WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Bis Repetita Placent : la collection comme mode de construction de la cinéphile

( Télécharger le fichier original )
par Stéphanie POURQUIER
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse - Master Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

B- Du groupe à l'individuel

De l'amulette au lieu de parole, Nous pouvons observer l'importance du rôle joué par le film fétiche. Pourtant, nous devons considérer l'existence de ces deux modes de réception parallèle comme inhérents aux parangons Dirty Dancing. Ces deux modes de réception sont au coeur de l'expérience de la spectatrice, puisqu'elles cumulent les deux, de manière générale.

Il semble que la spectatrice fait d'ailleurs la différence, sans forcément s'en rendre compte, entre ces deux modes de réflexion. Si elle considère Dirty dancing comme un « doudou », elle se remémore ses soirées entre filles comme un prétexte à l'excitation de se réunir. Le travail sur l'identité et la recherche du plaisir collectif ne peut être évoqué sans faire référence à Durkheim, notamment son travail dans le Suicide69 mais aussi dans Les formes élémentaires de la vie religieuse, En effet, selon lui, l'action collective de la recherche de plaisirs tire sa force du plaisir en soi qu'engendrent les similitudes des sentiments des personnes de la même communauté. Dans l'ouvrage collectif dirigé par Laurent Creton, Stéphane Calbo70, affirme que « la réception domestique d'un film est une activité socialement organisée, où on apprécie un être ensemble et qu'on jouit d'un moment de plaisir collectif » (p. 161). La notion de plaisir est ici importante parce qu'elle donne à l'idée même de groupe une connotation positive et il nous apparaît que la ritualisation de la réception n'est pas contrainte mais bel et bien souhaitée par ses participantes. Affirmer son appartenance à un groupe, affirmer son identité sexuelle, c'est communiquer aux autres qui on est. Mais c'est aussi se communiquer à soi.

Finalement, le film fétiche de salon ou film fétiche domestique apparaît comme un moyen de communication, « prétexte-à-société », mais également comme, une amulette personnelle que l'on transporte et qui a la triple fonction de nous protéger, de nous intégrer et de nous séparer des autres. Si nous pouvons attribuer la caractéristique « domestique » au film fétiche, c'est parce que cette caractéristique nous apparaît essentielle dans la mesure où le film fétiche et notamment sa réception, reste quelque chose d'intime. Nous allons voir dans une seconde partie que cette notion de film fétiche

69 DURKHEIM, Emile, Le Suicide, Presses Universitaires de France, Paris, 1930, 463p.

70 CALBO, Stéphane ( Sous la direction de Laurent Creton), le cinéma à l'épreuve du système télévisuel, CNRS éditions, Paris, 2002, 307 p.

implique et est impliqué par un mode de consommation et nous allons pouvoir nous interroger sur le fait que la collection, c'est-à-dire le visionnage de manière récurrente, soit ce mode particulier de consommation.

Partie II La collection comme mode de
consommation

«Par-là même occasion, nous pouvons définir le lieu de la consommation : c'est la vie
quotidienne. Cette dernière n'est pas seulement la somme des faits et gestes quotidiens,
la dimension de la banalité et de la répétition, c'est un système d'interprétation. »
Jean Baudrillard71

Pourquoi parler de collection et non de répétition ? Nous choisissons ici d'employer le terme de collection pour désigner l'ensemble des visionnages récurrents, certes, mais pour y joindre tous les comportements qui s'additionnent autour de cette pratique.

En réalité, il s'agit de considérer « l'acte de répétition comme une collection de l'esprit »72.

De plus, si on se réfère à son étymologie, nous pouvons voir que « collection » vient du latin collectio qui signifie « action de recueillir, réunion, rassemblement », mais aussi des termes colligere « réunir ». La notion de collection s'adapte à notre étude puisqu'il y est question de réunion d'individus autour d'un film, mais aussi parce que ce terme inclut l'idée d'un apport systématique à chaque usage.

Nous avons fait le choix de ne pas utiliser le terme de « répétition », qui mobilise des a priori du domaine de la psychanalyse, notamment dans les théories freudiennes. En effet, le terme de répétition signifie la réitération d'un acte, le psychanalyste accole à cette notion le terme de compulsion ( Wiederholungswang73). Pour Freud, la compulsion de répétition appartient au domaine de la névrose obsessionnelle, bien qu'il souligne le caractère organisé et bien souvent ritualisé. Pour lui, le sujet répète au lieu de se

71 BAUDRILLARD, Jean, La société de consommation -ses mythes, ses structures- folio essais, Paris, 1986, p. 33

72 Nous faisons ici référence à l'acte de répétition dans le domaine culturel, à l'image de l'objet de notre étude. La répétition au sens ou nous l'entendons (visionnages récurrents du même film) instaure un épiphénomène de récolte d'informations relatives à l'objet culturel certes, mais également à tout ce qui l'entoure. La notion de « collection de l'esprit reprend le propos de David Morin-Ulmann : « la répétition c'est une collection de la tête » in Kronos TGV 1997-2007, journal non publié.

73 ASSOUN, Paul-Laurent, Le vocabulaire de Freud, ellipses, Paris, 2002, p.58.

souvenir, et c'est cette compulsion qui est à l'origine du plaisir éprouvé74. Et c'est proprement cette dimension, c'est l'idée que le sujet soit passif face à un de mode consommation que nous voulons occulter.

La collection cinématographique peut être considérée comme habitus spatio- temporel dont la caractéristique principale est la continuité dans le temps, lorsque le film-fétiche est présent chez les spectatrices depuis des années. Aussi, elle apparaît comme un choix, une pratique assumée par les spectatrices. C'est ce qui nous pousse à penser que l'objet de notre étude peut également être appréhendé comme un mode de consommation.

74 FREUD, Sigmund, Au delà du principe de plaisir (1920), in Essais de Psychanalyse, Petite bibliothèque Payot, réédition 2001, 277 p ;

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein