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Identité culturelle dans "Bleu Blanc Vert" de maissa bey

( Télécharger le fichier original )
par Souad et Amine Khaldoun
Centre Universitaire Moulay Tahar - Saida - Licence en langue française 2007
  

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Introduction :

« La littérature maghrébine d'expression française est en grande partie cette danse de désir mortel devant un miroir fabriqué par l'Occident. Miroir qu'on ne cesse de briser et de reconstituer, pour mieux souligner le simulacre d'un projet de meurtre qui se retourne le plus souvent en quête d'amour et de revendication d'une reconnaissance éperdue, toujours contrite. »

Il existe, en effet, un ensemble de textes qui ont en commun des procédés du Maghreb, selon divers principes comme, le lieu de naissance des écrivains, le lieu de dissémination des traditions orales.

La participation à un imaginaire spécial de l'Afrique du nord, l'insertion dans une production est une circulation littéraire centrée au fond du Maghreb.

Nous remarquons, certes, que cette littérature, se compose de "Maghreb" et de "langue française", deux univers culturels qui se rencontrent, se confrontent et s'enrichissent. C'est le lieu des ouvertures, des mentalités et des métissages culturels.

En outre, cette littérature est riche en quantité et en qualité. C'est une littérature qui a, désormais, sa place dans le concert littéraire international. Effectivement, de grands auteurs ont marqué l'histoire littéraire de cette aire géographique et culturelle, tels que: Mouloud Feraoun, Kateb Yacine, Mohamed Dib, Taher Benjelloun, Yasmina Khadra et d'autres dont les oeuvres devenues universelles, objet d'étude et d'analyses académiques. La littérature maghrébine d'expression française, dominée par les noms d'hommes, a aussi donné aux femmes le droit à la parole et l'expression libre afin d'imposer leurs noms et leurs écritures. Des noms de femmes ont illustré le patrimoine littéraire de cette région du Maghreb comme: Assia Djebar, Aicha Belbari, Neziha Rejiba, Maissa Bey, Nina Bouaraoui, Leila Sebbar, connues et reconnues de par leurs engagement littéraire.

Depuis des siècles, les femmes en Algérie sont tenues dans le silence ; mensonges et hypocrisie entourent leur condition. C'est contre cela que Maïssa Bey décide de se battre : son écriture, du fait même de son existence, incarne la dissidence. Dissidence, mais également paradoxe par la possibilité de vie et de mort : l'écriture est en effet Vie, Création et Espoir. Cependant, les mots sont plus dangereux que les armes ; ils dévoilent ce que l'on ne doit pas montrer, ils disent ce que l'on veut cacher. Ainsi, témoigner, dire l'innommable, tel est le but de Maïssa Bey dont l'écriture est à la fois dissidence et paradoxe.

De son vrai nom Samia Benameur, Maïssa Bey est née en 1950 à Ksar-el-Boukhari, petit village au sud d'Alger. Elle est professeur de français dans un lycée de l'Ouest algérien et mère de quatre enfants. En 1996, Maissa Bey faisait son entrée dans la littérature algérienne francophone, avec « Au commencement était la mer » court roman mêlant le tragique du destin avorté d'une jeune fille. Publié chez Grasset "Nouvelles d'Algérie"1(*). Elle a été « une enfant colonisée ». Son père, combattant du FLN, a été tué durant la guerre. Après des études au lycée Fromentin d'Alger, puis à l'université, Maïssa Bey est actuellement professeur de français dans son pays. Nourrie, imprégnée de culture française, elle écrit dans cette langue, dont elle déclare qu'il est bien plus réaliste de la considérer comme un acquis, un bien précieux, et peut-être même un « butin de guerre ».

Maïssa Bey est un pseudonyme ; « C'est ma mère qui a pensé à ce prénom qu'elle avait déjà voulu me donner à la naissance et l'une de nos grand-mères maternelles portait le nom de Bey»2(*)

C'est donc par des femmes qu'elle a trouvé sa nouvelle identité, ce qui lui permet aujourd'hui de se dire, de se raconter, de donner à voir sans être immédiatement reconnue.

« Bleu Blanc Vert »3(*), est un roman  semi -biographique, impliquant un front de vérité référentielle. Il relate les récits alternés de deux voix énonciatives "Lilas"et "Ali". En ce sens, notre corpus d'analyse reprend une anecdote relatée par "Ali", désigné par l'embrayeur "lui" .Dans les premières pages, à l'école, les jeunes se voient bannir l'utilisation du stylo rouge, remplacé par le vert pour éviter de reproduire sur le papier les couleurs du drapeau français, symbole du joug colonial. Le peuple algérien est désormais libre de se construire ou de se détruire. L'anecdote devient le symbole du règne d'une politique correcte qui prétend opérer le réformisme des esprits et la gestion des forces politiques.

En racontant l'histoire, la narratrice s'est inspirée des événements socio-historiques afin de re-produire cette histoire, dans laquelle, on retrouve deux cultures représentées  selon  l'état d'esprit des deux adolescents "Ali" et "Lila". Ces deux cultures  émergent et  procurent au texte son authenticité.

Cette histoire porte, ainsi, deux regards différents sur ce qui s'est passé en

Algérie depuis 1962, où les algériens célèbrent, dans une grande liesse populaire, l'indépendance  le  5juillet 1962. L'espace historique "Alger" devient une capitale culturelle, politique et diplomatique du tiers monde, ainsi qu'une ville phare du mouvement des non alignés. En octobre 1988, Alger devenu le théâtre de manifestation réclamant la fin du système de parti unique: une véritable démocratie baptisée "Le printemps d'Alger". En 1989, une nouvelle constitution adoptée  met fin au règne du parti unique et voit la création de plus de cinquante  partis politiques, ainsi qu'une libération officielle de la presse écrite.

La crise des années 1990, guerre civile algérienne, la ville devient alors jusqu'en 1992 le théâtre de nombreuses manifestations  politiques de toutes tendances. En 1991 une formation politique dominée par des conservateurs religieux, le FIS engage un bras de fer politique avec les autorités qui se soldent par des élections législatives.

Notre préoccupation littéraire vise différentes problématique, à savoir, comment Maissa Bey a pu s'imposer en écrivant ce roman « Bleu Blanc Vert » malgré les années tragiques vécues par les Algériens?

« Aujourd'hui, écrire, parler, dire simplement ce que nous vivons, n'est plus une condition nécessaire et suffisante pour être menacée, combien d'hommes, de femmes et d'enfants continuent d'être massacrés ? Dans des conditions horribles, alors qu'ils se pensaient à l'abri, n'ayant jamais songé à déclarer publiquement leur rejet de l'intégrisme ? » 4(*)

Nous avons choisi le roman « Bleu Blanc Vert » parce que Maissa Bey a sa propre vision historique sur l'Algérie. D'une part, elle est l'une des romancières attachantes de cette nouvelle génération d'écrivaines algériennes des années 1990, empruntant les voies diverses de la narration, de la nouvelle au roman.

D'autre part, elle se singularise par une écriture offrant des silhouettes et esquisse de multiples facettes de l'Algérie actuelle avec son style propre et sa pudeur provocatrice. Son écriture fait partie de la littérature maghrébine d'expression française : le français sert de langue d'écriture.

Maïssa Bey évoque la construction de l'Algérie nouvelle, ses forces mais aussi ses errances. Elle nous présente une Algérie déchirée par le terrorisme que l'on retrouve dix huit ans après.

Comment vivre dans une société déchirée entre modernité et traditions ?

A travers ce roman « Bleu blanc vert », l'auteure tente d'y répondre à travers ses deux héros dont le monologue interne montre une vision intimiste de l'histoire, celle de l'Algérie et de son passé post colonial. Le dernier roman de Maïssa Bey est un nouveau témoignage contre l'oubli des affres du passé algérien. Un plaidoyer sans doute teinté de subjectivité, celle des femmes algériennes où Lilas incarne sa fragilité, ses révoltes mais aussi ses soumissions. Récit historique, politique et social de l'Algérie des années 1960 à la fin du XXème siècle, « Bleu Blanc Vert » est aussi une belle histoire d'amour qui souffle un vent poétique et chaleureux sur cette rentrée 2006.

"Encore une séquelle de guerre. Tous nos pères sont des héros. Forcément sublime. On ne nous permet pas de l'oublier. Chaque commémoration, chaque slogan, chaque discours nous le rappellent. Nous devons nous montrer dignes du sacrifice de nos aînés. De ceux qui ont écrit l'histoire. Sang des martyrs et larmes des mères."5(*)

"Elles me hantent, ces femmes assises, immobiles, sans projet autre que celui d'être ramenées chez elles par leur mari. Je ne pense pas que cette pratique existe encore aujourd'hui. Pas même dans les douars les plus reculés. Mais il y a d'autres attentes. Tout aussi éprouvantes. Tout aussi humiliantes. D'autres façons d'aliéner un individu. Et peut-être même au nom de l'amour."6(*)

* 1 Tiré de "Cinq romans algériens" Marsa, France, 1998.

* 2 http://www.fabula.org/actualites/article15442.php

* 3 Maissa Bey, « Bleu Blanc Vert », Edition de l'Aube, la Tour d'Aigues, septembre 2006.

* 4 http://www.evene.fr/celebre/biographie/maissa-bey-17624.php

* 5 Maissa Bey « Bleu Blanc Vert », p 63.

* 6 Ibid, p 137.

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"Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent de nuit"   Edgar Allan Poe