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La dialectique " INDIVIDU - SOCIETE " et sa rationalisation dans l'universel concret chez Eric Weil


par Emmanuel Lenge
Université Saint Pierre Canisius - Grade de bachelier en Philosophie 2005
  

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CHAPITRE PREMIER : L' AVENEMENT DES SOCIETES MODERNES.

1.1. La morale comme fondement de la vie en communauté.

L'individu raisonnable ne vit pas isolé ; il vit au sein d'un groupe et de ce fait il est conditionné par la communauté dans laquelle il vit : lorsqu'il prend conscience de ce conditionnement, il agit sur lui-même pour se conformer à ce conditionnement. Cette action de l'individu raisonnable sur lui-même est guidée par la volonté morale. C'est un effort pour faire coïncider en lui la volonté empirique et la raison. En effet, pour Eric Weil, la liberté de l'individu libre, c'est sa raison et sur le plan de la morale, elle n'est rien d'autre que l'auto - détermination de l'individu rationnel en opposition à la détermination passive de l'individu empirique « par ses caractères empiriques ». Cette identité entre la liberté et la raison peut susciter une interrogation : si la liberté est identique à la raison, d'où vient le mal ? Et d'abord qu'est ce que le mal ?

Pour Eric Weil, le mal moral par excellence, c'est le désir senti et la recherche de la satisfaction de ce désir senti ; cette réponse cependant engendre une autre interrogation. Si la satisfaction du désir senti est le mal moral par excellence quel est donc le critère de l'action morale ? A quelle condition devons nous agir ? N'est-il pas mieux de rester inactif  face à cette indétermination?

L'individu inséré dans une communauté ne peut pas ne pas agir, s'il renonce à l'action, il se retranche de la communauté concrète. Le fait de se retrancher de la communauté est un acte de folie. Si par contre l'individu justifie d'une justification empirique (c'est-à-dire par son vécu quotidien devenu une routine) et qu'il sait injustifiable devant le tribunal de la raison n'importe quelle action, il s'expose au danger réel d'avoir à lutter contre ceux qui adhèrent à d'autres systèmes du même type ; il sera alors considéré comme criminel par ceux-ci. 5(*)

Par conséquent, tout homme qui veut vivre dans le monde, en quelque lieu que ce soit sans être tenu pour fou ou jugé comme criminel, doit vivre selon la morale qui est en lui mais en se soumettant à la loi concrète de sa communauté.

La morale est contraignante, car elle s'oppose parfois aux aspirations naturelles de l'homme qui, s'il n'est pas naturellement mauvais, n'est pas non plus naturellement bon. Il est placé, devant l'impératif de la loi morale, dans une situation de rejet, dont la révolte peut être une expression6(*)

1.2. L'individu moral peut- il se révolter ?

L'individu vivant dans la communauté peut-il se révolter contre les lois qu'il estime injustes ? E. Weil dit que ce qui caractérise l'homme « ce n'est pas en premier lieu le don divin de s'étonner mais celui de s'ennuyer et d'être mécontent. C'est de là que vient son désir de travailler mais sans doute aussi celui de se révolter ». Contre quoi peut se révolter l'individu sinon les lois ?

Commençons donc par distinguer deux niveaux de lois et du droit qu'elles fondent : le droit naturel et le droit positif.

Le droit naturel est d'après E. Weil, celui auquel le philosophe se soumet lui-même quand bien même le droit positif ne l'y obligerait pas : il veut agir afin de contribuer à la réalisation de l'universel raisonnable. Le droit naturel invite à un traitement égal et en égal de tous les êtres humains.

Dans le droit naturel, il n'y a pas d'esclaves d'une part et d'hommes libres d'autre part, d'inférieur et de supérieur par nature. Le droit naturel montre à l'homme qui veut vivre en communauté en égal des autres membres de la communauté, qu'il doit se considérer comme leur égal y compris dans ce qu'ils ont d'immoral : seul l'aveu de la défaite de ses prétentions à une vie pure lui permettra de réaliser la morale.

Quant au droit positif, il vient régler les rapports pratiques entre les hommes. C'est le droit écrit. La critique du droit positif historique a pour fondement le droit naturel. Le droit naturel est souvent identifiable à ce qui va de soi, ce que telle communauté « considère comme obligations et droits si évidents qu'il lui semblerait ridicule de le formuler et qu'elle s'en remet aux usages et à la coutume, autrement dit à la pression que tous les membres de la communauté exercent sur ceux qui voudraient désobéir à ces règles. »7(*)

Le droit naturel est donc supérieur au droit positif parce que le droit positif tire sa valeur de la codification, du fait qu'il est écrit, alors que le droit naturel n'a pas besoin d'être écrit pour être reconnu.

La morale, pour Weil, a pour but la subordination de l'individu à la raison présente dans la loi qui est comprise comme la forme de l'universalité dans le concret de l'existence empirique i.e. dans la communauté où l'individu est inséré. Par conséquent, l'homme moral ne doit pas participer à une révolte (révolution) quand bien même elle serait justifiable. Si le but peut en être justifiable quand il vise la réalisation d'une justice plus grande, le moyen est inadéquat puisqu'il constitue la négation même du but premier de la morale : le respect de la loi.

* 5 Eric WEIL, op. cit. p. 145.

* 6 Dans le même ordre d'idées, dans la Philosophie morale, Weil affirme que l'individu doit être amené au bien, il doit être éduqué - et donc pouvoir l'être - pour vouloir le bien et pour fuir le mal ; abstraction faite de cette éducation, il n'est ni bon ni mauvais, il est, amoral, non immoral, parce que cette abstraction fait de lui un animal. Cfr. Eric Weil, Philosophie Morale, Paris, J. Vrin, 1961.

* 7 Ibid. p.39.

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