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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

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LES EFFETS DE L'OFFENSIVE NIPPONE A LA LUMIERE DE LA COOPERATION ENTRE LE JAPON ET LE CAMEROUN

A Oita, grouillante métropole située à l'extrême Ouest du Japon, dans la région de Kyushu, les rencontres internationales de football, se déroulent dans un stade ayant la forme d'un gros oeil. D'où sa dénomination en anglais  « Big Eye ». Et dans l'après-midi ensoleillé du mercredi 19 novembre 2003, un groupe d'une dizaine d'artistes musiciens et danseurs, venus du Cameroun s'emploie à l'animer, à l'occasion d'une prestation musicale et chorégraphique (Culture Infos n°007, Août 2004). Le Cameroun et le Japon sont deux pays dont les cultures n'ont que très peu de similitudes. Pourtant, les contacts entre ces deux nations sont relativement anciens et même antérieurs aux années 1960. Ils ont abouti par la force des choses à l'établissement des liens diplomatiques matérialisés par l'ouverture réciproque de missions diplomatiques et l'échange d'ambassadeurs.

Les relations nippo camerounaises ont elles lato sensu une consistance sur le plan politico-diplomatique ? La thèse de la rareté des échanges culturels entre les deux peuples est-elle fondée ? Peut-on qualifier les relations commerciales et économiques entre Tokyo et Yaoundé de fructueux ? « L'ouverture diplomatique tous azimuts qui est l'un des credo majeurs de la politique étrangère du Cameroun » (Mouelle Kombi, 1996 : 143) permet t'elle une certaine visibilité de l'aide japonaise dans ce pays d'Afrique centrale ? Notre propos dans ce chapitre illustratif des effets de l'offensive nippone en direction de l'Afrique, est de montrer que le Japon et le Cameroun entretiennent de bonnes relations d'amitié, de compréhension mutuelle, qui surtout depuis 1991 ne cessent de se diversifier. Aussi, nous pouvons noter un réchauffement politico-diplomatique et culturel (section I). Il se conjugue par ailleurs avec des relations commerciales et économiques anciennes et denses (section II). Nous dénombrons également les fruits juteux qui mettent en relief l'aide japonaise au développement du Cameroun (section III).

SECTION I : LE RECHAUFFEMENT POLITICO-DIPLOMATIQUE ET CULTUREL

La coopération entre les Etats peut se stabiliser grâce à « de vastes accords qui définissent le régime international » de telle ou telle activité, des règles qui n'interdisent pas que naisse « un intérêt commun, représentant lui-même plus que la somme des avantages particuliers » écrit Serge Sur (2006:29). Dans le cas des relations nippo camerounaises, il est à observer que sur le plan politico-diplomatique, elles sont surtout depuis la fin de la Guerre Froide « replètes » (A) et que les échanges notamment socio culturels entre les deux peuples se sont développés (B).

A- Le Japon et le Cameroun : des relations politico-diplomatiques progressivement « replètes »

Elles se manifestent aussi bien au niveau des bases des liens diplomatiques (1) que des échanges des visites des Hommes d'Etat (2).

1- Les bases des relations diplomatiques

Les premiers contacts entre le Japon et le Cameroun sont antérieurs à la Deuxième Guerre Mondiale puisqu'il est signalé la présence nippone parmi les partenaires commerciaux du Cameroun en 1938. En janvier 1960, date d'accession à l'indépendance, le Cameroun devient un acteur des relations internationales et « sujet à part entière du droit international » (Ndam Njoya, 1972 : 273) en établissant des relations diplomatiques avec des Etats comme le Japon, représenté aux cérémonies par M. Fujieda. Une option fondamentale, « notre politique de non alignement et de coopération nous porte tout naturellement à dépasser le cadre de l'Afrique (...) pour étendre la trame de nos amitiés à d'autres régions du monde, notamment à la lointaine Asie, berceau de toutes les grandes potentialités économiques et humaines » assure le Président camerounais Ahmadou Ahidjo (1976:132). Bernard Chantebout (1986 : 10) ne parle pas d'autres choses en insistant sur la nécessité pour les peuples d'Afrique et d'Asie de s'entraider par l'affirmation de leur solidarité.

Malgré la signature de quelques traités, l'officialisation des relations entre le Japon et le Cameroun a revêtu un caractère plus symbolique que pratique car pendant plus de 25 ans, ces deux Etats n'ont pas procédé à des échanges de représentants résidents. Les intérêts du Cameroun dans l'archipel nippon ont été gérés par l'ambassadeur camerounais à Pékin depuis décembre 1972, idem pour celui du Japon à Libreville (voir tableau VII). Ce qui a amèné certains observateurs politiques à noter « la faiblesse des flux politiques » (Mbogning, 1999 : 146) des relations nippo camerounaises. Les nominations des premiers ambassadeurs, avec ouverture d'ambassade à Tokyo et à Yaoundé sont intervenues respectivement en 1987 pour le Cameroun, et 1991 pour l'Empire du Soleil-Levant. Avec la fin de la Guerre Froide, le Japon a pris l'initiative d'élargir son rayon d'actions dans le domaine des relations publiques internationales et plus précisément en Afrique. C'est pourquoi « dans un souci d'efficacité, le MOFA a entrepris d'implanter dans les pays amis, des représentations diplomatiques avec un personnel capable de mener des études afin de renseigner le gouvernement japonais sur les besoins réels des populations » (Kouakam Mbenjo, 2005 : 35). Depuis 1991, cinq diplomates nippons se sont succédé à la tête de l'ambassade à Yaoundé à savoir par ordre d'arrivée, Suzuki Tadashi, Takeru Sassaguchi, Namio Takagi, Masaki Kuneida et l'actuel Kensuke Tsuzuki. Ce dernier qui a accompli sa carrière au sein de nombreuses représentations diplomatiques japonaises à l'étranger et occupé le poste de directeur de la première division de l'Afrique au MOFA, a présenté ses lettres de créance au chef de l'Etat camerounais le 28 décembre 2006. Le diplomate Lejeune Mbella Mbella, deuxième ambassadeur49(*) du Cameroun au Japon, a quant à lui présenté les siennes au prince héritier le 18 juin 2002.

Les deux pays sont respectueux du principe de non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats et se soutiennent mutuellement au sein des institutions internationales. C'est ainsi que le Cameroun a apporté son soutien à la candidature de Koïchiro Matsuura, alors ambassadeur du Japon en France, au poste de directeur général de l'UNESCO. L'Empire du Soleil-Levant qui abrite le siège de l'Organisation Internationale des Bois Tropicaux (OIBT) a soutenu de son côté, l'élection le 12 mai 2007 d'Emmanuel Ze Meka au poste de directeur exécutif de cette instance, avec rang de secrétaire général adjoint de l'ONU. Paul Bamela Engo a aussi eu à bénéficier de l'appui nippon50(*) pour son élection à la fonction de juge au tribunal international du droit de la mer à Hambourg. Le Cameroun a par ailleurs obtenu le « soutien du Japon qui siège au conseil d'administration du FMI lors de l'examen du dossier d'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE » (Cameroon Tribune n°8588/4787, 28 Avril 2006). Les 23 et 24 Juin 2003 déjà, le Cameroun a eu à abriter l'une des trois réunions préparatoires de la TICAD III. Une véritable entreprise diplomatique qui a renforcé l'axe Tokyo-Yaounde. Selon Seigi Hinata, ambassadeur chargé de la TICAD III, ce choix n'est pas le fruit du hasard puisque « le Cameroun est devenu un grand pilier de la croissance économique dans la région. Il faut le soutenir en renforçant l'éducation de sa jeunesse, en améliorant ses télécommunications ; notamment l'Internet, en formant des techniciens dans le domaine de l'électronique, de sorte que les investisseurs qui font les affaires via Internet aient des raisons supplémentaires de s'installer au Cameroun » (Cameroon Tribune n° 7867/3156, 25 juin 2003). Les experts de 25 pays d'Afrique centrale et occidentale, le PNUD, les Nations Unies, la Banque Mondiale, la CMA sont venus à Yaoundé pour examiner les thèmes relatifs au développement des Etats ainsi que les modalités d'appui du processus de la TICAD à la mise en oeuvre du NEPAD. De cet ensemble de données, quelle perception théorique pourrait-on déduire des liens politico-diplomatiques entre le Japon et le Cameroun ?

Pour Pascal Dejoli Mbogning (1999 : 55), la coopération qui existe entre Tokyo et Yaounde se trouve simplement dans la perception par les Etats de la nécessité d'entraide mutuelle et de la coexistence pacifique. Ce que les auteurs internationalistes ont appelé « l'interdépendance », une approche harmoniste qui envisage la société internationale comme un tout, dont l'autonomie des éléments ne doit pas masquer la solidarité (Sur, 2006). Cette notion qui s'est développée dans les années 1960, id est au moment même où les jeunes nations indépendantes étaient à la recherche des partenaires, est une notion multidimensionnelle qui englobe aussi bien des aspects politiques que socio culturels (Huntzinger, 1987 : 187). Nous pouvons ainsi relever que le Japon et le Cameroun sont tous les deux, membres des Nations Unies et des institutions spécialisées de l'ONU. A ce titre, les deux pays ont une similitude de vues sur les grands problèmes internationaux notamment sur la détente, la sécurité internationale, le désarmement et la résolution des conflits par les moyens pacifiques et le dialogue. Ce n'est donc pas une surprise par exemple, que Tokyo ait réagi positivement après la signature des accords de Greentree51(*) du 12 juin 2006, relatifs au règlement pacifique du conflit frontalier sur la péninsule de Bakassi entre le Cameroun et le Nigeria qui a respecté le principe de l'uti possidetis. Dans son souci de consolider les acquis de paix et d'accompagner la gouvernance démocratique, le Japon a entrepris certaines initiatives.

Durant les dernières élections Présidentielles de 2004, le gouvernement nippon a offert des urnes transparentes, formé des observateurs notamment ceux de l'ONG Conscience Africaine- qui a reçu un don de 8 400 000 Fcfa- et affecté une dotation financière à l'Observatoire National des Elections (ONEL) pour le suivi du déroulement des dites opérations. « Cette action peut être vue comme un acte de prévention des conflits quand on sait qu'une élection mal organisée et mal gérée peut être l'étincelle qui amène une guerre civile » (Kouakam Mbenjo, 2003 : 41). Dans le cadre de l'appui au cinquième programme du RECAMP, qui entend donner aux pays africains les capacités à maintenir eux-mêmes la paix en Afrique, le Japon a financé la construction et l'équipement d'un magasin de médicaments à Garoua (Cameroon Tribune n°8635/4834, 06 juillet 2006). Pour Alain Fogue Tedom (2003 : 191), il est important de souligner que toute démarche internationale qui vise à aider l'Afrique noire à rompre avec la violence et, plus particulièrement la violence politique, doit privilégier l'instauration de l'Etat de droit et donc de la sécurité. Ainsi, l'évocation des bases de l'établissement de relations diplomatiques conduit naturellement à l'étude des échanges des visites entre les dirigeants des deux pays.

2- Les échanges de visites des Hommes d'Etat

Les échanges de visites entre les dirigeants de deux pays sont ils des indicateurs indéniables de l'état de leurs rapports ? Les analyses de manière générale convergent dans sa prise en compte. D'après Serge Sur (2006), l'accent est mis sur les relations politiques car elles sont considérées comme de relations de puissance, accordant une grande importance au facteur matériel c'est-à-dire diplomatique. Il est vrai comme le précise le même auteur, que le coeur de la théorie réaliste reste la logique de « la recherche de l'intérêt national qui est la conservation, voire l'expansion de la puissance de l'Etat ». La modestie du nombre des visites d'Hommes d'Etat entre le Japon et le Cameroun a avant la décennie des années 1990, fait penser à une « fébrilité diplomatico-politique » (Mbogning, 1999 :148). En effet, en parcourant les tableaux IX et X de notre document, nous nous rendons bien compte que les seuls faits d'armes à signaler du côté camerounais sont la visite du Président Ahidjo en avril 1973 et celle du ministre des relations extérieures, Jacques Roger Booh Booh en 1989 à Tokyo. Et côté japonais, il n'y a que celle du vice ministre des affaires étrangères, madame Moriyama en juillet 1985. Ces relations par la suite vont s'intensifier au niveau du Cameroun, « par une politique de présence et de participation active et réaliste qui s'efforcera de consolider toujours davantage l'indépendance et le rayonnement du Cameroun », écrit Maurice Kamto (1985 : 15).

C'est ainsi que le 12 novembre 1990, le Président Paul Biya qui « a un rôle de premier plan dans l'élaboration et la direction de la politique étrangère et donc dans l'encadrement politique des compétences internationales du Cameroun » (Mouelle Kombi, 1996 : 15) assiste, pour sa première visite officielle à l'Empire du Soleil-Levant, aux cérémonies d'intronisation de sa majesté Akihito52(*), 125ème empereur du Japon. La deuxième visite officielle du chef de l'Etat camerounais a eu lieu du 29 septembre au 1 octobre 2003, en compagnie d'autres dirigeants d'Afrique et du monde pour prendre part à la TICAD III. Une rencontre de toute première importance marquée par l'adoption d'une déclaration qui exprime clairement la volonté partagée du Japon et de l'Afrique de donner un nouvel élan à leur coopération.

Tableau IX : Visites officielles des personnalités camerounaises au Japon

 
 

Président de la République

- Avril 1973 

- Février 1990

- Septembre 2003

- Avril 2006

Président Ahmadou Ahidjo

Président Paul Biya

Président Paul Biya

Président Paul Biya

Ministres

- 1989

- 1998

- Octobre 1998

- Juin 2001 

- Décembre 2001

- Mai 2002

- Novembre 2003

- Janvier 2006

- Août 2007

Jacques Roger Booh Booh, ministre des relations extérieures

Charles Etoundi, ministre de l'éducation nationale

Justin Ndioro, ministre des investissements publics et de l'aménagement du territoire

Pierre Hele, ministre du tourisme

Joseph Owona, ministre de l'éducation nationale

Shey Jones, secrétaire d'Etat au plan et à l'aménagement du territoire

Bidoung Mpkatt, ministre de la jeunesse et des sports

Joseph Owona, ministre de l'éducation nationale

Haman Adama, ministre de l'éducation de base

Augustin Edzoa, ministre des sports et de l'éducation physique

Source : auteur

Dans son intervention à la tribune de la TICAD III, Paul Biya a souligné que cette initiative « a effectivement contribué à susciter un plus grand intérêt pour l'Afrique sur la scène internationale » (Cameroon Tribune n°7941/4230, 30 septembre 2003). En plus de son tête à tête avec l'empereur Akihito, il a eu des échanges avec le Premier ministre Junichiro Koïzumi. Il a rencontré également l'honorable Eto Seihiro, Président de la ligue parlementaire du groupe d'amitié Japon-Cameroun. Rien n'a filtré de cet échange, mais il est aisé de situer son importance dans le renforcement des relations de coopération entre les deux pays. Le landerneau médiatique53(*) a fait remarquer le rôle croissant de la diplomatie parlementaire ; menée dans le cadre des rapports interparlementaires par ceux là même qui votent les textes régissant les volets social, économique ou culturel de la coopération.

Tableau X : Visites officielles des personnalités japonaises au Cameroun

Juillet 1985

Moriyama, vice ministre des affaires étrangères

Août 1999

Koïchiro Matsuura, ambassadeur du Japon en France

Juin 2000

Yasikuni Enoki, directeur général des affaires du Moyen - Orient et de l'Afrique au MOFA

Janvier 2002

Yamaguchi Tamei, secrétaire parlementaire au MOFA

Février 2003

Yasumu Sakamoto, maire de Nakatsue Mura

Juin 2003 :

Seigi Hinata, ambassadeur chargé de la TICAD III

Janvier 2004

Koïchiro Matsuura, directeur général de l'UNESCO

Août 2004 

Etoh Seishiro, Président de la ligue d'amitié parlementaire Japon /Cameroun

Janvier 2005

Itsunori Onodera, secrétaire parlementaire au MOFA

Février 2005

Yasumu Sakamoto, maire de Nakatsue Mura

Juin 2005

Namio Takagi, conseiller spécial du ministre japonais de l'agriculture et de la pêche

Février 2006

Masaru Miwa, maire de Tsushuma City

Juillet 2006

Yamagiwa Daishiro, parlementaire

Août 2006

Seiken Sugiura, ministre de la justice

Octobre 2006

Kazuhisa Matsuoka, vice-Président de la JICA

Source : auteur

Il est à noter également que du 16 au 20 Avril 2006, à la tête d'une importante délégation ministérielle, le Président camerounais a effectué sa troisième visite officielle en terre nippone. Une rencontre au sommet avec le Premier ministre japonais suivi d'un déjeuner en sa résidence ; une audience de première importance avec sa majesté impériale suivi d'un déjeuner dans l'intimité du palais; un contact chaleureux avec les Camerounais résidant au Japon et puis un détour à Kyoto, ancienne capital impériale, auront été les grands moments de ce séjour. Pour Masaki Kuneida, alors ambassadeur japonais à Yaoundé, « c'est la première visite officielle dans un cadre strictement bilatéral. Maintenant qu'elle est achevée, il va sans dire que nos relations bilatérales en sortent renforcées » (Cameroon Tribune n°8384/4783, 24 Avril 2006).

Que dire à présent des visites des ministres camerounais dans l'archipel ? Elles ont pour la plupart été motivées par les signatures de contrats pour les projets de construction des écoles primaires ou la participation à des compétitions sportives. Si le champ de la manoeuvre diplomatique s'est élargi, ces déplacements des dirigeants politiques camerounais montrent bien que l'approche méthodologique n'a pas changé pour une raison qui n'est pas négligeable ; à savoir que la politique entre les Etats reste dominée par les facteurs psychologiques qui animent toutes les activités sociales. D'ailleurs, pour Alain Plantey (1993 : 372), « il ne faut pas y chercher autre chose que la transposition de ce que l'être humain, en collectivité ou individuellement, contient en lui-même ». La mobilisation de la plupart des activités humaines résultant du sentiment d'un besoin et de la recherche d'un avantage. Dès lors, il est possible de reconnaître avec Kontchou Kouomegni (1977 : 114) que, «  grâce à l'analyse des déplacements des hommes politiques, considérés comme complément à l'étude faite sur les échanges de missions diplomatiques permanentes, on peut apprécier l'orientation géographique et idéologique du comportement international des gouvernements africains ».

Photo2 : le Président camerounais Paul Biya et son épouse en compagnie de sa majesté impériale Akihito lors de la visite officielle d'avril 2006 à Tokyo.

Source : Cameroon Tribune n° 8584/4783, 24 avril 2006 P.1

Photo 3 : Le Président camerounais Paul Biya et le Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi lors de la visite officielle d'avril 2006 à Tokyo.

Source : Cameroon Tribune 8584/4783, 24 avril 2006. P.1

Au niveau des personnalités japonaises qui se sont rendues au Cameroun, il est à marquer particulièrement la visite en août 2006, de Seiken Sugiura, ministre de la justice, numéro deux du gouvernement et secrétaire général de l'association des parlementaires du groupe d'amitié Japon-UA. Il s'agissait de la toute première d'un ministre japonais en exercice. Constatant de visu des écoles primaires à Yaoundé et le centre de pêche de Kribi, fleurons de la coopération nippone, Seiken Sugiura affirme que « le Japon garde une image indélébile du passage des Lions Indomptables lors de la coupe du monde de football 2002 ». Selon lui, les succès de ces derniers illustrent bien les potentialités d'un pays considéré comme étant « l'Afrique en miniature » (Cameroon Tribune n°8659/4858, 09 Août 2006).

Deux autres déplacements à caractère politico-diplomatique ne sont pas passés inaperçus. Il y a d'abord en janvier 2005, celui du secrétaire parlementaire Itsunori Onodera à la tête d'une importante délégation des responsables du MOFA. Il a visité les installations du Port Autonome de Douala (PAD) qui a bénéficié d'un prêt de 30 milliards de FCFA du gouvernement japonais pour l'acquisition des équipements servant à la manipulation des conteneurs. La seconde descente sur le terrain a eu lieu à Sangmelima, chef lieu du département du Dja et Lobo, province du Sud, dans l'une des 96 écoles primaires construites dans différentes localités du Cameroun. Cette visite de travail a été sanctionnée par la signature d'un accord de coopération technique54(*) entre les deux pays. Ensuite et enfin celui médiatisé du directeur général des affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique au MOFA, Yasikuni Enoki en juin 2000, qu'on peut valablement considérer comme un prodrome des nouvelles priorités de la diplomatie nippone en direction du continent noir pour le 21ème siècle. A la suite de Stein Rynning (2001), nous nous apercevons ainsi que le projet diplomatique se fonde sur un agenda stratégique fait d'échanges de visites des Hommes d'Etat qui partagent une même vision de l'ordre international. En est - il de même pour les relations socio culturelles entre le Japon et le Cameroun ?

B- Le Japon et le Cameroun : des relations socioculturelles en développement

Les relations socioculturelles entre le Japon et le Cameroun dans le passé n'ont pas été « abondantes » (Mbogning, 1999:163). Elles se sont entre temps développées d'une manière significative depuis 1991, tant sur le plan de la coopération décentralisée (1) que sur celle des échanges entre les peuples (2).

1- Vers de nouveaux horizons : l'oriflamme de la coopération décentralisée

Les premiers jalons de coopération décentralisée entre le Cameroun et le Japon ont été posés à l'occasion de la 17ème coupe du monde de football, au Japon au courant de l'année 2002. L'équipe de football des « Lions Indomptables » a été accueillie par la ville japonaise de Nakatsue Mura, dans la province d'Oita. Le Ministère des Relations Extérieures (MINREX) et le Fonds Spécial d'Equipement et d'Intervention intercommunale (FEICOM), ont posé les bases de cette coopération lors d'une mission conjointe effectuée au mois de mai et juin 2002. Depuis que Nakatsue Mura, petit village de près de 5 000 habitants a servi de camp de base aux  «Lions Indomptables », le maire de cette commune, Yasumu Sakamoto et sa population entretiennent d'excellentes relations d'amitié et d'accords de jumelage entre Nakatsue et la commune de Meyomessala d'une part, et entre Sangmelima et Oita d'autre part.

Les couples Sangmelima/Oita et Meyomessala/Nakatsue ont constitué le coup d'envoi et le modèle d'un processus appelé à s'élargir dans le cadre de la Cameroon-Oita Friendship Association. Le maire de la commune de Meyomessala a accueilli une délégation conduite par le maire de Nakatsue Mura, forte d'une quarantaine de membres en février 2003. Une délégation de la préfecture d'Oita, conduite par son gouverneur, s'est également rendue à Sangmelima au cours du mois d'octobre de la même année. Dans cette logique, « des conventions de jumelage ont été signées entre les deux parties, où celles-ci, s'engageaient à coopérer dans divers domaines, notamment le domaine socioculturel, incluant l'éducation » (Le Communal n° 10, novembre 2006). Il était en effet question d'encourager les échanges constructifs entre établissements scolaires relèvant de leur circonscription respective. La principale réalisation de la partie japonaise dans le domaine de l'éducation est un projet d'aménagement de l'école des villages Efoulan/Yassaman près de Meyomessala dont le contrat de don a été signé le 07 Janvier 2004. A la fin du projet, survenue le 06 Janvier 2005, une somme totale de 48 140 100FCFA avait été déboursée. L'objectivation de ce qui précède peut conduire à la mise en exergue d'une coopération décentralisée concrète reflétant un dynamisme politico - diplomatique. Un tel constat positif, à en croire Zaki Laïdi (1993 : 66) ne peut pas être le résultat de l'accumulation matérielle. Il faut plutôt y trouver le poids de l'histoire, la vitalité d'un appareil diplomatique ou le sens de l'opportunité politique des dirigeants qui introduisent aussi des différentiels de puissance significatifs.

Les déclarations des maires japonais à l'endroit du Cameroun, non dénuées d'admiration et de lyrisme semblent le confirmer. Pour celui de la ville de Tsushima City, Masura Miwa, « l'image que les Japonais ont du Cameroun est celle d'un pays qui dispose d'une grande équipe de football  les Lions Indomptables. Nous devons ainsi travailler pour renforcer les relations de coopération qu'entretiennent depuis des années nos deux pays »  (Cameroon Tribune n°8384/4783, 24 Avril 2006). Ainsi parlait le maire de la ville japonaise de Tsushima City, Masura Miwa. C'était à l'issue d'une audience que venait de lui accorder au nom du ministre camerounais des relations extérieures, le ministre délégué chargé des relations avec le monde islamique,Adoum Gargoum. « Nous allons travailler dans une dynamique qui vise à intéresser davantage les citoyens et surtout les hommes d'affaires de Tshushima City à investir au Cameroun » a-t-il ajouté, indiquant en outre que son séjour avait un but exploratoire. Il en a profité notamment pour rencontrer les maires d'Awae, Esse, Mfou, Nkol Afamba et Soa. Au menu : des perspectives de partenariat entre la mairie japonaise et celles de la Mefou et Afamba. La visite de Masura Miwa fait suite à la participation du Cameroun à la foire universelle d'Aichi en 2005. Le ministre du commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, y a trouvé un partenaire attentif en la personne du maire de Tsushima City. « Après avoir soutenu une soirée culturelle et pour le Cameroun, ce dernier avait alors pris langue avec le ministre pour aboutir à des partenariats » (Cameroon Tribune n°8536/4735, 14 Février 2006). Nous pouvons remarquer de la sorte, que les échanges entre les deux peuples se sont multipliés à travers des initiatives exaltant l'excellence de relations nippo camerounaises.

2- Les échanges entre les peuples : une multiplicité d'initiatives

Le 27 Octobre 2006, la coopération entre le Cameroun et le Japon a marqué un grand pas  en avant avec l'inauguration officielle du bureau de la JICA à Yaoundé55(*). La cérémonie a donné l'occasion de revisiter le chemin parcouru depuis 1965- année au cours de laquelle a commencé la relation entre le Cameroun et la JICA- et de se projeter vers l'avenir. Dans son discours inaugural, le vice Président de la JICA, Kazuhisa Matsuoka a révélé que le nouvel élan « permet désormais d'activer les échanges réciproques entre les peuples camerounais et japonais » (Cameroon Tribune n°8714/4913, 30 Octobre 2006). Cette option se concrétise avec l'affectation au Cameroun de six volontaires japonais. Ces pionniers issus du programme JOCV, ont pour mission pendant leur séjour de deux ans, de « contribuer au renforcement de la capacité de développement de leur pays d'accueil, le Cameroun, en vivant et en travaillant avec son peuple ». Toutes choses qui augurent de nouvelles retombées qui vont certainement booster une relation qui, bien que très chaleureuse et fructueuse n'a pas encore atteint son paroxysme, comme l'a si bien fait remarquer M. Kazuhisa Matsuoka. Dans un milieu mondial d'une prodigieuse vitalité, de telles initiatives fournissent des facilités, des occasions, des lieux de rencontre, des médiations par des conseils entre différents peuples. « Ces forces économiques et culturelles ne sont pas toutes pacifiques, mais elles obligent la diplomatie à prendre en meilleure considération les préoccupations concrètes des citoyens » (Plantey, 1993 : 375).

Ainsi, les 26, 27 et 28 Août 2007, une vingtaine de maîtresses du primaire et de la maternelle ont participé à Mfou et à Mbalmayo à un séminaire sur les techniques pédagogiques par le jeu, sous la houlette de ces volontaires japonais. Cette rencontre de sensibilisation et d'informations sur l'éducation de la petite enfance est intervenue dans le cadre des stages effectués par deux directrices d'écoles maternelles, les dames Mengue Mvogo et Lema Marguerite au Japon. Les deux enseignantes ont bénéficié de cette formation grâce à la JICA56(*) (Cameroon Tribune n°8918/5117, 23 Août 2007). Depuis 1980, c'est plus de 200 Camerounais, hommes et femmes qui ont pu bénéficier de ce programme pour des durées de 6 semaines à 8 mois. Ces stages se font dans des domaines aussi variés que la planification économique, les télécommunications, le développement urbain, l'agriculture, la sécurité alimentaire, l'éducation, la douane, la mécanique (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 27). Pour renforcer les liens entre les deux peuples, une association des anciens stagiaires de la JICA avec comme premier Président Emmanuel Mbarga, a vu le jour et est installée à Yaoundé. Les Camerounais résidant au Japon se sont aussi regroupés, autour de M. Fru Anthony, leur Président.

Photo 4 : Timbre poste exaltant l'excellence des relations nippo camerounaises

Source : Cameroon Postal Services

Au mois de novembre 2003, une semaine culturelle camerounaise au Japon et précisément à Oita-Nakatsue, baptisée « vent du Cameroun », s'est déroulée suivant un scénario bien articulé. Un groupe d'artistes, musiciens et danseurs venus du Cameroun ont eu à interpréter au stadium du « Big Eye », un thème populaire japonais « Sukiyeki Song » repris en choeur, par les 40 000 spectateurs qui ont peuplé les gradins de ce joyau architectural, dans l'attente du match de football devant opposés leur équipe nationale à celle du Cameroun. Les autres modules ont été une exposition comprenant grosso modo, des objets culturels et d'artisanat d'art ; une dégustation du café et du jus d'ananas du Cameroun, appréciés par les Japonais qui ne tarissent pas d'éloges à l'endroit de ce label agricole ; et une concoction articulée notamment autour des thèmes de Richard Bona, en vogue dans certains milieux musicaux du Japon (Culture Infos n°007, août 2004).

A l'invitation du chef de l'Etat camerounais, le directeur général de l'UNESCO, le Japonais Koïchiro Matsuura a effectué une visité officielle en Janvier 2004. Que faut-il en retenir ? Celui qu'on appelle le « patron des cultures du monde » a eu à recevoir le doctorat honoris causa de l'Université de Yaoundé II. Il a également parcouru en un lieu-le musée national-la diversité culturelle du pays que Jean Imbert (1982 : 3) a qualifié d' « Afrique en réduction ». Pas moins de 35 groupes de danses épousant les quatre grandes aires culturelles du pays (Fang-Beti, Sawa, Grassfieds et Soudano-Sahelienne) ont investi son esplanade, témoignant au-delà, les liens étroits qui unissent Tokyo et Yaoundé. Dans un espace mondial qui se rétrécit, le grand rôle de la diplomatie est de franchir l'obstacle culturel qui sépare et parfois oppose les peuples suivant l'histoire, la race, la religion et d'autres facteurs dans une diversité qui stimule les civilisations (Smouts, 1999 ; Barston, 1997 ; Merle, 1988). L'image qualifiée de « très belle » (Cameroon Tribune n°9270/4469, 18 Janvier 2005), par le secrétaire parlementaire au MOFA, Itsunori Onodera, que les Japonais se font du Cameroun, est inhérente aux prestations de son équipe nationale de football.

Après 2001 (coupe des confédérations), 2002 (coupe du monde), 2003 (match amical à Oita, les « Lions Indomptables » ont séjourné pour la quatrième fois au pays du Soleil-Levant. Ils ont affronté pour la troisième fois de l'histoire la sélection nationale japonaise, le 22 Août 2007 et ont perdu par zéro but contre deux. Les deux équipes se sont opposées en 2001(victoire du Japon : 2-0) et en 2003 pour leur premier match amical qui s'est soldé par un score vierge (0-0). Ça été ibidem à Oita, ville qui a souvent déroulé le tapis rouge au propre comme au figuré aux Camerounais. Il est à noter que le « Lion Indomptable » Patrick Mboma a évolué au Japon et que deux Japonais en l'occurrence, Kimitoshi Nougawa et Ryo Tokuza ont fait partie des effectifs du Canon Sportif de Yaoundé au cours de la saison 2004-2005. Les Japonais et les Camerounais ont appris à se fréquenter et à s'estimer. L'on relève ainsi plusieurs mariages comme celui d'Engwari Pamela avec un Nippon (Cameroon Tribune n°8584/4783, 24 Avril 2006). Le docteur MaSuda Hideo qui a passé une dizaine d'années dans les formations hospitalières camerounaises de 1994 à 2005, a été décoré lors du dernier séjour du Président Paul Biya dans l'archipel.

Par le biais du projet Cisco lancé au Cameroun en mars 2001, et dont l'académie régionale est installée au centre de calcul de l'Université de Yaoundé I, le Japon avec le soutien du PNUD, a contribué à l'amélioration des performances des étudiants en technologies de l'information et de la communication. Il est à noter également l'échange de documents et des idées à travers des revues et autres ouvrages de vulgarisation régulièrement distribués par l'ambassade du Japon à Yaoundé. Cette dernière procède depuis mai 1998 à des séances d'échanges culturels dans les établissements scolaires secondaires (Cameroon Tribune n° 6709/2998, 22 Octobre 1998). Dans cette optique, un organe d'expressions a été mis sur pied. Il s'agit d'un journal trimestriel publié par l'ambassade denommé Sakura. Concernant les conférences de presse, l'ambassade en a fait usage plus d'une fois pour expliquer la politique diplomatique nippone au Cameroun, à l'instar de celle organisée le 15 mai 2004 à l'Université de Yaoundé I au cours de laquelle, son excellence Masaki Kuneida a présenté les résultats et résolutions des différentes TICAD. Un reportage conçu en juin 2005 par la Cameroon Radio and Television (CRTV), souvent rediffusé, montre le même diplomate se rendant à Doualayel, une localité particulièrement excentrée du département du Faro et Deo, province de l'Adamaoua, pour rencontrer un élève du Collège d'Enseignement Secondaire (CES) de céans, dénommé Hassan Malam Kaoua. La prouesse de ce dernier est celle d'avoir appris à écrire et à s'exprimer parfaitement en japonais avec pour unique modus operandi l'écoute régulière et les documents envoyés par le service français de la NHK Radio Japan. Avant l'ambassadeur, il n'avait pas encore vu un seul compatriote de l'empereur Akihito.

Ce constat du réchauffement politico-diplomatique et culturel des relations nippo camerounaises depuis 1991 nous conduit à la découverte de l'état des liens commerciaux et économiques.

* 49 Le premier ambassadeur du Cameroun au Japon a pour nom Etienne Ntsama.

* 50 Cf. « Etat des relations Cameroun/Japon » de la direction des affaires d'Asie, du Pacifique et de L'OCI du MINREX.

* 51 Cf. communiqué de presse MOFA du 14 juin 2006 disponible en annexe 6.

* 52 Né en 1933, il est le cinquième enfant et fils aîné de l'empereur Hirohito et de l'impératrice Nagako Kuniyoshi. Mariés depuis 1959, l'empereur Akihito et l'Impératrice Michiko ont trois enfants : le prince héritier Naruhito, né le 23 février 1960, le prince Akishino Fumihito, né le 11 Novembre 1965 et la princesse Sayako née le 18 Avril 1969. Le 23 décembre, jour anniversaire de l'empereur est Ferrié au Japon. De nombreux Nippons se rendent dans la cour du palais impérial pour souhaiter longue vie à sa majesté, dont le règne est placé sous le signe de la modernité.

* 53 Lire <www.cameroon-info.net/cmi_show_news.php?id=13365&cid=12>

* 54 La mise en application de celui - ci offre de bonnes perspectives à la coopération bilatérale nippo - camerounaise. Consulter à ce propos <www.africapavillon.org/country/cameroon/02_f.htm>.

* 55 Le bureau de la JICA à Yaoundé qui est par ailleurs le tout premier en Afrique centrale, a comme premier représentant résident, Mme Yamamoto Rumiko.

* 56 Anne Androuais, chercheuse au CNRS, considère cette agence de coopération internationale comme un « mammouth ultra puissant » (L'Express International n° 2932, 13 au 19 septembre 2007).

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