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La question technologique à  la genèse du discours éthique de Hans Jonas. Une lecture du principe responsabilité

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par Bertin NKENGELE
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius de Kimwenza en RDC - Bachelier en philosophie 2013
  

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CHAPITRE DEUXIÈME : LA SOLLICITATION D'UNE ÉTHIQUE APPROPRIÉE À LA TECHNOLOGIE : ÉTHIQUE DE LA RESPONSABILITÉ

2.4.16. 2.0. INTRODUCTION

Dans les dernières lignes du chapitre précédent, nous disions que la responsabilité se trouve au coeur du nouveau discours éthique de Hans Jonas. Ce nouveau discours éthique s'avère pertinent, car l'éthique du passé a fait preuve de certaines insuffisances. La responsabilité n'est pas une notion nouvelle, bien qu'elle ait eu des connotations différentes au cours de l'histoire et selon tel ou tel penseur. Selon Bernard Sève, « L'ancien concept de responsabilité, c'était avoir à répondre de ses faits et gestes, en subir les conséquences, réparer le tort causé à autrui ; l'ancienne responsabilité est donc mesurée sur ce qui a été fait, sur l'action effective »64(*). En fait la responsabilité était anthropocentrique et rétrospective. Comme nous le disions dans le chapitre précèdent, une révolution s'est opérée avec Jonas, dans la mesure où la responsabilité s'étend jusqu'au monde extrahumain et comporte en elle une dimension futurologique, c'est-à-dire elle porte sur l'avenir : on devient responsable des actions susceptibles de détruire l'humanité même dans un futur lointain. La responsabilité est, en un mot, devenue prospective.

Nous allons dans ce chapitre, à la lumière de Jonas, chercher à élucider le concept de responsabilité dans ses différentes acceptions. L'éthique jonassienne de la responsabilité, contrairement à d'autres éthiques trouve sa source dans la métaphysique. La méthode que propose est l'heuristique de la peur. Cette peur qui n'est pas une pathologie, mais qui est de nature bénéfique dans ce sens qu'elle nous renseigne sur quelque chose. Une analyse des paradigmes éminents de la responsabilité sera faite dans ce chapitre et une dimension tout à fait futurologique de l'éthique de la responsabilité qui fait certes sa nouveauté vaudra la peine d'être mise en évidence.

2.4.17. 2.1. RESPONSABILITÉ, QU'EST-CE À DIRE ?

Le concept de « responsabilité » vient du mot latin respondere qui signifie « répondre ». Etymologiquement et juridiquement, la responsabilité signifie « se porter garant ou caution de quelqu'un ou de quelque chose ». Ainsi se dégage deux types de responsabilité : la responsabilité subjective et la responsabilité objective. Objectivement, être responsable, c'est savoir assurer un résultat, c'est être chargé d'une certaine organisation ou d'une certaine tâche (responsabilité prospective), c'est avoir à répondre de quelqu'un ou de quelque chose, de suite de ses actes ou des actes de ceux dont on répond, c'est-à-dire en assumer des conséquences (responsabilité rétrospective). Pour la responsabilité rétrospective, on se base sur l'acte déjà consommé, sur une action effective ayant peut-être entrainé des conséquences fâcheuses pour lesquelles l'auteur est tenu de réparer ou d'en subir la peine. Au sens subjectif, être responsable, c'est agir avec une connaissance et une liberté suffisantes, pour que ses actes puissent être considérés comme sien et qu'il doive en répondre. A ce niveau, on se base sur le pourquoi de l'acte, sur ce qui a poussé l'acteur à agir d'une manière ou d'une autre. On ne voit plus l'acte en soi indépendamment du sujet. La responsabilité présuppose la liberté65(*) du sujet agissant. Etre responsable, c'est aussi être à l'origine d'une chose ou en être la cause.66(*)

Dans le code civil français, comme dans le code civil congolais, tout homme est responsable non seulement de son propre acte, mais également de l'acte causé par toute personne ou toute chose se trouvant dans la sphère de son pouvoir (il peut s'agir des personnes considérées comme incapables juridiquement ou des animaux, etc.). Ce code le dit en ces termes : « on est responsable, non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa garde »67(*).

Jonas s'inscrit dans la même perspective que celle évoquée plus haut, car il part des conceptions générales et juridiques. Il affirme que « la condition de la responsabilité est le pouvoir causal. L'acteur doit répondre de son acte : il est tenu pour responsable de ses conséquences et le cas échéant on lui en fait porter la responsabilité »68(*). La responsabilité comme imputation causale des actes commis a, de prime abord, une signification juridique et non morale. Etre responsable dans ce sens c'est être auteur d'un acte, être sa cause active. « Le dommage commis doit être réparé même si la cause n'était pas un méfait, même si la conséquence n'était ni prévue ni voulue. Il suffit que j'aie été la cause active »69(*). En fait dans le domaine juridique, la responsabilité objective prime et c'est sur elle que les décisions importantes sont prises. Le coté subjectif qui aurait un sens moral est quelque peu oublié. L'accent est beaucoup plus mis sur l'acte que sur le sujet agissant.

Outre la responsabilité juridique appelée communément responsabilité légale et se fondant sur la responsabilité objective, il existe aussi la responsabilité morale, laquelle se fonde et sur la responsabilité objective et sur la responsabilité subjective. En effet, pour qu'un acte soit moralement répréhensible ou condamnable, il ne suffit pas de se limiter à l'acte lui-même, mais il faut remonter aux intentions de l'acteur. Il s'avère très nécessaire d'ajouter ce coté subjectif au mélange qui s'est effectué entre l'idée de punition et la compensation juridique, lesquelles pourraient donner lieu à une condamnation morale. On n'est plus seulement responsable de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur. C'est cette responsabilité juridique qui a marqué toutes les éthiques du passé.

Or il y a encore un tout autre concept de responsabilité qui ne concerne pas le calcul ex post facto de ce qui a été fait, mais la détermination de ce qui est à faire ; un concept en vertu duquel je me sens donc responsable non en premier lieu de mon comportement et de ses conséquences, mais de la chose qui revendique mon agir.70(*)

L'ancien concept de responsabilité est rétrospectif, dans la mesure où la responsabilité se laissait mesurées par ce qui s'est déjà fait, par une action effective ou déjà accomplie : je suis responsable d'un fait déjà consommé par moi et je ne suis pas responsable d'un fait non encore réalisé. Toute l'éthique traditionnelle était caractérisée par cette responsabilité rétrospective. On était responsable de l'autre hic et nunc et dans la plupart des cas, on était responsable de ce dont on était la cause, l'origine, de ce qui s'était réellement accompli ou réalisé. Le futur ou l'être-tel futur n'était pas envisagé. Le nouveau concept de responsabilité transcende l'ancien concept, dans ce sens qu'il offre une certaine ouverture vers des choses non encore effectives : je suis responsable de tout ce qui se présente à mes organes sensoriels, de l'autre (sujet ou objet) tel qu'il se présente à moi, voire des générations futures. Le nouveau concept de responsabilité est prospectif.

Dans la responsabilité se trouve une relation entre d'une part le sujet de la responsabilité et d'autre part l'objet de la responsabilité. Ce dernier doit être. Face à ce devoir-être, un devoir-faire responsable du sujet s'avère très nécessaire. Le sujet de la responsabilité peut être responsable même des actes considérés comme les plus irresponsables. Jonas prend, pour ce faire, l'exemple d'un capitaine de bateau. Celui-ci pendant ses fonctions est maître du navire et des vies humaines. Il peut arriver que parmi les passagers à bord du navire, se trouve un passager pas comme tous les autres ayant un pouvoir plus grand que celui du capitaine dans la compagnie, c'est-à-dire son employeur. Le capitaine, pendant la conduite, ne peut recevoir aucun ordre venant de son employeur. Cet ordre peut compromettre la vie des milliers de personnes à bord du navire. Au cas où il obéissait aux ordres en provenance de son employeur indépendamment de sa volonté ou de son avis, il agirait de manière irresponsable. Jonas pense que le capitaine doit désobéir même s'il doit être puni après, pourvu qu'il agisse de façon responsable, car c'est lui qui porte la responsabilité. Ainsi pour Jonas, « exercer le pouvoir sans observer l'obligation est irresponsable, c'est-à-dire une rupture dans le rapport de confiance de la responsabilité »71(*). Au moment où on a quelqu'un ou quelque chose dans la sphère d'influence de son pouvoir comme dans le cas du navire où le capitaine a pouvoir , on est responsable. Le bien-être, le sort, l'intérêt d'autrui sont remis entre mes mains du fait des circonstances ou d'une convention. Ce pouvoir m'oblige à assumer ma responsabilité jusqu'au bout.72(*)

En d'autres mots, le décalage entre l'exercice du pouvoir et l'observance de l'obligation mène à un comportement irréfléchi ou à l'irresponsabilité. Etre responsable dans ce cas, consiste à exercer le pouvoir et à observer l'obligation concomitamment. Le joueur du casino, dont Jonas a fait allusion, a le pouvoir d'utiliser son argent comme bon lui semble, mais a aussi l'obligation de remplir ses devoirs en tant que père de famille. Ce joueur agit de façon irresponsable ou irréfléchie lorsqu'il exerce son pouvoir en ignorant qu'il a des obligations à observer. Il en est de même pour le capitaine d'un navire qui a le pouvoir de multiplier les vitesses du navire comme bon lui semble, et qui a en même temps l'obligation de ne pas mettre en danger les vies.

* 64 B. SÈVE, « Hans Jonas et l'éthique de la responsabilité », in Esprit, octobre 1990. Consulté sur http://lyc-sevres.ac-versailles.fr/p_jonas_pub.eth.resp.php.

* 65 Selon Jonas, « la responsabilité est (donc) complémentaire à la liberté ». H., JONAS, Pour une éthique du futur, p. 76. Lire aussi à la page 81.

* 66 Cf. P. FOULQUIÉ, Dictionnaire de la langue philosophique, p. 636, sv responsabilité.

* 67 Ibid. Voir aussi le code civil français dans son article 1384 et pour le code civil congolais, lire G. GOUBEAU, Code civil, pp. 1005-1006.

* 68 H. JONAS, Le Principe responsabilité, p. 130.

* 69 Ibid.

* 70 Ibid., p. 132.

* 71 Ibid., p. 134.

* 72 Cf. Ibid.

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