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Du mouvement de révolution circulaire dans la pensée de Platon


par Guillaume RIVET
UFR Poitiers - M1 sociologie et M1 philosophie 2008
  

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Conclusion

Il apparaît désormais clairement que le mouvement de révolution circulaire se manifeste à des degrés divers dans les dialogues platoniciens. Il ne se contente pas d'être effectif dans la rotation des astres ; il s'applique dans le devenir, en assurant les cycles de décadence et de régénérescence, que se soit dans le domaine du politique ou de la transmigration des âmes.

Le récit de ce mouvement est bien souvent mythique, bien qu'il soit basé sur des proportions géométriques. Si les mathématiques peuvent expliquer la régularité et l'harmonie des cycles, Platon n'écarte pas les dieux issus de la mythologie grecque et leur donne un rôle central dans la cosmologie. La bonté démiurgique trouve son expression dans le nombre et dans la forme circulaire, laquelle est la meilleure imitation possible de la perfection et de l'immuabilité des Formes. Lors du retrait du démiurge, ce sont les astres, animés par les âmes des dieux olympiens, qui assurent la régularité des mouvements astraux. Mais la source du mouvement, que ce soit pour le ciel ou pour le monde sublunaire, est l'âme du monde, éternelle, automotrice et motrice de tous les corps. L'âme du monde embrasse l'univers dans son ensemble, elle en est l'intellection la plus aboutie. Ce mouvement circulaire est lié à Nécessité, sans lui le corps du monde mourrait.

Tout comme le corps du monde est le véhicule de l'âme et que l'âme donne la direction à son mouvement, la tête de l'homme est le siège de l'âme qui guide son existence. En effet, la correspondance entre le macrocosme et le microcosme est maintenant évidente, le premier étant le modèle du second, par sa perfection plus grande. Le fait que le non engendré est supérieur à l'engendré est une constante chez Platon ; cela explique la prépondérance des Idée sur la matière, la supériorité de l'intelligible sur le sensible, la primauté de l'âme sur le corps. La vie des hommes dans le monde sensible est un simulacre de celle de la divinité, divinité sans laquelle l'homme court à la destruction, comme l'illustre le mythe de Kronos. Ainsi, alors que dans les cieux le mouvement de révolution circulaire assure la mesure du temps, dans le sensible les cycles se traduisent par la décadence inéluctable des organismes et des

cités, qui passent de la génération à la vieillesse, du gouvernement vertueux à la tyrannie, avant que de nouveau un nouveau cycle vertueux fasse jour. De là vient que pour retarder la destruction de la cité, les hommes doivent imiter l'harmonie cosmique et prendre pour modèle un pasteur divin. De même, le cycle des âmes suit un parcours délimité d'une part par Nécessité et ses filles, et d'autre part par leur capacité à contempler l'intelligible, c'est-à-dire la disposition qu'elles ont à mener une existence vertueuse. Le but ultime de la recherche de la vérité est de rejoindre la perfection céleste, afin de pouvoir enfin se passer de la chair et des réincarnations. Il est donc possible d'échapper au cycle, à condition de quitter le sensible pour l'intelligible. C'est là l'espoir de la philosophie platonicienne.

L'inversion du mouvement rotatif, inclus dans le mouvement de révolution circulaire, se traduit de plusieurs façons, en fonction du sujet auquel il s'applique. Pour ce qui est de la course des astres, la succession des périodes termine un cycle lors de l'avènement de la grande année?, qui correspond à la restitution de l'ordre originellement instauré par le démiurge. Dans le monde sublunaire, l'inversion a des conséquences plus tragiques pour les vivants. Elle est une catastrophe qui conduit au trépas une bonne partie de l'humanité, plongeant les rescapés dans l'oublie des cycles antérieurs. Lors de la rétrogradation, seuls ceux qui ont assez contemplé la vérité survivent ; ils deviennent les seuls témoins de l'âge révolu. Dans le domaine du politique, la succession des périodes qui font progressivement passer de l'aristocratie à la tyrannie, c'est-à-dire de la raison à l'animalité, se conclut par le retour cyclique de la vertu, une fois le règne du pire accompli, nécessairement. Pour ce qui est des périodes de réincarnations des âmes, elles se poursuivent jusqu'à accomplir un laps de temps estimé à dix mille ans ; après les réincarnations successives, la fin du cycle aboutit à la possibilité pour toutes les âmes, durant une période, de contempler l'intelligible. L'ascension totale des âmes a pour but de trier celles qui ont les facultés et la volonté de connaître le vrai et le beau, de celles qui sont trop faibles pour cela. La sélection a pour vocation de déterminer le type de réincarnations qu'elles subiront et la possibilité ou non d'une réminiscence. Comme pour la grande année, il s'agit en quelque sorte d'une remise à zéro significative d'un temps cyclique supérieur aux périodes qu'il englobe. Tous ces éléments confortent l'hypothèse de travail selon laquelle le mouvement de révolution circulaire s'applique non seulement aux rotations astrales, mais aussi au monde sublunaire, que ce soit pour les plantes, les animaux, les hommes, les cités ou les âmes.

Loin d'être figée dans une rigidité dogmatique, la pensée de Platon introduit une recherche constante de l'harmonie, dont le nombre et la géométrie sont les piliers, l'institution d'une justice divine conçue pour servir de modèle à celle des hommes, mais aussi la liberté dans le choix de la destinée humaine, qui confie à l'âme une part de responsabilité dans sa destinée. Ce qui rythme l'ensemble de ce mécanisme cosmologique et éthique est l'âme du monde, principe du mouvement de l'univers. Le mouvement circulaire a donc une cause ontologique, qui trouve sa justification en lui-même. Il est antérieur à tout, et la cause de tout ; il est la condition sine qua non de la vie du corps du monde et de tout mouvement particulier. La circularité de son mouvement émaille des domaines aussi divers que l'astronomie, le politique, le récit mythique, ou bien encore la destinée des âmes. La pensée de Platon se refuse à la linéarité du discours et de la temporalité, préférant la perfection du mouvement circulaire. Cette circularité n'est pas vaine, elle signifie une recherche de perfection ; elle n'empêche nullement une évolution vers le bien et facilite au contraire la dynamique vertueuse. Le mouvement circulaire a donc une nécessité logique, doublée d'un sens moral. La pensée de Platon porte en elle une dynamique unique -- celle de ce mouvement singulier désigné sous le terme de mouvement de révolution circulaire -- qui dans ses manifestations se décompose en de complexes et subtiles modalités.

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