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L'insécurité alimentaire dans la région du Nord au Cameroun: représentations sociales, stratégies de lutte et enjeux

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par Alain Christian ESSIMI BILOA
Université de Yaoundé I - Master en sociologie 2010
  

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I-1-1-2 Les sols, le relief et la végétation

Le rapport de l'ORSTOM de 1964 dénombre six catégories de sols dans la région du Nord. Il s'agit :

- des sols en voie d'évolution ;

- des sols peu évolués à minéraux bruts ;

- des sols à sexquiosides ;
- des sols hydromorphes ;

40 FAO, Les situations d'urgence, la réponse internationale et la FAO, document produit par le Bureau régional pour l'Afrique, 1997.

- des planes-sols avec superposition d'une texture argileuse ; - des vertisols.

Le paysage géomorphologique de la région est constitué par deux grands ensembles dont les hautes terres et les plaines. Les plaines sont les zones de culture par excellence et constituent les zones d'intérêts cynégétiques. On peut citer la grande plaine qui s'étend du département du Faro à celui du Mayo-Rey en couvrant une partie de la Bénoué et une partie du Mayo-Louti. Ces plaines occupent 70 % de la surface de la région.

Les hautes terres se dressent de part et d'autre des plaines et constituent les lieux de refuge des animaux sauvages qui dévastent les champs lors des récoltes. On peut citer :

- les hauts plateaux de Doumo et Gurviza dont l'altitude varie de 500 à 1.000 mètres dans le Mayo-Louti ;

- les montagnes de Mousgoye, Douroum et Pseke-Bori dans le Mayo-Louti ; - les monts Tingueling dans la Benoué ;

- les monts Hosséré Vokré (2.049 m) et Atlantika (2.070 m) dans le Faro.

A chaque type de sol et de micro-climat, correspond une végétation donnée. Dans la région du Nord, on peut distinguer deux grandes régions :

- au sud de Garoua : c'est la région soudano-guinéenne qui va de Touboro à Garoua. C'est la savane arborée parsemée des forêts de galerie ;

- au nord de Garoua : c'est la région soudano-sahélienne dominée par les vertisols et les sols ferrugineux sur gneiss où pousse une végétation de steppe dominée par des épineux.

Les sols et le relief de la région du Nord constituent un frein à une diversification des cultures dans la mesure où beaucoup de cultures ne s'adapteraient pas à ce type de sol et de relief. Par conséquent les habitudes alimentaires des populations de cette partie du pays sont plus ou moins conditionnées ou limitées. Ces sols et relief imposent également un calendier cultural très rigide donc peu propice à la diversification.

I-1-1-3 L'hydrographie

Trois types d'écoulement composent le réseau hydrographique dans la région du Nord. Il

s'agit :

- des (( mayos », cours d'eau saisonniers issus des montagnes avoisinantes ;

- des rivières : on peut citer la Bénoué et ses affluents qui sont entre autres le Faro, le Mayo-Kébi, le Mayo-Pitoa ou le Mayo-Badjouma ;

- les barrages de Lagdo et celui de Chifidi, qui est cheval entre la région du Nord et celle de l'Extrême-Nord plus précisément dans l'arrondissement du Mayo-Oulo, mais qui est peu connu du grand public.

Il s'avère que cette hydrographie est loin de constituer un atout pour l'agriculture dans la région du Nord. Le fait par exemple que le barrage de Lagdo dispose d'un vaste périmètre irrigué où le riz est cultivé en priorité avec quelques cultures de contre-saison est plus ou moins négligeable puisque en saison sèche, la plupart pour ne pas dire tous les mayos et rivières s'assèchent et au retour des pluies, ils débordent et provoquent des inondations qui dévastent les cultures, comme il a été dit plus haut.

I-1-2 Les insectes et les oiseaux granivores

Les chenilles légionnaires, les cochenilles, les punaises, les criquets pélerins et autres types d'acridiens, les pucerons, les termites, les coléoptères, les oiseaux constituent de graves menaces pour les récoltes et le cheptel. En effet, ces oiseaux et insectes nuisent à une grande variété de produits dans les régions tropicales et subtropicales : céréales, légumineuses, oléagineux, racines et tubercules, denrées d'origine animale (viandes et poissons séchés), épices. Nous en avons étudié quelques uns ainsi que les dégâts qu'ils peuvent provoquer.

> Les criquets-pélerins

Selon le document de la FAO sus-évoqué, (( le criquet-pélerin constitue une menace permanente pour l'agriculture dans toute l'Afrique au Nord de l'Equateur »41. Souvenons-nous que le Cameroun est situé juste au-dessus de l'Equateur. De son nom scientifique Schistocera

41 FAO, op. cit .

gregaria, il est une espèce de criquet ravageur d'Afrique. Il fait partie de la catégorie des locustes, comme le criquet migrateur ou le criquet nomade.

Le criquet pélérin vit généralement une existence solitaire. Il a une tendance très marquée à éviter ses congénéres et effectue des vols nocturnes discrets. Mais, comme d'autres espèces d'insectes sauteurs, il se transforme complètement lorsque sa population atteint un certain seuil de densité (500 individus / ha) ; et devient migrateur. Il change alors de couleur, passant du vert au jaune, mais surtout de comportement. Sous des conditions climatiques favorables, la population de criquets augmente et on observe la fin de l'évitement mutuel. Le criquet exprime alors une incroyable grégarité. Les individus cherchent à se regrouper, établissant la condition pour créer des essaims et produire les invasions spectaculaires que nous connaissons. En s'attirant les uns les autres, ces acridiens forment des bandes ou d'immenses essaims qui peuvent atteindre plusieurs centaines de millions à quelques dizaines de milliards d'individus.

La question qui se pose alors est celle de savoir comment un timide criquet devient l'agent de véritables catastrophes humanitaires ?

D'après les scientifiques, ce passage de la phase solitaire à la phase grégaire est un changement complexe qui concerne plusieurs caractères physiques, physiologiques et comportementaux. D'après ces mêmes scientifiques, il impliquerait plus de 500 gènes et, jusqu'alors, pas un seul agent n'avait été identifié comme le précurseur de ce changement. Au cours de leurs expériences, les chercheurs des universités de Cambridge et d'Oxford ont montré que la rencontre entre les criquets provoquerait la libération d'une hormone qui est aussi un neurotransmetteur dans leur système nerveux : la sérotonime. Après avoir mis les insectes en contact forcé, la transformation est rapide, elle peut se faire au bout de deux heures. On pouvait penser que le changement était provoqué par la simple vue ou par l'odeur, mais les chercheurs se sont rendus compte que le contact tactile jouait un rôle principal. En caressant les poils hypersensibles qui se trouvent sur les pattes, ou en les stimulant électriquement, le messager chimique qui est la sérotomine se libère et induit la série de transformations.

Tous les deux mois, une nouvelle génération d'insectes peut s'accoupler. La femelle pond ensuite dans le sable, deux ou trois fois, des groupes de 80 à 100 aufs que le soleil couve. En bande, les criquets peuvent se déplacer sur 200 km par jour et dévorent presque l'équivalent de leur poids quotidiennemment. Ce poids est de 2 g pour les individus adultes pour une taille de 6 à 7,5 cm pour les mâles et 7 à 9 cm pour les femelles. Ainsi, un essaim dense de 1 km2 qui

regroupe environ 50 millions d'insectes avalera 100 tonnes de matière végétale fraîche par jour, n'épargnant ni culture, ni végétation naturelle42.

La dernière invasion de criquets pélerins en Afrique a débuté en septembre 2003 et 65.000 km2 de végétation avaient été dévorés à fin juillet 2004. en juillet, les abondantes pluies estivales poussent les essaims d'insectes à migrer du Maghreb vers le sahel, pour se reproduire en rejoignant les zones naturelles de reproduction du sud de la Mauritanie, du Nord-Est du Sénégal et de l'Ouest du Mali.

Pour Abdou GARBA, chef de famille résidant à Bibémi à 20 km de Garoua, « Tout ce que nous redoutons, ce sont les criquets migrateurs. Quand ils viennent, ils ravagent tout, ils mangent toutes les récoltes. »

Ils agissent essentiellement pendant les récoltes quand les plants sont déjà à maturité, ce qui diminue les rendements.

> Les cochenilles (coccoidea)

Ils forment la superfamille d'insectes hémiptères stenorrynches43. On en compte plus de 7.000 espèces. Ces insectes étaient autrefois nommés « poux des plantes » en raison de leurs pièces buccales transformées en rostre piqueur leur permettant d'aspirer les sèves. Les cochenilles sont toutes parasites des végétaux. Ils sont caractérisés par un très fort dimorphisme sexuel. Le mâle adulte possède une unique paire d'ailes (antérieures), des antennes et des pattes développées, alors que les femelles sont aptères. Ces femelles ne possèdent que des appendices réduits (elles vivent fixées sur les végétaux sauf à l'état de nymphe). Elles ne sont pas mobiles et se nourrissent en se fixant sur les tiges ou les feuilles de certaines plantes, comme le mil ou le sorgho, dont elles sucent la sève.

Les cochenilles se nourrissent d'une large variété de plantes, si bien que la plupart d'entre eux sont considérés comme nuisibles. Ils sécrètent une matière cotonneuse, constituée de fins filaments cireux ou d'écailles cireuses. Certaines espèces ont une salive toxique : lorsque la plante est parasitée par un nombre important de cochenilles, on peut voir apparaître sur les

42 Source : Michael L. ANSTEY, Serotonin mediates behavioral gregarization underlying swarm formation in desert locust, Science, 30 january 2009, Vol. 323, N° 5914, pp.627-629.

43 Source : Revue Insectes, n°119, mars 2000.

feuilles des tâches noires correspondant aux toxines qui s'accumulent jusqu'à créer une petite infection. La feuille finit par dépérir peu après, elle tombe, se ratatine, jaunit ou se nécrose.

Chez certaines espèces très petites (difficiles à observer et à remarquer sur la plante), on peut déceler la présence d'un parasite au niveau des jeunes feuilles : les cochenilles se fixent sur la jeune feuille en bourgeon, car c'est le meilleur endroit pour profiter d'une arrivée constante de nouvelle sève, plus riche de surcroît, mais aussi plus tendre, donc plus facile à percer. La conséquence est le sous-développement de la nouvelle feuille au niveau de la morsure ; la sève étant aspirée par le parasite, la feuille n'ayant plus assez de ressources à cet endroit pour se développer normalement.

Visuellement, cela est décelable par l'aspect des nouvelles feuilles qui présentent une sorte d'encoche : c'est le point de la morsure. Tout autour de celle-ci, la feuille est beaucoup moins développée et peut apparaître légèrement difforme à cause de la dissymétrie engendrée par le manque de sève local lors du développement de la feuille. On peut vérifier s'il s'agit bien de cochenilles en laissant la feuille sur la plante (durant quelques jours ou quelques semaines, selon la vitesse de développement de la plante) : l'insecte va se nourrir de manière quasi continue, produisant son bouclier de cire. Cela se traduira par une fine couche, en général brun clair, présente tout autour de l'encoche.

Il est possible qu'un manque d'eau ou certains polluants favorisent cet insecte parasite. Une autre explication peut être à chercher dans la regression ou la disparition des prédateurs naturels, suite à l'augmentation du taux de pesticides dans l'air.

Les cochenilles sont des parasites qui tuent rarement leur hôte, mais qui peuvent poser un sérieux problème en agriculture, en horticulture, en sylviculture et dans les vergers. Ces insectes font des ravages sur les arbres fruitiers et en particulier les pommiers.

> Les termites (isoptères)44

Les termites sont des insectes primitifs de couleur blanchâtre, et de petite taille (5 à 8 mm de longueur pour une largeur de l'ordre du mm), d'où leur surnom de (( fourmis blanches ». Ils sont qualifiés d' (( insectes sociaux », car ils vivent en colonies organisées, tout comme les abeilles, les guêpes ou les fourmis. Leurs colonies sont souvent très importantes et chaque individu y joue un rôle bien précis en fonction de la ((caste » dont il dépend. Schématiquement, il y a les ouvriers (les plus nombreux), les nymphes (futurs reproducteurs), les soldats (pour la

44 André LEQUET, Traité de termitologie, Paris, PUF, 2006, pp.656-661.

défense de la colonie) et enfin le « couple royal » (chargé de la reproduction). Sous certaines conditions, on peut également trouver des individus dits « néoténiques », parfois relativement nombreux, qui tout en conservant des caractères en quelque sorte larvaires, sont néamoins aptes à se reproduire et à générer de nouvelles colonies.

Les termites ne s'installent, et ne prolifèrent, que là oil l'eau leur est accessible. A cet égard, la présence de nappes phréatiques superficielles (les puits en sont un bon indicateur) constitue un facteur éminemment favorable, tout comme la proximité de marais, de cours d'eau, de plans d'eau, de source, et en règle générale de tout facteur d'humidité. La plaine de la Bénoué et la zone qui l'entoure sont suffisamment humidifiées pour encourager la prolifération des termites, au grand dam de la production agricole.

De par le monde, on connaît près de 2.000 espèces de termites, mais la grande majorité d'entre elles prolifère dans les régions tropicales et équatoriales oil les dégâts causés sont considérables. En dépit de leur petitesse et de leur apparente fragilité, les termites sont dotées de mandibules très puissantes aptes à attaquer les bois les plus durs. Outre la vétusté, et en général tout manque d'entretien de l'habitat, et de ses abords, trois facteurs favorisent la présence et le développement des termites. Ce sont

- l'obscurité (car ils sont lucifuges et fuient de la lumière),

- l'humidité (puisqu'elle conditionne leur survie),

- et enfin une température élevée. La région du Nord connaît des températures qui vont parfois au-delà de 50°C à l'ombre. De tels pics ne peuvent qu'attirer les termites. La température à l'intérieur des cases et surtout des greniers, à laquelle s'ajoutent les deux facteurs précédents exposent les récoltes aux assauts des termites ; ce qui va entraîner leur diminution.

Quand l'exposition de la colonie est favorable, et que les conditions climatiques le sont également (ensoleillement, températures élevées), la propagation naturelle se fait par « essaimage » c'est-à-dire que tous les ans, généralement en avril-mai, une nouvelle génération d'adultes s'envole et se disperse aux alentours de la colonie mère. Ces adultes sont noirs et se comportent exactement comme les fourmis volantes. Chaque couple formé peut alors fonder une nouvelle termitière. En dépit de l'envol d'un grand nombre d'individus, cette forme de propagation est relativement peu efficace ; d'autant qu'elle n'est pas toujours possible, car ces insectes volent mal et les prédateurs tels les oiseaux sont très friands de ces proies faciles.

La propagation par « bouturage » est beaucoup plus insidieuse, et finalement plus efficace. Elle se fait un peu à la manière d'une tâche d'huile, gagnant du terrain de place en place, d'arbre en arbre, de maison en maison. Les colonies ainsi créées finissent par former de

véritables réseaux couvrant des zones importantes. Cette forme de propagation s'observe quand l'essaimage devient impossible ou simplement aléatoire. Elle est grandement facilitée par la présence des néoténiques, qui acquièrent la faculté de se reproduire, sans devenir de vrais adultes, au sens morphologique du terme. Leur nombre, parfois relativement élevé, génère des foyers de dissémination très importants, et des colonies se chiffrant par des dizaines voire des centaines de milliers d'individus.

D'après Herman WAMBO-YAMDJEU et al,

(( Les pertes post-récoltes sont aussi un élément important. Elles sont liées à la non-maîtrise des techniques de conservation et de traitement par les populations, mais aussi également au coût élévé des produits insecticides. Le taux de perte après récolte et durant la période de stockage des céréales serait compris entre 25 et 40% de la production stockée. »45

La destruction de la production agricole par les insectes et les oiseaux granivores crée un déficit dans les disponibilités alimentaires. Il s'en suit une crise ou une situation d'insécurité alimentaire dans la mesure où les populations se retrouvent dans un état de dénuement presque complet.

Heureusement, d'après la FAO,

(( La situation relative au criquet pélerin reste calme dans tous les pays à cause de la persistance d'une pluviométrie et de conditions écologiques médiocres (..) En avril 2010, une reproduction à petite échelle aura probablemennt lieu dans les zones de reproduction printanière en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Ouest mais on s'attend à ce que les effectifs acridiens restent en deçà de niveaux menaçants. »46

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