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PCA et crise sanitaire


par Mathieu Giusiano
Université Aix-Marseille  - Master Qualité et Gestion des Risques 2020
  

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SECTION 1

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Les enjeux d'une gestion de crise sanitaire en entreprise

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I. La crise sanitaire

A. La notion de crise au sens large

Afin d'apprécier la notion de crise sanitaire, il convient de définir la crise au sens large du terme. En effet, nous constaterons dans cette partie que le concept de crise revêt une multitude de dimensions. Il apparait que la vision d'une crise peut être perçue différemment selon les acteurs et le domaine d'étude1. Par ailleurs les études menées sur le sujet de différents sociologues et chercheurs ont permis de définir plus précisément cette notion notamment via la création de typologies.

1. Définition

A l'origine, une crise définissait « des phénomènes pathologiques se manifestant de façon brutale et intense, mais pendant une période limitée, et laissant prévoir un changement généralement décisif, en bien ou en mal, dans l'évolution d'une maladie »2. Selon Hippocrate cette notion de crise renvoyait au domaine médical pour lequel il existe une crise heureuse et une crise funeste. La crise était le moment où il fallait décider du traitement à promulguer au patient. Le terme évolue avec l'historien grec Thucydide dans son livre sur La Guerre du Péloponnèse traitant du conflit entre les athéniens et les spartiates. En effet, la crise revêt alors une nouvelle dimension, un nouvel état, qui est la conséquence même d'une prise de décision. Elle n'apparait plus uniquement comme un processus de changement, mais devient un lieu de réflexion sur l'évènement et ses origines, « moments de vérité où s'éclairait la signification des hommes et des événements »3.

Etymologiquement le mot crise provient du grec krisis qui signifie décision, jugement. En cela, la crise constitue une rupture d'équilibre qui nécessite l'adoption de choix. Cette prise de décision va donc permettre de surmonter la crise ou bien de la subir.

1 M. MILET (2005). Cadres de perception et luttes d'imputation dans la gestion de crise : l'exemple de « la canicule » d'août 2003. Revue française de science politique, vol. 55 (4), 573-605

2 Trésor de la Langue Française (TLFI)

3 R. STARN, (1976) « Métamorphoses d'une notion », in Communications, n° 25, pp. 4-18

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Somme toute, il est possible de décrire la crise comme étant « un événement pénible aux conséquences fâcheuses qui s'insère dans un phénomène en mouvement et qui implique des individus »1. Ainsi, pour Hermann en 1972, « une crise est une situation qui menace les buts essentiels des unités de prise de décision, réduit le laps de temps disponible pour la prise de décision, et dont l'occurrence surprend les responsables ». Il s'agit donc pour lui d'un évènement externe ou interne soudain qui vient perturber l'équilibre de l'organisation, on parle alors d'approche événementielle. De son côté, Shrivastava (1988) définit les crises comme des « événements à faible probabilité et à fort impact ». En réaction à la catastrophe de l'usine de pesticides à Bhopal survenu en 1984, il ajoute toutefois, que « les crises ne sont pas des événements, mais des processus étendus dans le temps et l'espace » (1992). Ainsi, dans cette approche, une crise serait l'aboutissement de plusieurs évènements à l'origine interdépendants les uns des autres. En effet, en raison d'un contexte organisationnel et environnemental dans lequel ils se produisent, ces évènements évoluent, engendrant des réactions en chaîne, objets même de l'origine de la crise.

De même, Karl E. Weick (universitaire américain - professeur en science de l'organisation) démontre que derrière les organisations les plus complètes en apparence (SAMU, aiguilleur du ciel, contrôleur de central nucléaire, ...) peuvent exister de nombreuses situations exceptionnelles ou fluctuantes qui sont de l'ordre de l'inattendu et de l'inimaginable. Ces aléas, selon Weick (1988) « menace les buts fondamentaux d'une organisation ». Enfin, plus récemment, Thierry Libaert (expert en communication des organisations) appuie cette théorie en précisant que bien souvent l'opinion publique a tendance à confondre la crise et son élément déclencheur comme une seule et même chose. En effet, la crise est une sédimentation plus ou moins longue et plus ou moins complexe selon les domaines concernés. L'élément déclencheur ne serait que l'étincelle révélant la crise.

Perrow (1984) et Forgues (1996) développent quant à eux une approche processuelle de la crise qui n'est pas imprévisible. En effet, l'organisation d'une entreprise est construite sur divers processus au sein desquels peut survenir un dysfonctionnement potentiellement repérable. Des erreurs humaines, sociales, entrepreneuriales ou la combinaison de celles-ci peuvent être à l'origine d'une crise. Cette approche fait l'hypothèse que l'évènement intervient sur un terrain

1 J. BOUMRAR (2010). « La crise : levier stratégique d'apprentissage organisationnel. » Vie & sciences de l'entreprise, 185-186 p.13

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propice à la survenue d'une crise. Dans ce cas, l'origine de la crise peut être identifiée1. Les auteurs de l'approche processuelle distinguent ainsi trois phases d'une crise :

· La phase de déclenchement : où se retrouvent les origines de la crise ;

· La phase aiguë : qui concerne trois manifestations critiques :

a) la convergence des informations et des événements vers l'entreprise ;

b) le dérèglement de ses routines de gestion ;

c) la remise en cause de son identité, sa culture, sa mission et ses valeurs.

· Phase de rééquilibrage et de changement : moment où l'entreprise peut opter soit pour retourner au statu quo, soit initier un changement profond.

Par conséquent, en se basant sur l'approche processuelle, une catastrophe ou un accident industriel peut être considéré comme un phénomène normal bien qu'il soit imprévu. Ce sont des « événements rares mais inévitables » qui ne peuvent pas être une surprise, puisqu'ils font déjà partie du système de l'entreprise (Perrow, 1984 ; Forgues, 1996).

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