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L'Inde un enjeu cognitif et réflexif. Etude des voyageurs de l'Inde et des populations diasporiques indiennes

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par Anthony GOREAU
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - DEA 2004
  

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2) Une communauté transnationale ?

Si les NTIC permettent d'entretenir un lien avec l'Inde, d'élaborer une double présence, celles-ci conduisent aussi à des reconstructions d'ordre identitaires mais aussi d'ordre sociales pouvant aboutir à une modification de la culture et donc à une perte de le spécificité des migrants indiens installés en France.

« La question particulière porte sur le fait de savoir ce qu'il en est de notre rapport au réel quand les conditions de la symbolisation changent »111(*).

Les cultures sont réceptives aux influences extérieures (en un sens toutes les cultures ont été et sont des cultures de contact), or les changements qui affectent la communication et l'image sont des changements présentés le plus souvent comme culturels. Si nous considérons la culture comme étant vivante, en perpétuelle renégociations, le contact, la mise à l'épreuve de l'autre sont plutôt l'occasion d'une vérification ; quelles sont les réactions de la culture en contact ?

Les NTIC portent ce contact dans le domaine de l'instant, ainsi, la communication en ligne conduit-elle à un renforcement de la cohésion du groupe (mais cette fois-ci à l'échelle de l'ensemble diasporique) ou au contraire à une atomisation des individus (l'individu se détachant de l'attraction de la communauté par le biais du lien virtuel rendu possible par Internet et plus particulièrement par la messagerie électronique), à une perte de spécificité culturelle ?

Cette interrogation est d'autant plus pertinente que l'effet premier de la révolution des communications est de fondre le local dans le global. La dimension temporelle maîtrisée par l'instantanéité offre une continuité aux espaces disjoints que sont les différentes localisations de la diaspora. Les NTIC permettent dès lors d'orchestrer un bouleversement scalaire : « le monde est dans le lieu, le lieu est dans le monde [...] Fulgurance scalaire où le local saisit le global en même tant qu'il est saisit par lui »112(*).

Cette modification scalaire est entretenue par les relations qui se tissent entre les différents pôles de la diaspora indienne (France, Royaume-Uni, Afrique australe et orientale, Mascareignes...) déterminant à la manière des grandes firmes un caractère transnational à la communauté indienne. Caractéristique que les NTIC ne font qu'amplifier et permettent d'entretenir une conscience de la dispersion en temps réel, le monde devenant territoire de la diaspora indienne.

Mais, c'est pousser trop loin le raisonnement. Même si les NTIC permettent un rétrécissement scalaire et une certaine continuité temporelle, la conscience identitaire de la communauté indienne en France s'effectue par des efforts inouïs pour maintenir un lien avec la terre d'origine (malgré la dispersion). Les NTIC mettent au goût du jour la question des niveaux pertinents d'appartenance à une seule communauté et leur articulation : le local (l'entre-soi communautaire de la Chapelle), le régional (la France) et le global. Cette dimension de l'articulation des échelles englobe la question de l'unité des différentes communautés indiennes. Car le lien en France par exemple est évident entre la communauté tamoule et sa terre d'origine (lien qui lui permet d'ailleurs de jouir d'avantages comparatifs pour les commerces qu'elle entretient à la Chapelle), mais il devient plus flou entre cette même communauté et celle d'un autre pays d'accueil. De même, quels liens entretiennent les différents groupes constitutifs de la diaspora issue du monde indien ? Ces liens nécessitent une territorialisation tangible elle-même modulable en fonction des groupes présents en France. Ainsi, des Pondichériens arrivés dans les années 1950 cohabitent avec des Sikhs, des réfugiés Bangladeshi, des exilés Pakistanais ou Sri-lankais (ces deux derniers groupes majoritaires ont débarqué en masse à Paris dans les années 1970-1980, à défaut de rejoindre Londres, fermée aux flux migratoires par la nouvelle législation de Margaret Thatcher) ; tandis que certains transforment leur quotidien en little Jaffna, élisant une Miss India France, d'autres crée leur little islamabad (les Pakistanais, estimés à 40 000 commercent autour de la gare de l'Est, vers la rue Jarry, « semblable à une rue de Karachi, avec ses barbiers, ses vidéoclubs et ses snacks, où défilent en boucle des clips en ourdou »113(*)).

Ainsi, « une diaspora n'est pas un construit social, elle est une somme : celle des membres dispersés de la population considérée »114(*). Une situation commune ne suffit pas à créer une conscience commune. La diaspora ne jouit donc pas pleinement d'un caractère transnational, sinon de manière virtuelle.

* 111 Augé, M. Les formes de l'oubli. France, Paris : Ed. Payot et Rivages, 1998, 119p.

* 112 Ma Mung, E. La diaspora chinoise - géographie d'une migration. France, Gap : Ed : OPHRYS, collection Géophrys, 2000, 175p.

* 113 Marco polo, NUM 5, mai 2004.

* 114 Dufoix, S. Les diasporas. France, Paris : Ed. PUF, collection Que sais-je ? 2003, 127p.

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