WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Histoire de l'objet banal dans l'histoire picturale de la première moitié du XXème siècle

( Télécharger le fichier original )
par Delphine Billard-Kunzelmann
ENS-lsh Lyon - DEA stylistique 2004
  

sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Histoire de l'objet banal dans l'histoire picturale

de la première moitié du

XXème siècle

Francis Ponge et Bernard Heidsieck se placent au coeur d'une histoire de la banalité et de l'objet banal propre au XX ème siècle. On ne peut parler de leur monde référentiel sans penser à toute une réflexion sur le thème de la banalité qui prend sa source dans l'art moderne, dans la sociologie, dans la philosophie dans la musique et la littérature. Pourquoi la citer en dernier ? Parce que l'on observe -- et nous rejoignons sur ce point Bernard Heidsieck -- un retard notable de la poésie en l'occurrence, dans les recherches expérimentales sur le banal et le quotidien. Nous nous intéresserons ici à l'influence possible du monde artistique dans la mesure où non deux auteurs se déclarent eux-mêmes très proches de ce monde. Leurs écrits nous le prouvent. Cependant, dans cette étude, nous allons surtout nous intéresser à l'atmosphère du début du XXème siècle face à l'objet et non à l'influence directe de tel ou tel peintre même s'il en sera malgré tout question de façon indirecte.

A) Platon et Aristote

Dans un premier temps, nos deux poètes se placent dans des conceptions poétiques qui s'opposent à la définition de la mimésis selon Aristote.

Aristote défend la thèse suivante : c'est parce que l'on sait qu'on a affaire à une imitation qu'elle nous procure du plaisir. Imitation n'implique pas illusion. Il exprime en ces termes un exemple de ce plaisir :

Nous avons plaisir à regarder les images les plus soignées des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, par exemple les formes d'animaux parfaitement ignobles ou de cadavres1(*)

Le plaisir trouve sa source dans le fait qu'on sait que ce n'est pas du réel, mais une copie.

Par contre, chez Platon, c'est l'inverse : imitation implique illusion. Donc l'art se réduit à son contenu car tout le reste est supposé invisible. En effet, selon lui l'art mimétique est pernicieux car il s'agit d'un remplacement compensatoire qui imite ce qu'il ne peut reproduire. Mieux vaut la chose elle-même que son imitation ou son apparence. Ainsi Socrate dans La République s'amuse de ses auditeurs et leur fournit le contre-exemple du miroir :

un miroir dans la main (...) tu auras vite fait de produire un soleil, avec ce qu'il y a dans le ciel, vie de produire une terre, vite de te produire toi-même et aussi bien le reste : animaux, objets fabriqués, plantes et tout ce dont on parlait à l'instant.2(*)

Cela va même plus loin dans la mesure où selon Platon les choses elles-mêmes qui sont éphémères ne sont que l'application des « formes intelligibles » éternelles. Nous sommes très proches de la distinction implicite de Ponge qui choisit dans les choses banales leur aspect le plus banal, en un traitement non de la chose elle-même mais quasiment de l' « idée » de la chose. Si l'on considère dès lors un objet réel comme objet esthétique et donc sorti de sa fonction usuelle, selon Kant, c'est moins l'objet qui est la source de ce regard particulier que notre propre attitude.3(*)

Le travail mené par Heidsieck sur des prélèvements du réel appelés « biopsies » semble prendre au pied de la lettre cette conception de Platon : pourquoi copier le réel quand nous avons les moyens, avec le magnétophone (qu'un ami de Dufrêne lui fera découvrir en 1959), de le prélever à sa source ?

Cependant la notion de « mimésis » comprise chez Aristote non pas comme copie du réel--ainsi que l'entendait Platon--mais comme ce qui « désigne ce mouvement même qui, partant d'objets préexistants, aboutit à un artefact poétique ; et l'art poétique est l'art de ce passage. »4(*), c'est-à-dire création, transposition en figures de la réalité, cette notion caractérise bien évidemment Heidsieck non seulement dans sa période précédente mais aussi celle des années qui suivent les biopsies et aussi Ponge. En effet, comment interpréter autrement leur traitement du banal que comme agencement chez Heidsieck--il y a un véritable travail sémantique et rythmique en plus de ses enregistrements--et chez Ponge comme création à partir des choses devenues objet (nous reviendrons sur ce point) de nouveaux objets cette fois-ci poétiques.

* 1 Aristote, Poétique, 48 b 9-12 (trad. Dupont-Roc et Lallot), Ed. du Seuil, 1980, p. 43.

* 2 Platon, La République, X, 596 d-e, OEuvres complètes, t. I, (trad. Léon Robin), Gallimard, « Bibliothèque d la Pléiade », 1950, p. 1206.

* 3 Kant, La Critique de la faculté de juger.

* 4 R. Dupont-Roc, J. Lallot, Aristote, La Poétique. Le texte grec avec une traduction et des notes de lecture, Paris, Le Seuil, 1980, p. 20.

sommaire suivant