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Contribution des activités touristiques au développement territorial : une étude cas de la commune de Port-Salut.

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par Charly Camilien VICTOR
Universite d'Etat d'Haiti - Licence 2016
  

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II-1-b Approche historico-politique de la naissance du tourisme en Haïti

Parler du tourisme en Haïti demande la prise en compte de l'influence de la sphère politique sur ce type d'activité. Ainsi, l'activité touristique évolue au rythme de la vie politique du pays. D'ailleurs, le tourisme haïtien a souvent fait face à des périodes d'instabilité non favorables à son véritable épanouissement, et la majeure partie de ces instabilités était principalement d'origine politique. La période douloureuse de l'histoire d'Haïti avec le débarquement des troupes militaires américaines, qui imposaient au pays une occupation qui a duré près d'une vingtaine d'année, précède les grands débuts du tourisme haïtien.

De gros montants ont été débloqués pour assurer le financement des activités économiques d'Haïti portant principalement sur l'agriculture, l'industrie et les services. L'investissement financier était passé de 4 millions de dollars EU en 1913 à 14 millions en 1930126 à l'époque de l'occupation, ce qui a fait d'Haïti au début des années 30 un pays d'une certaine prospérité économique remarquable grâce au succès de la production de la banane, du sisal, et du début de la construction immobilière dans l'aire métropolitaine.

Après la deuxième guerre mondiale, l'activité des croisiéristes a débuté. Haïti est placé idéalement proche de Cuba au moment où des paquebots traversaient les côtes de la Caraïbe. C'est bien à ce moment que l'hôtel « la villa créole » a vu le jour avec la propriétaire Mme Lina Wienar Assad, ce qui a occasionné par la suite en 1951 la naissance de l'ATH (Association Hôtelière et Touristique d'Haïti).A ce moment, en 1947, la pauvreté était déjà présente mais il n'y'a pas eu cette misère de masse. Ainsi, après le départ des américains, la classe moyenne s'est portée au pouvoir ayant critiqué pour la plupart l'incapacité des élites127.

En termes d'administration du tourisme en Haïti, cela n'a commencé que suite au départ des américains en 1938 sous la Présidence de Sténo Vincent. Peu de temps après, avec la montée du Président Elie Lescot, un nouveau régime autoritaire instauré soulevait le mécontentement d'une large couche de la population haïtienne. Il y'a eu des crises révolutionnaires dont la

126 Manigat, L. (1995a) La crise haïtienne contemporaine. Port-au-Prince : Éditions des Antilles S.A cité par Hugue Séraphin.

127 Hugue Séraphin. Op.cit.

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grève des lycéens et des étudiants en janvier 1946 qui a poussé le Président Elie Lescot à la démission.

Tout de suite après, c'était l'arrivée du Président Dumarsais Estimé qui malgré la crise financière que le pays était en train de vivre va donner au tourisme son statut glorieux en Haïti avec un certain leadership. Ainsi, il a procédé à l'exposition internationale de Port-au-Prince en 1949 qui, selon plus d'un, marquait de son sceau la destination Touristique d'Haïti comme la plus prisée à l'époque dans la Caraïbe devançant Cuba jusqu'à la montée de François Duvalier en 1957. Haïti était surnommé par certains visiteurs « perle des Antilles » et les visiteurs américains à l'époque le qualifiaient de « pleasure world »128 , ce qui signifiait destination de plaisir et beaucoup de touristes de croisières visitaient Haïti.

Selon Anthony George Pierre129, le Président Dumarsais Estimé a fait preuve d'un grand leadership par le fait qu'il s'est doté d'une vision de long terme pour le développement. Il y'a eu de l'éthique et de la compétence dans le mode de fonctionnement des dirigeants de l'époque, et cela d'autant plus que les projets n'étaient jamais improvisés mais bien méthodiquement préparés. En dernier lieu, sous la présidence d'Estimé, il était remarqué une volonté collective de changement et d'aspiration au progrès. Sous cette présidence, le pays a connu un bon climat démocratique, dans l'un de ses ouvrages l'historien Georges Corvington mentionnait que l'Exposition Internationale de Port-au-Prince en 1949

« a été un bienfait pour Haïti, eu égard à l'embellissement et à l'assainissement d'un immense quartier de la capitale qu'elle entraîna, à l'essor économique qu'elle propulsa et surtout au développement de l'industrie touristique qu'elle provoqua » 130

Plus tard avec l'arrivée de François Duvalier au pouvoir, la dictature qui prenait naissance a apporté un coup dur au tourisme en Haïti. Suite à la mort de François Duvalier, animé d'un autre esprit, son fils le succédait et tentait de reconstituer le tissu touristique haïtien dans un

128 Zendegui, G., Muschkin. S. (1972) Images of Haiti. Americas, 24(3): 1-24, cité par Hugue Séraphin.

129 Georges-Pierre, A. (2012) Dumarsais Estime. L'homme, l'oeuvre et les idées. Port-au-Prince : L'Imprimeur 130Corvington dans George-Pierre, 2012.

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climat de stabilité politique. Il plaçait le tourisme en position prioritaire et tendait à articuler le développement du territoire par le biais du développement de l'activité touristique. A cette époque, l'accent était mis sur la protection du patrimoine et à ce titre l'ISPAN a été mis sur pied en 1979, et en 1982, au rang de patrimoine mondial était placée la Citadelle Sans-souci et Ramier. A ce moment, certaines infrastructures touristiques ont été mises sur place dont l'Hôtel « la Jacmélienne » puis le club Med, appartenant à des étrangers, s'est installé en Haïti en 1981.Malheureusement, le dénigrement d'Haïti sur le plan publicitaire mondial au moment de voir dans les haïtiens les agents humains de propagation du virus du SIDA en 1983131 a éloigné certains touristes des côtes d'Haïti.

Il faut souligner qu'en termes de stratégie et de politiques en matière d'organisation touristique de 1950 à 1985, la principale politique de l'Etat était centrée sur la promotion en vue d'assurer une très forte présence du pays sur les marchés internationaux. Avec le départ en exil de Jean-Claude Duvalier associé au déchoucage en 1986, l'instabilité politique battait son plein sur la république avec la succession de plusieurs présidents dans un laps de temps au pouvoir, ce qui a fait chuter le nombre de visiteurs passant de 149655 en 1985 à 111661 en 1986 pour les touristes de séjour. Le nombre de touristes a chuté considérablement passant entre 1987 et 2004 de 239200 visiteurs à 108868132.

Mentionnons que l'image d'Haïti a connu une certaine remontée mondiale durant la présidence de Jean Bertrand Aristide en l'an 1990. Cette situation n'allait pas durer avec le coup d'Etat, suivi d'un embargo politico-économique en 1991. Ce climat politique de l'époque n'a fait qu'entrainer l'arrêt presque complet des arrivées touristiques. L'insécurité qui régnait a fait d'Haïti l'endroit le moins visité. En 1993, Haïti n'a reçu que 120000 touristes. L'année d'après, le nombre de touristes ayant visité Haïti n'était que 70260.Ce déclin a empêché la mise en place des nouvelles bases nécessaires en vue de relancer le secteur touristique. A ce moment, la république voisine a reçu près de 1.9 millions de tourisme.133 Le trafic aérien commercial était interdit, et les entreprises étrangères liées au tourisme quittent le pays dont le

131 MTIC. Ulrick Emmanuel Noel. Septembre 2015.Les opportunités pour le tourisme dans la bande Nord.

132 Hugues, op .cit.

133 Ministère du tourisme.dec.2003.Elaboration du DRSP, première esquisse.

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Club Med, Holiday Inn, Air France, sauf, le tourisme d'affaires qui y demeure notamment avec le plein d'ONG. L'activité touristique qui a connu une hausse remarquable au cours de la tranche de période 1985-2001, c'est celle des croisiéristes qui est passée de 80000 en 1985 à 357442 en 2001, mais rechutait à 342088 en 2002134

Sous la présidence de René G. Préval, le nombre de visiteurs était passé à 150147135 en 1996. Le niveau d'endettement d'Haïti s'est considérablement accru et représentait près de 35 % du PIB à la fin des années 2000. A cette époque, le président ne croyait pas surtout dans l'activité touristique comme pouvant décoller le développement d'Haïti à un point tel qu'il qualifiait le projet du club indigo comme étant non viable136.

Il convient d'ajouter qu'un ministère du tourisme a vu le jour en 2002 sous la présidence de Mr Jean Bertrand Aristide avec la loi du 6 juin 2002. Les différentes attributions de ce ministère étaient : «élaborer la politique touristique nationale et en assurer le suivi, assurer la promotion d'Haïti sur le plan touristique tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, définir le plan de formation aux divers métiers du Tourisme, de l'Hôtellerie et de la Restauration »137 .

En termes de politiques liées à cette période pour le développement des activités touristiques de 1996 à 2003, il existait surtout un certain consensus au niveau du gouvernement, avec la secrétairerie du tourisme qui élabora le plan directeur du tourisme. L'activité touristique était centrée autour de deux grands axes stratégiques ; premièrement le naturel avec l'option d'écotourisme, les découvertes marines, les sports nautiques, les parcs naturels et randonnées, et après le culturel lié à l'histoire tenant compte des monuments, des traditions, des croyances et des productions artistiques. Il y'a eu promotion de trois types de touristes à l'époque « tourisme balnéaire, tourisme de croisière, tourisme intérieur ».A cela s'ajoute le fait que des zones touristiques ont été identifiées dans plusieurs départements .Enfin le gouvernement

134 Idem

135 Idem

136 Hugues Séraphin, citant Jacques Marie (PDG club indigo) dans un entretien qu'il lui a accordé.

137 Le Moniteur, jeudi 6 juin 2002, directeur général Emile Jean-Baptiste, Loi portant sur la création du ministère du tourisme.

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haïtien en mars 2001 a adopté une stratégie de développement du secteur articulé autour des axes suivants :

- l'investissement touristique, notamment l'amélioration du cadre normatif, la

recherche de partenaires investisseurs, le développement des infrastructures d'accueil, la mise en valeur du patrimoine touristique,

- la promotion, notamment pour la réhabilitation et la restauration de l'image

d'Haïti,

- l'éducation pour améliorer le savoir-faire en matière de gestion du tourisme,

- la gouvernance avec le renforcement institutionnel.138

Durant le deuxième mandat du président René Préval, un processus de tertiarisation de l'économie débutait et le secteur tertiaire représentait à l'époque 60% du PIB139. Avec le tremblement de terre du 12 janvier 2010,il était constaté la destruction des infrastructures touristiques à Port-au-Prince et à Jacmel identifiés comme dotés de fortes potentialités touristiques avec deux plans de développements touristiques mis en place en 1996 puis en 2006.Il y'a eu de pertes considérables en matière hôtelière soient 848 chambres détruites sur 1621 existant, ce qui a diminué d'un coup la capacité d'hébergement. Le tableau140 suivant témoigne des dommages et pertes subis par le secteur hôtelier dans la zone de Port-au-Prince.

Source : Ministère du Tourisme d'Haïti (mars 2010)

138 Ministère du tourisme.dec.2003.Elaboration du DRSP, première esquisse.p.4

139 Idem

140 Ministère du Tourisme d'Haïti. Mars, 2010.

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L'arrivée au pouvoir du président Martelly est marquée par un rebondissement des activités touristiques en raison du grand dynamisme dont a fait preuve la ministre du tourisme Stéphanie Balmir Villedrouin. Le nombre de visiteurs a atteint un total de 348.800141.Avec elle, l'ère du renouveau du secteur était annoncée et hissait Haïti au rang des destinations touristiques sur la carte de tourisme à travers le monde et la ministre s'est fixée comme objectif de faire du tourisme une activité épanouie au lieu d'une activité contrariée.

En termes de contribution du secteur touristique à la croissance et au développement, il est possible d'avancer que les dépenses des touristes représentaient entre 1985 et 1991 près de 4.3% du PIB, 38.85% des recettes d'exportations, et 22% des recettes d'importations. Entre 1992 et 1995, ces taux étaient passés à 2,8%,61.5% des recettes d'exportations et 16.3% des recettes d'importations142. Entre 2000 et 2002, les revenus touristiques ne représentaient que 1% du PIB alors que dans la Caraïbe la moyenne était de 20%143.

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