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Paule Bellonie du Chaillu

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par Simplice OKOYE ELINGOU
Université Omar Bongo du Gabon - Maîtrise 2007
  

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Chapitre 4: Le regroupement de village

Section 1. Facteurs historiques et géographiques

L'État indépendant dans lequel nous mouvons est l'héritier direct de l'État colonial, lui-même construit sur le modèle métropolitain. Les changements consécutifs à l'indépendance ont été même perceptibles dès l'implantation des colons français en Afrique. Ils ont affecté les politiques, redistribué le pouvoir et entraînant les mutations profondes. C'est ainsi qu'après l'implantation de la domination coloniale, plusieurs facteurs vont désormais agir plus activement pour favoriser les changements sociaux au Gabon. Parmi les plus importants, nous pouvons citer la route.

En effet, pendant la période coloniale, les Africains ont constitué une maind'oeuvre bon marché pour des travaux lourds et des activités à caractère commercial. À ce niveau, les souvenirs sont encore beaucoup plus vivaces et parfois plus douloureux. Selon les informations recueillies, il ressort que les villageois en garde encore le souvenir et leurs récits très proches de ceux rapportés par du Chaillu. Ils étaient enrôlés de force pour la construction des routes, des tracés de boussole dans les forêts pour l'ouverture des chantiers et la création des pistes afin de faciliter l'écoulement des marchandises. D'autres sont envoyés dans les grands chantiers où ils n'étaient pas rémunérés. Par exemple, le travail du caoutchouc et de l'ébène dont du Chaillu fait légèrement état, étaient de plus en plus importants et permettaient aux villageois d'échanger leurs produits à Yombi, près de Fougamou, qui paraissait être le centre de transaction commerciale. Bien que du Chaillu soit relativement discret sur ses activités, précisons, tout de même que c'est grâce à ces ressources qu'il a pu financer ses expéditions.

Dans l'optique de mieux contrôler les populations, un rapprochement des villages semblait inéluctable. Ce regroupement se faisait sur la base de la proximité intervillageoise, de la langue et des régions. La plupart des villages rassemblés se sont donc concentrés à proximité des routes nouvellement créées. De là découle les mouvements de distribution des populations.

Section 2. Facteurs politiques

Pour tenter de comprendre la réorganisation administrative du territoire Gabonais à l'orée des indépendances, nous avons voulu remonter plus haut afin de saisir les facteurs

politico-administratifs de l'époque. En effet, la France avait pris possession du Gabon par le traité signé avec les chefs et rois du pays en 1886. Date à laquelle il se sépare de ses dépendances (Cotonou et Porto-Novo qui furent rattachées au Sénégal). Dès lors le Gabon fonda une administration autonome rattachée directement au ministère de la marine et des colonies.

Le souci manifeste de s'autonomiser obligea les dirigeants de l'époque de développer le secteur commercial. Or à cette époque, la monnaie n'existait pas. Les échanges se faisaient par le troc. « Avant l'introduction au Gabon des concepts économiques occidentaux, l'économie Gabonaise était orientée vers le troc ».15 En effet, l'entrée du pays dans le système capitaliste devrait moderniser et faciliter l'échange. Car le commerce était à la base des préoccupations coloniales des années 19O6. Le gouverneur Général Marlin soumit au ministère des colonies trouva mieux d'augmenter les territoires dans lesquels le commerce libre pouvait exercer son activité. Dans la mesure où ma réorganisation administrative et juridique devrait permettre d'utiliser, d'une manière plus parfaite les moyens de pressions dont disposaient les colonisateurs.

Mais sur le terrain, les réajustements et le perfectionnement de l'appareil répressif et administratif se traduisait par une désagrégation et l'anéantissement des révoltes populaires à l'exemple de la révolte Awendji (1928), de l'Ivindo (1908-1912), Powe (1912), ou la guerre de Wongo (1928). C'est vers 1957 que le regroupement de village fut constitué au niveau de Issala actuel. Cette création faisant suite à celle des routes insufflées par les pouvoirs publics en 1950. Les populations de nombreux et anciens villages massango établis au nord de la route (Lébamba-Mbigou), situées sur la rivière Wano ont été drainées au nord de celle-ci. En effet, c'est à la suite des mouvements de décolonisation que le Gabon, à l'instar des autres pays africains, a acquis son indépendance (1960). Cette nouvelle orientation politique favorise une réorganisation administrative et territoriale. Les lois et règlements qui régissent le pays sont fixés et promulgués par l'organisation politique et administrative centrales.

Mais la nécessité de l'efficacité administrative, ainsi que l'éloignement de certaines régions du pouvoir central, exige de ce fait les relais, sorte de courroie de transmission entre le gouverneur et les populations. C'est ainsi que le territoire gabonais dont les limites internationales ont été établies arbitrairement comme partout en Afrique à l'époque

15 El Hadj Omar Bongo, Un homme, un pays (Le Gabon), collection Etat Africain d'Hier à Demain, nouvelle édition Africaine, Dakar, 1984, 28O p.

coloniale, est actuellement divisé en provinces, elles-mêmes subdivisées en départements, ceux-ci en districts, cantons, et regroupement des villages. Pour ce qui est de notre part, le village constitue la cellule administrative de base. Il est donc placé sous l'autorité d'un chef de village. Regroupés, le chef de village passe donc pour un chef administratif. « La création et l'organisation des villages sont fixées par Arrêté du ministère de l'administration du territoire et des collectivités locales (anciennement dénommé) ».16

Malgré tout, force est de reconnaître que la politique de regroupement des villages a favorisé une réelle et évidente intégration des populations des forêts.

Récit 4 - Georges Mbembo (né vers 1952, village d'origine Mughiba, clan : SimaMaduma ; clan du père Mbaghu), Chef de regroupement. Il porte sur la guerre ethnique Massango-Nzèbi dite mbalmakuta collectée à Issala au cours de notre second passage. Récit collecté en français :

Pour commencer, retiens d'abord que les fondateurs de ce village : Ibour-kas, Ibour-kiengu', Ibourkoidi, tous de la tribu boukombe et originaire de mubana. C'est également un homme de cette tribu notamment Bukile bu mouange né de sime mbaghu qui fonda Moughiama.

Mubana est un village massango et le capitaine de l'équipe s'appelait Mbal 'makoute (nom qui fut donné à la guerre que nous faisons état). Il avait donc la mission d'empêcher l'arrivée et l'invasion d'une autre ethnie sur leur territoire notamment les nzèbi. La nourriture des masango c'est le tarrot, la banane, l'igname alors que celle des nzèbi c'est principalement le manioc. Ah ! Mon fils tu sais, ces choses là, on ne les raconte plus parce qu'on déjà ensemble partout donc c'est pas bon, mais comme c'est l'école je te le dis.

Les Nzèbi habitant de Ndènguè voulaient s'installer à Mubanu. L'armée nzèbi en route pour l'annexion de Mubana, marqua une pose au niveau de la rivière afin de s'alimenter en nourriture avant de faire la traversée. Sur les lieux, ils détachèrent le paquet de concombre et le manioc pour en manger. C'est alors que le moukouyi massango ramassa le paquet de concombre et le manioc et les emmena au village avertir le capitaine Mbalmacouta qu'il y à une armée postée au niveau de la rivière, ce sont les nzèbi, ils arrivent nous annexer. En voici les preuves.

Les arrivistes étaient très nombreux : une armée redoutée et donc difficile à combattre physiquement. Cette troupe s'appelait Dibadi. Le capitaine Mbalmacouta se voulant réaliste, estima que le seul moyen de les combattre c'est par la ruse, en employant les fétiches. Dès lors, il immobilisa tous les villageois pour en fabriquer, ainsi tout le monde ouvrit la porte des fétiches. Une fois terminé, tout le village s'éparpilla en forêt. Un seul vieux resta au corps de garde pour contrôler les fétiches. Au bout du village, Mbalmacouta déposa un « Moukanda » et un poteau (moughoughou) qui est en fait un « Moukouyi » qui devait combattre contre les arrivistes. Les premier fusils étaient des « Ikiape, Dibéboudjou » et les « Foulou » ; poudre qui rend tous les villageois invisibles, mais ces derniers voient les ennemis. Les plombs étaient les « Milourgue ».

Quand l'armée nzèbi arriva à l'entrée du village Moubana, le chef d'équipe ordonna à ses troupes d'attendre là et se présenta le premier au niveau du corps de garde. Immédiatement, le vieux resté au corps de garde poussa un grand cri par lequel il ordonna l'attaque. Le fusil des Massango déclencha et fendu la tête du chef de « dibadi ». Son crâne fut récupéré et déposé à la maison des fétiches.

L'armée « Dibabi », voyant leur chef mort, se retourna pour prendre la fuite. Mais hélas, les
« Mikanda » placés à l'entrée du village barrèrent la route aux soldats de « dibadi ». Le poteau
planté dans la cours criait « bébé », ce dernier n'était qu'un « Moukouyi » entendons Moukoukwè

16 Ministère de l'Education Nationale de la République Gabonaise, Géographie et cartographie du Gabon, atlas illustré, Libreville, IPN/LNC/Edicef, 1983.

pour dissuader la troupe. A cet instant, les masango déclancha le «Mouyèni»: le fusil sur les envahisseurs. Se sentant vaincu, « dibadi » demanda l'arrêt du combat.

Une fois le combat arrêté, les nzèbi sollicitèrent l'aide des Massango pour le remède contre le « Munèyi » afin d'anéantir le poison. Les Massango répondirent que c'est la rivière (nzèli en nzèbi). Or, c'était à nouveau un piège. Ces derniers allèrent dans la précipitation se jeter dans la rivière et en mourus tous. Voilà l'origine du nom nzèli.

Récit 4bis - Georges Mbembo (né vers 1952, village d'origine Mughiba, clan : SimaMaduma ; clan du père Mbaghu), Chef du regroupement. Il porte sur la guerre des clans dite de Moubana, autant de du Chaillu, collecté à Issala au cours de notre second passage. Récit collecté en français :

À l'époque de nos grands parents, nous avons connu plusieurs guerres entre les clans, entre les villages ou alors entre ethnies. Celle de Moubana opposait deux clans massango des différents villages. Mon village, Moughiba, n'était pas en reste. Enfin, je n'étais pas à cette époque, mais c'est ce qui nous a été rapporté.

Moubana que tu entends-là, c'est le nom de la montagne qui, par la suite, donna son nom à la région. Mais le nom du village c'est Ndèng'. Cette guerre de Moubana s'appelait Mbouda. Tu entends bien mon fils ? Parce que, lorsque vous faites vos papiers-là, vous confondez les choses. Mbouda a débuté à Moubana, puis s'est poursuivie dans d'autres villages. Les clans à l'origine de la guerre sont ceux de Boukomb et Baghondji.

Les villages environnant, une fois au courant de la guerre, prenaient chacun position aux côtés du clans qui est le leur, sans hésiter. Nos grands parents à l'époque avaient l'esprit de solidarité et d'entraide, surtout lorsqu'il est question d'un clan ou d'un lignage qui est le sien. Mais vous aujourd'hui, on attaque le voisin à côté, vous regardez sans rien dire, ni séparer. Ha ! Le blanc vous a déjà gaspillé. C'est pourquoi je n'aime pas aller à Libreville. C'est tout, tu veux encore que j'ajoute quoi ? On se battait avec des flèches et des poudres.

Les récits de Mbembo Joseph portant sur la guerre, en général, traitent respectivement la question des guerres ethniques, claniques ou régionales. Dans les premières séquences du premier récit, l'auteur nous livre les informations en rapport avec le clan fondateur du village étudié, ainsi que les conflits inhérents à l'implantation de certaines communautés. De même, il fait état des techniques employées par les Massango.

Avant d'en faire dans le second récit une comparaison distincte entre la société traditionnelle et la société moderne lorsqu'il aborde la question de solidarité et d'entraide. Il met en exergue les mots qui minent la société de l'heure (l'individualisme), ainsi que tout ce qui gravite autour et qui sont une émanation de l'Occident. Ainsi, nous rendons compte que la guerre de Moubana, telle que raconté par notre informateur n'a rien à voir avec notre explorateur. On peut être amené à penser que l'événement malheureux de du Chaillu à Moubana n'est pas un élément fondamental dans l'histoire.

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"Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d'autre"   Paul Eluard