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La réhabilitation de la CEPGL comme solution à  la crise sécuritaire dans la région des grands lacs africains


par Giresse NGOIE KALOMBO
Université de Likasi - Licence 2013
  

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2.1. La chute d'Idi Amin DADA en Ouganda au génocide Rwandais de 1994

L'arrivée au pouvoir de Yoweri Museveni en Ouganda, appuyé par les tutsis en exil de la région et par l'armée Tanzanienne de Julius Nyerere, va changer la donne régionale pour longtemps. Le soutien des tutsis à Museveni émane de la proximité naturelle qu'ils éprouvent à l'endroit d'un Hima (un cousin d'Ouganda) et de l'espoir que soit enfin pris en compte le sort des populations tutsies que ses prédécesseurs ont parqué dans des camps de réfugiés en Ouganda. C'est à l'intérieur d'un de ces camps qu'a grandi Paul Kagamé, l'actuel président du Rwanda.

Cette prise de pouvoir en Ouganda va offrir aux tutsis un espace serein d'organisation et de préparation à un retour et une éventuelle prise du pouvoir par les armes au Rwanda voisin. L'option d'un retour armé est pour ces populations la seule envisageable compte tenu du fait que pour des raisons de surpopulation le Régime hutu du Rwanda a acté le principe du non retour des réfugiés tutsis.

Dans le cas précis de la RDC, des jeunes tutsis Congolais sont recrutés pour contribuer à ce début d'embryon d'une « armée sans frontières » pour reprendre le terme que les populations du Kivu donneront à ces troupes bigarrées qui sèmeront la désolation pour longtemps sur leur territoire. Le terme est bien choisi, certains de ces miliciens ont même combattu avec le FRELIMO (Front de libération du Mozambique) au Mozambique pendant la guerre de libération en 1992.12(*)

Fort de ce noyau tutsi et de sa nouvelle base arrière en Ouganda, Fred Rwigyema (tuteur militaire de Paul Kagamé) se lancera en 1990 dans la reconquête du Rwanda. Campagne au cours de laquelle il perd la vie et qui ne doit son échec qu'à l'intervention des éléments de la Division Spéciale Présidentielle du Maréchal Mobutu et au soutien de l'armée Française au régime hutu d'Habyarimana.

Le coup d'Etat d'octobre 1993 au Burundi et la guerre larvée qui s'en suit, marquée par des explosions et des dérives génocidaires traumatisantes, vont aiguiser et renforcer les radicalismes et les intégrismes ethniques dans la région.

Ce qu'il importe de retenir de cet amalgame d'événements et qui constitue un postulat de la régionalisation permanente des conflits dans la région c'est d'abord la tendance régionale à faire recours pour des raisons idéologiques, politiques, économico stratégiques voire ethniques au droit d'ingérence.

Il faut aussi relevé la présence d'une solidarité tutsie qui dépasse largement les cadres nationaux faisant de ce groupement un groupement régional solidaire, prêt à défendre ses intérêts sans considération de frontières. La présence d'un antagonisme fort Hutu / Tutsi qui débouche au final à une mise en opposition des Bantous (les Hutus étant Bantous) et des non Bantous (les tutsis étant nilotiques) prête le flanc à des alliances régionales souvent basées sur des pseudos proximités ethno-claniques.

a) Le génocide rwandais de 1994

A partir d'avril 1994, deux foyer de violences éclatent et coexistent au Rwanda jusqu'en juillet de même année :

- Le génocide des Tutsi et des Hutu modérés par les extrémistes Hutu au pouvoir.

- La réactivation simultanée de la guérilla Tutsi du Front Patriotique Rwandais (FPR), menée par Paul KAGAME, en lutte depuis 1990 contre le pouvoir Hutu et les Forces Armées Rwandaises (FAR) ; la guérilla est soutenue par l'Ouganda qui lui sert de base arrière.

Le 6 avril 1994, à proximité de l'aéroport de Kigali, Juvénal HABYARIMANA alors président Rwandais Hutu au pouvoir depuis 1973, accompagné du président Burundais Cyprien NTARYAMIRA, périssent dans un attentat contre l'avion qui les ramenait d'un sommet régional en Tanzanie. L'attentat sert de prétexte au déclenchement des tueries qui, dès le 07 avril, éclatent simultanément dans la capitale Kigali, dans le sud, est et nord du pays. Elles sont conduites par des extrémistes Hutus, miliciens Interahamwé de l'ex-parti unique du président Habyarimana et soldats des Forces Armées Rwandaises. Ils ont pour mission d'éliminer méthodiquement les Tutsi « cancrelats » (sobriquet infamant donné aux tutsi depuis 30 ans) et l'opposition Hutu modérée avec listes des noms à l'appui, constituées grâce aux cartes d'identité instaurés à l'époque coloniale mentionnant l'appartenance ethnique des communautés. La simultanéité, la violence et l'ampleur des massacres attestent leur planification de longue date.

Les massacres avaient été préparés pendant des mois en avant. La garde présidentielle et d'autres militaires de l'armée Rwandaise ont donné des entrainements militaires aux milices Interahamwés et Impuzamungambis pour leur apprendre comment tuer avec le plus d'efficacité. Les Interahamwés « ceux qui attaquent ensemble » sont la milice du Mouvement Républicain National pour le Développement et la Démocratie (MRND) et les Impuzamungambis « ceux qui ont le même but » sont la milice du parti dit Coalition pour la Défense de la République (CDR). Créées en 1992, ces milices ont reçu des entrainements militaires intenses fin 1993 et début 1994 en groupe de 300 hommes à la fois envoyés pour trois semaines dans un camp militaire dans la région du nord-est du Mutara . Dans leurs attaques contres les civiles, les milices étaient souvent accompagnées d'un petit nombre de militaires ou de policiers du gouvernement, mais les milices ont tué plus de personnes que les forces armées. Les autorités Rwandaises ont distribué des armes à feu aux membres de milices et autres supporteurs de Habyarimana au début de l'année 1992 et encore plus vers la fin de 1993 et au début de 1994.13(*)

Jean Pierre CHRETIEN décrit le cynisme appliqué, la normalisation de la haine dont les tueurs front preuves : «  les miliciens dits Interahamwés les solidaires font fuir leurs victimes vers des refuges supposés (églises, dispensaires, écoles) , puis encerclent ces lieux devenus des abattoirs, les militaires y jettent des gaz lacrymogènes, des grenades à fragmentation et tien pour briser toute résistance, puis y pénètrent pour déloger les réfugies à la fois terrorisés et résignés, les miliciens attendent aux sorties avec leurs machettes, leurs lances et leurs gourdins cloutés. Il reviennent voir les tas de cadavres le lendemain matin pour achever les blessés et piller ». Les massacres se poursuivent sans cesse faisant, entre avril et juillet 1994, plus de 800 000 victimes Tutsi et Hutu modérés. Une première vague d'une dizaine de milliers de réfugiés, essentiellement Tutsi, traverse la frontière et parvient au Kivu, dans l'Est de l'ex-Zaïre.14(*)

b) Les refugies rwandais au zaïre

Début avril 1994, simultanément la guérilla Tutsi du Front Patriotique Rwandais (FPR), dont les bases arrière sont en Ouganda, soutenues par le président Yoweri Museveni depuis 1990, réactive les combats contre les Forces Armées Rwandaises (FAR) du pouvoir Hutu en place. Après trois mois de violences combats, le 4 juillet, les rebelle conquièrent la capitale Kigali, renversent le régime Hutu et poursuivent leur avancée dans l'ensemble du pays. Un gouvernement intérimaire, sans légitimité, constitué par les extrémistes Hutus fidèles au président défunt, se replie vers le sud-ouest du pays, zone humanitaire supervisée par l'opération Turquoise. Il s'agit d'une intervention militaire et humanitaire Française autorisée par le conseil de sécurité de l'ONU par la résolution 929 du 22 juin 1994 pour une durée de deux mois.

Le 17 juillet, la formation du gouvernement d'unité nationale par Faustin Twagiramungu, Hutu modéré consacre la victoire politique du FPR pasteur Bizimungu (Hutu modéré) est nommé président de la république et Paul KAGAME, chef des rebelles, devient vice-président une assemblée nationale de transition entre en fonction le 24 juillet, les tueries cessent après la victoire du FPR.

Mais une deuxième vague de réfugiés déferle alors 1,2 million de Rwandais Hutu, infiltrés et encadrés par des milliers de soldats Hutu des ex-FAR et les milices Interahamwé, les « génocidaires », fuient vers les pays limitrophes, plus d'un million de personnes se regroupe vers Goma et Bukavu, dans la province du Kivu, dans l'Est du ex-Zaïre.15(*)

* 12 Ibidem.

* 13 Michel GAUD, « la tragédie du Rwanda », in problèmes politiques et sociaux, n°752, 28 juillet 1995, P.P. 24-25.

* 14 Jean-Pierre CHRETIEN, «  génocide du Rwanda », in interprétation du génocide de 1994 dans l'histoire contemporaine du Rwanda, Clio en Afrique, N°2, vol 6, 1997, P. 26.

* 15 Michel GAUD et Claudine VIDAL, « Rwanda, le génocide de 1994 », in Afrique contemporaine, n° 174, avril-juin 1993, P.P. 31-32.

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