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Le panafricanisme d'intégration comme réponse aux problèmes sécuritaires africains.

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par Cheikh GUEYE
Université Jean Moulin Lyon 3 - Master Relations Internationales Sécurité Internationale et Défense. 2009
  

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A. LE RENOUVEAU DU PANAFRICANISME.

1900. Le dernier siècle du millénaire. Londres, capitale du plus grand empire colonial. Un homme, Henry Sylvester-Williams. Et un mot, panafricanisme. Ce dernier est l'instigateur de la première réunion panafricaniste fort des liens qu'il a su créer entre les panafricanistes américains et les Africains venus étudier en

Europe. 32 personnes participent à cette conférence dont Du Bois (11 Américains, 10 Caribéens, 5 Londoniens, 1 Canadiens et seulement 4 Africains d'Abyssinie, de la Côte d'Or, du Libéria et de la Sierre Leone.) et de nombreuses associations sont invitées à l'image de la Société Anti-esclavagiste Britannique, le Comité pour la Protection des Races Indigènes et la Lutte contre le Trafic d'Alcool, la Société de Protection des Aborigènes ou encore la Société des Amis des Noirs. Le mouvement panafricaniste et le mouvement anti-esclavagiste, à travers les conclusions de la conférence, adressent ensemble un message à la reine Victoria et lui demandent de « prendre les mesures nécessaires pour influencer l'opinion publique sur les conditions de vie et les lois qui régissent les autochtones dans plusieurs parties du monde, particulièrement en Afrique du Sud, en Afrique de l'Ouest, aux Antilles et aux Etats-Unis »7.

Suivra du 19 au 21 février 1919, le premier congrès panafricain, prolongement naturel de la précédente conférence. Ce congrès est différent parce qu'il arrive à la fin de la première guerre mondiale et se veut une réponse à la Conférence de la Paix qui débuta un mois plus tôt à Versailles. Ce congrès marque définitivement le passage du témoin car depuis la conférence de Londres Sylvester-Williams est mort en 1911 puis Blyden en 1912, le panafricanisme a perdu ses pères fondateurs. Une nouvelle étape est engagée et est symbolisée par des hommes comme Du Bois ou encore Blaise Diagne élu premier député noir français en 1911. Le ton aussi a changé ; on est passé des requêtes aux exigences, exigences adressées à la toute nouvelle Société des Nations. Lors des conclusions, le congrès exige « un code législatif international pour la protection des indigènes d'Afrique, un bureau permanent pour l'application de ces lois »8. Les congressistes réclament aussi la mise à disposition de la terre pour les indigènes, l'investissement de capitaux, la limitation des cessions de concessions pour lutter contre l'exploitation des indigènes et l'épuisement du bien-être naturel des pays, l'abolition de l'esclavage, des châtiments corporels, du travail forcé, l'établissement d'un code du travail par

7 Rapport de la Conférence Panafricaine de Londres du 23-25 juillet 1900.

8 Rapport du Congrès Panafricain de Paris du 19-21 février 1919.

l'Etat, une éducation gratuite pour les indigènes et ce même en langue maternelle et leur formation professionnelle. Mais la plus importante des exigences qui préfigurent les futures luttes indépendantistes concerne les droits des indigènes de participer au Gouvernement. En effet pour les congressistes « les indigènes d'Afrique doivent avoir le droit de participer au Gouvernement aussi vite que leur formation le leur permet, et conformément au principe selon lequel le Gouvernement existe pour les indigènes et non l'inverse. Ils devront immédiatement être autorisés à participer au gouvernement local et tribal, selon l'ancien usage, et cette participation devra graduellement s'étendre, au fur et à mesure que se développent leur éducation et leur expérience, aux plus hautes fonctions des états ; de façon à ce que l'Afrique finisse par être gouvernée par le consentement des africains... »9 .

Le congrès de 1921 qui se tiendra entre Bruxelles, Londres et Paris donnera naissance au Manifeste de Londres qui en reprenant l'idée d'un gouvernement local autonome, en demandant la reconnaissance des indigènes comme civilisés et donc un traitement plus juste et plus équitable, se livre à un factum contre la colonisation et l'Angleterre désigné comme particeps criminis. Ce manifeste sera complété par les résolutions de Paris qui reprennent les idées principales du manifeste londonien et y ajoute celle du retour des nègres sur leurs terres. La jonction entre les 2 sensibilités du panafricanisme (afro-centré et negro-centré) s'opère et se fera à New York, aux Etats-Unis là où le panafricanisme avait fait ses débuts. En novembre 1927, le vent indépendantiste qui souffle déjà en Europe s'empare du Congrès qui énonce clairement que les Africains ont le droit de participer à leur propre gouvernement, que le développement de l'Afrique passe par les Africains et évoque la possibilité pour ces derniers de s'armer pour se défendre si un désarmement mondial n'intervient pas. Gouvernance africaine, défense africaine, économie africaine si le mot indépendance n'est pas encore prononcé les revendications des congrès successifs s'en rapprochent.

9 Rapport du Congrès Panafricain de Paris du 19-21 février 1919.

Les congrès ne furent pas les seuls vecteurs de la contestation ; entre temps étudiants et intellectuels africains de tout horizon intensifient le militantisme ; en cette période d'entre-deux-guerres, l'appel à l'autodétermination se fait de plus en plus fort et même s'il a fallu attendre la Charte de l'Atlantique de 1941 pour que le message semblât être entendu, des associations tels que l'Union des Etudiants d'Afrique de l'Ouest créée en 1925, l'Etoile Nord-Africaine en 1928 qui se prononce déjà pour l'indépendance totale de l'Algérie, en sont des exemples. Mais le tournant du panafricanisme interviendra en 1945 lors du fameux congrès de Manchester que beaucoup considère comme le moment où le panafricanisme politique atteint sa maturité.

B. LES INDEPENDANCES SOUS LE SCEAU DU PANAFRICANISME.

« A ce moment, ce fut comme si tout Londres m'avait déclaré la guerre. Pendant quelques minutes je ne pus rien faire d'autre qu'observer les visages des passants impassibles, me demandant intérieurement si ces gens-là étaient conscients de leur colonialisme maladif, et priant pour que le jour vienne où je puisse jouer mon rôle dans la chute de ce système. Mon nationalisme remontait à la surface; j `en étais prêt à passer par l'enfer s `il le fallait, pour atteindre cet objectif »10 . Ces propos sont ceux de Kwame Nkrumah, étudiant à l'Université de Pennsylvanie de passage à Londres. L'évènement dont il parle c'est l'invasion de l'Ethiopie par l'Italie fasciste. Car bien avant le congrès de Manchester de 1945, la crise italoéthiopienne (1935-1936) a marqué de son empreinte un panafricanisme arrivant à maturité politique. Le spectacle d'une communauté internationale amorphe face à l'agression d'un pays africain par l'Italie fasciste a profondément interpellé. Mais le

10 John Brown, «Public diplomacy Press Review», Institute for the Study of Diplomacy, Georgetown University, Washington DC, 22 Mai 2004, à partir d'un article de Richard Pankhurst.

fait que ce pays soit l'Ethiopie, symbole d'une Afrique libre, civilisée, fière est un sacrilège que les panafricanistes ne peuvent laisser passer. Dès lors le panafricanisme entre dans une nouvelle phase qui se précisera lors du congrès de Manchester et qui se concrétisera avec les indépendances à la fin des années 50 et au début des années 60. Le mouvement s'accélère et prend une allure franchement politique symbolisé par le congrès de Manchester qui se déroula du 15 au 19 octobre. Le congrès est l'occasion d'un passage de témoin entre la génération de militants intellectuels symbolisée par DuBois et la génération des militants politiques comme Padmore et Nkrumah. Le congrès renouvelle dans son compte rendu l'idée de « l'Afrique aux Africains. ». A ce congrès sont présents quelques uns des hommes qui feront l'histoire de leurs pays respectives au moment des indépendances : Nkrumah propose une fédération ouest-africaine regroupant les pays de l'Afrique Occidentale Française (A.O.F), les colonies britanniques et portugaises ; Jomo Kenyatta vient rendre compte de la situation au Kenya, en Rhodésie du nord et du sud et au Nyassaland.

Le congrès de Manchester est un tournant car après 1945, les organisations politiques et indépendantistes se multiplient. En décembre 1945, Nkrumah créa le Secrétariat National Ouest-Africain pour qui « « l'indépendance complète et absolue des peuples d'Afrique occidentale est l'unique solution du problème qui se pose », au sein du Secrétariat il tente d'établir des liens avec les députés de l'A.O.F dans l'espoir qu'à la décolonisation son projet de fédération ouest-africaine puisse voir le jour. Parallèlement à l'existence du Secrétariat, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) naquit en 1946 lors du congrès de Bamako. Le RDA fut une première en Afrique car en tant que premier parti politique panafricain il regroupait des élus français venus des colonies comme Félix Houphouët-Boigny, Modibo Keïta, Sékou Touré et avait pour but l'indépendance. Le RDA malgré une activité intense fut rapidement divisé car certains leaders comme Houphouët- Boigny prévoyait une union avec la France une fois l'indépendance acquise, ce qui

créa un clivage avec d'autres membres comme Sékou Touré11 mais surtout un obstacle à l'union des autres mouvements indépendantistes ouest-africains britanniques et portugais.

Le mouvement final est en marche et les indépendances vont commencer avec le Ghana dont Nkrumah devient le premier président en 1957. En Afrique française, la deuxième moitié des années 50 est une accélération du processus de décolonisation qui, de la loi Deferre de 1956 au référendum de 1958, conduira 2 ans plus tard à l'indépendance des colonies de l'A.O.F et de l'Afrique Equatoriale Française (A.E.F).

Une fois les indépendances acquises dans les années 1960, le panafricanisme va pouvoir entamer la dernière phase : l'unification de l'Afrique chère à Nkrumah, Garvey, DuBois, Blyden et tous ceux qui ont rendu possible l'indépendance des pays africains.

3) Le panafricanisme au sein du système international.

« Un homme seul ne peut se marier. J'ai attendu la France sur le parvis de l'Eglise, avec mon bouquet de fleurs fanés. »

Félix Houphouët-Boigny.

« La révolution n'est pas un processus à une étape. » Martin Luther King.

Les années 1960 marque donc le passage du panafricanisme à l'ultime phase : car les indépendances n'étaient qu'une étape pour les panafricains, une étape importante certes, mais une étape qui devait permettre à l'Afrique de s'unir et de se

11 Sékou Touré fut le seul dirigeant qui vota non au référendum de 1958 sur la Communauté Française et accéda immédiatement à l'indépendance.

dégager des chaînes d'une colonisation qui l'a humiliée et balkanisée. Mais l'histoire prévue par les panafricains et notamment par Nkrumah ne va pas s'écrire. L'unité qui semblait exister pendant la colonisation pour une Afrique aux africains, une Afrique indépendante et libre éclate avec les indépendances. L'OUA cristallise l'échec du panafricanisme à franchir l'ultime étape.

A. PANAFRICANISME D'INTEGRATION VERSUS

PANAFRICANISME DE COOPERATION.

En Avril 1958, Nkrumah organisa à Accra capitale du Ghana12 fraîchement indépendant la Conférence des Etats Indépendants d'Afrique à laquelle participèrent les 8 Etas souverains du continent, les 4 du Maghreb (Maroc, Lybie, Egypte et Tunisie) et les 4 d'Afrique subsaharienne (Ghana, Libéria, Ethiopie et Soudan). Au cours de cette conférence les Etats présents avaient renouvelé leur engagement panafricain et exhorté les autres peuples africains à combattre pour leur indépendance. En septembre 1958 l'indépendance de la Guinée est une occasion supplémentaire pour le leader ghanéen de montrer son engagement : l'union Ghana-Guinée naquit avec un prêt de 10.000.000 des deniers ghanéens accordé à la Guinée, en outre il fait inscrire dans la constitution du Ghana la possibilité de céder une partie de la souveraineté en cas d'unification.

Avec les indépendances massives des années 60, les entreprises panafricaines s'intensifient avec notamment la Fédération du Mali regroupant le Mali actuel et le Sénégal. Mais l'éclatement de la Fédération quelques mois après sa création est un signe avant-coureur de ce que sera l'aventure panafricaine en Afrique. En effet les obstacles à l'unification vont se multiplier. En Afrique de l'ouest sous l'impulsion de la France qui veut contrer les velléités fédéralistes de Nkrumah13, la Côte

12 Nkrumah rebaptise la Côte d'Or Ghana en hommage à l'empire du Ghana qui exista en Afrique de l'ouest.

13 L'Union Ghana-Guinée de 1958 s'est étendue au Mali. Nkrumah est sur le point de convaincre le Burkina- Faso et le Bénin de rejoindre l'Union.

d'Ivoire crée le conseil de l'Entente auquel participent le Burkina-Faso, le Niger et le Bénin.

A l'échelle continentale, la division est encore plus profonde entre le groupe de Monrovia et celui de Casablanca, entre les progressifs et les modérés, entre les partisans d'une unification immédiate comme Nkrumah et les partisans d'une unification progression grâce aux paliers régionaux et enfin entre les Etats africains hostiles à l'Occident et favorables à un socialisme africain et les Etats africains favorables au bloc occidental capitaliste.

C'est dans cet environnement que se tint la première conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique en mai 1963 à Addis-Abeba. La conférence ne fut bien évidemment pas le moment de l'unification des peuples africains, perspective écartée sous la pression des modérés du groupe de Casablanca majoritaire. Les réunions suivantes, au Caire en 1964 à Accra en 1965 consacrèrent l'intangibilité de frontières nées de la colonisation, la non-ingérence des Etats africains dans les affaires d'un autre Etat, bref la victoire d'un panafricanisme minimaliste, d'un panafricanisme de coopération symbolisant le cinglant manque de volonté de la plupart des dirigeants. Pour FALVAREZ qui s'est intéressé à l'OUA la conférence d'Addis-Abeba fut le lieu d'« une unanimité faite de renoncement, un nivellement par le bas. »14 ; le constat est encore plus sévère et montre la responsabilité des dirigeants dans l'échec d'Addis-Abeba car « Addis- Abeba vient après que les chefs de l'Afrique révolutionnaire aient commencé à se sentir mal à l'aise dans l'isolement que leur procuraient leur intransigeance et leur attachement aux principes. Et d'autre part des chefs d'Etat qui n'étaient en somme que des structures de parade, courant à l'abri du morcellement africain la grande exploitation du néocolonialisme, avaient de plus en plus mauvaise conscience en voyant que tous les attributs de leur indépendance politique ne suffisaient pas à leur conférer une dignité d'Africains. A Addis-Abeba, on essaya de mettre fin au désagrément des uns et à la mauvaise conscience des autres. Après Addis-Abeba,

14 FALVAREZ L.L., Lumumba ou l'Afrique frustrée, CUJAS, 1965, p.181

plus besoin de continuer dans l'intransigeance unitaire, alors que toute l'unité apparemment possible fut réalisée là-bas. »15

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