant l'or noir, il y avait l'or vert, et après l'or noir, il y aura l'or vert »24. Les autorités camerounaises se sont depuis rendues à l'évidence que la voie du développement économique passe par le développement de l'agriculture. Ceci parce que cette activité a toujours été la principale en milieu rural, « milieu qui reste le plus concerné par le faible niveau des revenus ainsi que la précarité des conditions de vie »25. Ainsi, toute politique d'améliorartion des conditions de vie des populations passerait par l'augmentation de la production agricole.

De 1960 jusqu'au milieu des années 1980, l'économie camerounaise est passée par une phase de planification caractérisée par l'application de plans quinquénaux. Au final, six plans quinquénaux ont été mis en ceuvre. Cinq ont été exécutés entièrement et le sixième fut interrompu par la crise économique des années 1980. Dans chacun de ces plans quinquénaux, l'agriculture ressort comme un des principaux élémemts sur lequel devait se baser le développement économique. Les objectifs de ces plans seront donc logiquement centrés sur le secteur agricole ainsi que les stratégies de développement rural. Le deuxième plan quinquénal

24 L'or vert c'est l'agriculture et l'or noir c'est le pétrole.

25 Hervé BELLA, Agriculture et croissance économique au Cameroun, ISSEA, juin 2009, p.13.

(1966-1971) a même été baptisé « Plan du paysan ». Globalement, les buts visés par les quatre premiers plans quinquénaux sont sensiblement les mêmes et peuvent se résumer par :

- l'augmentation de la production agricole tant vivrière qu'industrielle ;

- l'amélioration de la productivité dans le secteur agricole ;

- l'amélioration des revenus du monde rural ;

- le développement des structures de transformation locale.

C'est ainsi que durant cette période des plans quinquénaux, l'Etat est fortement impliqué dans l~élaboration et la mise en ceuvre de la politique agricole.

« Il est présent dans les différentes phases de l'exécution de celle-ci. Il s'engage dans les opérations de production, de distribution, de commercialisation, de la recherche. Son souci était d'assurer l'encadrement gratuit des agriculteurs de la production à la commercialisation, y compris le financement. »26

Pour la commercialisation, les prix d'achat aux producteurs, pour certaines productions, étaient administrés par l'Etat. Lequel Etat s'était constitué « maître d'ouvrage » et « maître d'oeuvre ». Les ministères de l~agriculture et de l'élevage disposaient de structures déconcentrées qui fournissaient un encadrement aux paysans : distribution gratuite des intrans, centres de stockage, centres de conseils et de vulgarisation.

Dans cette lancée, l'Etat a créé des sociétés de développement, à qui il incombait l'encadrement des paysans ainsi que la facilitation, pour ces derniers, de l~accès aux crédits et intrans agricoles. Leur action a porté sur la production, la formation et l'information des paysans, ainsi que la garantie d'un circuit de commercialistion assez fiable. Par exemple, pour encadrer les producteurs de riz, l'Etat créa la Société d'Exploitation et de Modernisation de la Riziculture de Yagoua (SEMRY), la Société de Développement de la Riziculture de la plaine de Mbo (SODERIM), ou encore la Upper Noun Valley Development (UNVDA) ; pour le blé et le maïs, la Société de Développement du Blé (SODEBLE) ; pour le coton la Société de Développement du Coton (SODECOTON) ...

A côté des sociétés de développement mais assez proches, les missions de développement sont nées pour répondre à des besoins immédiats dans les domaines oil l'Etat n'a pas jugé utile de créer une société de développement. A l'instar de la Mission de Développement des Cultures Vivrières et Maraîchères (MIDEVIV).

26 Hervé BELLA, op.cit., p.15.

Par ailleurs, des organismes financiers ont vu le jour dans l'optique d'apporter un appui financier aux agriculteurs ; ainsi que des banques de développement. Des principaux organes ayant joué un rôle majeur dans la mise en ceuvre de la politique agricole camerounaise ; on peut retenir le Fonds National de Développement Rural (FONADER), la Banque Camerounaise de Développement (BCD), le Crédit Agricole de Cameroun (CAC).

Pour ce qui est de la recherche, le décret n° 96/050 du 12 mars 1996 crée l'Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) sous les cendres de l'Institut de Recherche Agricole (IRA) et l'Institut de Recherche Zootechnique (IRZ), dont il a été la fusion. Il lui a été assigné pour mission de conduire les activités de recherche visant la promotion du développement agricole dans les domaines de productions végégtales, animales, halieutiques, forestières et de l'environnement, ainsi que des technologies alimentaires et agro-industrielles. Elle travaille en collaboration avec la SODECOTON, la SEMRY, etc.

Certains établissements d'enseignement supérieur assurent la formation des cadres d'agriculture. Il s'agit de la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l'Université de Dschang ou encore de l'Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agroindustrielles (ENSSAI) de l'Université de Ngaoundéré.

L'on ne saurait oublier le Programme National des Engrais (PNE), créé en 1960 avec pour objectifs de sensibiliser la population sur l'usage rationnel des engrais, mettre en évidence l'efficacité des engrais par des démonstrations pratiques. Les instrans agricoles étaient subventionnés par l'Etat et distribués aux agriculteurs. « Ce taux de subvention allait de 75% en moyenne pour les engrais à 100% pour les produits phytosanitaires »27.

Voilà peint, en quelques lignes, le tableau des bonnes intentions manifestées par les pouvoirs publics pour encadrer l'agriculture camerounaise, et partant, assurer la production alimentaire qui devait faire du Cameroun « le grenier de l'Afrique centrale »28.

Cependant, des dysfonctionnements ou des failles ne vont pas tarder à apparaître dans ce bel édifice. Des facteurs endogènes et surtout exogènes pousseront les pouvoirs publics à remettre leurs politiques en cause. En réalité, après la phase de planification et en raison de la mauvaise conjoncture économique marquée par la crise de la décennie 80, l'on a assisté à une phase de libéralisation. Le gouvernement, conjointement avec le Fonds Monétaire International (FMI) a mis en place les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) ainsi que la Nouvelle Politique Agricole (NPA) dès 1990. Avec l'application de cette NPA, le rôle de l'Etat a été profondément modifié dans le secteur agricole. Les mesures de protection et d'encadrement dont

27 Hervé BELLA, op. cit., p.17.

28 Antoine SOCPA, De l'insécurité alimentaire au Cameroun, in Enjeux n°23, Avril-Juin 2005.

bénéficiaient les agriculteurs ont été levées. Par exemple dès 1989, la distribution gratuite d'intrans sera suspendue. Cette mesure sera suivie d'un arrêt des subventions aux engrais, pesticides et herbicides.

Dans leur immense majorité, les organismes créés par l'Etat ne survivront pas très longtemps. Ils seront, soit restructurés, soit tout simplement liquidés et fermés. C'est ce deuxième sort qui fut réservé au FONADER et à la BCD en 1989 à cause de leurs mauvaises performances financières et de leur incapacité à mobiliser et à recycler l'épargne rurale. Ils représentaient de véritables gouffres financiers qui, non seulement se sont révélés incapables de remplir leurs rôles, mais aussi et surtout ont été victimes du manque d'orthodoxie dans la gestion de la part de ceux qui étaient à leur tête. A titre d'illustration, l'UNVDA a englouti près de 7 milliards de frs CFA de 1981 à 1987, la SODERIM environ 7,1 milliards entre 1976 et 1987, la SEMRY plus de 40 milliards de 1979 à 198829.

Les victimes n'étaient pas constituées uniquement des agriculteurs qui étaient censés profiter des services de ces organismes, mais ceux des fonctionnaires qui y travaillaient n'ont pas connu une issue heureuse non plus.

La survivance de l'IRAD ne saurait nous tromper, en aucun cas, sur l'ampleur du désintérêt de l'Etat pour la promotion du secteur rural. L'IRAD a en effet du mal à faire savoir son savoir-faire auprès des petits agriculteurs, qui représentent pourtant plus de 85 % de la production nationale et qui souffrent de de la concurrence déloyale des agriculteurs du Nord nantis d'Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) et de colossales subventions.

Par ailleurs, « les résultats antérieurs de la recherche ont été très peu exploités à cause d'une part de leur inadaptation aux besoins des producteurs agricoles ; et d'autre part de l'inorganisation des services de recherche et de vulgarisation .»30

De plus, les étudiants formés à l'ENSSAI ou à la FASA ont cessé d'être intégrés automatiquement à la fonction publique dès la fin de leur formation. Leur expertise qui s'est, dans le passé, avérée très précieuse, n'a plus été apportée aux agriculteurs. Ces écoles ont de moins en moins attiré les candidats car beaucoup d'entre eux n'envisageaient pas la perspective du chômage après la formation alors que la règle générale, dans un environnement socioéconomique devenu très précaire, est la quête de moyens de survie.

L'Etat en se désengageant, a laissé le financement de l'agriculture depuis les années 1990 aux mains des bailleurs de fonds à travers des projets et programmes. L'Agence Française de Développement (AFD) et l'Union Européenne ont été les principaux pourvoyeurs de fonds du

29 MINADER, Stratégie nationale de développement de la riziculture au Cameroun, mouture III, Mars 2009.

30 Hervé BELLA, op.cit., p.19.

Projet Crédit Rural Décentralisé (PCRD). Le PNVRA a comme principal bailleur de fonds le Banque Mondiale. L'Agence Canadienne pour le Développement International finance des microprojets productifs en faveur des femmes. Mais les priorités de ces bailleurs ne correspondent pas toujours à celles des populations. Ils financent les projets qu'ils veulent bien financer ou alors qu'ils portent dans leurs valises.

En abandonnant les agriculteurs à eux-mêmes, la conséquence inéluctable a été la chute progressive de la production agricole nationale.

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