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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

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CONCLUSION GENERALE

L'offensive politico-diplomatique de l'Empire du Soleil-Levant en direction de l'Afrique depuis 1991 révèle à bien des égards que nous sommes bien entrés, dans le « siècle du Pacifique », annoncé de longue date. Certes, les manifestations d'un engagement américain sélectif et d'une présence européenne résiduelle vont continuer à marquer les relations extérieures des Etats africains. Mais le steeple chase entre sociétés pétrolières qui oppose actuellement le Japon, la Chine et l'Inde aussi bien en Angola qu'au Soudan, est illustratif de la course à l'influence que se livre les puissances asiatiques. Il est significatif à cet effet que ce soit en Afrique, jadis continent oublié qu'on le constate aujourd'hui. Aussi, nous avons entrepris d'aborder cette étude sur la cavalcade diplomatique nippone sur le continent noir en deux modules.

Dans le premier consacré aux bases et aux manifestations de l'offensive nippone en direction de l'Afrique, il nous a semblé précieux au préalable, de comprendre la vision de la politique étrangère que le Japon veut présenter à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières. Au delà de la découverte de l'environnement socio politique et économique de l'Empire du Soleil-Levant, nous avons mis l'accent sur les données thématiques diplomatiques de Tokyo et sur le débat de la réactivité ou de la proactivité sui generis de sa politique étrangère. Nous avons décrit les instances et les conduites des acteurs impliqués dans le processus de décision et mis en exergue le fait qu'en devenant un des bailleurs de fonds mondiaux les plus importants, l'archipel a fait de l'APD un outil pour accroître son influence et son autonomie sur la scène internationale. Ce qui nous a permis de rendre compte par la suite, de la place de l'Afrique dans l'aménagement de l'action extérieure du Japon. D'une part, en montrant les relations entre l'Empire du Soleil-Levant et l'Afrique avant 1991 comme la dynamique d'une diplomatie de l'immobilisme. D'autre part, en s'intéressant au revirement d'attitude patent de Tokyo depuis la fin de la Guerre Froide où la mise sur pied de la TICAD a été présentée comme une technologie de consolidation de sa « doctrine » africaine.

Dans le second module, nous avons mis en lumière les effets et les enjeux qui gravitent autour de la proactivité nippone sur l'échiquier africain en présentant le déploiement du Japon sur la scène diplomatique africaine comme une prise de conscience de la réalité internationale. Ce faisant, nous avons dans le cas spécifique de l'état de relations entre Tokyo et Yaoundé - étudié dans notre recherche comme point focal des effets de l'offensive du Japon - parlé d'une « idylle naissante ». La raison est évidemment le réchauffement politico-diplomatique observé, qui conforte non seulement le développement des échanges socioculturels, mais aussi la consistance des relations commerciales entre les deux pays. Le champ social apparaissant à cet effet comme le terrain privilégié de la mise en oeuvre de réalisations appréciées par les Camerounais pour leur impact sur leur vie quotidienne. Nonobstant ses déclarations de bonnes intentions et malgré des tentatives de tenir ses promesses, nous avons souligné que l'engagement politique et économique du Japon en Afrique subsaharienne reste avant tout motivé nûment, par des intérêts géopolitiques et des objectifs utilitaristes.

Dans cette étude, nous avons convoqué l'école réaliste dont les hérauts à l'instar de Machiavel, Morgenthau, Kissinger ou Clausewitz appréhendent la scène internationale comme un théâtre de quête de puissance. L'irruption de nombreux acteurs autres que l'Etat dans le jeu des relations internationales, surtout depuis la fin de la Guerre Froide aurait pu épuiser ce paradigme inspiré des traditions bodinienne et hobbesienne. Elle l'a plutôt dopé avec une intensité nouvelle créant à l'occasion une ouverture herméneutique. Nous nous sommes investis ainsi dans le champ de l'analyse de la politique étrangère - plus célèbre sous l'expression anglo-saxonne de FPA - pour son approche scientifique. Avec son statut explicite d'observateur extérieur, la FPA tend à regarder les relations internationales en tant qu'ensemble de décisions concrètes « wie es wirklich gewesen » (telles que les choses se sont vraiment déroulées). Son mérite est de décrire la politique étrangère comme un instrument par lequel l'Etat façonne son environnement extérieur. La quête d'influence devant être comprise ici comme une ambition de « conquête et d'expansion », et la puissance comme un moyen de gagner l'influence.

La démarche de l'Empire du Soleil-Levant avons-nous pensé, s'inscrit dans cette mouvance caractérisée par la nécessité de la lucidité dans les relations internationales. Dans cette perspective, le réalisme moderne est sans doute celui qui traite le plus directement du révisionnisme en politique étrangère. Le révisionnisme (et même le statu quo) émerge du degré de satisfaction ou d'insatisfaction ressenti par rapport « au prestige, aux ressources et aux principes du système international ». La distribution de la satisfaction et de l'insatisfaction donnant naissance à des alliances fondées sur des « équilibres d'intérêts ». Dans la finalité de rechercher les césures qui permettent de juger du changement ou de la constance dans les phénomènes observés, nous avons mobilisé la méthode historique. Cette approche nous a permis d'aborder la quête nippone d'influence sur l'échiquier africain, de manière diachronique, c'est-à-dire, d'en saisir son déroulement dans le temps.

Au demeurant, la Guerre Froide a dicté le profil du comportement japonais dans ses relations extérieures et en contrepoint, son approche des problèmes africains. Avec la chute du mur de Berlin qui a fait basculer la géopolitique mondiale, Tokyo a eu à revoir sa position, s'alignant sur celle de son principal allié, les Etats-Unis d'Amérique qui également ont modifié leur comportement face aux affaires africaines. Il était impératif pour le Japon de renoncer à une attitude à hue et à dia qui distinguait une Afrique blanche d'une Afrique noire. Compte tenu du poids africain dans les mécanismes démocratiques internationaux de prise de décisions tels les Nations Unies et des ambitions d'obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité, il était devenu stratégiquement essentiel pour le Japon de s'attacher à améliorer ses relations avec les pays de l'Afrique subsaharienne. Il a été ainsi peu surprenant que l'APD nippone en direction du continent noir ait augmenté de façon constante, une évolution qui a par ailleurs motivé la mise en place de la « grand-messe » de la coopération japonaise appelée TICAD.

Malgré les critiques, « l'ustensilisation » de cette assistance du Japon en faveur de l'Afrique est importante en raison de son impact sur l'ensemble de sa politique étrangère. Elle permet en effet au gouvernement nippon de montrer le rôle et la responsabilité qui devraient être les siens sur l'échiquier international. Elle lui sert de tremplin pour apparaître comme une puissance proactive d'envergure mondiale, agissant dans l'intérêt de tous, erga omnes. Tokyo a su utiliser de façon très adroite les dispositions de la charte de son APD pour régir ses relations avec le continent noir en donnant de façon visible une très haute priorité à la démocratisation, à la bonne gouvernance et aux droits de l'homme. L'organisation de la TICAD peut être considérée quant à elle comme une victoire diplomatique sous deux angles. Premièrement, en mettant sur pied cette conférence au moment où les bailleurs de fonds réduisaient les budgets de leur APD et se retiraient du continent du fait de l'afro pessimisme croissant et de la « fatigue » de l'aide, l'Empire du Soleil Levant s'est positionné comme un des principaux champions du relèvement de l'Afrique et a démontré à l'occasion sa valeur morale sur la scène internationale. Deuxièmement, le fait que la TICAD soit un projet multilatéral est en soit important, car elle a probablement servi à renforcer la visibilité du Japon. En vulgarisant les principes d' « appropriation » et d' « auto assistance » ; des valeurs intrinsèques à la philosophie du développement de l'archipel nippon qui ont guidé à son décollage économique, le NEPAD notamment peut être présenté comme une réussite très concrète à mettre au crédit de ce processus.

Il ne faudrait cependant pas surestimer le degré d'implication sur le continent de cette proactivité. Les niveaux d'investissements et d'échanges du Japon avec l'Afrique sont nettement et largement inférieurs à ceux qu'il entretient avec d'autres régions du monde. On peut bien sûr attribuer la faiblesse de sa participation à ses contraintes politiques et constitutionnelles, mais elle n'en traduit pas moins un manque de volonté politique de prendre des engagements importants. En d'autres termes, l'action du Japon en Afrique volens nolens, n'est pas à la mesure de ses déclarations et promesses. L'Empire du Soleil-Levant tente en réalité de se servir de ses relations avec le continent pour signaler au monde les orientations clés de sa politique étrangère.

Du regard africain, l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique doit constituer un tournant pour un certain nombre de raisons. D'abord, elle compense la perte des avantages que le continent a bénéficiés durant la Guerre Froide, disputée qu'elle a été entre l'Est et l'Ouest. Ensuite, elle impose l'archipel nippon comme un partenaire important. Enfin, elle permet à l'Afrique de pouvoir sortir du tête à tête, parfois contraignant, qu'elle a souvent eu avec les anciennes puissances coloniales qui ont souvent donné le sentiment de la traiter comme à la mesa de los ninos (à la table des enfants). Mais Tokyo n'a aucune attache historique, culturelle ou géographique avec le continent noir, alors que tout le relie à l'Asie de l'Est. Cela signifie clairement que si ses ambitions géopolitiques mondiales sont atteintes et que les pressions internationales qui le poussent au « partage du fardeau » sur l'Afrique se relâchent, le Japon pourrait vraisemblablement se détourner du « continent lointain » pour se concentrer sur ses zones traditionnelles d'influence où sa réintégration a d'ailleurs déjà commencé et va manifestement se poursuivre.

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