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L'Inde un enjeu cognitif et réflexif. Etude des voyageurs de l'Inde et des populations diasporiques indiennes

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par Anthony GOREAU
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - DEA 2004
  

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CONCLUSION

Voyageurs de l'Inde et populations diasporiques indiennes ou d'origines indiennes installées en France métropolitaine ont pour trait commun le même bassin de références identitaires et symboliques. Ces deux groupes de population migrante se posent dans des catégories et des conditions différenciées, mais dans tous les cas l'imaginaire sert de biais à une construction territoriale où l'enjeu cognitif et réflexif de l'Inde en est la pierre angulaire. Et plus largement, c'est une nouvelle interspatialité qui se fait jour mêlant transformations scalaires (ou plutôt inclusion d'espace par transformation scalaire), interface entre l'Inde et la France dont les synapses sont l'imaginaire, les NTIC (particulièrement Internet), l'identité et la culture ; et coprésence à la fois entre ici et là-bas, entre la France et l'Inde mais aussi entre le passé et l'avenir (en plus de regarder deux directions opposées).

Ce sont les NTIC qui ouvrent la voie à cette nouvelle interspatialité.

La réflexivité prend son sens avec les nouvelles technologies de l'information et des communications, et plus largement avec l'ère de l'accélération. La mondialisation sous l'aspect du rétrécissement de l'espace temps impose aux individus de négocier des choix de style de vie parmi toute une série d'option. Le projet de vie réfléchie devient un élément crucial de la structuration de l'identité personnelle.

Dans les cas des voyageurs de l'Inde, cet enjeu réflexif se révèle par la mise à jour d'une identité de moins en moins stable, fluide, voire même flexible se raccrochant à une existence de l'Inde issue d'une appropriation et d'une réinterprétation. On assiste dès lors à la création d'une identité nomade, animée par la volonté de l'intercultutation, du contact, de la mise en rapport directe de deux cultures différentes.

Volontiers monstrueuse ou sage, fantastique ou désolante, l'image archétypale de l'Inde se définit depuis le Moyen-Âge par deux thèmes particulièrement saillants, dont perdurent encore aujourd'hui avec une moindre acuité, sinon des variations : Monstruosités et « sagesses » (hindouisme et utopies en particulier). Ces images kaléidoscopes réactivent le paradoxe d'un Occident fasciné et méfiant devant une Inde insaisissable, onirique issue de l'enchevêtrement des realia et des mirabelia.

L'Inde n'a donc jamais été découverte mais sinon au moins inventée et réinventée au fur et à mesure des évolutions, des attentes des Français. Elle n'existe qu'au travers de la subjectivation des individus qui se la représentent et la perçoivent d'une manière non analogue à la population indienne.

L'imaginaire humain noue d'ailleurs avec ce qu'il imagine une relation de complicité : lui-même est en partie le produit de certains territoires humains et sociaux et, donnant naissance à de nouveaux territoires, s'immerge partiellement en eux, se territorialise comme par et avec eux. Il y a fusion partielle de ce qui imagine et de ce qui est imaginé.

Toutefois, les NTIC bouleversent les conditions de circulation de l'image entre l'imaginaire individuel, l'imaginaire collectif et la fiction. C'est cette condition de circulation qui forme à la fois l'enjeu cognitif et réflexif mais aussi cette interspatialité concernant à la fois les voyageurs de l'Inde et les migrants indiens.

Cet imaginaire motive une double création territoriale à laquelle on peut lui suppléer des suffixes et des préfixes. Territorialisation en Inde par la création d'un entre-soi élaboré en fonction de cet imaginaire pour les voyageurs français, et inversement, création d'un micro-territoire en France par les migrants indiens.

Ce micro-territoire de diaspora identifié dans le mémoire au quartier de la Chapelle à Paris détermine une reterritorialisation, faite d'imprimés identitaires extraits de la substance territoriale de l'Union Indienne ; l'arrachement à la terre natale constitue elle une déterritorialisation. Le processus est identique pour les voyageurs français de l'Inde mais les étapes n'ont pas la même signification géographique : la reterritorialisation en France se fait dans le temps du retour, elle est animée par la nostalgie et le flou identitaire exercé par l'Inde.

Cette conceptualisation se concrétise par des modifications en termes d'enjeux et d'impacts de type identitaire et paysager ; la collusion entre les deux générant une confrontation de pouvoir et un défi de gestion, de gouvernance locale mais aussi de développement. Ce risque prend toute son ampleur dans les étapes de reterritorialisation pour les migrants indiens et de territorialisation pour les voyageurs de l'Inde, c'est-à-dire lorsqu'il y a contact culturel.

Tout déplacement quelle que soit sa portée et sa motivation, nous entraîne sur le territoire des autres, c'est-à-dire dans un espace produit et approprié, où de ce fait des conflits de tous ordres peuvent intervenir. Ces conflits proviennent de la redéfinition des lieux, des phénomènes de réinterprétation. Bouleversement en terme d'identité, de référents mais aussi au niveau du paysage. Peu à peu, un paysage constitué de lieux de « solitude » (ces espaces d'installation à la circulation accélérée, ne créant ni identité singulière, ni relation mais solitude et similitude) se substitue à un paysage vernaculaire à usage interne servant de codification sociale (les groupes inscrivant dans ce dernier leur signature sociale).

Le rapport à l'autre est empreint du poids des images, des stéréotypes générant parfois de véritables non-lieux dans le cas des circuits touristiques en Inde, où cette fois, les voyageurs entretiendraient un rapport contractuel avec celui-ci qui prendrait la forme de ces hôtels standardisées parfois ornés d'une certaine architecture typée faisant foi d'une archaïsation du paysage. Les individus ne sont identifiés, localisées et socialisés qu'à l'entrée ou à la sortie de ces non-lieux.

D'une autre manière, la création d'espace d'entre-soi (en Inde pour les français et en France pour les migrants indiens) ouvre la voie à des rapports conflictuels en terme de pouvoir mais aussi de gestion. Ces territoires ne s'ancrent pas dans cette radicalisation de la modernité car ils sont les supports de nouveaux liens sociaux, d'utopies, ou encore de mémoire mais leur « écogenèse »115(*) se fait au détriment d'autres territoires.

Ainsi, sommes-nous capables d'investir des lieux multiples sans en changer les significations et les signatures sociales, c'est-à-dire sans générer de plus amples perturbations identitaires ? L'ampleur et la légitimité de cette interrogation prenant pied dans la révolution des télécommunications. D'ailleurs, le virtuel peut-il être un enjeu de pouvoir en terme d'appropriation ? Pour sûr il permet d'accroître la confusion des références entre la France et l'Inde (confusion que la couverture de ce mémoire essaie de symboliser).

* 115 Raffestin, C. Ecogénèse territoriale et territorialité. In : Auriac, F et Brunet, R (dir.). Espace, jeux et enjeux. France, Paris : Ed. Fayard, 1986, p173-185.

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