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Education des enfants et société:relations complémentaires ou conflictuelles. Interroger la conscience de l'éducateur face à la société

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par Anne-Carole Boquillon
Université de Tournai - Graduat éducateur spécialisé 2008
  

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Education des enfants et société : relations complémentaires ou conflictuelles ?

Interroger la conscience de l'éducateur face à la société

SOMMAIRE

1 INTRODUCTION 2

2 LA SOCIÉTÉ ET L'ÉDUCATION 4

2.1 LES GRANDS CHANGEMENTS DE LA SOCIÉTÉ 4

2.1.1 L'AUTORITÉ 4

2.1.1.1 L'autorité au temps de la pédagogie noire 5

2.1.1.2 L'autorité aujourd'hui 6

2.1.2 LA FAMILLE ET L'ÉCOLE 9

2.1.3 LA PRÉCARITÉ ET L'EXCLUSION 11

2.1.4 LA RECHERCHE DE LA NORMALITÉ 13

2.2 L'ASSISTANCE 15

2.2.1 LES MESURES JUDICIAIRES 15

2.2.2 LES RISQUES DE L'ASSISTANCE 16

2.2.3 LA PLACE DES SENTIMENTS QUAND ON SÉPARE ENFANT ET PARENTS 18

2.3 LE MODERNISME 20

2.3.1 LE MATÉRIALISME 21

2.3.2 L'EFFET DE LA TÉLÉVISION 22

2.3.3 L'EFFET DE L'INFORMATIQUE 24

3 LA SOCIÉTÉ ET LES ENFANTS 26

3.1 LA RECHERCHE DE L'AUTONOMIE 26

3.2 LE VÉCU DES ENFANTS 29

3.2.1 LA SOUFFRANCE DE L'ENFANT 30

3.2.1.1 La démotivation 32

3.2.1.2 Les enfants tyrans 33

3.2.1.3 L'hyperactivité 35

3.2.2 LA VIOLENCE 36

3.2.3 LA MALTRAITANCE 37

3.2.3.1 Quand la société veille 37

3.2.4 L'AUTODESTRUCTION 39

3.2.4.1 Les tentatives de suicide 39

3.2.4.2 L'alcool 40

3.2.4.3 La drogue et Les médicaments psychotropes 41

3.2.4.4 Les troubles des comportements alimentaires 42

3.2.4.5 Les jeux dangereux, sources de sensations intenses 43

3.3 LA MÉDICALISATION 44

4 LA SOCIÉTÉ ET LES ÉDUCATEURS : 46

4.1 LE RAPPORT À LA LOI 46

4.2 LE TRAVAIL DE L'ÉDUCATEUR 48

4.3 L'ACCOMPAGNEMENT 50

4.3.1 LA PLACE DU LANGAGE 51

4.3.2 LES DÉRIVES DU MÉTIER 52

4.4 LEUR PLACE PAR RAPPORT AUX AUTRES INTERVENANTS 54

5 CONCLUSION 56

6 BIBLIOGRAPHIE 59

6.1 COURS 59

6.2 LIVRES 59

6.3 INTERNET 60

1 INTRODUCTION

De nos jours, il semble qu'il y ait un problème dans l'éducation des enfants. De nombreuses personnes se plaignent que les enfants sont mal élevés, qu'ils sont impolis, fainéants, la liste est longue. Ceci n'est pas uniquement un phénomène subit par un seul pays, mais bien généralisé dans les pays civilisés, où le développement de la qualité de vie est important. Ce phénomène de société porte évidement en son nom la principale raison de son développement, c'est-à-dire que c'est la socialisation des peuples qui est la génératrice de ce processus.

Je souhaiterais baser mon travail de fin d'études sur ce phénomène de société qui accablent la population. Ce sujet est également un point central de mon futur métier d'éducatrice. En effet, dans une époque où l'éducation est montrée du doigt, où de nombreux éducateurs sont sollicités pour accompagner des personnes en souffrance, il me semble nécessaire d'interroger notre objectif éducatif. Pouvons-nous affirmer que toutes ses mesures que nous prenons sont réellement efficaces, nécessaires, et surtout nous mènent-elles à l'objectif désiré ? Ne risque-t-on pas, en tant que futur éducateur, de tomber dans des excès dus à la société et à la normalisation ? Pourrions-nous affirmer faire notre métier avec notre coeur, dans la même volonté d'aider son prochain à franchir les difficultés de la vie ?

Nous avons vu au cours des trois années d'études les différents systèmes éducatifs, les différentes théories psychologiques, les différentes lois qui se sont établis au fur et à mesure des générations successives, avec à chaque fois une volonté de changement de la vie en général, pour l'amélioration de celle-ci.

L'étude des différents systèmes éducatifs m'a d'autant plus intéressé par le fait que, malgré tous les efforts fournis pour améliorer les « défauts » de l'éducation, la population est de plus de plus désorientée dans le choix de l'éducation des enfants. Certains se réfèrent à l'éducation qu'ils ont reçus, d'autres préfèrent complètement nier l'influence de leur propre éducation en éduquant leurs enfants différemment de ce qu'ils ont vécu.

Différentes théories d'éducation traversent le monde également. Celles-ci se sont basées sur la connaissance de l'enfant qui a été acquise au fur et à mesure des années. Nous avons vu, ces dernières années, certaines théories et modes de pensée : Piaget, avec la psychologie de l'enfant, Winnicott, avec le processus de maturation de l'enfant et la préoccupation maternelle primaire, Sigmund Freud, et ses théories sur l'inconscient et des pulsions, Mélanie Klein avec les stades de la libido de l'enfant à l'adulte, pour ne citer que ceux-là, la liste étant très longue et non exhaustive. Ces différentes théories font que l'on a porté, à mesure que les générations passent, de plus en plus d'attention au développement de nos enfants, tant physique que psychique. L'enfant est devenu le centre des préoccupations dans la société.

La société, pour protéger l'enfant, a établi de plus en plus de lois pour son bien, sa protection. Nous avons, comme exemple, les droits des enfants (1989), les droits des jeunes (dans le décret de l'aide à la jeunesse 1991) et le code de déontologie (1997) qui touche plus spécialement les intervenants auprès d'enfants. Ces lois, qui pourtant ont été créée pour la protection de l'enfant, se trouvent malgré elles en décalage avec la société moderne. Elles peuvent être, d'un côté très sécurisantes et rassurantes, mais de l'autre, elles peuvent être enfermantes, catégorisantes.

Nous sommes actuellement à la recherche de la recette miracle pour une éducation réussie. Beaucoup de gens se documentent, de nos jours, afin de réussir à élever leur propre enfant. C'est comme dans un livre de cuisine : dans certains livres, on y trouve « ce qu'il faut absolument faire » et « ce qu'il ne faut surtout pas faire » pour avoir un « enfant parfaitement éduqué », étapes par étapes, comme on aurait toutes les explications pour avoir une dinde cuite parfaitement.

Mais nous sommes en position de se demander si cette recette miracle existe réellement. Est-ce que toutes nos actions mises en place pour accompagner les personnes en souffrance véhiculent vraiment un côté positif ? N'essayons-nous pas de faire changer la nature des choses en vain face au destin ? Et surtout, ne risque-t-on pas d'aggraver certaines choses en voulant les arranger ?

En tant que future éducatrice spécialisée, je m'interroge sur le bien fondé de certaines actions que nous mettons en oeuvre dans l'accompagnement professionnel. Pourrais-je vivre ma carrière en gardant une bonne conscience ? Pourrais-je rentrer chez moi après une journée de travail en me disant que je n'ai en aucun cas nuis à la personne accompagnée ? Que je ne l'ai pas emmené sur une voie prédéfinie par la société qui ne correspondait pas à la sienne ?

2 LA SOCIÉTÉ ET L'ÉDUCATION

Dans cette partie, je souhaiterais développer la rupture que l'on semble ressentir entre les générations de nos grands-parents et parents avec celle dont nous faisons partie. Ces ruptures se situent, essentiellement, dans la manière de faire autorité, et dans la représentation de la famille et de l'école.

Ces changements dans l'humanité sont une des raisons qui a amené un renforcement de l'assistance sociale, de la justice. Ces mesures ont été prises afin de protéger la population de ses propres défauts et de l'augmentation de la précarité et de l'exclusion. Pour satisfaire aux nouvelles exigences d'une société de plus en plus consciencieuse, des normes de « bien » ont été établies afin de pouvoir différencier le bon du mauvais plus facilement, et surtout, par la suite, de pouvoir prévenir les erreurs et délits. Tout cela grâce au modernisme, qui a permis de simplifier les procédures, la vie des individus et qui a également donné une place majeure au confort et à la sécurité.

2.1 LES GRANDS CHANGEMENTS DE LA SOCIÉTÉ

Si nous comparons la génération actuelle et celle de nos parents, et en tenant également compte de celle de nos grands-parents, on peut constater que de nombreuses choses ont évoluées. Certaines valeurs, certains principes prédominants autrefois ont parfois même disparus, ou sont en voie de disparition, de l'éducation moderne.

Je ne prendrais dans mon travail que deux exemples de modifications des valeurs, la dégradation de l'autorité et la famille se liant avec l'école. Ils sont évidement plus nombreux.

2.1.1 L'AUTORITÉ

Nous sommes face à la problématique de la perte de l'autorité. Elle se retrouve non seulement dans les rapports parents/enfants mais également dans les rapports société/sociétaire. Ce déclin de l'autorité s'est marqué dans le courant du XXème siècle, on peut ainsi penser qu'il s'agit là de l'effet de la modernisation et de la mondialisation. Les symptômes les plus visibles sont le déclin de l'éducation et de l'instruction. Ceci peut également être mis en lien avec la cessation des différents rites (dans nos sociétés civilisées) qui faisaient passer un adolescent dans le monde des adultes. Ces rites permettaient de marquer la différence entre les générations et donnaient les bases des valeurs dominantes de la société.

Pourtant, quand on examine le nombre de lois qui régissent notre vie en communauté, on peut avoir l'impression d'être continuellement sous le contrôle des autorités.

Un constat est fait par la société actuelle. Une grande partie des enfants n'obéissent plus à leurs parents. Nous en sommes au point de chercher à inventer de nouveaux rapports entre les enfants et les parents car ce n'est plus l'autorité qui compte. Mais quelles en sont les causes ? Est-ce parce que les enfants sont plus résistants aux ordres qu'autrefois ou est-ce que les parents sont moins enclin à se faire respecter pour ne pas rendre malheureux leurs enfants ?

L'enfant ne perçoit pas forcément l'ordre comme l'adulte. Quand il est petit, les quatre ou cinq premières années de sa vie, l'enfant est susceptible de demander certaines choses au moment où il y pense. Les parents, souvent attendris par la demande, exécute celle-ci en pensant faire plaisir à leur enfant. Mais nous pouvons constater que nombreux sont les enfants qui demandent quelque chose alors qu'ils sont déjà occupé avec une autre activité. Or si le parent le renvoi à sa première occupation, l'enfant oublie souvent sa demande.

Pendant le déroulement des années, les demandes circulent et ne nuisent en rien. Sauf que, quand l'enfant fera une vraie demande, réfléchie, mais inaccessible, il ne comprendra pas pourquoi on lui refuse. Alors que généralement il pouvait disposer de ce qu'il souhaitait, il se retrouve face à la difficulté de ses parents de le satisfaire, ses besoins matériels ayant grandi en même temps que lui. Il se retrouve confronté à un refus incompréhensible pour lui, ce qui est susceptible de le mener à une perte de son identité qu'il s'était construite dans la jouissance d'être écouté et de la satisfaction de ses désirs. En son for intérieur, l'amour donné par ses parents était lié à sa satisfaction inconditionnelle. Ce refus lui donnera le sentiment de ne pas connaître sa famille, de s'être trompé par rapport aux sentiments qu'il imaginait que ses parents ressentaient pour lui.

Alors que faire ? Faire tout ce qui est dans le domaine du possible pour satisfaire notre enfant, sachant que sa construction psychique est en jeu, et lui donner un maximum ? Ou le réprimer très jeune, en ne donnant pas aisément accès à la satisfaction, pour qu'il ne soit pas berné par une idéalisation de son environnement ?

À notre époque, on fait rimer l'autorité avec l'absence de liberté. Quelle est la nécessité de l'autorité dans le rapport parents/enfants ? Sommes-nous dans une société de « laisser-aller » ? N'y-a-t-il pas une crainte de sombrer dans la pédagogie noire ?

2.1.1.1 L'AUTORITÉ AU TEMPS DE LA PÉDAGOGIE NOIRE

La pédagogie noire a vu le jour aux 18ème et 19ème siècles, même si elle était lancinante auparavant. Elle fut dévoilée et dénoncée dans le courant du 20ème siècle, en particulier par Katharina Rutschky et Alice Miller, qui ont recueilli des textes sur ce mode d'éducation qui prévalait en Europe au début du 20ème siècle. Cette manière d'éduquer fut, en partie, portée responsable du comportement des allemands durant la 2nde guerre mondiale, mais également du comportement de nombreux citoyens durant cette destruction de la civilisation.

L'obéissance de l'enfant est la clé de voûte du système. De cette obéissance va dépendre l'ensemble des dispositions que les parents pourront prendre pour modeler la personnalité de l'enfant en fonction de leurs convenances personnelles. C'est pourquoi une soumission totale doit être obtenue très tôt par des moyens violents, si besoin, afin que la terreur intériorisée par l'enfant puisse être réactivée facilement chaque fois que le parent le désire. L'enfant vit continuellement dans la peur et sert de bouc émissaire à ses parents.

Les pédagogues de la pédagogie noire soulignent qu'il faut tuer le mal dès le plus jeune âge et c'est l'idéal de la société qui, par l'intermédiaire de l'éducation parentale, va s'en charger. L'adulte est le maître suprême qui use et abuse de son statut pour arriver à ses fins, il a toujours raison. L'enfant devra étouffer toute forme de créativité pour être conforme à ce qu'on attend de lui. L'enfant est conditionné dès sa naissance et toute son enfance. L'enfant n'a pas le droit à la parole, il ne doit exprimer aucun sentiment, aucune joie qui lui est propre. Il y a une distance physique de l'adulte dès la naissance. La tendresse est considérée comme inutile, mais peut être donnée à l'enfant quand il est « gentil » c'est-à-dire conforme à ce que les parents attendent de lui. Il faut également ôter toute volonté à l'enfant le plus tôt possible, celui-ci étant alors dans l'incapacité de s'apercevoir de la manipulation et ainsi incapable de réaliser la trahison de l'adulte, de se plaindre.

Le Dr Schreber, dont le cas du fils paranoïaque fut relaté par Freud, avait écrit plusieurs manuels d'éducation très populaires en Allemagne, au XIXème siècle, dans lesquels il répétait inlassablement qu'il fallait très tôt « libérer l'enfant des germes du Mal ».

Dans ses Pensées pour l'éducation des enfants (1752), J. G. Krüger écrit par exemple : « Si votre fils ne veut rien apprendre pour ne pas céder à ce que vous voudriez, s'il pleure intentionnellement pour vous braver, s'il fait du mal pour vous irriter, bref s'il fait sa petite tête : Battez-le, faites le crier: Non, non, papa, non, non! Car une telle désobéissance équivaut à une déclaration de guerre contre votre personne. » 1(*)

Cette éducation avait le mérite de « montrer » aux autres comment on avait bien élevé son enfant. Effectivement, quelle gloire pour un père de s'entendre dire : « qu'il est sage, comme une image ». Elle mettait l'éducateur en valeur, et démontrait l'importance d'une génération soumise, dévouée à sa famille. Le père était le maître incontesté, même par la mère ; tout le monde dans le foyer se pliait aux exigences paternelles. Lorsque le maître se fâchait, battait, c'était la punition idéale, normale, et personne n'aurait pu imaginer se mettre au travers de son chemin pour l'empêcher de nuire à l'enfant : ce dernier étant fautif de toute façon puisqu'il avait contrarié le représentant de l'autorité.

Ces méthodes sont apparues au grand jour, et étrangement, la société semble avoir été choquée par cette découverte. Pourtant de nombreuses personnes l'ont vécue cette pédagogie, et certains la vivent encore à l'heure actuelle. Le courant d'idée a changé, on prend maintenant en compte la psychologie de l'enfant, des lois ont été crées pour les protéger. On a souhaité faire disparaître la violence, tant physique que psychique. La société a réalisé qu'un enfant était un être humain à part entière, même s'il est de petite taille.

Et justement parce qu'il est de petite taille, innocent à la naissance, tellement mignon et charmant, on a souhaité l'inclure dans la société comme une personne identique à l'adulte. Aurions-nous pu simplement imaginer quels étaient les risques ? Aurions-nous pu penser que l'autorité risquait d'en perdre son pouvoir ?

2.1.1.2 L'AUTORITÉ AUJOURD'HUI

La loi protège énormément les enfants de part la convention de droits de l'homme, celle des droits de l'enfant, et la convention européenne. Nous en sommes actuellement arrivé au moment où donner une fessée à son enfant désobéissant est interdit. N'y-a-t-il pas d'amalgame entre parents maltraitants et parents simplement ?

La hiérarchie est un élément majeur de l'autorité. Comment pouvoir faire entendre quelque chose sans marquer de différence ? Quand la différence n'est plus marquée, c'est la porte ouverte à la perte de l'identité adulte et enfant. Ce qui peut déclencher un risque pour la santé mentale et personnelle chez certaines personnes.

Ne pas marquer la différence est quand l'autorité est confondue avec l'idée de persuasion. Vouloir se justifier, expliquer, descendre au niveau de l'enfant est synonyme d'être son égal. Mais l'autorité n'est pas un ordre d'égalité. Mais marquer la hiérarchie n'est pas non plus un synonyme de pouvoir. Faire obéir un enfant est vu comme un acte violent, de force, de prise de pouvoir exagérée. L'autorité n'est pas non plus le pouvoir, la force. Quand la force est employée, l'autorité échoue. Utiliser la force est synonyme de tyrannie ; persécuter la personne pour qu'elle se plie à vos volontés ! Le tyran décide seul du pouvoir, de la loi, il impose sa loi.

On respecte l'autorité parce qu'on respecte la personne qui fait autorité. On respecte le fait que cette personne ait de bonnes raisons, même parfois inconsciemment, qu'elle agit ainsi parce qu'elle sait quelque chose que nous ne savons pas, et qu'il en est pour notre bien.

L'autorité, c'est le respect de la différence. Autant du côté de l'enfant, qui admet en son for intérieur, l'autorité et la différence comme juste et vérifiée ; que du côté de l'adulte qui n'a pas le pouvoir, mais fait respecter les règles sans abuser de cette forme de pouvoir total sur l'enfant.

La personne qui fait autorité ne décide pas des lois, elles sont établies pour lui, de part l'Histoire, la société. Son rôle est de transmettre ses lois aux autres et de reconnaître l'Autre comme une personne totale. Dans l'autorité, il ya quelque chose de l'ordre de la loi : une loi extérieure aux deux personnes, à leur relation. L'autorité, c'est comprendre que ce que l'un peut faire l'autre ne peut le faire. L'un a des droits que l'autre n'a pas. L'autorité sépare et relie ; elle permet de mettre chaque personne a sa place.

Dans la société traditionnelle, le présent et l'avenir reposent sur le passé. Les hommes se savent mortels, ce qui donne lieu à de l'angoisse. Les hommes ont besoin d'autorité car ceci donne une certitude, par rapport à la mort où ils ne peuvent savoir ce qu'est réellement la fin. Elle leur donne un sentiment rassurant sur des choses claires et établies. L'autorité est un moyen de régler le rapport à l'angoisse.

Dans la société actuelle, on retrouve l'apologie d'une certaine liberté. La société réglemente tout mais ce n'est pas un frein à la liberté (qui est protégée). La liberté n'est pourtant pas synonyme de « laisser faire ». La perte de l'autorité fait que nous devons porter sur nos épaules l'angoisse. Alors les gens règlent leur rapport à l'angoisse en jouissant, en consommant. Elle inclue également les pertes de la hiérarchie, des places de chacun, de la reconnaissance et du désir.

Les adolescents ont besoin d'avoir des repères, des limites établies par leurs parents. Mais si ces derniers ne sont pas dans la possibilité de se retrouver eux-mêmes dans cette société, ne retrouvent pas leur place de parents et de responsables de l'enfant, l'adolescent ne disposera pas du cadre nécessaire à sa construction personnelle. Les adolescents n'ont plus de repères, ils ne sentent pas leur inscription dans l'histoire, dans le passé. L'adolescent interroge le désir de ses parents, confrontés eux aussi aux différents phénomènes de société. Quand on est un être dans simplement la jouissance, on ne peut faire autorité car on n'a pas de désir et de place.

L'autorité, comme descendance des aînés, est un moyen de stabilité, un point de construction. Une famille transmet l'histoire, les choses ayant traits à l'histoire familiale et sociale. De nos jours, pour palier à la délinquance des jeunes, on organise des cours pour apprendre aux parents à être suffisamment autoritaire avec leur enfant. Les parents ayant un enfant « inadapté socialement » doivent acquérir des compétences, être suivi par une équipe éducative. Autrefois les compétences étaient acquises par l'âge, par la maturité et l'expérience : l'autorité était un lien. Actuellement elle est vue comme de la persécution.

La plupart des enfants, par le biais de l'école en particulier, savent très bien ce qu'il est interdit de leur faire subir. Certains s'amusent même à en profiter pour faire chanter leurs parents. « Si tu ne me donnes pas ça, je vais porter plainte et dire que tu me maltraites !!!! ». À l'heure actuelle, les parents sont d'office soupçonnés d'être fautifs et maltraitants ; l'enfant est cru sur parole, et s'imagine gagnant dans l'affaire. Il oublie qu'il ne le sera pas longtemps, car si sa plainte est reçue sérieusement, il sera retiré de ses parents pour atterrir dans un foyer ou dans une autre facilité d'accueil. Mais là son petit jeu ne pourra plus durer, car il ne pourra pas si facilement jouer avec les sentiments de ses accueillants. Et la séparation d'avec ses parents pourrait lui être insupportable. Même s'il émet des regrets, faire reculer la machine, c'est-à-dire faire annuler la procédure de placement due à un mauvais traitement n'est pas aisée et elle est très longue. De plus, il devra avouer clairement et devant les juges, ainsi que les membres de sa famille, qu'il a menti pour faire du chantage. Certains jeunes n'accepteraient jamais de perdre la face de cette manière !

Pour les parents, le choc serait terrible. Puni car ils ont pris une décision éducative pour leur enfant ! Et de plus, discriminés ! Car quoi de plus affreux que des parents maltraitants aujourd'hui ? Même si ils peuvent prouver leur bonne foi, et que l'enfant est débouté, rien ne redeviendra jamais comme avant, le doute planera toujours au dessus de leurs têtes. Les services sociaux garderont toujours un lien avec cette famille, pour continuer à vérifier, voir à s'assurer qu'ils n'ont pas fait d'erreurs en déboutant le jeune. Mais la surveillance continuelle des parents peut-être pesante.

Qui peut dire qu'il est un parent parfait n'ayant jamais fait d'erreur dans l'éducation de son enfant ? Chacun commet des erreurs, elles font même partie de la nature humaine. Le parent parfait n'existe pas et pourtant la société traque les moindres défauts d'éducation !

On pourrait même se demander s'il n'existe pas encore un guide pour apprendre à éduquer son enfant parfaitement. Dans les librairies, nous pouvons trouver une multitude d'ouvrages expliquant « comment éduquer son enfant », « comment rendre votre enfant heureux », etc. Il existe également des institutions où l'on forme les parents qui ont des enfants ayants commis des délits, parallèlement à la rééducation du jeune. On leur apprend comment ils doivent se comporter avec leur enfant difficile, puisqu'ils n'ont pas su le faire avant qu'il ne fasse une bêtise. Donc l'enfant non plus n'a plus le droit à l'erreur. Mais ce n'est pas grave, puisque l'on va rééduquer ses parents ; ce n'est pas de sa faute à lui, il est jeune, c'est celle de ses parents qui lui ont mal appris la vie. Nous pourrions nous demander ce qu'un jeune peut ressentir dans ce genre de situation. Prend-t-il lui-même conscience de ses erreurs ou rejette-t-il la faute sur ses parents ? Se considère-t-il fautif ou victime de ses parents, de la société ?

Une nouvelle fois, nous pourrions nous interroger sur le principe des erreurs. Ne sont-elles pas parfois bénéfiques ? N'apprenons-nous pas de nos erreurs ? Nul ne peut prétendre avoir conduit sa vie parfaitement, sans jamais se tromper. Un être humain se construit en avançant, en commettant des erreurs parfois importantes. Ceci lui procure une certaine expérience de la vie et lui permet de pouvoir s'insérer dans la société qui l'entoure.

Ceci représente une des ruptures séparant les générations actuelles. Une autre de ces ruptures se trouve dans les rapports qu'entretiennent de nos jours les parents et l'école de l'enfant.

2.1.2 LA FAMILLE ET L'ÉCOLE

À la suite de la pédagogie noire, nous avons pu constater l'essor de l'éducation nouvelle. Montaigne disait : « l'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume »2(*). Les théories de Rousseau influencèrent ce courant de pensée et furent mise en application par Pestalozzi, suivi par de nombreux pédagogues et humanistes, tels que Célestin Freinet, Ovide Decroly, Maria Montessori, entres autres, la liste étant très longue et non exhaustive.

L'éducation nouvelle est un courant pédagogique estimant que l'individu est acteur à part entière de sa propre formation. L'apprentissage se base sur les centres d'intérêts de l'enfant, ce qui le stimule dans son évolution scolaire. L'éducation nouvelle tente également de susciter son esprit d'exploration et de coopération. Ces principes sont la base des méthodes actives utilisées par ce courant pédagogique. L'éducation est globale, les domaines éducatifs sont égaux dans leur importance lors de l'apprentissage, que ce soit du domaine intellectuel, artistique, physique, manuel ou social.

Certaines pratiques de l'éducation nouvelle ont néanmoins été généralisées, en particulier celles visant à un apprentissage à partir du réel. Classes vertes, travaux manuels comme éducation artistique sont maintenant monnaie courante, surtout dans l'enseignement primaire.

De 1930 à 1950, l'école et la famille représentent deux sphères éducatives cloisonnées et indépendantes. A la famille revient l'éducation et la transmission des valeurs, et l'école oeuvre à l'instruction et la transmission du savoir. A partir des années 50, leurs missions respectives s'élargissent mais les deux pôles éducatifs restent relativement éloignés l'un de l'autre. Les parents ont un rôle de soutien et de contrôle du travail, des résultats ; ils signent les bulletins et contribuent à l'éducation scolaire. C'est le début d'un partenariat école/famille. Mais il faudra attendre les années 1970-1980 avant que les parents franchissent les portes de l'école, que de vrais échanges aient lieu et que chacun devienne acteur complémentaire dans l'éducation tant à l'école qu'à la maison.

Nous pourrions envisager cela comme une côté positif autant pour les enseignants, pour les élèves que pour les parents. En effet, ceci peut permettre une meilleure corrélation entre le savoir transmis en famille et celui appris à l'école.

Mais nous pouvons également constater que ces relations ne se font pas toujours dans une logique de simplicité et d'accompagnement de l'enfant. Certains parents sont susceptibles d'intervenir inconsciemment de manière nocive autant pour l'enfant que pour l'enseignant. Leur but premier est de protéger leur enfant contre toute forme de discrimination, mais ceci interpelle le fait que leur enfant fait partie d'une autre communauté que la leur, l'école. L'institution doit travailler selon certaines règles, certains principes permettant que chaque enfant ait droit à une place, au respect, mais également établissant que celui-ci se doive de respecter les autres et le fonctionnement de l'école.

Ces règles, nécessaires à la vie en collectivité, peuvent parfois être dérangeantes ou/et contraignantes pour certaines personnes. Ils se sentent en effet lésé, contraint, parfois même écrasé par ces règles. L'enfant rentre de l'école avec une sanction, un mot dans son journal de classe, et déclare à ses parents qu'il n'est pas responsable, que c'est le professeur qui exagère ou que ce n'est pas juste par exemple. Pour de nombreux parents, la confiance en son enfant est devenue quelque chose de très central, et ne dit-on pas : « la vérité sort de la bouche des enfants ». Ce qui les conduit à agir dans l'intérêt de leur enfant : du moins de leur point de vue personnel. Les parents, ayant le sentiment que leur enfant n'est pas épanoui à l'école, ou qu'il est brimé par un instituteur, interviennent en allant voir l'instituteur ou la direction.

Mais dans une telle intervention, les enseignants eux-mêmes se sentent également contraints. Comment peuvent-ils faire pour garder une certaine autorité sur leurs élèves si les parents défendent continuellement l'enfant aveuglément, ne voyant que le bon côté de leur progéniture, refusant d'admettre qu'il peut ne pas avoir un comportement admissible dans la communauté, que la parole de l'enfant n'est pas forcément la vérité ou bien pire, que leur propre chair se permette de les manipuler grâce à son regard d'ange.

Le rapprochement entre l'école et la famille pourrait être positif si l'on se basait uniquement sur le vrai intérêt de l'enfant sans se laisser leurrer par les charmes naturels de l'enfance. Mais il faudrait pour cela que chacun respecte le travail mené par l'autre, tout en acceptant qu'il peut toujours y avoir des bévues, des erreurs autant de la part des enseignants, de l'élève que des parents. Et plutôt que de sauter sur la moindre occasion en se sentant persécuté, ou manipulé, essayer d'analyser la situation en retenant toutes les possibilités et en gardant à l'esprit que les erreurs permettent d'avancer, de construire des relations et qu'elles donnent à l'enfant une possibilité de découvrir la réalité de sa sociabilisation.

En effet, la protection des parents (et de la société) est telle que l'enfant se croit parfois invulnérable, intouchable, et qu'il ne peut rien arriver de contraire à son désir puisqu'il est au centre du désir de ses parents, de la protection de la société et en parallèle, l'enfant est parfaitement conscient de tout ce qui l'entoure, que ce soit l'amour familial que les lois en sa faveur.

Du temps de nos grands parents et de nos parents (pour certains), les enfants étaient considérés comme assez grands pour travailler vers 12 ou 13 ans, même avant d'ailleurs. Pour ceux qui avaient la chance de pouvoir continuer l'école, ils allaient en général jusqu'au certificat d'études, généralement obtenu à 13 ou 14 ans, puis ils entraient dans la vie active. Beaucoup d'enfants dont les parents ne pouvaient assumer ses études, partaient travailler dans les champs, ou à l'usine, pour permettre une rentrée financière à la maison familiale.

De nos jours, l'école est obligatoire jusque 18 ans. Ceci est une bonne chose si on tient compte de l'importance de la culture générale pour la sociabilisation des êtres humains. Les enfants peuvent apprendre, par le biais de l'école, un métier, une option qui leur sera utile en tant qu'adulte plus tard. Malheureusement, tous les enfants ne peuvent pas se permettre d'aller si loin dans leurs études. Certains n'en ont pas les capacités intellectuelles, d'autres n'en ont pas les moyens financiers. Car, quoi qu'on en dise, l'école coûte cher même si des aides existent.

Ce qui pose problème à l'heure actuelle, ce n'est pas tellement cette obligation, mais surtout la catégorisation des enfants selon leur voie scolaire. Il y a la voie générale, qui est très importante, mais qui ne donne que des diplômes sans expériences précises avant plusieurs années d'études. Il y a ensuite la section technique, dans laquelle se situe un mélange entre l'apprentissage manuel et la voie générale, nécessitant de manière égale de la dextérité intellectuelle et manuelle. Pour les jeunes ne pouvant accéder aux études généralisées ou techniques, quel que soit le déficit (intellectuel ou financier), nous avons dans nos écoles la section professionnelle. Celle-ci leur permet d'apprendre directement un métier manuel et ainsi ils peuvent sortir de l'école avec un diplôme, une formation et une expérience acquise par les différents stages effectués au cours des années d'apprentissage.

Mais nous nous trouvons actuellement confronté à un double sens de cette voie : quand nous sommes face à un enfant difficile, turbulent, ne souhaitant pas apprendre à l'école, même s'il en a les capacités, la direction scolaire et la famille de ce jeune vont préférer l'orienter vers le cursus professionnel. Ainsi nous pouvons retrouver dans cette section un nombre important de jeunes désorientés, démotivés, en rupture avec la société et l'autorité. Ces derniers ayant été « placés » là sans en être consentant ou sans y trouver leur intérêt, ne s'appliqueront pas à leur tâche, mais ont de grande chance de continuer à défier la société, l'école et leur famille en se rebellant.

De ce fait, nous retrouvons dans le cursus professionnel une plus grande partie de jeunes « casés » que de jeunes ayant choisi une option professionnelle. Au fur et à mesure des années, ce cursus est régulièrement associé à un dépôt scolaire où l'on case les jeunes en attendant qu'ils aient l'âge légal de quitter l'école. De là s'écoule une catégorisation de cette voie, qui est de plus en plus déqualifiée aux yeux de la société et des futurs employeurs.

La famille de notre génération n'a plus grand-chose en commun avec celle de nos parents et encore moins avec celle de nos grands-parents. Les gens ont dorénavant le choix dans la construction d'une famille : une grossesse désirée ou non, l'union libre qui remplace le mariage, les divorces et les séparations qui sont devenus monnaie courante et de nombreuses familles monoparentales. La place des femmes dans la société a également évoluée : la femme n'est plus la bonne mère de famille et la tenancière du bon ordre dans la maison, elle travaille à l'extérieur autant qu'un homme et participe aux rentrées financières du couple et de la famille.

Ces changements ont contribué à l'augmentation de la différence des classes sociales, et en particulier à l'avancée de la précarité et de l'exclusion.

2.1.3 LA PRÉCARITÉ ET L'EXCLUSION

Pierre Bourdieu, sociologue français, dans son ouvrage « La distinction », nous parle des différentes classes sociales. Il différencie deux grands types de classe : la classe dominante, qui inclue les personnes dotée d'un important capital économique et culturel ; et la classe dominé qui regroupe les personnes ayant un faible capital économique et culturel.

Selon son étude, les enfants ne se trouvent pas à égalité face aux apprentissages scolaires, l'école légitimant et valorisant la culture dominante. Pour les enfants issus de la classe dominante, l'école leur fournit la continuité rassurante de leurs valeurs et de leur culture. Pour la classe dominée, il y a une rupture entre le langage et la culture pratiqués dans leur environnement et ceux pratiqués à l'école. Ce qui influence l'accès aux titres scolaires, qui ne représentent pas le même degré de difficulté d'une classe à l'autre.

Nous pourrions donc insinuer qu'un enfant venant d'une cité HLM a moins de chance, voir aucune chance, de réussir des études supérieures qu'un jeune venant d'un milieu favorisé avec des parents bien intégrés dans la société. Cette étude a démontré ce que beaucoup de personnes pensent quant aux chances de réussir quand vous êtes déjà précarisés.

« Le passage d'une société industrielle à une société de services, la mondialisation de l'économie, l'apparition de grandes mégapoles, le chômage et la ghettoïsation de certaines catégories de populations dans les quartiers, l'échec de l'intégration ont vu progresser côte à côte la montée de la précarité et l'isolement : verticalisation de l'habitat, éloignement géographique des familles, solitude, précarisation de l'emploi.

L'exclusion est ce sentiment de solitude, unique dans l'histoire de l'humanité, qui se surajoute à la dévalorisation des personnes induite par la précarité et qui se transmet des parents aux enfants. Certains adolescents voient plusieurs générations au chômage, leurs parents et leurs grands-parents. Du fond de leur quartier ils se sentent exclus de la société active, perdent confiance en eux et savent qu'il y a peu d'espoir de réaliser leurs rêves. À l'adolescence, l'environnement socioéconomique, les éventuels dysfonctionnements familiaux aggravent la précarité et renforcent le mal-être et la mauvaise estime de soi.

Les métamorphoses de la famille et l'instabilité des liens affectifs dans les nouvelles constellations familiales. Les rôles de chacun ont connu des évolutions radicales. Les parcours de vie de beaucoup d'enfants et d'adolescents sont rythmés par des ruptures. Augmentation des divorces, des séparations, recompositions familiales plus ou moins stables et fréquentes conduisent l'enfant, certes à nouer avec des tiers des liens de qualité qu'il convient de préserver mais, à l'inverse, peuvent aussi le conduire à subir péniblement les choix de vie des adultes.

La société n'a pas été préparée à penser ces bouleversements, elle les supporte plus qu'elle ne les accompagne. Certaines recompositions familiales s'avèrent fragiles, l'enfant peut avoir des difficultés à se situer dans ces nouvelles configurations. De tels changements bouleversent naturellement les repères des enfants mais ils sont mieux supportés lorsqu'ils sont bien accompagnés ». 3(*)

Quand on consulte l'histoire de la civilisation, nous constatons qu'il y a toujours eu un décalage entre les classes dominantes et dominées. Autrefois, nous avions les nobles et les paysans qui représentaient les différentes classes sociales. De nos jours, nous avons d'un côté une haute société avec une place dominante, une classe moyenne qui recherche un certain équilibre de vie et une classe dominée qui survit en fonction des aléas de la vie.

Comment espérer que les jeunes issus de milieu défavorisé puissent avoir l'envie et le goût de se battre pour s'en sortir quand on constate qu'ils possèdent peu de chance de pouvoir prendre une trajectoire individuelle par rapport à leur trajectoire modale prédéfinie ? Bien entendu, il existe de nombreuses aides pour ces jeunes, mais celles-ci ont des difficultés à s'établir et surtout à être accepter par une population déjà désoeuvrée. Les bénéficiaires de ces aides considèrent régulièrement que le combat est inégal car rien ne pourra changer leurs conditions de vie et leur catégorisation. Catégorisation venant du fait qu'ils habitent dans des cités défavorisées, qu'ils sont susceptibles de porter des noms étrangers, et qui les classe d'office dans une perception négative. Il suffit, pour en avoir une preuve, de demander à un jeune diplômé issu d'une cité HLM, ainsi qu'à un autre jeune avec le même diplôme mais issu d'un milieu favorisé, de postuler pour le même emploi, dans la même entreprise, d'une certaine importance sociale. Dans une grande majorité des cas, la candidature du jeune favorisé sera la première retenue, sans même avoir prêté une grande attention à celle de l'autre jeune. L'adresse, le nom d'une personne cherchant un emploi, ou même un logement, peuvent être de grands obstacles pour elle dans notre société pourtant dite libre et égale pour tous.

Le jeune issu de sa cité n'était apparemment pas conforme aux exigences de l'employeur, malgré son diplôme et ses capacités intellectuelles et sociales identique à son concurrent. Ces différences nous montrent que nous sommes actuellement à la recherche de normes, qui s'établissent de plus en plus dans nos vies.

2.1.4 LA RECHERCHE DE LA NORMALITÉ

La société actuelle pousse vers un certain conformisme. Les citoyens se retrouvent confrontés au problème de la perte de leur propre identité. Nous pouvons constater, à l'heure actuelle, que les progrès de l'humanité ont conduit l'être humain vers une conception inconsciente (pour la plupart des gens) de la personne parfaite.

« La connaissance des capacités du bébé in utero, non seulement à entendre mais à reconnaître les voix et à mémoriser les phrases, dès le cinquième mois de grossesse, a conduit aux Etats-Unis, à la création « d'universités prénatales » dans lesquelles on favorise l'éveil à la musique ou à une langue étrangère. »4(*)

Edwige Antier nous parle, dans son livre, surtout des risques pour les neurones de cette diffusion des informations et des connections biologiques qui serait susceptible de perturber la construction du cerveau du bébé à naître.

Que dire de cette  incroyable découverte ? C'est une grande chance pour les parents, ils peuvent favoriser leur enfant avant même sa naissance. L'enfant aura la chance, d'une manière innée (puisque su avant de naître), d'avoir déjà les notions nécessaire à l'apprentissage d'une langue, par exemple. Il sera donc en avance par rapport à ses futurs petits camarades, et la fierté des parents n'en sera que décuplée.

Mais le choix de lui inculquer, presque de lui « perfuser », une langue étrangère est choisi délibérément par les parents. On conditionne l'enfant à parler telle langue, en plus de sa langue maternelle naturelle (pour ainsi dire).

Pourquoi ne pas imaginer qu'on lui « perfuse » aussi la connaissance du monde, ou des idées personnelles du « programmateur » pour en faire un « autre ». Car inculquer quelque connaissance que ce soit à l'enfant, n'est-ce pas troubler sa conception personnelle ? Le bébé construit son psychisme de part son environnement et son ressenti. Mais qu'adviendra-t-il si tout est conditionné à l'avance pour lui ? Comment pourrait-il construire sa propre personnalité si les bases de sa construction foetale ont été perturbées, voire inculquées, par une autre personne ? Sera-t-il lui-même ou alors sera-t-il une sorte de clone de la personne ayant transmis ses connaissances, ses goûts ? N'y-a-t-il pas une crainte que dans le futur (si ce n'est déjà fait) des spécialistes tentent de créer l'enfant parfait ?

Il y a une relativité entre le « normal » et le « pathologique » par rapport à la nosographie. Avoir un comportement pathologique, c'est avoir un comportement inadapté à la société. Nous sommes actuellement dans une société où l'on traque « l'anormalité ». Dès la naissance de l'enfant, celui-ci doit passer toute une série de test afin de vérifier qu'il est effectivement bien constitué, tant physiquement que mentalement. On recherche l'erreur, une éventuelle défectuosité qui pourrait lui nuire. Mais doit-on se demander à qui pourrait nuire cette « défectuosité » ? En effet, un enfant pourrait tout à fait se construire individuellement même s'il rencontre divers problèmes. Il possède naturellement une grande faculté d'adaptation, il apprend seul, par exemple, face à ses angoisses lors des premiers mois de sa vie, sa mère ne pouvant que lui apporter le réconfort et le soutien qu'il nécessite lors de cette période. Son psychisme lui permet de créer son propre Moi, sa propre perception des choses qui l'entourent.

Si l'on prend en compte que l'on traque le moindre défaut de l'enfant, ceci peut nous mener à penser que l'enfant sera étiqueté dans l'éventualité où les professionnels décèlent quelque chose de dérangeant (par rapport à la norme). En effet, cette prévention de l'anormalité amène à mettre l'enfant dans une case, de lui donner le statut d'enfant déficient par exemple. Nous cherchons à le comprendre, à savoir pourquoi et comment il est devenu comme il est, mais nous ne cherchons pas forcément à savoir ce que lui désire ou ressent de sa propre situation.

La seule chose qui semble retenir l'attention, tant des parents que des professionnels l'entourant, c'est qu'il faut que l'enfant soit le plus possible proche des normes décrétées par une société tout entière afin d'être reconnu comme un être à part entière. Ces normes, je le reconnais, permettre de pouvoir déceler une éventuelle maladie et si possible de la soigner, mais elles peuvent enfermer l'enfant dans une catégorie dont il se peut qu'il ne sortira jamais.

L'enfant risque d'être considéré toute sa vie comme un handicapé, un autiste, un déficient mental et aura beaucoup de difficultés à s'identifier autrement que ce qui lui a été donné comme statut. Il pourrait ne pas réussir à s'épanouir totalement, même si son « problème » pourrait quand même lui permettre d'exister tel qu'il est, comme une personne à part entière, sans empêcher son développement personnel, la construction de sa propre identité.

A travers l'histoire, la société nous a toujours montré une peur de l'étranger, de la différence. La construction et la prolifération d'institutions spécialisées nous en donne un bel exemple. Il est plus simple, et ce depuis la nuit des temps, de cataloguer et de « ranger » les personnes « anormales » dans divers instituts que de les regarder en face, d'accepter les différences entre les personnes, et de s'adapter non pas à elles, mais avec elles à une communauté.

Ceci se retrouve également, et pas seulement dans la prévention du nouveau-né, dans l'éducation des enfants au fur et à mesure de leur développement. Cette recherche de la normalité est également effective quand on éduque un enfant. Cette éducation est basée sur les règles de la société, dont nous dépendons, et sur les valeurs que les parents souhaitent transmettre à leur enfant. Il est nécessaire aux yeux des valeurs fondamentales qui nous entourent de faire le maximum pour que l'enfant puisse s'intégrer dans la société, en accepter les règles et, en quelque sorte, se fondre dans la foule. Dès que l'enfant déroge à ces règles, il est également visé par une « rééducation »

Nous vivons dans une société relativement critique. Comme si la nouvelle tendance était de toujours vérifier que son voisin est bien dans les « normes » !

Un enfant est continuellement sous le regard d'autrui. Que ce soit à la maison, à l'école, dans la rue, etc. Il doit se conduire « comme il faut » sinon il sera jugé, voir classifié comme « sale gosse ». Non seulement lui, mais également sa famille, ses parents en particulier, qui seront classifiés de « mauvais parents, mauvais éducateurs ».

L'être humain ne peut être tel qu'il est, il ne peut plus se ressembler à lui-même puisqu'il doit se conformer aux exigences sociales qui l'entourent.

Nous sommes également évalués par notre entourage par rapport aux vêtements que nous portons, à notre voiture, à l'aspect de notre maison, etc. Comme si le fait d'avoir une belle voiture ou une belle maison pouvait réellement dire qui est la personne, quelles sont ses valeurs morales et ainsi lui attribuer l'étiquette de bon ou mauvais citoyen.

Les exigences de réussite placées sur les épaules d'un adolescent par sa famille, l'école, la société créent de lourdes obligations. Certains parents veulent que leur enfant obtienne le « meilleur » niveau de réussite scolaire, ce qui à leur yeux constitue une assurance pour l'avenir et les soumettent à des pressions intenses. Parmi les professionnels rencontrés, beaucoup d'entre eux soulignent le rôle non négligeable de la pression mise conjointement, dans certains lieux, par la famille et le monde scolaire sur des jeunes fragiles. La crainte de ne pas réussir entraîne chez certains jeunes de la frustration et de la honte qui peuvent exploser dans des comportements violents.

Ces bouleversements familiaux et sociaux ont conduit la société a évolué avec eux, notamment en mettant en oeuvre des aides typiques selon les besoins qui se sont modifiés simultanément.

2.2 L'ASSISTANCE

Afin d'épauler au mieux les parents dans leurs rôles d'éducateurs, la société a mis en place différentes aides éducatives. Ces aides ont pour objectifs la protection de l'enfant, de son mieux-vivre, de sa santé physique et mentale. À l'origine, l'aide était pour aider les orphelins, les enfants abandonnés, et également pour éviter la multiplication des enfants errants dans les rues, surtout après les drames sociaux qu'ont connus certains pays. Puis, l'aide fut élargie pour les enfants dont les parents étaient déficients dans leur manière d'éduquer ceux-ci. La société est devenue de plus en plus protectrice et, actuellement, elle est également préventionniste.

En effet, face à la multiplication des problèmes d'éducation, la société a mis en place une multitude de services afin d'éviter le plus possible les carences familiales, permettant de protéger les enfants et ainsi réduire le coût des différentes aides apportées. Nous avons aujourd'hui, majoritairement, deux types de demande d'assistance : les familles en difficultés qui la sollicite, et celles à qui elle est imposée.

Les difficultés éducationnelles sont telles que de plus en plus de parents font appel aux services sociaux pour bénéficier d'une aide dans l'éducation de leur enfant, mais également dans leur vie privée, ayant des problèmes sociaux et/ou financiers dû à la conjoncture économique et sociale actuelle. Ces derniers ayant une incidence sur leurs facultés à éduquer leurs enfants.

D'un autre côté, de plus en plus de personnes font appel aux services sociaux pour dénoncer des parents potentiellement maltraitants, ayants été témoins de faits inquiétants, étranges et/ou suspects. Ceci étant, en partie, le résultat des campagnes de prévention pour la protection de l'enfance.

Lorsqu'une assistance éducative est demandée, celle-ci se doit d'être notifiée par un acte officiel effectué par un juge.

2.2.1 LES MESURES JUDICIAIRES

Lors de la convention des droits de l'enfant, plusieurs pays ont été accusés de trop facilement séparer les enfants des parents dès la survenue de problèmes. Afin de pouvoir ratifier cette convention, chacun s'est engagé à restreindre les placements d'enfants, et de faire le maximum pour préserver le lien parents/enfants.

C'était effectivement une nécessité. La séparation des enfants de leurs parents était très facilement effectuée, on estimait à cette époque que la séparation était un fait inévitable lors de problèmes éducatifs et ce, pour le bien de l'enfant. La société se trouvait alors dans la période où les horreurs de la pédagogie noire avaient été dénoncées et diabolisées. On a, de ce fait, sacraliser le lien parents/enfants envers et contre tout. Tout ce qui était possible de faire pour éviter un déchirement de la famille était mis en place. Ces mesures sont les temps d'observations, les périodes d'essais, donner une seconde chance aux parents déficients dans l'éducation de leur enfant, le suivi éducatif, etc.

Mais toutes ces initiatives très agréables à première vue ont un revers lorsque la situation est susceptible de mettre l'enfant en danger. Peut-on encore penser, dans ces cas-là, que le maintien du lien familial est inexorable ?

Dans son livre, Maurice Berger nous présente plusieurs situations. Celles-ci sont basées sur différentes procédures, des signalements par des professionnels, pour des enfants en danger. Il démontre, suivant les études de cas décrites, que certains juges préfèrent tenter de garder le lien entre l'enfant et les parents, en particulier si ils ne possèdent pas de preuves probantes, malgré des rapports affligeants de professionnels, qu'ils soient psychologues, assistants sociaux ou éducateurs.

Il appelle ceci « l'idéologie du lien familial », qu'il définit de cette phrase : « position de principe selon laquelle le maintien du lien physique réel entre l'enfant et ses parents a une valeur absolue et intouchable. »5(*)

Il faut parfois plusieurs années avant que la situation ne soit réellement acceptée comme dangereuse pour l'enfant. Par manque de preuve, ou par empathie pour les parents, ces juges préfèrent laisser l'enfant dans sa famille. Il semblerait que ces juges estiment que l'intérêt de l'enfant est d'être avec ses parents, ce qui peut être réel, malgré les alertes et les rapports des professionnels sur les conditions de vie de l'enfant. Effectivement, l'intérêt de l'enfant est d'être auprès de sa famille, mais peut-on estimer, dans certaines situations, que ce lien est inéluctable. Quand l'enfant est victime de manque de soins, de carences effectives, de violences, et que ces faits provoquent chez lui des carences de développement physique et intellectuel, peut-on encore estimer que sa relation avec ses parents est primordiale ?

2.2.2 LES RISQUES DE L'ASSISTANCE

De part les différentes théories sur le développement de l'enfant, nous savons actuellement que la construction psychique de celui-ci se déroule notamment les deux premières années. Or, quand un risque pour le jeune enfant est décelé par des professionnels, si les preuves physiquement visibles sont manquantes, ce risque est parfois mal estimé par la justice. L'enfant ne sait pas encore s'exprimer clairement, ni expliquer ce qu'il subit autant psychiquement que physiquement. Dans la plupart des cas, ces risques sont des carences affectives, nuisibles au développement de l'enfant. Mais celles-ci ne sont évidement pas observables ni mesurables, mis à part le fait que l'enfant pourrait vraisemblablement montrer un déficit moteur ou intellectuel par rapport aux autres enfants de son âge. Mais, sachant qu'un enfant n'est pas comme un autre et que chacun se développe à un rythme personnalisé, ces signes ne sont pas forcément révélateurs de carences graves.

Quand un enfant subit de telles difficultés, les conséquences ne se révèlent que quelques années plus tard, notamment au travers de son comportement. Celui-ci peut être devenu violent, présenter une déficience intellectuelle, des troubles psychiatriques graves, et peut surtout présenter une inaptitude à établir une relation stable avec les autres.

« Les adolescents pris en charge dans les différentes structures de la protection de l'enfance présentent une souffrance psychique supérieure aux autres. Ils font l'objet soit d'une mesure de placement hors du milieu familial, soit de mesure d'action éducative tout en continuant à vivre dans leur famille.

Les observations faites par la DASES de Paris, en 2003, sur des adolescents de 14-15 ans placés en établissements ou en familles d'accueil mettent douloureusement en lumière la souffrance psychique de ces adolescents qui éprouvent un mal-être et des troubles psychologiques « avec une fréquence supérieure à celle observée dans les populations standards de leur âge : instabilité constatée par les adultes les ayant en charge pour 31 % d'entre eux et agressivité pour 40 %. Plus de 30 % sont en difficulté scolaire dont 10 % en très grande difficulté. Presque la moitié bénéficie d'un suivi psychologique ».6(*)

Quand un jeune est placé dans une institution, il est mis dans une situation de dépendance totale. Les décisions sont prises, on le pousse vers un bonheur et un avenir prédéfinis et il est pris en charge à chacun de ses pas. Ce qui risque de lui faire perdre toute autonomie. Lorsqu'il sera majeur et réellement dans le monde des adultes, il devra confronter sa vie à son passé sans personne pour diriger sa vie, et il devra trouver en lui l'envie de vivre, d'avancer dans ce monde qui n'a pas été tendre avec lui.

L'institution peut représenter un ensemble (éducateurs, psychologues, administration, etc.) qui, aux yeux d'un enfant, peut prendre la place d'un couple parental, ce qui peut donner au bénéficiaire l'occasion de faire se reproduire certains événements. Soit l'enfant demande à ses « parents de remplacements » de l'aider, soit il peut chercher à leur lancer des défis. Les intervenants de l'aide deviennent alors des jouets de l'enfant, celui-ci faisant un transfert sur son éducateur, son psychologue ou sur une autre personne de son univers proche dans l'institution. Un enfant mal dans sa peau, peut, par exemple, chercher à énerver son éducateur jusqu'à ce que celui-ci le maltraite, afin que l'intervenant prenne la place du bourreau.

Nous pouvons également nous demander si toutes ces aides sont réellement appropriées. En effet, serions-nous en mesure d'affirmer qu'une personne accompagnée, suivie depuis son plus jeune âge, sera un jour capable de se prendre en charge seule ?

Lors de mes différents stages pendant mes trois années d'études, j'ai pu constater que les aides apportées semblaient toujours passer de génération en génération. Par exemple, dans l'institution spécialisée, les enfants scolarisés avaient régulièrement un lien avec l'école avant même leur naissance. Leurs parents (ou l'un d'eux) avaient effectués eux-aussi leur scolarité dans l'institution. Une éducatrice travaillant là depuis de nombreuses années m'avait confirmé qu'elle retrouvait régulièrement en rendez-vous (pour le suivi scolaire des enfants), des personnes devenues adultes mais ayant fréquentées l'institut plusieurs années auparavant.

Nous pouvons constater régulièrement que les personnes assistées gardaient ce statut pendant plusieurs années. Ce qui me pousse à me poser certaines questions. Y-a-t-il réellement une fin à une procédure d'assistance ? Est-ce que les aides apportées, de part leur effet bénéfique pour la personne, ne poussent-elles pas « l'assisté » à ne pas se battre pour s'en sortir ?

Ces personnes, en difficultés (même temporaires), font une demande d'aide aux services approprié. De part cette démarche, elles vont pouvoir recevoir un accompagnement nécessaire à leur quotidien, et celui-ci va influencer leur rythme de vie. Elles ne seront enfin plus seules pour faire face aux différentes difficultés de la vie, quel soulagement. Si un nouveau problème les contraints, elles seront de toute façon protégées (en théorie) par les aides sociales.

Mais, dans ce genre de situation, la personne ne cherche plus forcément à se battre pour s'en sortir. Ces démarches passées étant souvent resté vaines, d'où sa demande d'aide, notre personne assistée se retrouve découragée. Or lorsque les aides lui parviennent, tout est simplifié. De plus en plus de personnes se retrouvent dans ce genre de situation, qui apparait comme un sauvetage. Malheureusement ces personnes se retrouvent régulièrement dans l'engrenage de l'assistance, même si ceci n'en est pas le but. D'un côté, elles se retrouvent cataloguées comme « personne assistée » et de l'autre, elles se renferment dans l'aide reçue, ce qui leur permet de ne pas devoir elles-mêmes combattre les difficultés de la vie.

En tant que « personne assistée », la société vous a catalogué. J'entends par là que si vous recherchez un travail, un logement pour vous permettre de vous en sortir, vous serez confrontés au stéréotype de ce statut. Peu de propriétaires de logement vous feront confiance lors de votre demande. Pourquoi ? Simplement parce que vous êtes « assistés », qu'il n'est pas réellement possible d'avoir des garanties locatives, parce que votre situation financière est considérée comme décadente (même si elle ne l'est pas), et que la société tout entière semble penser que vous ne pouvez pas être une personne contentieuse, honnête. Dans le domaine du travail, nous pouvons retrouver le même type de préjugés. Si vous êtes assisté, c'est « évidement » parce que vous n'êtes pas capable de vous débrouiller par vous-même ! « Merci les idées reçues « semble la dernière chose à dire dans ce cas-là.

Face à ces difficultés, certaines personnes ont la faculté de se demander pourquoi une personne assistée n'a plus la force et la volonté de se battre pour vivre ou simplement pour s'en sortir. Évidement que dans de telles situations, vous devriez avoir une grande force de caractère pour surmonter ces épreuves. Mais la vie vous a déjà tellement humiliée, perdue. Peut-on estimer de manière inéluctable que cette personne, ayant subi tellement d'échecs, aura la force de retrouver sa voie, sa vie, et sa destinée ? Est-ce que le fait d'être continuellement assisté permettra de s'en sortir ? Malheureusement, tout n'est pas rose et la société nous le prouve tous les jours, malgré toutes les mesures qu'elle peut mettre en place pour nous aider.

Cet engrenage, qui s'abat sur une personne ou un couple, a également des répercussions sur la vie de famille. Parfois, les difficultés étant si importantes et déstabilisantes, il est nécessaire de s'occuper également des enfants, en prenant le risque de la séparation des parents et des enfants. Ce qui, bien sûr, ne va pas améliorer l'estime de soi et ses ressentis pour la vie moderne.

2.2.3 LA PLACE DES SENTIMENTS QUAND ON SÉPARE ENFANT ET PARENTS

Que fait-on des sentiments quand on sépare les enfants des parents ? N'ont-ils pas le droit de souffrir de cette séparation, ou du moins de ne pouvoir faire que de l'éprouver !

Peut-on penser que la séparation est suffisante pour mettre une « barrière » entre leurs sentiments, faire comme si ceux-ci n'existaient plus ou étaient momentanément « indisponible » tel un site web.

Dans notre société actuelle, tout autour de nous est réglementé, trié, inspecté. On peut se demander jusqu'où peut aller cette surveillance ; peut-elle affecter nos sentiments par la même occasion ?

Dans certaines conditions, les êtres humains doivent ravaler leurs sentiments car ils ne sont pas autorisés ou sont « déplacés ». Quand on retire un enfant de ses parents, pour quelle que raison que ce soit, peut-on penser qu'on leur retire également leur ressenti vis-à-vis de leur désarroi.

Lu et entendu dans certains cas où la maman pleure du départ de son enfant : « elle fait sa comédie ! ». De part le fait que la mère est considérée comme « mauvaise » , elle n'a plus le droit de ressentir de la tristesse de voir son enfant enlevé, car une « mauvaise mère » ne peut avoir de sentiments affectueux vis-à-vis de son enfant et ne peut que feindre d'être touchée, de jouer la comédie pour qu'on s'occupe d'elle et qu'on la plaigne ! La victime, ce n'est pas elle mais l'enfant ; elle n'a pas le droit d'être malheureuse !

La loi ne nous interdit pas d'avoir des sentiments, de les exprimer mais certaines personnes peuvent vous juger par rapports à ceux-ci. La séparation est d'une manière ou d'une autre, toujours douloureuse pour tous les concernés, qu'ils le montrent ou non. Mais prenons le cas d'une maman « courageuse » qui devant son enfant et l'assistante sociale qui lui enlève, garde ses larmes enfouies, ne montre pas sa détresse et attend d'être seule pour s'effondrer. D'elle, on dira qu'elle s'en moque, que pour elle l'enfant n'est pas important et qu'elle n'a pas de coeur !

Montrer votre douleur et on vous accusera de faire du cinéma. Cacher votre douleur et on dira de vous que vous êtes un être sans coeur, inhumain ! Quelle alternative reste-t-il pour « se faire bien voir » de l'assistante sociale, quelle attitude faut-il adopter pour ne pas passer pour une comédienne ou pour une personne barbare ?

Lorsque les problèmes surgissent, il semble y avoir un raz-de-marée sur les sentiments que les gens éprouvent.

« On a pu faire plusieurs fois l'expérience de filmer le petit enfant qui venait d'arriver à l'hôpital et en pouponnière et de projeter ce film au personnel de l'établissement : beaucoup ont été bouleversés de voir l'expression à peine supportable d'intense détresse de l'enfant, qui avait échappée à leur attention.

Cette surdité et cette cécité à la demande d'autrui peuvent aller jusqu'à la négation active : c'est ainsi que je m'enquis un jour auprès du médecin- chef d'une pouponnière de la manière dont l'établissement pouvait répondre à l'angoisse de l'enfant nouvel arrivé qui réclame sa mère (je venais d'amener un enfant de dix-huit mois que sa mère avait expressément abandonné). Il me dit simplement : « Les premiers jours, je leur donne des somnifères » ; lorsqu'on ne peut répondre à la demande, on peut, en effet, toujours la nier en empêchant son expression... »7(*)

Cette réponse du médecin-chef est ahurissante mais tellement plausible ; en effet, pour faire oublier la souffrance de l'enfant dans la perte subie, la majorité pensant qu'il ne s'agit que d'attendre que l'enfant s'habitue, et ne regardant pas la vérité en face (plus facile de nier une souffrance que de la ressentir par procuration), il est plus aisé de « droguer » l'enfant qui sera de ce fait calme et par ailleurs, ne sera pas une surcharge de travail pour les intervenants.

Ironiquement, quelle perte de temps que de consoler un enfant séparé de ses parents, rien ne pourra l'empêcher de se reconstruire et de s'insérer dans la société maintenant qu'il est hors de danger puisque séparé de leur mauvaise influence sur lui !

Peut-on dire qu'un enfant séparé de ses parents sera d'accord avec la décision du juge ? L'enfant reste malheureux qu'il soit maltraité ou placé, ce qui rend son épanouissement difficile.

Les décisions prises par les hautes instances le sont généralement dans l'objectif du bien de l'enfant. Mais ne pourrait-on pas se demander si celles-ci pourraient également avoir un lien avec une certaine tendance à normaliser l'être humain selon certains critères ? Peut-on prétendre que le modernisme de la société facilite l'intégration et la liberté des sentiments ?

2.3 LE MODERNISME

L'augmentation de la qualité de vie n'a pas arrangée les choses. Maintenant, les gens ont la télévision, les consoles de jeux, tout le confort moderne qu'il est possible d'avoir sur le marché de la consommation. Et ceci, au détriment de l'éducation des enfants.

L'écart entre les deux dernières générations est un élément important à prendre en compte dans l'éducation actuelle.

D'un côté, nous avons la génération de l'après-guerre, les parents. Même si ils n'ont pas directement connus la 2nde guerre mondiale (trop jeunes ou nés dans la 1ère décennie de l'après-guerre), ils en ont subi les conséquences.

Les conséquences sur leur propre éducation, par exemple. La tendance pédagogique était la pédagogie noire, où il était fortement recommandé de « briser l'enfant en son for intérieur ». La plupart d'entre eux ont subi la crainte, l'autoritarisme, les coups parfois. Ils ont été formés à vivre, à travailler pour le bien de la famille et de la société.

Comme conséquence, il y avait également peu ou pas de confort. Les pays touchés par la guerre étaient à reconstruire, dévastés par les ravages de cette guerre. Chacun faisait avec le peu de moyen dont il disposait pour vivre, se déplacer ; mais tous le faisait. Il ne s'agissait pas uniquement que d'une question de courage, mais également de nécessité. Il fallait reconstruire leurs vies, leurs villes, leurs pays ; non seulement pour eux, mais également pour leurs enfants, et les générations à suivre. Quelque part au fond d'eux, ils avaient un lien avec leur nation. Ils se sentaient également redevables d'une certaine manière à leur nation.

L'économie sociale actuelle ne donne pas envie aux jeunes de se battre pour s'en sortir. Ils comprennent que leur avantage n'est pas là. Ils voient autour d'eux des couples travaillant tous les deux et n'arrivant pas à s'en sortir, ou difficilement, si ils se permettaient une brèche aux comptes.

Là où nos parents ont eu des difficultés, la technologie actuelle a tout fait pour que celles-ci soient résolues. Une grande chance diront certains, un malheur pour d'autres.

Une grande chance pour la facilité de vie actuelle. Le maximum de choses est simplifié afin de ne plus être un fardeau. Tout semble plus facile, et l'investissement personnel est moins important. Rien ne semble impossible.

Un grand malheur car nous avons pris l'habitude de tout avoir facilement. Nous n'éprouvons plus de désir profond quand on souhaite obtenir quelque chose. Le sentiment prédominant est que c'est la société qui est redevable au peuple.

La modernisation permet à l'individu d'apaiser son angoisse en consommant à gogo ; c'est une manière de jouir de la vie, en la prenant du bon côté. Cette consommation se retrouve notamment dans le matérialisme, élément devenu essentiel dans notre société moderne.

2.3.1 LE MATÉRIALISME

La société actuelle est fondée sur le matérialisme. Beaucoup de personnes se retrouvent avec des problèmes financiers suite à des crédits à la consommation. Les gens ne souhaitent plus attendre d'avoir l'argent pour se permettre un gros achat ou un beau voyage, la facilité de faire un crédit étant là, pourquoi se priver ?

Nous pouvons observer que, dans la majorité des familles dites défavorisées, les familles assistées pour se nourrir disposent de tout le confort moderne. Par exemple à l'école spécialisée où j'ai effectué mon stage de 2ème année ; une enfant dont les parents n'avaient pas les moyens de lui payer la cantine à un prix démocratique (2,50€), portait des vêtements à la dernière mode, avait un GSM de dernière génération et le tout dernier mp3 disponible en magasin. L'enfant et ses parents privilégiaient l'aspect matériel visible au détriment du quotidien. Ceci témoigne directement de l'importance du matériel dans notre société actuelle.

Les jeunes filles les moins favorisées matériellement par leurs parents étaient chahutées dans les classes et la cour, elles n'étaient pas à la hauteur du point de vue des favorisées matériellement. Quand elles avouaient qu'elles ne savaient pas se servir d'un GSM, ou que leurs vêtements n'étaient pas en bon état ou à la dernière mode, elles devenaient la risée de l'école.

Les loisirs, qui à la base étaient secondaires, sont devenus proéminents. Mais les médias sont également inclus dans ce processus. De part leurs publicités, entre autres, ils insinuent sournoisement que la vie est plus simple, plus agréable, en se faisant plaisir. Tout ceci est en lien avec la société de consommation.

La société pousse les gens à ne plus vouloir se passer des bonnes choses de la vie. Les publicités font l'apologie de la merveilleuse image que vous offre telle télévision (par exemple), et même si les moyens financiers ne sont pas là à ce moment précis, on vous offre de l'acheter via un crédit à la consommation. Comme ça, plus aucune raison de ne pas se faire du bien ( ?). Ainsi tout est possible, tout est disponible ; mais gare au retour, n'oublions pas les intérêts et les huissiers quand les crédits sont devenus plus élevés que le salaire ou qu'un problème inattendue survient !

Il ya de nos jours deux choses matérielles dont la plupart des gens, pour ne pas dire la quasi-totalité, disposent : il s'agit d'une télévision et d'un ordinateur. Rares sont les foyers ne disposant pas d'au moins un de ces deux outils. Que nous amènent-ils dans notre quotidien ?

2.3.2 L'EFFET DE LA TÉLÉVISION

Quand la télévision fut inventée, elle créa une énorme vague. D'abord réservée à la population très aisée, en noir et blanc, elle était considérée comme un objet de luxe. Puis la télévision se banalisa, son prix devint de plus en plus démocratique et elle finit par s'installer dans la plupart des chaumières. Dans certaines familles, la télévision est même devenue un objet indispensable, qui serait susceptible de provoquer un grand désarroi si elle venait à tomber en panne.

Non seulement les postes de télévision ont évolués, mais avec eux, les chaines de diffusion ont remarqué le potentiel du marché qui se développait. Ces diffuseurs d'émissions ont également remarqué que le public cible comprenait également les enfants de plus en plus jeunes. Ils en ont profité pour créer des chaînes de plus en plus spécialisées en fonction du public cible. Ainsi nous retrouvons actuellement dans le panel d'offre, des chaînes pour les tout-petits (de 0 à 3 ans), des chaînes pour les plus jeunes (de 3 à 6 ans), et ainsi de suite, suivant les tranches d'âges. Ce qui permet que tout à chacun puisse trouver le programme qui lui convient, à toute heure du jour comme de la nuit. Même les chaînes pour les bébés fonctionnent la nuit, ce qui permet de brancher la télévision en cas d'insomnie de l'enfant, ou lors de l'heure du repas nocturne et de le bercer.

Il y a de plus en plus de foyers où l'éducation de l'enfant est faite par la télévision et les jeux vidéo. La facilité pour les parents est que, pendant que l'enfant regarde la télé ou joue, ils ne doivent pas s'en occuper. « Il est sage comme un ange quand il regarde ses émissions ».

« L'absence de sensations réelles et le manque d'échange avec l'adulte, ajoutés au matraquage par les images violentes, empêchent l'enfant de réagir en sujet autonome et ne favorisent pas son évolution affective ».8(*)

L'écran magique, tel que le voit la plupart des gens, n'est pourtant pas une sorte de « nounou ». Certes, l'enfant qui regarde une émission qui l'intéresse ne sera pas dérangeant, du fait qu'il sera vraisemblablement occupé. Mais est-ce la télévision qui lui permettra de se mettre en relation avec son entourage, avec sa famille, et même avec lui-même. Le simple de fait de regarder la télévision bloque les contacts, autant verbaux que non-verbaux, les conversations sont altérées par les images, l'attention de l'enfant n'est pas sur cette conversation mais sur ce qu'il se passe à la télévision.

On peut également supposer que ses opinions sur certains sujets soient aussi influencées par la télévision. En effet, l'écran véhicule des informations, des sujets de toutes sortes, et dans certains cas, fait passer des messages. Mais ceci ne serait-il pas à l'origine de certaines idées reçues, comme inculquées à l'enfant dès son plus jeune âge ? Ne serait-ce pas un conditionnement de l'enfant ? Comment pourrait-il se faire sa propre opinion des choses si on lui donne directement une solution, qui semble bonne bien sûr, mais qui ressort de la pensée de certains adultes. L'enfant ne cherche plus à faire ses propres expériences, puisque la télévision lui apporte les sensations, les réflexions et la réponse à différents soucis qu'il rencontre. Elle l'empêche de réfléchir par lui-même, ne serait-ce que par le défilement des images, qui ne laisse aucune possibilité de recul sur ce qu'il vient de voir. Et n'oublions pas la place prédominante de la télévision, pas uniquement chez les enfants mais qui concerne également une très grande partie de la population, qui persuade que ce qui est vu et entendu est « la vérité vraie », que la télévision est une source de savoir.

La télévision captive les enfants, par le matraquage des images, des histoires, etc. Elle les emmène dans un monde différent du réel ; on pourrait caricaturer cela comme dans l'histoire de Peter Pan, où les enfants sont dans un monde imaginaire. Mais ce monde a un revers. Dans Peter Pan, tout est magique, même les extravagances et les conflits avec le capitaine Crochet. Dans les séries, dessins animés, feuilletons que les enfants regardent, nous retrouvons le même côté imaginaire, mais parsemé de violence, d'images choquantes ; certaines sont adaptées à ce jeune public, mais, nous pouvons constater que même les dessins animés pour enfants font l'apologie d'une certaine violence. L'exemple des Mangas illustre parfaitement ce fait, ils sont actuellement en position prédominante sur les chaines de télévision et ce, depuis quelques années maintenant. Pourtant, ne fait-on pas appel à des spécialistes pour les séries, les films, afin de tenter de protéger nos enfants de certaines images qui seraient susceptibles de leur faire violence ? On pourrait se demander si les dessins animés subissent le même contrôle.

« La télé ne crée ni ne suscite la violence. Elle la « retrouve » au fond de l'individu où elle s'est établie depuis l'origine de l'enfant (du temps où, au cours de ses terribles caprices de l'âge de 2 ans, il aurait assassiné tout le monde s'il avait pu) et où elle est restée active dans ses fantasmes, fantasmes qui sont remis à l'ordre du jour par les images cruelles qu'enregistre le cerveau du téléspectateur. »9(*)

Sans automatiquement renier la télévision, malgré certaines scènes violentes diffusées, nous pouvons penser que cet instrument moderne a également des côtés positifs. La télévision permet aux personnes la regardant de s'ouvrir au monde sans bouger de chez eux. En effet, la diffusion des images mondiales, des autres pays, ou même des autres régions inconnues car non visitées donne un accès à la connaissance générale. Les téléspectateurs peuvent s'identifier à travers le reste du monde, trouver une certaine place sur cette planète continuellement en mouvement.

De même pour les jeunes enfants. La télévision leur permet de prendre conscience qu'il existe des bons et des mauvais partout. Ils peuvent même parfois s'identifier au « méchant » de leur série lorsqu'ils sont fâchés, et ceci est susceptible de leur amener une certaine ouverture d'esprit sur la société dont ils font partie et où ils devront s'insérer en tant que personne.

La télévision permet également aux citoyens de créer des liens entre eux. De nombreuses personnes se servent des dernières informations vues à la télévision, du feuilleton en vogue pour pouvoir communiquer avec les autres.

L'influence des médias n'est pas négligeable. Ceux-ci ne sont pas avares en publicités, qui sont elles-mêmes adaptées en fonction de l'heure (stéréotype du téléspectateur), de la chaîne, etc. Nous sommes actuellement en mesure de constater que les médias ont une part importante dans le développement de ses effets. Tout est mis en place pour que l'enfant soit, si ce n'est pas encore le cas, un futur consommateur de ces programmes. De nombreuses chaînes proposent, par le biais d'internet, de retrouver ses séries préférées et même de pouvoir jouer en ligne, avec les personnages tant aimés des enfants. Ce qui inclut la nécessité de posséder un ordinateur.

2.3.3 L'EFFET DE L'INFORMATIQUE

L'arrivée de l'informatique dans toutes les couches de la population a crée un véritable raz-de-marée. Actuellement, tout est mis en oeuvre pour que chacun puisse accéder à cette technologie. Pour preuve, il y a peu de temps, l'état, en partenariat avec une grande société de télécommunications, lançait l'action « informatique et internet pour tous ». Le principe était d'acheter un ordinateur en combinant un accès d'un an à internet à un prix démocratique.

Cette action est venue du fait que la connexion à internet et à l'informatique était devenue un élément majeur d'intégration dans la société. Une grande partie du quotidien est devenue gérable en quelques clics.

Le premier côté positif d'une telle action est qu'elle permettait à tout à chacun de pouvoir faire des recherches, augmenter son capital culturel à son rythme, et évidement d'être au niveau technologique préconisé par la société tout entière.

Nous pourrions voir également, comme 2nd point positif, le fait qu'une connexion internet permet de réduire l'isolement de certaines personnes, de simplifier la vie au quotidien quand vous êtes isolés. Ceci leur permet de pouvoir lier des liens avec d'autres personnes (via les sites de rencontres ou de chat), de faire ses courses sans devoir sortir (ce qui est très intéressant pour les personnes à mobilité réduite ou sans moyens de transport) simplifie la recherche d'emploi (connaître les dernières offres et envoyer ses candidatures plus rapidement), les démarches administratives (demande de certificats, de renseignements, réglementations) etc.

À partir du moment où les micro-processeurs ont pu accéder au public, une foule de chose a changée. Autrefois, quand il fallait écrire un texte, tout se faisait à la main, et la propreté du travail était autant considérée que le contenu. De nos jours, il suffit de taper son texte (ou de le lire à voie haute si on dispose d'un logiciel à reconnaissance vocale), de « demander » à l'ordinateur de corriger les fautes et de faire la mise en page, puis hop, on imprime.

Et que dire de l'arrivée d'internet dans les chaumières ? Plus besoin de se déplacer dans une bibliothèque pour faire une recherche sur un dossier, tout est en ligne ! Avec internet, les gens ne doivent plus aller chez un spécialiste. Pour énormément de renseignements concernant une réparation, un entretien, une construction, il suffit de faire une recherche internet pour en bénéficier. De part ce fait, les gens effectuent leur réparation, entretien, construction eux-mêmes sans avoir recours aux spécialistes.

Mais, cette facilité de ressources, vue tout d'abord comme un grand avantage, montre vite son revers. Les gens ne consultant plus les spécialistes, ces derniers n'étant plus vraiment utiles subissent directement la perte financière, qui induit, pour une partie, la décadence de l'économie sociale.

De plus, en prenant pour exemple la prolifération des jeux en ligne, nous pouvons constater une augmentation de la dépendance informatique. De nombreuses personnes, prenant du plaisir à jouer virtuellement un rôle, ne semblent plus faire la différence entre le réel et l'imaginaire. Phénomène que nous retrouvons également dans les jeux vidéo sur consoles qui sont de plus en plus réalistes. Ces personnes deviennent « accros » au jeu en très peu de temps.

Le principe de jouer et de se détendre n'est évidement pas nocif. Sauf quand le jeu commence à prendre la plus grande partie de votre temps. Quand les jeunes passent une grande partie de leur nuit à jouer, en ligne ou seul, au lieu de dormir car ils ont cours le lendemain, nous pouvons facilement imaginer les conséquences. L'état de fatigue avancée qu'ils subissent pendant leur journée est en frein à leur apprentissage, à leur développement physique et intellectuel. Parfois nous pouvons même être confrontés à des personnes ne trouvant un intérêt de vivre que dans leurs jeux vidéo.

Dans le même style de dépendance, mais pourtant différente, nous pouvons constater que des personnes utilisant les sites de rencontres ou de chat ont une tendance à s'enfermer sur elle-même, en négligeant les rapports humains réels. Ces personnes préfèrent vivre des relations virtuelles, où elles sont même susceptibles de s'identifier à un personnage imaginaire qu'elles ont crées pour ne pas se faire face directement, et ainsi se montrer telles qu'elles auraient souhaité être, plutôt que d'affronter le regard des autres. Cette dépendance peut être telle que ces internautes ne sentent plus le besoin de sortir de chez eux pour voir des amis, se fondre dans la société, vivre réellement des relations. Ceci pourrait être déclencheur d'une certaine agoraphobie.

Quand on imagine l'impact que peut avoir l'informatique, le matérialisme sur des adultes (découvrant ces technologies), nous pourrions nous demander quels en seront les effets sur les enfants qui grandissent dans ce modernisme et qui n'auront quasiment pas connus la vie sans toutes ces facilités. En tant qu'adulte de ce monde, nous pouvons encore nous retourner et regarder en arrière pour pouvoir évaluer les bienfaits, mais aussi les méfaits, de nos avancées technologiques, en prenant un peu de recul sur notre savoir.

La génération actuelle baigne dans le modernisme, elle ne peut que s'imaginer ce qu'était la vie avant. Mais peut-on affirmer que nos enfants ne subiront pas les conséquences de tous ses changements culturels, sociaux et économiques dont nous avons été les précurseurs ?

3 LA SOCIÉTÉ ET LES ENFANTS

Des tas de recherches, de théories ont été développé au fil du temps. On a cherché à savoir le pourquoi du comment du fonctionnement de l'être humain, et particulièrement en ce qui concerne ce travail, savoir comment « fonctionnent » les enfants.

Apres une déstructuration de la famille traditionnelle, après que la révolution ait brisé le lien symbolique liant les pères à l'église, l'état renforce son attention sur les enfants. Petit à petit se construit une reconnaissance savante de la petite enfance ce qui est en quelque sorte le germe de la future psychologie de l'enfance et du développement.

Nous avons, volontairement ou involontairement, suivi le mouvement qui conduisait à prendre plus en compte ces données. Oui, bien sûr, ceci a permis de comprendre, de savoir pourquoi certaines n'allaient pas dans le bon sens (aussi relatif soit-il). L'enfant devait être reconnu comme un être à part entière et ce, dès sa naissance.

Nous savons également que savoir trop de choses sur quelqu'un peut être nocif pour cette personne en se référant aux cours où nous avons étudié des textes de Bernard Seynhave, de Dominique Holvoet et de Caroline Eliacheff, ainsi que d'autres dont la liste est longue.

Mais n'a-t-on pas voulu justement trop en savoir ? Le mystère, le secret, ne font-ils pas partie de l'être humain ? Ceux-ci ne sont-ils pas nécessaire au développement de la personne, de l'enfant, de l'adolescent ? Ne serait-il pas envisageable de penser que, de part la curiosité et sous le couvert de la science, de la technologie, de la connaissance, les êtres humains aient contribué à la perte de repères des enfants ? Tout en sachant que ceci était une fois de plus dans un objectif précis : pour le bien de l'enfant. À force de trop vouloir en faire, ne fait-on pas tout de travers ? À force de chercher le bonheur de chacun, ne conduirait-on pas l'humanité à sa propre déchéance ?

Nous avons donné une place importante à l'enfant, en lui donnant autant de pouvoir et de droits qu'un adulte. Mais ne serait-il pas envisageable de croire que cette place n'est pas la sienne ? En lui donnant une place, et en cherchant le bonheur de l'enfant, nous avons également pensé qu'un enfant devait avoir une certaine autonomie pour son développement.

3.1 LA RECHERCHE DE L'AUTONOMIE

L'autonomie, un bien grand mot ! Les lois, les projets éducatifs, les projets individuels concernant les enfants ont tous ce but : l'autonomie de l'enfant. Mais qu'est-ce que l'autonomie exactement ? Que cherche-t-on avec l'autonomie de l'enfant ? Est-ce compatible avec ce que nous savons sur le développement de l'enfant.

 Selon le Grand Robert, l'autonomie se définit par le droit pour un individu de se gouverner par ses propres lois.

Pour Marie Agnès Hoffmans-Gosset10(*), elle « consiste à faire soi-même sa loi et à disposer de soi dans les diverses situations pour une conduite en harmonie avec sa propre échelle de valeurs ». La figure ci-dessous modélise son concept d'autonomie (suite à des recherches auprès d'enseignants) :

Représentée selon 3 axes par rapport auxquels il est nécessaire de se situer, nous pouvons identifier l'autonomie comme relevant du lien à autrui, du territoire à gérer et de la répartition des pouvoirs de chacun.

Etre autonome implique :

- une relation interdépendante à autrui: ni dépendance ni indépendance totale (1er axe).

- la connaissance du territoire temporel et spatial (2ème axe) permet à chacun d'établir les limites et les règles d'interaction et de collaboration harmonieuse.

- enfin, il sera nécessaire de spécifier les zones de pouvoir respectives et propres au statut et à la fonction de chacun (3ème axe). Dans la relation formateur apprenant, comme dans toute relation, chacun a intérêt à affirmer son identité et à la faire reconnaître. Le pas initial consiste donc à se connaître soi-même.

L'autonomie réclame la présence de lois et celle des autres. Elle n'exclut pas la dépendance, c'est à travers autrui et dans une relation de personne à personne que le sujet se construit. De plus, être autonome, c'est être plus libre et non être libre. C'est une liberté limitée de choix, de décider, d'agir. Enfin, « l'autonomie ne s'enseigne pas, elle se vit, se pratique » : C'est une façon d'être, de décider, de penser et de s'exprimer. Elle est une condition favorable pour que se mette en place la socialisation de l'enfant. Etre autonome ne prend véritablement sens qu'en étant social, c'est-à-dire construit de relation et ouvert aux relations.

Cette explication de l'autonomie est en corrélation avec les buts recherchés pour le développement de l'enfant. Mais nous pourrions nous demander si un tel accompagnement est réellement nécessaire. En effet, un être humain apprend de ses expériences et de son vécu. Son autonomie, il est susceptible de se la créer lui-même en fonction des valeurs acquises, quelles soient morales, sociales ou éconmiques.

Dans les institutions, nous avons pour charge de développer l'autonomie de l'enfant. Mais en partant du principe où nous le guidons sur un chemin que nous avons prédéfinis, il me semble que ce changement de cap pourrait nuire au développement de son autonomie. Il ne créera pas sa propre voie en nous suivant selon nos règles et nos valeurs, sachant que son histoire, ses racines familiales sont autres que les nôtres.

De part son accompagnement, nous gérons le quotidien de l'enfant. Il ne se retrouve pas confronté aux mêmes difficultés que s'il était resté en famille. Or, l'environnement, la famille, le lien filaire dont dépend l'enfant est perturbé par notre intervention. Ce qui serait susceptible de nuire à sa capacité de devenir un être autonome.

Notre objectif de le rendre autonome a généralement une date butoir, celle de ses 18 ans, date à laquelle il ne sera plus considéré comme un enfant mais comme un jeune adulte. Nous avons pour responsabilité qu'il soit capable, à cette échéance, de se gérer seul au milieu de la société.

Autrefois, l'enfant apprenait de son vécu en milieu familial, forger son identité à travers les valeurs transmises par sa famille au complet (les parents et les grands parents étaient généralement très proches), et ceci lui permettait de développer sa propre vision des choses et également lui permettait de devenir libre et autonome dans sa vie tout en gardant les limites imposées par la société.

Nous sommes devant un paradoxe : par le passé, les enfants à 14 ans étaient assez grands pour travailler, maintenant ils ne le sont plus. Ils étaient assez vieux pour se marier et fonder une famille, maintenant c'est trop jeune. C'est à se demander qui a raison. Était-il bon de les mettre dans la vie active jeune ou doit-on les surprotéger ? Quelles sont les bases de nos critères ? Le fait que l'espérance de vie est fortement augmentée ? Ce qui justifierait que l'on puisse rester dans les jupons de maman plus longtemps ?

La société influence également le principe de rendre le plus tôt possible un jeune enfant autonome. La tendance actuelle, dans l'éducation, est de dire aux parents qu'ils doivent mettre leur enfant au plus tôt dans une crèche ou une garderie afin de développer son autonomie.

Il est certain que cette action peut permettre à l'enfant de se sociabiliser très tôt. Mais que penser lorsqu'un enfant se met à pleurer fortement lors du départ de sa mère, qui le laisse dans un environnement qu'il n'apprécie peut être pas ? Lorsque l'enfant pleure, nous posons nous la question de savoir s'il pleure parce que sa mère part ou parce qu'il n'apprécie pas d'être là ? Ne pourrions-nous pas imaginer que cet enfant n'est simplement pas prêt pour couper le lien avec sa mère ? Après tout, chaque enfant est différent, et malgré son âge, il se peut qu'il ne soit pas encore apte à apprendre la sociabilisation sans la protection de sa mère et par ce fait ne soit pas prêt pour l'apprentissage de l'autonomie. Nous savons, via les différentes théories du développement de l'enfant, que plus le petit se sentira rassuré par la présence maternelle, donc en sécurité affective, plus il sera capable d'accomplir son propre parcours après ses trois ans. Il a encore besoin d'être épaulé maternellement dans les périodes d'apprentissage menant à la maturité.

L'apprentissage de l'autonomie dans notre société moderne est à mettre en lien avec le vécu des enfants, et ce que leur environnement a à leur offrir.

3.2 LE VÉCU DES ENFANTS

Dès son entrée à la crèche, à la garderie, ou même à l'école, l'enfant se retrouve dans un monde inconnu, qui est susceptible de lui faire peur. Autour de lui, beaucoup d'enfants, des gentils, des méchants, beaucoup d'adultes, sévères ou pas, et beaucoup de nouveaux objets à découvrir. La première journée dans l'institution scolaire ou maternelle doit être quelque chose de particulier à vivre. Personnellement, je n'ai plus aucun souvenir de ma première fois à l'école et je m'interroge sur le nombre de personnes qui se souviennent de leurs ressentis ce jour fatidique.

D'un côté, la curiosité naturelle de l'enfant doit être très convoitée. Mais de l'autre, la séparation du monde sécurisant qu'il connait parfaitement pour ce lieu et ses gens inconnus ou méconnus doit être assez rude à vivre. Dès son plus jeune âge, l'enfant se retrouve confronté à la dure réalité de la sociabilisation. Il doit apprendre à faire la distinction entre le bon et le mauvais, entre le permis et l'interdit dans ce lieu, à faire face aux autres enfants avec qui il doit tout partager (à la maison, tout est pour lui) et à un apprentissage de la violence (de la part des autres enfants). Tout cela en même temps que la séparation initiale, celle effectuée avec sa mère. Quelle journée !

Tout cela peut très bien se passer en fonction du niveau de développement de la personnalité de l'enfant et de la préparation reçue pour ce chamboulement de ses habitudes.

L'enfant est rentré dans le système. Maintenant, nous allons découvrir quelque peu comment un enfant est susceptible de se retrouver face à une violence à laquelle il n'était pas préparé.

« Apprendre aux futurs citoyens à communiquer par la parole et non par le corps. Cet enseignement doit se faire dès l'école maternelle afin de prévenir les violences ultérieures. » 11(*)

Un enfant, qui a un retard de langage, ne pourra communiquer par la parole. Sa seule défense, par rapport aux autres, c'est l'attaque. Il n'a peut-être pas la facilité de la communication, mais il a un corps, dont il se sait maître. Ceci, il l'a appris depuis sa naissance. Il a appris à gérer les démons qui le hantent dans son plus jeune âge, alors qu'il ne savait rien de la parole. Confronté aux autres enfants, il se servira de ce qu'il connait le mieux : son corps.

Il en est de même, mais d'une façon plus légère, pour les enfants sans retard de langage. Ils ne savent pas intellectualiser les mots des autres, leurs agressions. Mais ils connaissent également leurs corps, et savent s'en servir pour réagir. Mais, ces réactions plus ou moins violentes, dépendent de l'enfant en premier lieu. Il n'est pas forcément certain que celui-ci réagisse violement. Tout dépend de sa construction psychique, de sa perception du monde extérieur. Ainsi, il peut soit se laisser faire, soit se battre ou soit être un meneur.

Faire des recherches dès la maternelle, établir des « catégories d'enfants », chercher ceux qui ne sont pas adaptés, est-ce pour remédier directement au problème, pour normaliser le plus rapidement possible les enfants ? Qu'en-est-il du développement de l'enfant, de sa construction, des essais-erreurs ?

L'augmentation du climat de violence et des actes violents chez les jeunes est le leitmotiv des professionnels et passe pour un phénomène de société. Ces violences, dirigées contre lui-même ou contre les autres, sont la réponse que l'adolescent a trouvée face au vide intérieur, à la dépression et à une mauvaise estime de soi. C'est un mode d'expression face à un monde familial, social et scolaire qu'il perçoit comme hostile et menaçant et dans lequel il a l'impression de ne pouvoir faire sa propre place. Par la prise de risques, les violences, le spectaculaire, il cherche la preuve de sa propre valeur. Il veut montrer qu'il existe et trouve ainsi une reconnaissance à ses propres yeux seulement. Bagarres, brimades, jeux violents font véritablement partie de l'univers des adolescents.

Lorsque les adolescents effectuent un acte délictueux ou violent, ils s'expriment par le moyen dont ils disposent, étant démunis du point de vue de la communication sociale. Ils ont besoin d'être reconnus et revalorisés car ils se sentent infériorisés par des échecs subis par le passé et par le regard dévalorisant de la société sur leur statut d'adolescent.

La délinquance juvénile est un phénomène de groupe qui ôte à l'adolescent son sentiment d'abandon. Le groupe lui procure une nouvelle solidarité qui remplace la famille déficiente. Etant donné qu'ils ne se sentent pas maître de leurs existences, la délinquance et la violence leurs permettent de créer une situation où ils sont maîtres, parfois même dans le choix de vie ou de mort.

La société se focalise sur les faits dérangeants que commettent les jeunes. Mais ne serait-il pas compréhensible d'avoir une telle réaction quand la société vous marginalise ? Que le jeune puisse également être une victime de la société ? La société, dans sa décadence, engendre des comportements antisociaux et fabrique des délinquants.

Quand le jeune fugue, les parents entendent le message « je pars » ; l'adolescent est persuadé du fondé de l'indifférence de la famille ou du « fous le camp » qu'il a entendu pendant une dispute. La souffrance est exprimée, mais d'une manière telle que ni les parents ni le jeune puissent réagir de la meilleure manière qui soit.

3.2.1 LA SOUFFRANCE DE L'ENFANT

Nous sommes actuellement dans une société où la souffrance prend des tonalités différentes. La perte de l'autorité n'a pas simplement donné de la liberté mais a aussi donné un rapport avec la souffrance.

En 2000, le Haut comité de la santé publique (HCSP) a abordé pour la première fois la souffrance psychique des jeunes « La notion de souffrance psychique est vague, on a trop tendance à la confondre avec certains de ses effets montés en épingle dans la catégorie également floue de « violence des jeunes » tels que les consommations de produits psycho actifs, les violences de toutes sortes, les tentatives de suicide et divers troubles de conduites des jeunes... En cas d'augmentation de ces conduites on conclut à l'augmentation de la souffrance psychique. Si la souffrance psychologique peut s'exprimer à travers une diversité de comportements et de troubles, ceux-ci ne peuvent en soi être considérés comme des mesures fiables de cette souffrance. Le plus souvent la souffrance est silencieuse, la révolte exprimant plus fréquemment une sortie de souffrance. » Le HCSP concluait « La prudence s'impose face à la mesure de la souffrance psychologique et son évolution. » Nombre de psychiatres s'accordent pour affirmer que ces troubles ne sont, heureusement, pas prédictifs de l'avenir. « Le constat est général : les ruptures affectives surtout lorsqu'elles sont mal accompagnées retentissent sur la construction psychique des enfants ; conjuguées aux difficultés économiques, à la solitude et à l'isolement des parents, ces ruptures aggravent le mal être inhérent à l'adolescence. » 12(*)

Parfois certains enfants souffrent d'hospitalisme, c'est-à-dire qu'ils souffrent de psychoses précoces dues à l'absence de stimulation. Ceci a surtout été dénoncé lorsque la société a fait le lien entre cette pathologie et plusieurs maisons maternantes. En effet, la préoccupation principale était l'hygiène, le corps. Peu d'attention était porté à l'épanouissement du bébé, les nourrices n'avaient pas de temps pour jouer avec l'enfant, pour l'amuser quelque peu. Tous les soins apportés étaient en fonction des besoins corporels et alimentaires. Mais peu de personne, à ce moment là, portait attention au développement moteur de l'enfant. Celui-ci était en général dans son lit à barreau entre les soins et les repas.

Nous retrouvons régulièrement des « cas » d'enfants dits abandonniques. Ce sont des enfants qui à un moment de leur développement ont été rejeté (pas d'amour, pas d'attention). Ceci se joue dans la petite enfance, ce peut être un mauvais sevrage, des parents rejetants, maltraitants. Ces enfants n'ont pas reçu d'amour (de la part des parents majoritairement) ni de gratifications narcissiques (pas de compliments par exemple). Ils n'ont pas d'amour de soi, ils sont vide d'un point de vue affectif. Étant donné qu'ils n'ont jamais reçu d'amour, ils ne savent pas en donner aux autres ni s'aimer eux-mêmes. Ils recherchent alors une personne qui va combler ce vide et les gratifier narcissiquement, par exemple un éducateur, à qui ils vont s'attacher intensément. Le risque est que si l'éducateur est amené à s'occuper de quelqu'un d'autre que l'enfant dit abandonnique, ce dernier va, par jalousie, tout faire pour retrouver l'attention de l'éducateur, même si le seul moyen est de faire une bêtise, du moment qu'elle lui procure de nouveau toute l'attention.

Nous savons que la relation affective est importante, qu'un enfant n'ayant pas reçu d'affection entre trois et huit mois courre un risque irréversible de souffrir de troubles psychotiques.

Mais nous savons aussi que la souffrance est devenue un des combats principaux de notre société. De nombreuses mesures sont mises en place afin de palier à la souffrance des êtres humains. Parfois, nous pourrions avoir l'impression de subir une véritable chasse à la souffrance. La souffrance est montrée du doigt, et mène parfois l'individu à une perte de ses capacités morales et sociales.

Pourtant, nous avons vu, par le biais de nos cours, que souffrir peut être bénéfique. La souffrance est inhérente à l'être humain, de part le langage. Un être humain a besoin de rencontrer la souffrance pour pouvoir se construire. C'est en partant de cette expérience qu'il pourra se constituer un Moi complet. Un être humain est amené à bâtir sa personnalité à travers ses expériences. Mais s'il ne connait pas la souffrance, il ne sera pas forcément en mesure de pouvoir palier aux différentes difficultés de la vie, en se retrouvant en pleine désillusion lors d'un problème.

La société cherche la souffrance pour la faire disparaître. Mais alors, comment un être humain pourrait-il se construire pleinement si on lui ôte cette expérience ? Peut-on estimer que ce rejet de la souffrance permettrait aux enfants de ne pas être démotivés face aux aléas de la vie ?

3.2.1.1 LA DÉMOTIVATION

Qu'est-ce que veux dire « être motivé » ? Ce terme est également souvent employé à notre époque. N'entendons-nous pas régulièrement, autour de nous, des gens dire qu'ils ne sont pas motivés ou que les jeunes de « maintenant » ne sont plus motivés.

Quand on veut parler de motivation, je pense que les gens identifient, inconsciemment, ce terme dans le domaine du désir.

Être motivé pour faire quelque chose, ne serait-ce pas un moyen de dire que l'on désire faire cette chose ? Être motivé dans la vie ne serait-ce pas une manière de dire que l'on désire avancer, de vouloir évoluer dans sa vie ? Que l'on désire faire quelque chose de son existence ?

Mais, peut-on dire, quand on parle de démotivation, ou de manque de motivation des jeunes, que cela signifie que ceux-ci n'ont plus de désir pour leur existence, pour leur avenir ?

Peut-être, d'un certain point de vue. La jeunesse actuelle n'a pas réellement confiance en l'avenir. Ils voient la société en difficultés, que ce soit sociales, économiques et politiques. Est-ce que ceci ne serait pas une raison suffisante à leurs yeux de ne pas être motivé, de ne plus voir l'intérêt d'avancer dans leurs existences ?

Mais peut-être pas, avec un autre point de vue. Le désir fait partie de la nature humaine. Chaque être humain éprouve au fond de lui du désir. Si l'on accepte le fait que les jeunes ne sont plus motivés de s'insérer dans la société, on ne devrait pas accepter l'idée qu'ils ne désirent rien de la vie. Peut-être pourrions-nous envisager le fait qu'ils soient découragés, qu'ils se rendent compte que leur vie ne sera pas forcément un fleuve tranquille, et qu'ils se demandent quelle est leur place dans la société.

Leur désir pourrait être ailleurs, ou être différents des désirs de leurs parents. Ce qui, par définition, est inhérent à la vie humaine : nul ne peut avoir les mêmes désirs qu'un autre. Et si l'on tient compte de l'évolution de la société, la jeunesse actuelle ne peut pas ressentir les choses comme la génération précédente. L'évolution, la modernisation, les motivations sociales sont totalement différentes entre ces deux générations.

Pendant longtemps, avant la massification, avant l'école unique, celui qui faisait des études connaissait déjà la réponse puisque, justement, il était à l'école pour avoir un métier bien précis qu'il avait choisi. Pierre Bourdieu parle « d'habitus » pour définir les pratiques incorporées dans nos modes de pensée et d'action. Chacun de ces élèves « ancienne mouture » était conditionné pour travailler (et réussir), ils travaillaient parce qu'ils y avaient été habitués, qu'ils avaient acquis les mécanismes pour apprendre, en un mot : car ils avaient intégré que de cet apprentissage dépendait leur avenir, et ils savaient que rien ne serait ni facile, ni acquis d'avance.

Aujourd'hui, il n'en va plus de même. Par conséquent, l'éducation doit être définie en partant de l'intérêt de l'enfant ; sans cela, celui-ci ne fera pas d'efforts pour apprendre, car il ne trouvera aucun lien avec son développement et avec ses désirs. En comparaison avec le passé, nous pouvons également souligné que les jeunes savent que même avec un diplôme en poche, ils auront certaines difficultés à s'insérer dans le milieu professionnel. Il y a d'un côté le chômage qui accable la société et de l'autre, des employeurs de plus en plus exigeants d'un point de vue qualifications. Autrefois, il était beaucoup plus facile de trouver du travail que maintenant.

La situation économique de nos civilisations ne sont pas attractives pour motiver les jeunes.

A partir de là, le problème est cerné : l'élève ne perçoit pas l'utilité de sa présence, et ceci est encouragé par le fait que les médias (au travers de la publicité, des émissions de télé réalité...) encouragent la consommation, et lui font croire que tout est facile, que tout est possible sans effort ni travail. Notre jeune ne comprend donc plus ce monde qui l'entoure : à la maison tout n'est pas rose, mais les parents essaient encore de donner le maximum à leurs enfants ; à l'extérieur, tout paraît simple et facile, alors pourquoi se donner la peine d'aller à l'école ? Pourquoi se donner la peine de travailler lorsque l'on vous montre qu'avec un peu de débrouillardise on y arrive fort bien !

Ces fausses facilités induisent une habitude acquise dès le plus jeune âge et nous relie au problème d'éducation des enfants dans un monde de consommation excessive. Dès leur plus jeune âge, les enfants apprennent à profiter de la vie, ce qui pourrait bien être le point de départ de la problématique nommée « les enfants tyrans ».

3.2.1.2 LES ENFANTS TYRANS

Les différentes connaissances sur le développement et le psychisme des enfants nous ont menés à changer notre façon d'élever nos enfants. Nous prenons, à l'heure actuelle, beaucoup plus de temps pour prêter attention aux besoins de nos progénitures et à tenter d'éviter que celles-ci ne subissent les conséquences de nos problèmes sociétaires.

"Depuis cette fameuse phrase "l'enfant est une personne", [les parents] se sont mis à traiter l'enfant comme un adulte en lui demandant tout le temps ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas...oubliant que si l'enfant est bien une personne, il est une "petite personne" qui ne doit pas imposer son mode de vie à la famille !" Christiane Olivier, psychanalyste.13(*)

L'enfant a pris une place importante dans la famille. Dorénavant, nous pouvons choisir à quel moment et avec qui nous décideront d'avoir un enfant. Ces facilités nous permettent d'attendre que le bon moment soit venu (carrière professionnelle active, logement, partenaire idéal, etc.). Quand est venu le moment d'avoir ce bébé, nous mettons évidement tout en place pour que son existence soit aussi bonne que possible. Même des changements de cap, de carrière, ou de conjoint passeront après le bien-être de notre enfant.

De plus, il faut bien avouer qu'avec tout le modernisme qui nous entoure, de nombreuses tâches, auparavant difficiles et fatigantes, sont simplifiées. L'exemple le plus simple est l'apparition du micro-onde qui permet de préparer le biberon en moins de 30 secondes, et ainsi éviter que l'enfant ne doive attendre et pleurer. Tout le monde est gagnant.

Evidement, comme dans toute technologie, il y a un revers. Le bébé apprend, dès son plus jeune âge, que son biberon tant attendu est disponible dans un délai très court, juste après qu'il est manifesté sa faim. Le jour où ce merveilleux appareil tombe en panne, c'est la catastrophe, l'enfant ne sait pas attendre (il ne l'a jamais appris) et sa faim le torture comme jamais. Alors il hurle, et les parents ne savent pas que faire pour le soulager en attendant que le biberon chauffe classiquement au bain-marie. Ceci est un exemple qui me permet de démontrer que nous n'apprenons plus à nos enfants la patience, le délai raisonnable pour obtenir ce que l'on souhaite.

Cet exemple peut être relié, quelques mois plus tard, lorsque l'enfant demande un gâteau, que les parents lui donnent volontiers peu après sa demande. Mais lorsque le paquet est vide, le petit ne comprend pas pourquoi il ne reçoit pas immédiatement ce qu'il a demandé. Alors pour palier aux pleurs et à la détresse de leur enfant, qui semble si malheureux, les parents, de nouveau, mettront tout en oeuvre pour satisfaire l'enfant et retrouver ce beau sourire qui éclaire son visage lorsqu'il est comblé.

Pourtant, n'avons-nous pas eu connaissance du besoin de frustration de l'enfant ? Si, bien entendu, mais nous ne sommes plus dans une société de restriction, c'était à l'époque de la pédagogie noire que l'on frustrait l'enfant. Et puis, dans notre société actuelle, étant donné que de nombreuses choses sont disponibles et dont, en tant que parents, nous jouissons aisément, on pourrait se demander pourquoi frustrer cet enfant qui le sera bien assez lors de sa vie plus tard ?

Les parents capitulent et deviennent des "collaborateurs" croyant acheter ainsi une paix précaire au prix de renoncements successifs. Ils mettent en place des stratégies d'évitement et ne s'aventurent plus à demander quoique ce soit à leur enfant à moins d'être certain de la réponse. De l'enfant gâté à l'enfant roi, et de l'enfant roi à l'enfant tyran les étapes se franchissent très rapidement et chaque renonciation de la part des parents ne fait que préparer le terrain pour un nouvel abandon.

Tout l'art du tyran en herbe consiste à se présenter comme une victime, à provoquer les adultes et installer une ambiance pesante et stressante. L'enfant se sent le centre, tout vient pour lui et comme lui le désire. Les réprimandes verbales ne le touchent plus, il s'est habitué à les entendre mais également au fait qu'il obtient de toute façon ce qu'il désire. Face aux personnes extérieures à la famille, les parents cherchent à l'excuser en vantant la maturité de leur enfant et son tempérament bien trempé, un atout dans un monde qui ne fait pas de cadeau.

Le problème ne réside pas dans le comportement de l'enfant, mais dans l'absence de réactions des parents et leur tendance à "psychologiser". A trop vouloir trouver des explications à tout, le bon sens suffirait parfois à remettre les pendules à l'heure. Il s'agit de répondre de façon circonstanciée et sans attendre l'exaspération qui pourrait naître et s'exprimer dans la violence.

D'autres facteurs entrent en ligne de compte. L'enfant lui-même n'est pas une page blanche : son tempérament peut venir tempérer ou au contraire aggraver la tentation de la toute puissance. La société, elle aussi, joue un rôle néfaste, quand, au prétexte de lutter contre l'autoritarisme, elle invalide toute hiérarchie ou souveraineté des adultes sur les enfants. La tyrannie du pater familias ne doit pas être supplantée par la tyrannie de l'enfant roi. Quant à la psychologisation excessive du comportement de l'enfant, elle incite à tout expliciter et tout excuser et n'est pas non plus étrangère à cette dérive.

Face aux comportements de l'enfant de plus en plus dérangeants, certains parents sont susceptibles de consulter des spécialistes. Grâce au développement de l'information via les médias et internet, ils peuvent immédiatement faire un lien entre les faits et gestes de leur enfant et trouver une réponse appropriée à leurs questions : notre enfant ne serait-il pas victime de cette maladie que l'on appelle l'hyperactivité ? Quel soulagement, ceci est la preuve que ce n'est pas de sa faute s'il est comme ça !

3.2.1.3 L'HYPERACTIVITÉ

Personne n'a pu démontrer jusqu'ici qu'il s'agit d'une affection d'ordre neurologique. Beaucoup de psychothérapeutes acceptent que cela puisse être vrai pour peut-être 2 à 3% des enfants.

Ces troubles hyperkinétistes sont des comportements persistants, l'enfant a des activités excessives et désorganisées qu'il ne termine pas par manque de persévérance dans ses activités cognitives. Ces troubles se relient avec de nombreux autres symptômes, dont le trouble de l'attention, le trouble émotionnel, les comportements dyssociaux et agressifs.

« Les études effectuées dans les pays scandinaves ont démontré qu'un enfant qui reste plus de vingt heures par semaine en collectivité risque de développer, au moments des apprentissages, de l'anxiété et une certaine hyperactivité. »14(*)

Il en ressort qu'il y a trop d'enfants dans le même lieu, beaucoup de bruits, de la résonnance. Les puéricultrices ne sont pas assez nombreuses pour s'occuper des enfants individuellement, répondre à leurs besoins, etc.

« Dans une école, il y a toujours deux groupes distincts :

D'un côté, les enfants dégourdis en langage. Ils construisent entre eux des jeux cohérents et aiment rester autour du maître.

De l'autre, les enfants en retard de langage. Ils courent, se battent et n'écoutent pas les consignes. On parle alors déjà de « manque de concentration », voire aujourd'hui, « d'hyperactivité.

Lorsque l'énergie ne passe pas par les mots, elle passe par les jambes. C'est l'éducation au langage et à la communication verbale qui permet à l'enfant de canaliser son énergie.» 15(*

Dès la maternelle, on commence à répertorier les enfants « anormaux ». On les traque dès leur plus jeune âge ; ils doivent être sages, attentifs, doués en langage, bref parfait. Sinon on leur colle une première étiquette de « mauvais garçon » ou « mauvaise fille ».

Mais si le retard de langage en est la cause, comment éradier ce phénomène ? Les parents sont tellement préoccupés, ou occupés, par leurs vies professionnelles qu'ils ne peuvent plus être pleinement attentifs à leurs enfants.

Pour qu'un enfant parle « correctement », ne faudrait-il pas commencer par éteindre la télévision (qui tourne avec des dessins animés), que papa éteigne son ordinateur (pour le travail) et que maman abandonne ses recherches (savoir comment rendre son enfant heureux) ? Ensuite, peut-être serait-il utile de partager un vrai moment de détente et d'échanges entre ces trois personnes. Cela pourrait-il nuire à l'enfant ? Parler ou jouer avec ses parents ne lui permettrait-il pas de mieux communiquer également ?

Malheureusement, pour les enfants en retard de langage, il y a peu de mesures concrètes à l'école à part la précoce classification. Un travail de communication avec le personnel approprié (formations et nombres d'intervenants suffisant) ne serait-il pas bénéfique à ces enfants ?

Ce débordement d'énergie physique est susceptible d'engendrer la violence, ils ne savent plus comment communiquer alors ils agissent physiquement.

3.2.2 LA VIOLENCE

La violence a un aspect indéfinissable car elle est subjective, propre à chacun. La violence est la suite des événements tributaires de tout l'environnement du jeune. Un simple facteur déclenchant est susceptible d'engendrer une réaction violente de la part de ce jeune.

La violence trouve ses sources dans la manière dont les jeunes voient leurs perspectives d'avenir. Il est clair, dans l'esprit de la majorité de la population, que l'avenir ne sera probablement pas « rose ». En effet, face aux changements climatiques en cours et annoncés, aux différents problèmes économiques de nos sociétés, aux difficultés relationnelles entres autres, nous ne pouvons prétendre à un futur sans obstacles et difficultés.

Nous la retrouvons également dans les absences de repères. Les jeunes ne trouvent plus le lien avec leur histoire, leur empreinte dans leur société. Le déclin de l'autorité et le manque de transmission des valeurs morales ne leurs permettent pas de s'insérer tels des citoyens à part entière. Ils se retrouvent confrontés à des raisons universelles qu'ils ne comprennent pas, n'ayant pas reçu une transmission complète de leur passé, de leur appartenance à cette société.

Cette violence s'inscrit tout autant par l'image que la société semble leur renvoyer à leur sujet. À partir du moment où vous êtes un jeune, un adolescent, vous êtes automatiquement étiqueté comme potentiellement délinquant. Tout cela parce que l'adolescence est reconnue comme un stade où l'enfant recherche sa place, tout en tentant d'imposer sa vision des choses. Mais la société a une tendance à rejeter directement l'opinion des jeunes, sous prétexte qu'ils sont justement trop jeunes et trop immatures pour être capable de donner une opinion juste et intéressante. Nous pourrions presque considérer que ce rejet de la société par rapport aux jeunes se rapproche de l'allégorie de la lèpre et de celle de peste. En effet, physiquement, un adolescent se distingue avec les différentes transformations physiques, ce qui permet à la société de le catégoriser directement en un regard. Nous voyons un jeune avec un visage encore enfantin et le début de la pilosité (moustache, barbe), nous savons immédiatement plus ou moins son âge et son stade de développement. Ce qui justifierait que la société, de part cette identification, se permette de surveiller constamment les jeunes, afin d'éviter toute dérive potentielle.

Le comportement violent du jeune trouve, en partie, une source par le fait que certains parents deviennent démissionnaires. Face à leurs propres difficultés (économiques, sociales et psychologiques), les parents se retrouvent désarmés face à leur enfant en pleine recherche de son identité. Ils se trouvent confrontés eux-mêmes à leurs problèmes qu'ils ont des difficultés à résoudre, ne trouvent pas forcément les solutions dont ils ont besoin, et se retrouvent alors dépassés par les problèmes de leur enfant.

Le milieu socioculturel joue un rôle dans l'apparition de la violence. Selon le lieu, l'environnement social et culturel, un jeune n'aura pas les mêmes façons d'appréhender ses ressentis. S'il vient d'un milieu défavorisé, ou violent, où le règne de la débrouille prime, il sera plus vite enclin à réagir immédiatement, de la façon la plus efficace qu'il ait appris, c'est-à-dire en passant par son corps, seule chose dont il est conscient de maîtriser totalement. Il aura appris ce style de réponse face à la violence rencontrée pendant son enfance dans son milieu de vie.

Suite à une mauvaise journée, des problèmes familiaux, un énervement quelconque, un jeune peut, comme n'importe quelle personne, réagir de manière inadaptée. Quand la pression est trop forte et lorsqu'un événement dérangeant se produit, la réponse est souvent violente, que ce soit par la parole ou par les gestes.

Nous pourrions également considérer que la violence vienne du fait que la société donne parfois le sentiment que les jeunes sont les boucs émissaires de nos civilisations. Tous les peuples choisissent un groupe plus réduit pour en faire un bouc émissaire, lui faire porter la haine qu'ils ressentent. En mettant le mauvais à l'extérieur, ceci permet de rassurer les citoyens par le fait qu'ils ont réussi à évacuer tout ce qui peut être potentiellement dangereux pour leur propre équilibre.

Cette violence que le jeune utilise peut également venir d'une certaine maltraitance dont il a été victime.

3.2.3 LA MALTRAITANCE

On entend de plus en plus souvent des cas de maltraitance, comme si ils étaient plus nombreux aujourd'hui qu'autrefois. La violence fait actuellement partie intégrante de notre société, de notre culture, de notre histoire. Elle est devenue, au fil du temps, courante, dénoncée, exploitée. Sans uniquement parler des enfants, la violence est tout autour de nous au quotidien : il suffit de regarder les journaux, l'actualité pour se rendre compte de cette évidence.

Autrefois, le pater familias était tout puissant. Il était normal qu'un chef de famille batte sa femme ou ses enfants si l'un d'eux avait dérogé aux règles du domicile familial. C'était plus facilement celui ou celle qui avait manqué de respect au pater familias qui était montré du doigt tel un démoniaque. Rappelons-nous qu'auparavant, la personne qui pêchait était vue comme envahie par des démons ou par le diable, et pouvait même être brulée.

On ne parlait pas de maltraitance, mais de correction, de libération de la personne déviante. Les faits et gestes du chef de famille n'étaient en aucun cas jugé, chacun s'occupant de sa propre chaumière et faisant selon sa volonté. Evidement, dans un monde où il en a toujours été ainsi, de part la nature humaine, il y avait des familles où l'abus du père était manifeste, voir disproportionné.

Avec les années et les connaissances, on a voulu rétablir l'équilibre de ce pouvoir absolu. La société n'a plus voulu assumer les dérives, la dictature qui avait fait des ravages dans l'humanité. Alors toutes les mesures de sécurité que nous connaissons à l'heure actuelle ont vu le jour. On a voulu protéger l'enfant pour son développement personnel. Petit à petit, il s'est installé un climat de suspicion, de recherches sur toute personne usant d'un abus de pouvoir.

Nous en sommes arrivés, à l'heure actuelle, dans la période où chaque geste peut être vu comme maltraitant.

3.2.3.1 QUAND LA SOCIÉTÉ VEILLE

Nous avons pu constater ces dernières années une augmentation des systèmes de contrôle de la maltraitance. La plupart des campagnes de prévention sont basées sur les droits des enfants, mais elles oublient généralement que tous les parents, même non maltraitants, sont concernés par ces campagnes. A titre d'exemple, que dire de cette campagne de prévention qui montre (ou démontre) qu'il faut jouer avec l'enfant, faire des jeux de société, passer plus de temps avec lui. Il est vrai que c'est une chose importante, même indispensable pour l'enfant de pouvoir découvrir le monde avec ses parents. Mais que faire quand un travail, une vie sociale et des responsabilités vous en empêchent du point de vue emploi du temps ? Que faire si vous êtes occupé par des problèmes financiers, sociaux ? Avez-vous l'esprit au jeu et à la détente avec votre enfant ? La société actuelle nous fait perdre une partie, ou l'intégralité pour certains, de notre énergie à offrir à nos enfants, au partage de différentes joies avec eux. Le résultat est que les parents se sentent responsables et découragés dans leur quotidien avec leurs enfants et se sentent parfois coupables de maltraitance malgré le fait qu'ils n'ont jamais levé la main sur l'enfant.

D'un autre côté, quand on regarde du côté de la prévention et des campagnes d'informations sur les droits des enfants, on estime qu'il est absolument nécessaire que les enfants soient avertis de ce qu'ils peuvent faire s'ils estiment être maltraités. On leur explique ce qui est bien et ce qui n'est pas bien dans le comportement des adultes. En effet, ainsi en cas de problème, l'enfant aura une chance de savoir où trouver de l'aide, de s'en sortir ; il aura appris que s'il parle à quelqu'un de ses problèmes, on se doit de l'écouter et d'intervenir de la meilleure façon possible en fonction de la situation.

Il existe également une sorte de code dans la société qui dit que tout le monde surveille tout le monde : c'est ce que l'on peut apparenter à l'allégorie de la peste. Il est vrai que la loi stipule qu'une personne ayant connaissance d'un danger pour autrui est tenue d'en informer une personne ayant les compétences pour aider la personne en danger s'il ne peut l'aider lui-même. La société recherche actuellement à combattre toutes formes de souffrances, et la population est ainsi invitée, influencée à dénoncer tout fait lui semblant mettre un enfant en danger. Les campagnes de prévention justifient ces dénonciations par le fait que les parents ayants des difficultés et les enfants qui doivent être aidé doivent nécessairement être connus afin d'apporter l'aide adapté à leurs besoins.

« Sont-ils véritablement plus nombreux? Je ne sais pas. On parle en revanche beaucoup plus ouvertement des abus dont sont victimes les enfants et on les traque plus sévèrement. Heureusement.

Il arrive aussi que des parents qui avaient donné trop de pouvoir à l'enfant perdent complètement le contrôle de la situation et passent alors dans le registre de la violence. C'est une dérive que l'on rencontre. Un trop grand coeur peut aussi faire le lit de la violence. »16(*)

Une partie de la maltraitance peut être attribuée aux conditions sociales. En effet, les conditions de vie actuelles sont souvent difficiles pour de nombreuses personnes. On parle alors de violence sociale, de sentiments d'insécurité, ce qui est susceptible de mener les individus à ne plus avoir la force de se battre, à se sentir démunis face à la société et à leur faire perdre une partie de leur identité.

« À l'époque des « Misérables », Victor Hugo dénonçait la bêtise fondamentale de ceux qui ne savent pas voir l'injustice et qui ne reconnaissent que la punition. C'est sur cette pensée que la démocratie s'est développée. Or, aujourd'hui, par un incroyable retournement de l'histoire, notre époque assiste au corollaire obligé de l'ordre de la violence économique et de l'idéologie sécuritaire : le retour de la fatalité sociale. »17(*)

Toutes ses souffrances, ses difficultés poussent, à un moment ou à un autre, le jeune a utilisé la seule chose dont il est le seul maître : son corps. Mais, malheureusement, il a plis une tendance à le détruire plutôt qu'à « le muscler ».

3.2.4 L'AUTODESTRUCTION

Nous pouvons retrouver cette autodestruction dans le suicide, dans la consommation d'alcool, de drogues et de médicaments psychotropes, dans l'anorexie et la boulimie et également dans la mise en danger de leur propre corps lors de jeux.

3.2.4.1 LES TENTATIVES DE SUICIDE

« Les tentatives de suicide chez les adolescents représentent un quart des tentatives effectuées dans l'ensemble de la population. Un tel geste ne peut évidemment être banalisé. « Un tiers des adolescents suicidants récidivent ». L'absence de prise en compte du premier geste par l'entourage du jeune constitue un facteur évident de récidive. Ce « raté » concerne en particulier les tentatives n'ayant pas mis en jeu le pronostic vital et qualifiées à tort de a minima. La banalisation du geste est donc un facteur de risque majeur de récidive souvent plus grave (escalade dans la prise de risque). La gravité du geste n'est pas en lien avec le degré de souffrance psychique ce qui signifie qu'une tentative de suicide sans gravité sur le plan somatique n'est jamais anodine. »18(*)

Deuxième cause de mortalité chez les jeunes après les accidents de la route, le suicide est un acte qui traduit un malaise ; c'est un geste souvent incompréhensible. Ce geste, bien qu'individuel, bouleverse tout l'entourage du suicidé. Un acte inexplicable, qui touche de près aux questions existentielles.

Difficile pour la société d'accepter que quelqu'un quitte ce monde parce qu'il ne s'y sent pas bien : ce qui fait d'autant plus peur que l'on vit actuellement dans une société où l'on maîtrise tout, où l'on a des solutions à tout. Ce n'est pas un désir de mort qui pousse une personne à passer à l'acte, mais le besoin d'apaisement. Ce n'est pas par choix, mais par absence de choix. Tout suicide traduit une souffrance, un mal-être auquel le suicidant veut mettre fin. Le suicide intervient rarement de façon brutale et irréfléchie. Mais il suffit d'un évènement supplémentaire pour que la goutte d'eau fasse déborder le vase, que l'angoisse devienne intenable.

Différents signes peuvent servir de signaux d'alerte à l'entourage d'une personne suicidaire.

· Parler de se tuer, comme s'il n'y a aucun espoir.

· Des nouveaux amis ou plus de temps passé en compagnie d'amis.

· Changements de comportements soudain.

· Changements notables de l'appétit.

· Insomnie ou excès de sommeil.

· Difficultés scolaires.

· Incapacité de se concentrer ou à tenir en place.

· Pensées confuses, incapacité à raisonner correctement.

· Pertes d'énergie sans raison apparente.

· Augmentation de la consommation de drogues ou d'alcool.

· Sentiments constants d'inutilité ou de haine de soi.

· Prise de risques excessifs (imprudence au volant, alcool, relations sexuelles non protégées).

· Rapports physiques et sexuels mal vécus.

· Obsessions de la mort, de l'agonie, du suicide.

· Dons d'objets personnels ou précieux.

· Antécédents familiaux de dépression ou de suicide.

Cette liste est assez vaste pour s'appliquer à tous les adolescents à un moment ou un autre. Il est difficile d'interpréter des termes comme « changement de comportement soudain ».

Pour affronter les difficultés de la vie, les jeunes ont peut être trouvé une alternative au suicide, plus douce et plus amusante, mais qui les détruits également à petit feu : l'alcool.

3.2.4.2 L'ALCOOL

L'alcool a été, pendant de nombreuses années, en vente totalement libre dans les magasins, distributeurs. Il était relativement aisé pour des jeunes de s'en procurer et, légalement, ils ne faisaient rien de mal : l'alcool est un produit licite.

Depuis quelques années, la société s'est rendu compte de la prolifération de l'alcoolisme chez les adolescents. Pour palier à cette problématique, des lois ont été crées et interdisent dorénavant la vente d'alcool aux personnes de moins de 18 ans. Mais évidement, dans la même pratique que la drogue, les jeunes parviennent à se fournir selon leurs besoins.

Sans que les adultes en aient pleinement conscience, le comportement des jeunes face à l'alcool a profondément évolué. Le motif premier de l'alcoolisation est devenu la recherche, par des adolescents de plus en plus jeunes, de la « défonce » obtenue en se saoulant le plus rapidement possible. L'arrivée aux urgences pédiatriques de filles ou de garçons âgés de 12-13 ans en coma éthylique n'est plus rare. Se saouler de plus en plus fort, de plus en plus vite pour se procurer des sensations et se mettre « hors jeu », et donc «hors je» est maintenant le but de la consommation d'alcool chez de nombreux adolescents et jeunes de tous les milieux sociaux. C'est le « binge drinking » bien connu dans les pays nordiques et anglo saxons. Si cette consommation se fait généralement en groupe et dans un contexte festif, l'alcool, à la différence des générations précédentes, ne sert plus à donner du courage ou pour faciliter la relation à l'autre ; désormais le héros est celui qui s'écroule le premier.

Les parents prennent difficilement conscience de l'état de leur enfant et sont loin d'imaginer la réalité de l'alcoolisation. Le fait que l'alcool soit légalisé et en libre vente est également une source de confusion dans l'esprit des personnes. À partir du moment où c'est autorisé et tellement commun, est-il possible de faire la transition entre apprécier et abuser ? Pourquoi une boisson autorisée serait-elle nocive au jeune consommateur ?

Malgré les nombreuses informations sur les méfaits de l'alcool, il semblerait que certaines personnes ne prennent pas sérieusement toutes ces recommandations diffusées massivement. Après tout, à partir du moment où la personne qui a bu ne conduit pas un véhicule ou ne trouble pas l'ordre public, elle ne fait rien d'illégal. Cette manière de penser à la consommation d'alcool est toujours d'actualité. Mais que penser si nous la mettions en parallèle avec la marijuana, qui a beaucoup de choses en commun avec l'alcool ?

3.2.4.3 LA DROGUE ET LES MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES

Dans le langage adolescent « fumer » n'évoque pas seulement une consommation de tabac mais également celle de cannabis et ce qu'ils font « je fume des joints pour dormir ».

La consommation du cannabis s'est nettement accrue au cours des années 1990, particulièrement chez les jeunes. En 2002, plus d'un Français sur cinq a déjà expérimenté le cannabis. Parmi les jeunes, c'est le cas pour une majorité d'entre eux avant la fin de l'adolescence. Cette consommation est en général occasionnelle mais elle devient avec l'âge de plus en plus régulière et intense.

L'étude de Howard Saul Becker (1928-) sur les fumeurs de marijuana servira en quelque sorte d'illustration pour présenter sa théorie sur la déviance. Dans cette étude, Becker utilise le terme de carrière déviante. Selon lui, une personne déviante mène une carrière durant laquelle elle passe par plusieurs étapes. On n'est pas le même déviant du début à la fin ? On n'est pas déviant en soi, mais par choix. Plusieurs éléments interviennent : le contexte, le temps, etc.

Lorsqu'un individu s'engage la consommation de drogue, il change de vie et modifie son identité. Le geste de fumer ou non ne signe pas l'entrée dans la déviance mais plutôt le fait que l'acteur fumeur donne un sens à sa pratique avec autrui. Il n'y a pas forcément d'écart à la norme. Le fumeur ne se construit pas forcément comme un déviant.

Le fumeur doit se reconstruire par rapport à un nouveau statut de surcroît. L'étiquetage « déviant » est surdéterminant par rapport aux autres. Etre fumeur, c'est un désir de l'individu lui-même. En effet, le fumeur est en quelque sorte empêcher d'agir dans le cadre légal puisqu'il est étiqueté comme déviant. Petit à petit, il s'apprécie lui-même comme déviant en intériorisant l'image de soi que lui renvoie la société. Il maintient donc son statut. Et plus encore, l'individu est poussé à commettre de nouvelles transgressions, puisqu'il doit se tourner vers des réseaux déviants pour pourvoir s'approvisionner. Il s'initie peu à peu à son nouveau statut. 

Selon les psychologues, l'usage de drogue est une conséquence de prédispositions de l'individu, de souffrance psychique. L'individu est faible, n'a pas une saine constitution morale. Il est carencé. Pour Becker, ce ne sont pas les raisons psychologiques qui poussent à consommer de la drogue (en tout cas pour la première fois !), mais c'est le contexte qui provoque cette consommation. Becker dénaturalise, désindividualise. Ce sont les institutions de contrôle (psychologues, ...) qui produisent ce type de loi. Il s'agit d'une vision de quelque chose qui est social.

Le "drogué" véhicule une image stéréotypée : poids pour la société, image négative. Il délégitime les producteurs de normes. Or, les fumeurs ne correspondent pas tous aux stéréotypes.

Le cannabis est la première substance illicite consommée. Sa banalisation est complète, nombre d'adultes s'alarment à peine de voir leur enfant en consommer régulièrement. Les psychiatres relèvent « une véritable épidémie de bouffées délirantes » consécutives à une consommation très élevée de cannabis. Ces troubles régressent à la suite de soins spécifiques. Cependant, les médecins se montrent très inquiets au sujet d'adolescents qui connaissent ces phénomènes mais ne se soignent pas. Sans aller jusqu'aux troubles mentaux, un usage répété a des conséquences lourdes dans la vie quotidienne et beaucoup se répercutent dans l'univers scolaire : difficultés de concentration, difficultés scolaires, risques d'isolement social.

« Les médicaments psychotropes sont faciles à trouver. Le contact se fait tôt : à 14-15 ans, 20 % des adolescents déclarent en avoir consommé au moins une fois dans leur vie. À titre de comparaison, en 2005, 9 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans disent avoir utilisé au moins une fois ces produits dans l'année. »19(*)

Après ou au lieu d'avoir abusé de l'alcool et /ou de la drogue, il est également possible de s'autodétruire par les régimes alimentaires, manière efficace de diminution de la capacité de vivre mais beaucoup plus visuelle.

3.2.4.4 LES TROUBLES DES COMPORTEMENTS ALIMENTAIRES

« Les perturbations dans le registre de l'alimentation paraissent en nette augmentation dans la population des jeunes filles. Les garçons sont touchés beaucoup plus faiblement.

Encore faut-il distinguer nettement l'anorexie, en tant que pathologie psychiatrique, des comportements alimentaires anorexiques. Au sein du Pôle aquitain de l'adolescence, le pédopsychiatre Xavier Pommereau dirige une unité spécialisée dans l'accueil et le soin des adolescents souffrant de troubles alimentaires ; il chiffre à 10 % ceux qui souffrent de tels troubles dans des formes modérées et à 1 % les adolescents touchés par une forme grave « d'anorexie boulimie » pouvant conduire à la mort « L'anorexie, dit-il, est, à tort, présentée comme un choix fait par l'adolescente » ».20(*)

Le contexte culturel actuel hyper valorisant la minceur et les modèles de silhouettes qu'il présente est un puissant déclencheur de « régimes » et d'attention portée au poids dans tous les milieux sociaux et chez des enfants de plus en plus jeunes. De nombreuses jeunes filles (et sans doute aussi leurs mères) supportent mal l'augmentation de poids normale qui accompagne la puberté et commencent un régime pour se restreindre et rejoindre la norme de « minceur ».

L'anorexie et la boulimie sont les formes les plus graves et les plus répandues des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA).

L'anorexie mentale est la perte ou la diminution d'appétit se situant au niveau des troubles psychotique (psychotique: trouble de l'esprit). L'anorexie mentale touche pour 11 personnes 10 filles et 1 garçon. L'anorexie est due à la peur constante de grossir ou à la croyance d'être grosse.

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire avec des crises pendant lesquelles, le malade est soumis à une faim excessive. La boulimie touche 10 femmes pour 2 hommes et le pic de survenue des troubles se situe autour de 18-20 ans.

Comme pour la plupart des troubles mentaux, différents facteurs peuvent intervenir dans l'apparition des TCA. Cependant, il ne faut pas omettre l'appartenance culturelle qui permet l'émergence des troubles alimentaires. En effet, l'anorexie et la boulimie (pour ne citer que ces deux troubles), n'apparaissent pas dans les pays en voie de développement où l'accès à la nourriture y est insuffisant. De ce fait, les TCA sont en constante augmentation dans les pays occidentaux et ce depuis environ 30 ans. Celles-ci touchent 10% de la population dont 10% d'hommes et 90% de femmes.

Il existe 3 facteurs qui ont été pris en considération par les spécialistes : socioculturels, familiaux ou psychologiques.

Le facteur socioculturel est dû à un véritable culte de la minceur, voir de la maigreur, qui favorise une certaine maîtrise, maîtrise de soi. De plus, dans notre société, l'obésité et le surpoids sont très mal perçus. Ce surpoids se voit traqué à coup de slogan culpabilisants tel que : « manger-bouger». Désormais, le repas n'est plus savouré, il est passé sur le mode du calcul : « combien de calories j'ingurgite et comment les éliminer ? ».... instaurant alors la notion, non plus de plaisir, mais de culpabilité. Ainsi, dans notre société, tout est à disposition de la femme trop « ronde », tous les moyens sont déployés pour contrôler son poids : les régimes alimentaires, les exercices physique, les médicaments...C'est ainsi que s'oppose la culture, aux attentes sociales. L'image de la femme ne la satisfaisant plus, et ne correspond plus aux attentes de la société, ses préoccupations physiques deviennent « obsessions ».

Certains problèmes psychologiques ou événements peuvent déclencher ou être associés à un trouble du comportement alimentaire, ainsi que l'influence des médias qui a un lourd impact sur l'image de soi et sur les attentes de la société. Ces événements peuvent être une faible estime de soi, de l'anxiété, une dépression, des remarques humiliantes au sujet du poids, par exemples, mais ceux-ci sont plus nombreux. Ces facteurs déclenchant sont susceptibles de fragiliser la personne.

Enfin, le contexte familial peut aussi être très influent, au delà de son origine génétique. En effet, s'il peut y avoir plusieurs cas d'anorexie ou de boulimie dans une même famille, cela peut être le résultat d'un modèle familial ou de dysfonctionnements au sein de la cellule familiale tels que : l'inceste, la maltraitance, l'alcoolisme d'un des parents, la rigueur et le perfectionnisme d'un des parents, etc.

Evidement, pour le jeune concerné, il n'y a pas, à mon point de vue, de plaisir immédiat à se passer de manger ou de se faire vomir. Dans la catégorie autodestruction, le plaisir est présent à travers des jeux que les jeunes semblent adorer.

3.2.4.5 LES JEUX DANGEREUX, SOURCES DE SENSATIONS INTENSES

Les jeux dangereux et les jeux violents, dénommés par au moins 90 appellations différentes, sont une pratique en constante augmentation. Ils peuvent aboutir à la mort ou à des blessures graves.

Les jeux de non oxygénation (connus sous différentes dénominations « jeu du foulard, rêve bleu, jeu de la tomate... ») sont pratiqués par des jeunes qui ne sont pas décrits comme suicidaires ; bien au contraire, ces jeux sont utilisés pour éprouver des sensations intenses qui donnent aux jeunes un réel sentiment d'exister.

Dans les jeux d'agression il est fait usage de violence gratuite généralement par un groupe de jeunes envers l'un d'entre eux. Ces jeux sont intentionnels ou contraints.

Dans les jeux intentionnels (« canette, petit pont massacreur, bouc émissaire... ») un objet est lancé dans un cercle et le joueur qui ne le rattrape pas est roué de coups par les autres. Dans les jeux contraints (« carton rouge, couleur, taureau... »), un enfant est désigné en fonction de certains critères puis est frappé et humilié.

Il est difficile de cerner avec certitude le nombre d'enfants et d'adolescents qui s'adonnent à ces « jeux » comme agresseur ou comme victime. Ces jeux ne sont pas liés à un mal-être. Ils offrent aux utilisateurs une façon de se procurer rapidement des sensations fortes particulièrement pour les jeux de non oxygénation. Ils sont l'expression des pulsions agressives qu'éprouvent tous les enfants mais qui, dans ces cas, ne sont « ni canalisées ni rendues socialement acceptables ». Cette agressivité naturelle diffère radicalement de la violence antisociale. Aussi, les éducateurs plaident ils pour que soient proposés aux enfants et aux adolescents des jeux leur permettant d'extérioriser leur agressivité tout en leur inculquant en même temps les règles du jeu et leur respect.

Face à toutes ses façons que les jeunes ont de nous montrer un certain mal être, la société, grâce au modernisme et aux nouvelles technologies, a été en mesure de trouver un type d'aide particulier : les médicaments.

3.3 LA MÉDICALISATION

Quand un enfant est diagnostiqué comme en difficulté, plusieurs moyens peuvent être mis en action par les spécialistes. D'un côté, il peut y avoir un suivi thérapeutique, qu'il soit dans le courant psychanalytique, systémique ou comportementaliste. En tant qu'éducateur, nous travaillons en collaboration avec ses différents psychologues en suivant leurs recommandations, ce qui nous permet de pouvoir agir avec l'enfant dans le quotidien.

En plus de ces thérapies, certains enfants sont également suivis médicalement. Nous pouvons constater que de plus en plus d'enfants ayant des difficultés se retrouvent « médicalisés ».

Cette médicalisation est liée au DSM III (dictionnaire statistique des maladies) en 1980. Cette 3ème édition a été créée suite aux critiques apparues au sujet des versions précédentes du DSM.

Il était reproché au dictionnaire statistique des maladies :

Ø difficulté d'obtenir des dialogues fiables et valides indépendant des différentes théories psycho- pathologiques (comment mettre tout le monde d'accord ?)

Ø manque de validité dans les maladies mentales (diversité des causes et des pathologies). Différentes théories sur l'origine du trouble. Pas de recherche sur la cause de la maladie.

Ø Peur de la diversité, pas d'accord suffisant entre les différentes disciplines

La construction d'un langage commun est la seule solution afin de mettre d'accord le neuroscientifique et le psychanalyste. Pour cela, il y aura la suppression de la notion de cause et un consensus sur les syndromes sera établi. Cet accord sera officiel avec le DSM III : ce langage commun est construit sur la notion de syndrome faute de consensus sur les causes.

Le DSM sert de repérage comportemental : on va observer, questionner la personne, afin de remplir un questionnaire précis. « La coche » sert à évaluer et diagnostiquer la maladie dont souffre le patient. Suivant le résultat de « la coche », le médecin ou le thérapeute, par exemple, pourra prescrire un traitement médical pour combattre le trouble.

Les neurosciences prennent leur essor. On traque la maladie mentale du côté du gène, de la structure du cerveau, des cellules ...

Face aux problèmes rencontrés dans l'éducation, la solution qui semble la plus souvent prescrite est la médication. Puisqu'un enfant ne peut pas rester calme, ce n'est pas grave, on a un cachet qui le calmera qu'il le veuille ou non.

Evidemment, les grands gagnants dans cette course à la sagesse sont les industries pharmaceutiques, qui disposent comme par magie du remède miracle : le sauveur des parents.

Même si il n'y a pas assez de recul, par rapport à l'usage de ses médicaments, le résultat immédiat est primordial. C'est ce résultat qui compte, les gens sont satisfaits. Mais qu'en est-il des effets à longs termes de ces traitements ? Pouvons-nous assurer qu'ils n'auront aucun impact sur la santé mentale ou physique de l'enfant ayant suivi un tel traitement pendant plusieurs années ?

Oui, on parle bien d'années. Oui, car l'enfant difficile a sûrement, à la base, une raison d'être difficile, de se révolter. Avec les médicaments, on masque sa souffrance intérieure en masquant les symptômes, mais on ne fait pas disparaître son problème initial. Arrêter le traitement revient à la situation de départ, où l'enfant a quelque chose à partager, à extérioriser, mais qu'il ne peut pas le faire ou n'en a pas l'occasion. Sa seule solution, même inconsciemment, est de redevenir cet enfant difficile.

4 LA SOCIÉTÉ ET LES ÉDUCATEURS :

En tant que future éducatrice, il y a bien entendu différents facteurs que je dois prendre en compte. Il s'agit du rapport à la loi, du travail fourni, de l'accompagnement des autres, et de la place qu'une éducatrice peut prendre dans son institution.

4.1 LE RAPPORT À LA LOI

Le code de déontologie (15 mai 1997) fixe les règles et les principes qui doivent servir de référence tant à l'égard des bénéficiaires et des demandeurs de l'aide qu'à ceux qui l'apportent ou qui contribuent à sa mise en oeuvre. Il garantit le respect de leurs droits en général et plus particulièrement celui du secret professionnel, de l'intimité des personnes, de leur vie privée et familiale, des convictions personnelles et des différences, ainsi que l'utilisation correcte des informations recueillies. Il détermine en outre, la conduite, les devoirs et l'éthique professionnels qui doivent prévaloir dans l'action des intervenants.

Le code aurait tendance à poser un climat de suspicion où tous les parents sont potentiellement maltraitants. En remédiant par le fait que si l'enfant a de mauvais parents, on confie le jeune à un éducateur pour l'élever (art. 3 : «  [...]Dans le respect de l'intérêt du jeune, de ses droits et obligations, de ses besoins, de ses aptitudes et des dispositions légales en vigueur, l'intervenant veille à respecter et à favoriser l'exercice du droit et du devoir d'éducation des parents notamment en ce qui concerne le développement physique, mental, spirituel, moral, social et culturel de leur enfant.[...] »).

Lors du placement de l'enfant sur décision du juge, on demande à l'éducateur de trouver le bonheur pour celui-ci et de lui faire accepter son hébergement (art. 8 Les intervenants s'assurent que le bénéficiaire ou ses représentants apprécient en pleine connaissance de cause la nécessité, la nature et la finalité de l'aide ainsi que ses conséquences et puissent dès lors faire valoir leurs droits. [...]). Mais peut-on dire qu'un enfant séparé de ses parents sera d'accord avec la décision du juge ? L'enfant reste malheureux qu'il soit maltraité ou qu'il soit placé, ce qui rend son épanouissement difficile.

On lui demande d'accepter, de comprendre son placement et l'aide qu'on lui procure. Mais celui-ci peut simplement ne pas être d'accord avec la décision et refuser de suivre la voie que l'on lui trace sans lui demander ce que serait son propre choix (s'il avait la possibilité de le faire). L'enfant doit être aidé qu'il le veuille ou non. L'éducateur doit le conseiller sur le chemin de sa vie mais chacun doit pouvoir opérer des choses par rapport à sa propre vie. L'enfant doit laisser ses émotions personnelles pour satisfaire aux exigences de son aide et il doit en être satisfait, heureux. Pourtant il est normal d'être en colère, de ne pas accepter le placement contraint ni l'aide apportée par l'institution. L'enfant n'a plus de place requise dans le langage. Sans langage, celui-ci ne peut plus exister. On le condamne à chercher un bonheur qui n'existe pas.

Structurellement parlant, l'enfant aura de grandes difficultés à maintenir ce qui est au fond de lui. Dans l'aide, le refus de l'enfant n'est pas pris en considération, son bonheur et sa vie sont décidés par les autorités compétentes, ce qui mène l'enfant à perdre sa propre identité (art. 2 L'intervenant recherche les solutions les plus épanouissantes pour le bénéficiaire. Les intervenants veillent à proposer la solution qui a la meilleure chance de succès. Ils ont le devoir d'envisager la solution la plus adaptée et la plus accessible au jeune et s'il échet à sa famille. [...] & art. 10 [...] Les intervenants veillent dans ce sens à fixer et à respecter des délais en rapport avec la nature, la gravité et l'origine de la situation. Ils veillent aussi, sauf si l'urgence et la gravité le justifient, à ce que le traitement de nouvelles situations n'entrave pas le respect des échéances fixées dans les situations déjà prises en charge. [...]).

Le code stipule que l'enfant doit connaître et comprendre la situation dans laquelle il se trouve (art.8 Les intervenants s'assurent que le bénéficiaire ou ses représentants apprécient en pleine connaissance de cause la nécessité, la nature et la finalité de l'aide ainsi que ses conséquences et puissent dès lors faire valoir leurs droits [...], art. 10 [...] ils en informent les bénéficiaires [...] et art. 11 [...] L'intervenant est tenu d'en informer le bénéficiaire.).

En lui demandant de comprendre, on lui demande de prendre une place d'adulte apte à réagir de manière satisfaisante à l'aide fournie. L'enfant reste le centre du sujet mais il se trouve décalé par rapport à sa place de départ. Il devient partenaire de l'aide, non plus bénéficiaire, en lui faisant accepter l'aide reçue ainsi que les décisions prises en son nom. Celui-ci est dirigé vers une voie prédéfinie qui n'est peut-être pas la sienne.

Dans le code, on veut que l'enfant soit pleinement convaincu que l'aide reçue est la meilleure solution pour lui. Le bénéficiaire de l'aide doit adhérer à la décision prise ce qui mène à penser que l'enfant ne peut pas rester lui-même.

Chaque enfant est différent, même si son histoire, son vécu peut paraître semblable à un autre enfant. Il n'aura pas forcément les mêmes sentiments ni les même souhaits que cet autre enfant. Or, il ressort du code que ce sont les faits qui feront décider la suite du suivi social de l'enfant. Dans cette optique, on ne parle plus d'un enfant précis, mais d'un « cas ». La différence entre les êtres humains est nécessaire et les actes d'aides devraient être élaborés au « cas par cas », individuellement. Ce texte de loi différencie les enfants par rapport à des catégories de maltraitances qui semblent être classées par groupe.

Ce code en constante évolution ne permet pas à l'enfant bénéficiaire de l'aide de rester à sa place de départ, c'est-à-dire d'enfant insouciant et libre. En dirigeant la vie des autres, le code ne risque-t-il pas de robotiser l'être humain en voulant l'humaniser ?

Le code de déontologie précise que les intervenants ne doivent pas faire de prosélytisme, en laissant de côté leurs expériences, leurs convictions et même leurs sentiments. Cependant il leur accorde le droit à un lien établi, et la possibilité de vivre avec l'enfant quelque chose d'une relation intime. Par ailleurs, les intervenants, l'éducateur, doivent convaincre l'enfant de son bonheur d'être placé, séparé de ses parents, en poussant ce dernier à accepter la décision prise pour lui. Le texte de loi nous met face à un paradoxe sur le prosélytisme.

La base du métier d'éducateur est d'accompagner, de résonner avec l'enfant dans sa propre souffrance, afin que celui-ci puisse se construire, trouver son identité et bâtir son propre bonheur. Mais, dans le cadre de la loi, nous prenons les décisions à sa place, en estimant qu'elles sont les meilleures dans sa situation et en le rendant entièrement dépendant de notre institution.

C'est aussi le cas pour l'éducateur. Il ne parle que dans le but d'obtenir de l'enfant ce que les autorités compétentes ont choisi pour lui. Il n'est plus autonome dans sa façon de parler, de penser ou d'agir puisque celles-ci sont guidées par la loi, en prenant les décisions qui ont les meilleures chances de succès.

L'éducateur et l'enfant sont dirigés vers une voie prédéfinie qui n'est pas forcément la leur.

L'enfant victime de maltraitance est pris en charge par l'état afin de le préserver. Or, nous avons découvert qu'en dirigeant la vie de l'enfant, en prenant les décisions à sa place, et en voulant le rendre heureux, que cet enfant continuera de souffrir au fond de lui-même quelle que soit la situation vécue. De plus, la décision d'hébergement le rendra entièrement dépendant et nuira à sa construction personnelle.

L'éducateur, quant à lui, devra convaincre cet enfant, tout en sachant au fond de lui-même qu'il ne peut rendre une personne heureuse sans lui permettre de connaître la souffrance, pilier de l'identité de chaque être humain. Et la vie de l'institution le rendra dépendant, tout comme son protégé, en suivant les recommandations des autorités supérieures à la lettre et en oubliant son « moi intérieur ».

Nous pouvons nous demander si c'est bien cela le but à atteindre, le métier de l'éducateur.

4.2 LE TRAVAIL DE L'ÉDUCATEUR

Avant de savoir ce qu'est exactement un éducateur, il me semble nécessaire de faire le point sur le sujet principal qui relie l'éducateur et l'enfant, c'est-à-dire l'éducation. Selon le dictionnaire Larousse, l'éducation est l'action ou la manière d'éduquer. C'est également l'ensemble des aptitudes intellectuelles et physiques et des acquisitions morales de quelqu'un. Nous retrouvons également le mot éducation dans le système éducatif et l'institution sociale. La notion d'éducation s'est considérablement élargie au cours du dernier quart de siècle. L'obligation scolaire est devenue plus longue (école obligatoire jusque 18 ans), l'école n'a dorénavant plus le monopole de l'éducation, qui s'est partagé avec les médias (internet, presse, télévision, etc.), mais surtout l'éducation est devenue pluridisciplinaire. Avant l'éducation était centrée sur l'intelligence et la mémoire. Actuellement, elle est plus centrée sur l'affectivité, la personnalité et le développement corporel.

La définition du métier d'éducateur n'est pas aisée, elle n'est pas clairement établie par rapport à la multitude de tâches accomplies. Un éducateur est défini ainsi : personne qui s'occupe d'éducation (les parents par exemple), personne qui a reçu une formation professionnelle spécifique pour se consacrer à l'éducation de certaines catégories de jeunes posant des problèmes particuliers21(*).

D'après la loi sur le statut d'éducateur spécialisé du 29 avril 1994 : « Par éducateur-accompagnateur spécialisé au sens de la présente loi, on entend la personne qui, titulaire du diplôme prévu à l'article 2, favorise par la mise en oeuvre de méthodes et de techniques spécifiques, le développement personnel, la maturation sociale et l'autonomie des personnes qu'il accompagne ou qu'il éduque. Il exerce sa profession soit au sein d'un établissement ou d'un service, soit dans le cadre de vie habituel des personnes concernées. (Article 1) ». Mais celui-ci a été annulé par la cour d'arbitrage. L'article 1er de la loi précisait en effet l'objectif que devait poursuivre, dans l'exercice de son activité, la personne qui souhaite porter le titre d'éducateur-accompagnateur spécialisé. La Cour estime que cette condition ne constitue pas un élément indispensable pour réglementer la profession et pour organiser la protection du titre.

Le rôle de l'éducateur se situe dans le domaine des relations sociales, il se doit également de vérifier l'hygiène des éduqués ainsi que le travail scolaire des enfants dont il a la charge. Un éducateur joue un rôle important au niveau du quotidien, des règles à suivre dans l'institution ainsi que des interdictions. Il est un des principaux accompagnants de l'enfant dans sa vie de tous les jours, son référent, son confident, le garant de l'ordre et de la discipline, ainsi que le compagnon de jeu. En fait, un éducateur a de multiples casquettes, qu'il vêt en fonction du moment, du besoin ou de la nécessité. L'éducateur n'est pas une personne de remplacement des parents. Son rôle est de guider sans imposer, et de mettre un cadre à l'enfant. L'éducateur doit faire preuve de patience, avoir du temps et de l'énergie à donner à ses accompagnés, une certaine capacité d'analyse, une bonne maîtrise de lui et être capable de travailler en équipe.

Selon Karl Rogers, l'éducateur doit être congruent, c'est-à-dire authentique, assumer sa personnalité, se présenter tel qu'il est, plus au niveau de l'être que de l'avoir. Il doit faire preuve d'empathie et avoir une considération inconditionnelle positive. C'est-à-dire qu'il doit accepter tout le monde sans condition d'une manière positive, accepter l'autre comme différent de soi, et quel qu'il soit (handicap par exemple).L'éducateur se doit de respecter les périodes sensibles et critiques (Maria Montessori), tenir compte du degré de maturité de l'enfant, de l'hétérogénéité dans le groupe dont il a la charge.

Il existe différentes façons de travailler la relation avec les éduqués : la relation directive, démocratique et le laisser-faire. Dans la relation directive, les étapes de la tache sont imposées par l'éducateur au groupe ainsi que les techniques. Dans la relation démocratique, l'éducateur définit la perspective des différentes étapes. Il suggère, c'est le groupe qui décide, qui vote à la majorité. Dans la technique du laisser-faire, l'éducateur fournit des matériaux variés et laisse le groupe travailler selon ses envies.

Du point de vue de la discipline, l'éducateur se doit de motiver ses éduqués, de les occupés, de savoir bien gérer l'emploi du temps et d'être lui-même convaincu de sa démarche éducative. Du point de vue didactique, l'éducateur doit être capable de savoir hiérarchiser ses objectifs, être capable de choisir des moyens appropriés d'intervention, et être capable d'évaluer les résultats obtenus.

« Choisir un bon conducteur qui ait la tête bien faite plus que bien pleine...qu'il sache lui faire goûter les choses, les choisir et les discerner, quelquefois lui ouvrant le chemin quelquefois lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente seul. Je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour...Il est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train...Qu'il ne lui demande pas compte de sa leçon mais du sens...Qu'il juge du profit qu'il aura fait non le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie...

Qu'il lui fasse tout passer par l'étamine. Ne loge rien dans sa tête par simple autorité et crédit. Qu'on lui propose une diversité de jugement...il choisira s'il peut. Ce que l'on sait droitement on en dispose sans regarder au patron »22(*)

Un éducateur se construit petit à petit ; la responsabilité, la confiance et l'autorité s'acquiert avec l'expérience. Ce sont des mécanismes sensibles, vaporeux que les techniques éducatives n'offrent pas naturellement.

L'éducateur est responsable de l'enfant dont il a la charge mais il est également responsable de ses actes par rapport à la loi. S'il prend une mauvaise décision, c'est lui qui sera mis en cause. On lui confie une responsabilité, il se doit de l'assumer et de la meilleure manière possible. L'éducateur est seul responsable devant la loi.

Un éducateur doit faire la différence entre son propre désir et le désir de l'autre. Il faut voir l'autre comme il est, car si on l'emmène avec soi dans son désir, l'autre n'est plus lui. En effet, si je persuade l'autre que mon point de vue est le bon, je ne tiens plus compte de ce que lui estime, pense, a construit en lui les années auparavant. Je l'emmène ainsi dans mon propre désir, et j'ignore le sien, j'enfouis son désir en le recouvrant par le mien.

L'éducateur n'a pas une méthode particulière, enseignée d'une manière détaillée et standardisée, mais il doit la construire avec l'expérience. Il se sert pour cela de sa créativité et de ses expériences rencontrées lors de sa pratique. Il ne peut y avoir une méthode standardisée en partant du fait que chaque personne accompagnée est différente, a un vécu, une histoire, des désirs différents d'une autre personne. Dans le métier de l'éducateur, il y a quelque chose qui se construit qui pourrait s'apparenter avec le témoignage. L'éducateur est en quelque sorte un témoin de sa pratique, de l'accompagnement de l'enfant, et de la résonnance avec les autres.

Il se doit de penser sa pratique, d'interroger ce qu'il est en train de faire. Il doit également penser sa place par rapport à l'institution où il travaille et par rapport à la personne qu'il a en face de lui. Ainsi, il fait une construction avec l'accompagné et une construction avec la réalité du terrain afin de pouvoir gérer, accommoder l'un avec l'autre.

Par rapport à l'institution où il travaille et à la société, l'éducateur a des comptes à rendre. Il se doit de prouver des résultats obtenus auprès de la personne accompagnée. Quand un enfant en difficulté lui est confié, on demande à l'éducateur d'arriver à un objectif, par exemple réintégrer l'enfant dans son école où son comportement violent est inadapté. Le travail de l'éducateur est évalué par rapport au comportement de l'enfant suivi, dans ce cas-ci. Mais il est nécessaire que l'éducateur fasse attention de ne pas perdre de vue la loi, le cadre qui l'entoure dans l'accompagnement, sinon il pourrait à son tour devenir tyrannique. Car celui-ci sera jugé en fonction du résultat souhaité (ou obtenu), ce ne sera pas automatiquement le comportement de l'enfant qui sera remis en cause. L'éducateur et l'institution représentent le savoir que les parents, la société, recherchent pour « guérir » l'enfant.

La base du métier de l'éducateur est d'accompagner, de résonner avec l'enfant dans sa propre souffrance, afin que celui-ci puisse se construire, trouver son identité et bâtir son propre bonheur.

4.3 L'ACCOMPAGNEMENT

L'éducateur doit essayer d'apprendre au jeune à mentaliser, à mettre des mots sur ses ressentis afin que ceux-ci ne provoquent pas une réaction violente. Lorsque le jeune est en crise, nous devons tenter de remettre chaque chose à sa place avec lui. Pour cela, il est nécessaire d'attendre un petit moment pour que la tension qui envahit le jeune puisse retomber, car les actions en pleine crise ne seraient peut-être pas adaptées et risqueraient d'amplifier la révolte. Ensuite, nous nous devons de parler avec le jeune, afin de l'aider à mentaliser, à mettre des mots sur sa souffrance, de lui faire se rendre compte de sa réaction inadaptée et ainsi comprendre l'élément déclencheur. De part ses différentes actions, nous pourrons alors lui faire assumer la conséquence de ses actes, et remettre le cadre de la loi dans notre relation.

On peut accompagner quelqu'un pour qu'il prenne conscience de la loi mais on ne peut l'obliger à suivre la loi. Par ceci, je veux dire que je peux dire à un enfant qu'il n'a pas le droit de fumer dans sa chambre, en lui rappelant le règlement interne de l'institution, afin qu'il en prenne conscience ; mais je ne peux pas le forcer à suivre cette règle. S'il a décidé de déroger au règlement, la seule chose que je puisse faire est de lui donner une sanction, qui peut-être, lui permettra d'intégrer la loi. Je ne peux pas l'obliger, le forcer à suivre une ou plusieurs règles.

Nous punissons la désobéissance au règlement, mais cette sanction est susceptible de mener l'enfant à être en colère. Cette colère peut être légitime, il a le droit d'être en irrité, de ne pas accepter le règlement, mais il a comme devoir de le suivre malgré tout. Nous ne devrions pas sanctionner un enfant qui exprime son irritation, mais l'aider à comprendre pourquoi cette sanction est donnée, et lui rappeler les termes du règlement d'ordre intérieur de l'institution dans laquelle il vit.

Dans les réunions, l'ensemble de l'équipe pluridisciplinaire parle du dossier de l'enfant. Cela leur permet de voir les tenants et les aboutissants de son évolution au sein de l'institution, que ce soit positif ou négatif.

Chaque professionnel tient sa place par rapport à sa spécificité. Il évalue les progrès ou les régressions de l'enfant dans son domaine en fonction des réactions de celui-ci avec les autres intervenants et les membres du personnel de l'institution.

Lors de réunions, les intervenants se doivent également de tenir compte des demandes de l'enfant. Ce dernier peut considérer l'institution et ses intervenants comme son foyer et sa famille. Chaque enfant est différent et vivra l'aide apportée dans l'institution différemment d'un autre. De même, il pourra développer des affinités particulières avec certains des intervenants et pas avec d'autres. L'enfant peut en venir à se confier à l'un d'eux même si l'intervenant à l'écoute de la confidence n'est pas celui dont la profession le prédispose à l'entendre.

L'éducateur, dans l'institution, est mené, dans le cadre de sa profession, à parfois être le confident de l'enfant. Sa place d'accompagnant, de soutien vis-à-vis de l'enfant, fait que ce dernier se tournera plus facilement vers l'éducateur.

L'éducateur devra juger par lui-même si les confidences de l'enfant doivent être transmises à ses collègues. Parfois, cela peut être un vrai dilemme pour l'éducateur. L'enfant qui aura confié un secret à son éducateur ne souhaitera pas que celui-ci trahisse son secret. Mais si le sujet est important dans le suivi de l'enfant, l'éducateur doit choisir entre trahir le jeune en dévoilant ce savoir lors de la réunion, et ainsi risquer de perdre la confiance de l'enfant ou alors se taire, en prenant le risque de frustrer ses collègues et peut-être nuire à l'évolution du dossier de l'enfant.

Nous pouvons en déduire que les éducateurs sont des êtres de langage et de relation.

4.3.1 LA PLACE DU LANGAGE

Il y a deux catégories de langage : celui du dictionnaire et le langage lui-même, qui n'est pas seulement quelque chose à décoder. L'idée que nous sommes des êtres de langage s'adresse à tout être humain. C'est dans ce cas là que le langage et le métier de l'éducateur sont liés.

C'est le langage qui permet une relation, qui fait notre identité ; il a une détermination directe sur notre existence. La dimension du langage, c'est que les mots disent qui nous sommes suivant notre façon de parler. Le fait de parler ouvre sur une certaine intimité, découvre la personne qui parle. Cette dimension dépasse celle du comportement. A chaque fois que nous parlons, nous témoignons d'un lien entre l'instinct et le langage. L'instinct de l'être humain, c'est le langage, même si cet être parlant vient aussi du règne animal. Le langage n'a pas pris toute la place de l'instinct, c'est l'instinct qui est traversé par le langage : il s'agit du soma.

La différence entre l'homme et l'animal est le langage. Chez les animaux, ce sont les signaux instinctifs (des codes) qui les font vivre. Chez l'être humain, il ne s'agit pas d'un simple décodage des mots. Dans l'instinct, il n'y a pas de ratage possible par rapport au langage. L'instinct est tourné vers la vie, en comparaison avec l'homme qui se tourne vers la destruction, le langage provoquant un ratage par le fait que l'on ne peut rattraper une personne, une chose en parlant. Notre qualité d'être humain nous donne la chance d'éprouver une sorte de souffrance par rapport à l'animal, c'est le langage qui fait la différence.

Toutes les zones de notre existence sont rendues plus complexes par rapport au langage, le rapport à la nourriture, à l'autre sexe, à la communication, etc.

Quand l'autre vient nous parler, il fait résonner quelque chose en nous. C'est un peu de lui et aussi un petit peu de nous qui se trouve dans cette parole. Quand nous parlons, on ne sait pas ce que l'autre va entendre. Les paroles prononcées ne seront peut-être pas interprétées par l'autre de la manière que l'on souhaitait. Ce qui peut créer un malentendu dans la relation ou qui peut être constructif. Ce que l'autre a capté de nos paroles peut, peut-être, nous apprendre quelque chose de nous. Ce qui est susceptible de créer en nous une souffrance constructive. La réflexion sur ce malentendu peut nous permettre de nous épanouir, de nous remettre en question. Parfois le malentendu est imposé volontairement par les êtres de langage. Dans ce cas précis, ils ne souhaitent pas être compris, afin de préserver leurs intimités, leurs identités.

L'adolescent, par exemple, inventera un langage « codé » pour établir une barrière entre son monde et celui de l'adulte, par rapport à une mentalité dont il ne veut pas accepter les règles. En se cachant derrière ce malentendu, il va pouvoir construire sa vie sur ses propres expériences et trouver sa personnalité, son identité avant de rentrer dans ce monde d'adultes qu'il ne comprend pas encore. Il pourra ainsi créer naturellement un lien entre lui et l'autre. Il ne cherche pas à être compris, sinon ça serait l'équivalent de perdre son épanouissement, l'identité qu'il se découvre doucement et donc sa vie.

Il n'y a que la loi qui permet la structure d'une relation. S'il n'y avait plus de loi, une parole pourrait provoquer une agression. Elle permet de trouver l'équilibre afin que le langage mette tout le monde d'accord. C'est en passant par la loi que le langage permet à l'individu d'accéder à ses responsabilités.

Mais le langage a également ses défauts et ses risques. Les risques de dérive dans notre métier sont sous-jacents, on ne peut en prendre conscience qu'en étant confronté à la pratique.

4.3.2 LES DÉRIVES DU MÉTIER

Le métier d'éducateur est une profession avec de multiples facettes. Certes, ce travail est très enrichissant, très ouvert sur l'autre, mais demande également beaucoup de maîtrise de soi et de tolérance envers autrui. Parfois les éducateurs peuvent être confrontés à des faits difficiles à accepter moralement, à de la violence tant physique que verbale, et à de nombreux obstacles dus aux comportements, aux ressentis, et parfois même au cadre établi. Etre éducateur, je pense que c'est avant tout être ouvert à tous et à toutes, quels que soient leurs qualités et leurs défauts, les faits qu'ils aient commis, leurs erreurs ; mais ceci tout en gardant à l'esprit l'espoir de retrouver de bonnes bases, qu'il est toujours possible à un être humain de trouver sa place dans cette société même si ce n'est pas si facile que certaines personnes le pensent.

Le métier d'éducateur a un caractère utopiste de part la motivation et le dynamisme qui peuvent être différents en début et en fin de carrière, la confrontation à l'humain et à l'institution qui incluent le fait de trouver sa place et le juste milieu en tant qu'éducateur.

Lorsque l'éducateur encadre un enfant, l'accompagne, la relation qui s'établie entre eux est susceptible d'être bénéfique à chacun d'eux. L'accompagné peut se sentir soutenu dans ses différentes démarches et l'éducateur est, de part cette relation, en constante évolution dans sa pratique. Les paroles échangées entre eux peuvent servir à signifier quelque chose à l'un d'eux, voir aux deux ; cette parole peut également cheminer dans le temps et, de ce fait, mettre quelque temps à être utile.

L'éducateur est face au risque du passage de l'éducateur au grand coeur au totalitarisme. Dans ce cas de figure, il courre un grand danger en risquant d'ignorer l'autre. L'éducateur se doit de tenter de ne pas imposer à l'autre son histoire personnelle, ses désirs et sa vision des choses. L'autre doit pouvoir se construire à partir de ce que lui-même a au fond de lui, et non à travers son éducateur, en simulant une copie de la vie de l'intervenant.

L'éducateur n'est pas responsable du bonheur des autres. Pour respecter quelqu'un, on doit pouvoir lui permettre de rencontrer la souffrance. L'éducateur lui-même doit se mettre en contact avec sa propre souffrance afin de lui permettre de se trouver uniformément avec ce qu'il est, ce qu'il ressent. Ce qui fait notre totalité, c'est autant notre amour, notre colère, nos agacements, nos sentiments. La richesse dans la relation, que ce soit pour soi-même et avec autrui, est l'ambivalence.

L'éducateur est le garant de la loi dans l'institution, c'est lui qui remet le règlement en avant lorsqu'un de ses jeunes le déroge. Son rôle est de lui faire entendre la loi, faire prendre conscience de la loi à l'enfant. Mais quand on se retrouve face à un jeune récalcitrant, qui ne veut rien entendre de la loi, on peut se demander comment agir pour lui faire entendre raison. Car nous ne pouvons nullement forcer cette personne à se plier à un règlement, quand les sanctions sont répétées et vaines.

Quand on veut absolument convaincre l'autre du bien fondé de la loi, on risque de donner un rapport à la violence, qu'il s'agisse d'une violence morale ou physique. On ne peut pas forcer quelqu'un à s'interroger lui-même. La violence physique est illégale et injustifiable et la violence morale est moins reconnue et dénoncée (on peut l'assimiler à de l'harcèlement moral) mais peut être apparentée à du prosélytisme.

L'apprentissage de la frustration est nécessaire pour montrer que tout n'est pas permis ou possible. Il est nécessaire d'avoir été un minimum frustré. Dans une relation éducative autoritaire, on n'aboutit pas à des personnalités authentiques, les personnes jouent un rôle, les valeurs ne sont pas intégrées à la personnalité. Les sujets sont passifs, sans initiative, ils développent un sentiment d'angoisse. Les punitions sont efficaces si elles sont justes par rapport aux actes commis.

Heureusement, l'éducateur n'est pas seul pour faire face à tous ses risques, il est entouré et épaulé par d'autres professionnels spécialisés.

4.4 LEUR PLACE PAR RAPPORT AUX AUTRES INTERVENANTS

Dans une institution, nous pouvons retrouver au côté de l'éducateur, différents spécialistes de l'intervention chez les enfants. Il y a le directeur, les psychologues, les éducateurs, les assistants sociaux, le personnel de maintenance et d'entretien, etc.

Par rapport aux autres intervenants, l'éducateur n'a pas une méthode particulière. On pourrait presque dire que l'éducateur a un côté « bonne à tout faire ». Il peut être sur tous les fronts simultanément : du côté de l'enfant et, parallèlement, en connivence avec l'équipe éducative.

Lors des réunions, l'éducateur écoute et prend conseil auprès de l'équipe pluridisciplinaire. S'il n'a pas réussi à imposer sa place au sein de l'équipe, il ne sera pas écouté s'il donne son avis et ses réactions par rapport au suivi de l'enfant. Par contre, si sa place est bien déterminée, l'équipe pluridisciplinaire lui marquera sa confiance en l'écoutant et en tenant compte de son avis personnel.

Lorsque toute l'équipe pluridisciplinaire a établi sa place spécifique au sein de l'institution autour de l'enfant, et que chacun respecte le rôle de l'autre, il y a plus de chance de succès dans l'aide apportée. De plus, l'ambiance de travail sera bonne et les réactions de chacun des intervenants plus saines et efficaces lors d'un éventuel problème.

Par contre, si l'équipe n'arrive pas à s'entendre sur les limites de chaque intervenant, l'institution devra faire face à des frustrations, des tensions au sein de son personnel. L'échange des données sur l'enfant lors des réunions ne sera pas constructif et risquera de nuire à l'enfant lui-même, donc à son évolution.

L'éducateur, dans l'institution, est mené, dans le cadre de sa profession, à parfois être le confident de l'enfant. Sa place d'accompagnant, de soutien vis-à-vis de l'enfant, fait que ce dernier se tournera plus facilement vers l'éducateur.

L'éducateur devra juger par lui-même si les confidences de l'enfant doivent être transmises à ses collègues. Parfois, cela peut être un vrai dilemme pour l'éducateur. L'enfant qui aura confié un secret à son éducateur ne souhaitera pas que celui-ci trahisse son secret. Mais si le sujet est important dans le suivi de l'enfant, l'éducateur doit choisir entre trahir le jeune en dévoilant ce savoir lors de la réunion, et ainsi risquer de perdre la confiance de l'enfant ou alors se taire, en prenant le risque de frustrer ses collègues et peut-être nuire à l'évolution du dossier de l'enfant.

Dans les réunions, l'ensemble de l'équipe pluridisciplinaire parle du dossier de l'enfant. Cela leur permet de voir les tenants et les aboutissants de son évolution au sein de l'institution, que ce soit positif ou négatif. Ces réunions permettent de faire le point sur les différents points de vue de l'équipe pluridisciplinaire, et elles permettent à l'éducateur de faire le lien entre l'enfant et l'équipe.

Chaque professionnel tient sa place par rapport à sa spécificité. Il évalue les progrès ou les régressions de l'enfant dans son domaine en fonction des réactions de celui-ci avec les autres intervenants et les membres du personnel de l'institution. Mais les réactions, le comportement de chacun sont également liés à leur histoire, à leurs ressentis ; toute réaction est subjective en fonction de la personne. Ce qui mène à dire qu'aucun des intervenants est complètement neutre dans la pratique de son métier.

La subjectivité de chacun pourrait être une source de conflits mais le travail de l'un pourrait être complémentaire dans le travail de l'autre. Elle permet à l'éducateur de s'enrichir de l'expérience de son collègue, à travers sa subjectivité et celle du partenaire social. Plus les éducateurs tireront profit de ses différentes expériences, de la subjectivité des autres, plus l'enfant en ressentira un certain équilibre. Au contraire, si l'éducateur se cantonne uniquement dans sa propre expérience, sans accepter la subjectivité de ses collègues, plus l'enfant ressentira un malaise qui sera susceptible de nuire à son épanouissement. Comme dans un milieu familial (père et mère), la bonne entente est nécessaire puisque l'enfant s'identifie et se construit en fonction du modèle parental, qui peut être représenté par l'équipe pluridisciplinaire de l'institution.

Lors de réunions, les intervenants se doivent également de tenir compte des demandes de l'enfant. Ce dernier peut considérer l'institution et ses intervenants comme son foyer et sa famille. Chaque enfant est différent et vivra l'aide apportée dans l'institution différemment d'un autre. De même, il pourra développer des affinités particulières avec certains des intervenants et pas avec d'autres. L'enfant peut en venir à se confier à l'un d'eux même si l'intervenant à l'écoute de la confidence n'est pas celui dont la profession le prédispose à l'entendre.

5 CONCLUSION

Nous en sommes à l'heure où on recherche comment faire pour rendre nos enfants heureux mais les excès sont bien évidement présent. La preuve en est par le nombre croissant de thérapies et la recherche de la solution miracle, pour irradier les différents symptômes.

Les termes  « troubles obsessionnels compulsifs » et « troubles du comportement alimentaire », par exemple, sont des termes qui enferment le sujet dans des concepts simplistes et réducteurs. Certes, le symptôme sera éradiqué, mais les causes profondes de la souffrance ne seront toujours pas perçues par le sujet, qui demeurera toujours dans une ignorance totale quant à son fonctionnement psychique. Un symptôme qui n'a pas été compris en profondeur se manifestera à nouveau sous une forme ou une autre. Les causes de l'hyperactivité, qui est un mot dénué de sens, sont tout à fait autres que ce que ce concept ne le laisse entrevoir. Les causes profondes ne peuvent être perçues si, avant même de recevoir  le patient, le thérapeute lui a déjà conceptualisé son problème. Votre enfant a un comportement qui correspond à l'hyperactivité, il est donc hyperactif. Il n'y a eu, dans ce contexte, aucune place à l'écoute et à la souffrance. Il n'y a eu qu'un personnage qui, tel un ordinateur savant, a posé un diagnostic rudimentaire et réducteur.  

La psychologie se distingue donc sans conteste de l'image qui est véhiculée dans les médias actuellement. Le comportementalisme s'inscrit dans une époque où seules les démarches pouvant mener à un bonheur futile, illusoire et immédiat sont mises en exergue. Nous sommes dans l'ère du coaching, de la quête du maître, de celui qui nous aidera et nous guidera. Toutes ces démarches s'inscrivent corrélativement dans un investissement de plus en plus important de l'homme dans le matériel, tout en manifestant de plus en plus d'exigences au niveau de ses désirs, au détriment de l'être qui lui se trouve réifié chaque jour davantage.

L'essentiel reste de savoir comment l'enfant peut parler des difficultés auxquelles il se heurte. Dans le choix actuel de notre société, l'enfant, traité comme un corps dérangeant à rééduquer, à réadapter, à guérir chimiquement, demeure le grand absent. On doit se rendre à l'évidence que la place qu'il occupe et ce qu'il a à dire de son histoire singulière n'intéressent pas. Ce qui constitue le paradoxe de notre société actuelle où le discours ambiant tendrait à nous faire croire l'inverse et dans laquelle l'enfant roi est susceptible de tout entendre !

« Pourquoi avons-nous si peur du jugement critique des enfants, alors qu'ils ne deviendront jamais eux-mêmes s'ils n'ont pas critiqué leurs parents, soumis aux mêmes lois qu'eux ? »23(*)

Les parents craignent les réactions de l'enfant. Chacun connait la loi qui le concerne, même les enfants qui l'ont apprise à l'école, ou par des campagnes d'information. Les parents, ont de ce fait là, la crainte, que s'ils se montrent « trop autoritaires », que l'enfant puisse en parler autour de lui et qu'ils soient étiquetés comme « mauvais parents ».

Mais ils ont surtout la crainte de perdre leur objet d'amour. En étant autoritaire, ferme sur leurs décisions en contradiction avec leur enfant, celui-ci pourrait cesser de les aimer et prendre son indépendance d'une manière ou d'une autre.

L'enfant, qui de nos jours est le centre de l'intérêt, pour lequel on sacrifie beaucoup de chose pour faire son bonheur, que l'on désire protéger des malheurs, de la souffrance, risquerait de nous tourner le dos et de couper les ponts.

« Perdre l'objet d'amour », vous n'avez jamais entendu ça ? Si bien sûr, mais le plus souvent lorsqu'on vous parle d'un enfant qui craint de perdre l'amour de ses parents. Comme si les parents retournaient en enfance, un retour à leurs origines. Ne serait-ce pas justement parce qu'on responsabilise de trop l'enfant, qu'il est porteur de tant d'intérêt que les parents retrouvent des réactions enfantines ? On pourrait presque penser qu'il y a eu un échange des rôles adulte/enfant !!!!

Que dire de cette hyper-protection de l'enfant ? Celui-ci ne risque-t-il pas d'être face, plus tard dans la vie, à des problèmes que ses parents ne pourront pas résoudre ? Ne sera-t-il jamais confronté à la réalité de la vie ? Avons-nous oublié, dans notre dévouement la raison principale de l'éducation ?

Ils ont besoin de stabilité, de règles, de références pour leur avenir, de savoir faire la différence avec leur futur enfant, pour leur vie sociale, leur équilibre.

A force de toujours vouloir placer l'enfant au centre des préoccupations, n'aurait-on pas falsifié le développement de celui-ci ?

L'enfant, sous le couvert de toutes ces lois, et de la reconnaissance de la psychologie de l'enfant, n'a-t-il pas bénéficié de trop de pouvoir ? N'a-t-il pas perdu sa place d'enfant en étant très souvent considéré comme l'égal d'un adulte ?

« N'est-ce pas l'exagération d'une certaine conduite éducative qui consiste à tenter de nous montrer toujours sous notre meilleur jour plutôt que de parler et d'assumer nos faiblesses ? »24(*)

En effet, dans la société actuelle, beaucoup de choses sont en lien avec le semblant. Il faut toujours « avoir l'air » d'être bien, bien élevé, poli, conforme aux règles. L'erreur ne semble plus permise.

Or, quand on se rend compte d'une de nos faiblesses, on ne peut l'avouer ou on ne le veut pas. Perdre la face serait une catastrophe. Que penserait l'opinion publique et surtout comment nos enfants pourraient accepter l'idée que leurs parents n'arrivent pas eux-mêmes à être parfait alors qu'ils les poussent, eux encore enfants et innocents, sans responsabilité, à être bon à l'école, à montrer qu'ils sont bien élevés, bien intégrés dans la société, etc.

Il faudrait peut-être accepter l'idée que l'être humain parfait n'existe pas et n'existera jamais. Du moins tant qu'il s'agira de vrais êtres humains et non de robots. La société actuelle recherche la perfection de ses citoyens. Chaque pays souhaite être le meilleur, la référence par rapport aux autres pays. N'y-a-t-il pas des concours, des études, des statistiques et des analyses de résultats de l'éducation, de la santé mentale et physique, de l'économie même parfois sous la fausse preuve d'intérêt politique mondiale sur le réchauffement planétaire pourtant crucial ?

Je n'ai pas désiré faire, dans mon travail de fin d'études, une comparaison entre différents pays. Que ce soit la Belgique, la France, les pays scandinaves, ainsi que tous les autres pays industrialisés, tous rencontrent le problème de l'éducation. Mais mon refus se situe surtout au niveau de la compétition mondiale qu'ils se font afin de savoir qui est le meilleur, qui a développé le meilleur système d'éducation, les meilleures méthodes pédagogiques, etc.

A mes yeux, ces compétitions faussent complètement l'intérêt de notre évolution sociale. L'éducation de nos enfants n'est pas un enjeu financier mais l'expression d'une volonté humaine de construire des relations sûres et durables.

Prendre le temps de s'occuper d'un enfant. Ce ne sont pas la télévision, les jeux vidéos, etc. qui le feront évoluer. C'est la promiscuité, l'échange, la complicité avec sa famille qui lui permettront d'ouvrir grand ses yeux sur le monde. Il sera curieux de découvertes, de connaissances, et trouvera toujours une envie d'avancer. Un désir derrière lequel il sera toujours en train de courir.

Nous sommes arrivés à un tel point de difficultés de langage, en français notamment, que les professionnels de la langue française ont décidé de simplifier la langue : en supprimant certains accents, en modifiant certaines règles (le « s » de mathématique(s) par exemple). En faisant cela, en s'adaptant à la nouvelle génération en difficulté, ne fait-on pas un affront aux racines de notre langue ? N'oublie-t-on pas l'histoire de nos mots et, par la même occasion, notre histoire ? En adaptant et en facilitant l'apprentissage, faisons-nous réellement un acte bénéfique pour les enfants ? Ne leur simplifie-t-on pas, une fois de plus, la vie en écartant les obstacles (pourtant bénéfiques à la construction de l'identité).

Il ne faudrait pas élever nos enfants de la même manière que nous avons été élevé, ni vouloir leur inculquer nos connaissances, notre savoir ; ils sont nés dans un monde différent de celui où l'on est né, c'est une génération différente de la nôtre.

Ne pas être pressé de les voir grandir, ne pas tout faire pour qu'ils sachent tout, tout de suite. Il faudrait leur laisser le temps de grandir à leur rythme, afin de favoriser leur épanouissement personnel.

En tant que future éducatrice, je souhaite avant tout, par l'intermédiaire de ce travail, ne pas me retrouver dans certaines situations décrites, comme dans le rôle de l'éducateur totalitaire, par exemple. Dans ce métier, il me semble que la place la plus importante doit être donnée à la tolérance, qui permet d'accepter les autres comme ils sont, malgré leurs faits et gestes, et de toujours croire que l'erreur est humaine, qu'une seconde chance existe, et que tout à chacun est libre de choisir sa voie.

Ce travail de fin d'études pourrait ne jamais être terminé. Il y a de nombreux sujets que je n'ai pas abordés, d'autres que je n'ai pas approfondis. Il ne m'était pas possible de tout regrouper dans ce travail, et dans une même idée, le nombre de pages dans ce cas-là aurait fait fuir le lecteur. Les sujets que j'ai ainsi abordés sont une sorte d'exemple pour illustrer mon propre ressenti vis-à-vis de l'éducation face à la société.

Puissions-nous toujours être en harmonie avec notre conscience.

« Etre libre, ce n'est point pouvoir faire ce que l'on veut, mais c'est vouloir ce que l'on peut. »
Jean Paul Sartre

6 BIBLIOGRAPHIE

6.1 COURS

- Cours de 1ère année (2006 - 2007) -Didactique

- Cours de 1ère année (2006 - 2007) -Psychologie générale

- Cours de 1ère année (2006 - 2007) - Psychologie générale

- Cours de 1ère année (2006 - 2007) et 2ème année (2006 - 2007) - Pratique professionnelle

- Cours de 1ère année (2006 - 2007) - Créativité

- Cours de 2ème année (2006 - 2007) - Analyse des phénomènes de société

- Cours de 2ème année (2006 - 2007) - Communication sociale

- Cours de 2ème année (2006 - 2007) - Education spécialisée

- Cours de 3ème année (2007 - 2008) - Analyse des phénomènes de société - Travaux de groupe

- Cours de 3ème année (2007 - 2008) - Analyse comparée des systèmes éducatifs

- Cours de 3ème année (2007 - 2008) - Pédagogie comportementale - Travaux de groupe

- Cours de 3ème année (2007 - 2008) - Communication sociale

6.2 LIVRES

- C'est pour ton bien, racines de la violence dans l'éducation de l'enfant - Alice Miller - Editions Aubier - 1983

- Michel De Montaigne - Les essais - 1595 - Textes français et Histoire littéraire - Edition Fernand Nathan - 1984

- Ces enfants qu'on sacrifie...au nom de la protection de l'enfance - Maurice Berger -Editions Dunod - 2005

- L'enfant en miettes - Pierre Verdier - Edition Dunod - 2001 

- Enfants-rois, plus jamais ça - Christiane Olivier - Editions Albin Michel - 2002

- De l'enfant roi à l'enfant tyran - Didier Pleux - Editions Odile Jacob - 2002

- Outsider. Etudes de sociologie de la déviance - BECKER, Howard - Métaillié - Paris - 1985 (Ed originale 1963)

- Malaise dans la protection de l'enfance : la violence des intervenants - Catherine Marneffe -Temps d'arrêt - Editions Henry Ingberg - 2004

- Ce qui fait grandir l'enfant - Maurice Nanchen - Editions Saint-Augustin - 2002

6.3 INTERNET

- Apprendre l'autonomie, apprendre la socialisation CHRONIQUE SOCIALE 1987 - Marie Agnès Hoffmans-Gosset

- La famille et l'école : L'enfant au centre des relations école-famille - Article publié dans Le Point sur la Recherche en Education N° 21 - Décembre 2001

- Les enfants tyrans : Article « Enfants-tyrans : quand les parents capitulent ! » - Doctissimo - 2007

- Centre lexical de ressources textuelles et lexicales - http://www.cnrtl.fr/

- Les risques de l'assistance : La Défenseure des enfants - Rapport thématique 2007 : "Adolescents en souffrance : plaidoyer pour une véritable prise en charge"

- Observatoire français des drogues et des toxicomanies - enquête ESPAD 2005.

- Risques et conduites suicidaires de l'enfant et de l'adolescent - Pr Duverger, Dr Malka

* 1 Cité par Alice Miller - C'est pour ton bien, racines de la violence dans l'éducation de l'enfant- Page 28

* 2 Montaigne (1533 - 1592)

* 3 La Défenseure des enfants - Rapport thématique 2007 : "Adolescents en souffrance : plaidoyer pour une véritable prise en charge"

* 4 Edwige Antier, Vive l'éducation, page 14

* 5 Ces enfants qu'on sacrifie...au nom de la protection de l'enfance - Maurice Berger - Page 15

* 6 La Défenseure des enfants - Rapport thématique 2007 : "Adolescents en souffrance : plaidoyer pour une véritable prise en charge"

* 7 « L'enfant en miettes » de Pierre Verdier, édition Dunod, 2001 

* 8 Christiane Olivier, « Enfants rois, plus jamais ça ! »

* 9 Christiane Olivier, « Enfants rois, plus jamais ça ! »

* 10 Apprendre l'autonomie, apprendre la socialisation CHRONIQUE SOCIALE 1987

* 11 Edwige Antier, Vive l'éducation, page 73

* 12 La Défenseure des enfants - Rapport thématique 2007 : "Adolescents en souffrance : plaidoyer pour une véritable prise en charge"

* 13 Cité dans l'article « Enfants-tyrans : quand les parents capitulent ! » de Doctissimo

* 14 Edwige Antier, Vive l'éducation, page 52

* 15 Edwige Antier, Vive l'éducation, page 69

* 16 Maurice Nanchen, psychothérapeute, «  Ce qui fait grandir l'enfant». Editions Saint-Augustin, 2002

* 17 Catherine Marneffe «  Malaise dans la protection de l'enfance : la violence des intervenants, page11

* 18 Pr Duverger, Dr Malka, Risques et conduites suicidaires de l'enfant et de l'adolescent.

* 19 Observatoire français des drogues et des toxicomanies, enquête ESPAD 2005.

* 20 La Défenseure des enfants - Rapport thématique 2007 : "Adolescents en souffrance : plaidoyer pour une véritable prise en charge"

* 21 Centre lexical de ressources textuelles et lexicales

* 22 Montaigne 1553-1592 "Essais"

* 23 Caroline Eliachefff, « à corps et à cris » « être psychanalyste avec les tout-petits »

* 24 Caroline Eliachefff, « à corps et à cris » « être psychanalyste avec les tout-petits »






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