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Mobilité résidentielle et processus d'étalement de la ville de Niamey (Niger).

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par Abdoulaye ADAMOU
Abdou Moumouni Dioffo - Doctorat de Géographie 2012
  

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5.1.3. De 1990 à 2000 : dilapidation des ressources foncières

Le PUR de Niamey (2009) qualifie l'époque de 1990 à 2000 de période de dilapidation des ressources foncières du fait de l'augmentation du rythme des lotissements. Ce qui corrobore les résultats de l'analyse de I. Seybou (2005), selon lesquels cette période est marquée essentiellement par des lotissements systématiques. En effet, cet auteur précise que 52 469 parcelles y ont été produites contre seulement 51 341 pour la période de 1946 à 1990. Ainsi, en dix ans, la CUN a produit autant de parcelles que les cinquante années précédentes. De plus, l'auteur soutient que malgré la forte production de parcelles, la demande de terrains urbains ne fléchit pas. A cette période d'instabilité politique poursuit-il, chaque Préfet-Maire nommé à la tête de la CUN s'efforce de produire son lotissement en ignorant toutes les normes en matière de gestion urbaine et foncière. A cela s'ajoutent les parcelles produites par les filières informelles donnant lieu à des quartiers ou secteurs de quartiers informels.

L'analyse permet de voir qu'entre 1990 et 2000, la CUN produit en moyenne 5 246 parcelles par an alors que le besoin réel annuel ne dépasse guère 1 289 parcelles actuellement. Cela veut dire que chaque année, la mairie produisait des parcelles pouvant couvrir les besoins d'au moins quatre ans. De ce fait, il y a encore un important stock de parcelles à Niamey. Si ces parcelles étaient régulièrement mise en valeur, la ville de Niamey mettrait 30 à 40 ans avant d'engager de nouveaux lotissements. Mais, la réalité est tout autre car d'autres opérations sont venues aggraver la situation dans la décennie précédente. Il en résulte une spéculation foncière sans précédent.

Cette dernière se caractérise par la production systématique de parcelles sans viabilisation préalable de la part de la CUN, du ministère chargé de l'urbanisme et des propriétaires coutumiers en vue, non pas de répondre à une vraie demande, mais de satisfaire plutôt à une logique d'accumulation foncière très présente parmi les Niaméens (particuliers). De ce fait, la mauvaise gestion foncière qui découle de cette spéculation foncière est une responsabilité partagée de tous ces acteurs.

La municipalité de la ville de Niamey a plusieurs missions en matière d'aménagement urbain, dont la gestion du domaine public et privé de ladite collectivité, à travers son service des affaires domaniales récemment transformé en direction de la planification et de la gestion de l'espace urbain (2008) dans le cadre de la réforme des instances de la mairie. De toutes les missions qui lui sont assignées, ce sont les lotissements et les morcellements abusifs au mépris des règles de gestion foncière qui constituent les activités dominantes de la collectivité territoriale.

Les problèmes de la ville de Niamey ont commencé à partir du moment où l'Etat du Niger a rétrocédé aux collectivités locales une bonne partie de son domaine à travers le décret 71/33/MF/ASN de février 1971, portant transfert et cession d'immeubles ou domaines publics et privés de l'Etat aux arrondissements, villes et communes. Ce transfert s'est accompagné de la mise en place de la Caisse de Prêts aux Collectivités Territoriales (CPCT) où sont logés les fonds des collectivités locales.

Depuis, profitant du laxisme du ministère chargé de l'urbanisme, la CUN et ses Communes membres n'ont procédé qu'à des modes d'aliénation des terrains non réglementaires et de façon abusive. En effet, la CUN présente régulièrement l'apurement des arriérés cumulés pour justifier la réalisation des opérations de lotissements ou de morcellement de terrains auprès du ministère chargé de l'urbanisme. Il n'en demeure pas moins que le problème persiste du fait des modes d'aliénation de terrains inappropriés.

La vente systématique de parcelles aux particuliers est basée sur la corruption et a donné lieu à des transactions qui ont permis l'émergence de la profession de revendeurs de parcelles communément appelés « démarcheurs ». Ces derniers sont un maillon qu'il faut placer au coeur de la spéculation foncière. Ils sont plus que des intermédiaires quand ils aident la veuve à vendre sa parcelle (côté social), ou des escrocs quand ils poussent la veuve à vendre sa parcelle. Ils constituent une classe sociale avec des riches et aussi des pauvres ou des repris de justice.

A Niamey, on enregistre trois modes d'aliénation de terrain. Il s'agit des attributions de parcelles à titre onéreux, des attributions à titre gratuit ou gratification et des attributions à titre de dédommagement.

Les attributions de parcelles à titre gratuit, qui ne semble être justifié par aucun texte en matière de gestion foncière à Niamey, a pris de l'ampleur dans les années 1990. En effet, selon le CTRF près de 460 parcelles de toutes tailles confondues ont fait l'objet de don de la part de la CUN pendant que près de 2 000 reçus restaient en souffrance à la date de 1995. Mieux, ces opérations sont rarement motivées par un mobile d'utilité publique ou social.

Les attributions de parcelles à titre gratuit sont une pratique qui profite surtout aux personnalités politiques et leurs familles et à quelques agents des services en charge de la gestion urbaine à Niamey. La dimension des parcelles cédées dans ce sens est très frappante d'autant plus qu'elle se situe entre 200 et 5 000 m2. Une telle pratique fragilise la mairie qui s'appauvrit davantage au profit des particuliers.

Les attributions de parcelles à titre onéreux constituent le principal mode d'aliénation des terrains dans la CUN. Une analyse des registres et actes de cession ainsi que des quittances intervenues de 1990 à 1995 par la Commission Technique de Réflexion sur le Foncier (CTRF), montre que la cession des parcelles telle que pratiquée par la CUN ne semble édictée par aucun texte. C'est ainsi qu'au regard des prix officiellement pratiqués à savoir 1 000 FCFA/m2 en zone traditionnelle, 1 350 FCFA en zone résidentielle et 2 500 FCFA en zone commerciale, on assiste à des minorations qui sont doublement pénalisantes pour la collectivité. Car, il s'agit d'une part, pour la plupart de minorations intervenues sur la cession des îlots irrégulièrement produits, d'autre part de prix de cession qui ne comblent pas le prix d'acquisition que la mairie avait payé aux propriétaires coutumiers qui est de 250 FCFA/m2. La minoration des prix de cession des terrains trouve son origine dans plusieurs phénomènes comme :

- les besoins politiques ;

- la constitution par les agents de la mairie d'un réseau de spéculation foncière ;

- l'institution par la CUN d'un prix dit de recasement au profit des déguerpis et des propriétaires coutumiers. ;

- l'absence d'un système de contrôle interne et externe du service domanial (notons, ici, que ce service ne rédige pas régulièrement de rapport d'activité) ;

- et l'interférence des agents des services impliqués dans la gestion urbaine et foncière.

Mais, c'est l'institution du prix du recasement qui a surtout ouvert la plus grande brèche. En effet, dans les années 1992 la mairie a distribué beaucoup de parcelles de 600 m2 au prix de 150 000 FCFA (soit 250 FCFA/m2). L'argent a été encaissé sans que la mairie puisse désintéresser les acquéreurs qui, par la suite, ont dû payer des frais de complément pour se réajuster au tarif normal de 1 000 FCFA le m2.

Le problème de reçus non encore honorés a servi d'argument à la CUN pour justifier la réalisation de nouveaux lotissements aux mépris des plans d'urbanisme et d'extension de la ville. La situation ainsi créée trouve sa source dans le manque d'effort et d'initiative de la CUN pour financer ses charges de fonctionnement (salaires des agents, entretien du matériel, électricité, manifestation etc.) et pour combler son déficit budgétaire. Car, le produit de la vente des parcelles devrait être une recette d'investissement et non de fonctionnement la CUN et ses communes comme cela se pratique aujourd'hui. Selon la CTRF, l'essentiel des reçus non honorés date de 1992 et 1993.

A travers cette pratique, la mairie ne fait que vendre des parcelles sans jamais planifier. Cela est d'autant plus choquant que la nomination d'un nouveau Préfet-Maire occasionne en premier lieu des lotissements voire des morcellements de réserves foncières. Notons que ces genres d'opérations n'associent pas tous les agents du service à charge de la question, et se font clandestinement le plus souvent. Ce qui pose un sérieux problème d'archivage en raison de vices de procédures.

En conséquence, la ville de Niamey se trouve aujourd'hui dans une situation de crise foncière. Cela se lit d'ailleurs dans les agitations des responsables municipaux à vouloir proposer une révision des limites de ladite collectivité.

Par ailleurs, plusieurs parcelles issues des opérations engagées par les autorités municipales de la ville de Niamey ont été cédées sous forme d'attribution à titre de dédommagement. Cette forme d'attribution, légale en ce qui concerne les textes, continue de poser de sérieux problèmes aux lotisseurs du fait du non-respect des prescriptions et surtout des manoeuvres que les opérations de dédommagement occasionnent.

Aussi, est-il donné de constater sur les rares procès-verbaux en la matière que le nombre de parcelles distribuées à titre de dédommagement dépasse toujours celui prévu. En outre, il arrive fréquemment que des lotissements ou parcelles prévus essentiellement pour dédommager des propriétaires coutumiers soient finalement attribués à d'autres personnes (CTRF, 1995).

Le dédommagement des propriétaires coutumiers (PC) par les collectivités à Niamey a connu une évolution qui va de 15 % des parcelles produites sur un terrain qui l'objet d'un lotissement après la Conférence Nationale à 25 % à partir de 1996. C'est ce taux de 25 % qui est en vigueur sur l'ensemble du territoire de la ville de Niamey. En dehors des collectivités territoriales, plusieurs taux sont appliqués par les lotisseurs privés.

Le non-respect des procédures et règlements ainsi que les modes d'aliénation de terrains ci-dessus énumérés sont à la base d'un certain nombre de problèmes qui menacent le fonctionnement normal de la CUN. A ces modes d'aliénation s'ajoutent les lotissements informels.

A cela s'ajoutent les lotissements informels ou pseudo-lotissements ; en effet, les propriétaires coutumiers sont les propriétaires des champs et des jardins sur lesquels la ville est en train de s'étendre. Ils sont pour une grande partie, issus des villages annexés par la ville à l'image de Goudel, Saga, Gamkallé, etc. De ce fait, ils sont les principaux auteurs des lotissements informels que les plus astucieux d'entre eux opèrent en louant le service de géomètres ou d'agents du service des affaires domaniales de la mairie. Ce faisant, ils rétrocèdent des parties de leurs champs à des demandeurs de parcelles qui ne supportent pas les tracasseries de la mairie en la matière. Ces acquéreurs de parcelles dites informelles procèdent immédiatement à la mise en valeur en matériaux définitifs de leurs propriétés.

Dans une telle situation, les propriétaires coutumiers deviennent les véritables lotisseurs en lieu et place des services de la CUN ; ce qui gène davantage l'organisation du développement harmonieux de la Ville.

Néanmoins, ces pseudo-lotissements viennent combler l'incapacité de la mairie à satisfaire les demandes réelles de parcelles, bien qu'elles ne garantissent pas une sécurité foncière définitive aux bénéficiaires. Car ces derniers peuvent du jour au lendemain être « déguerpis ». L'Etat et les municipalités laissent faire parce qu'ils n'ont pas pu mettre en place une politique sûre d'accès au foncier et au logement.

S'agissant du transfert et de la capitalisation du foncier, on note l'émergence de nouveaux acteurs. En effet, de plus en plus parcelles se retrouvent dans les mains des notaires, des grands fonctionnaires et de grands commerçants qui rachètent les champs périurbains auprès de la première catégorie de propriétaires.

Encadré n° 5.1 : Exemple du lotissement extension Tchangarey

La CUN a initié un lotissement « extension Tchangarey » en 2006, suite à ceux opérés en 2001 dans le cadre de l'opération « arriérés de salaires contre parcelles ». Ce projet de moindre envergure au départ, a pris de l'ampleur avec les demandes croissantes des propriétaires coutumiers. Cela transforme le caractère du lotissement qui devient informel, car ne répondant plus à la procédure légale en matière d'aménagement foncier. Entre autres, on note l'absence d'autorisation de lotir et des vices d'attribution du marché. Devant le fait accompli, il fallait donc régulariser ces opérations de plus de 10 000 parcelles toutes immatriculées anarchiquement en Bis, Ter, Qar. En outre, il a été relevé des insuffisances comme la non hiérarchisation de la voirie, la non programmation d'équipements publics et le débordement du lotissement sur la « ceinture verte ». Pire, ce projet n'a pas l'approbation du Ministère de l'Urbanisme, de l'Habitat et du Cadastre (MUH/C).

Sa remise en cause a permis de hiérarchiser la voirie, d'y retirer la ceinture verte et de procéder à un dédommagement équitable des PC. En effet, le dédommagement des PC a été un véritable scandale car jalonné d'inégalités avec 0, 15, 25% pour les PC les moins puissants contre 80 voire 200% pour ceux qui maîtrisent les circuits mafieux. Pour dédommager les PC de « la ceinture verte », le MUC/H a dû déclasser quelques réserves foncières pour les mettre à leur disposition. Voila une opération formelle au départ qui devient informelle en donnant lieu à un endettement de la CUN et à un morcellement des réserves foncières prévues pour les équipements socio-collectifs de la ville.

Malgré la production systématique effrénée de parcelles, le problème de logement se fait sentir à Niamey. Car la production de l'habitat a du mal à suivre le rythme des lotissements. Il faut dire que tout le problème est dans la possession de plusieurs parcelles. L'acquéreur a beau être riche, il ne peut pas mettre an valeur les 5, 10 voire 20 parcelles en même temps. D'ailleurs, ces parcelles sont le plus souvent thésaurisées dans l'optique une éventuelle spéculation ; dans ce cas leur revente interviendra trois à quatre ans plus tard avec un bénéfice de plus 300 %. Cet état de fait n'encourage pas la production de logements. Il en résulte un habitat très éparpillé à la périphérie qui donne lieu à un tissu urbain lâche et une très faible densité de populations auxquelles il faut apporter des services socio-urbains.

L'irrégularité des particuliers ne s'arrête pas seulement au niveau de l'achat de la parcelle. Bien au contraire, elle se poursuit jusqu'à la mise en valeur et à l'utilisation du bâti. Aussi, ne respectent-ils pas les procédures du permis de construire, du certificat de conformité et du titre foncier. De plus, ils décident seuls de l'usage à en faire selon leurs besoins ou la demande.

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery