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Jean zay, ministre des beaux arts 1936-1939, étude de cas sur sa politique cinématographique


par Lisa Saboulard
Université de Toulouse II Le Mirail - Master 1 Histoire Contemporaine 2010
  

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2) Un environnement réorganisé

Parallèlement à la construction de son projet de « statut du cinéma », Jean Zay initie et met en place quelques solutions afin de résoudre les problèmes de l'industrie cinématographique. Celle-ci manque de prestige, dû en particulier à la « qualité médiocre des films »127(*), mais le milieu cinématographique manque aussi généralement de promotion. C'est face à ce problème, et face à la Biennale de Venise que Jean Zay va initier ce qui est devenu une des plus prestigieuses compétitions cinématographiques au monde. En parallèle de cette promotion du cinéma français, il va tenter tant bien que mal de protéger celui-ci face à l'invasion sur grand écran des Etats-Unis et d'anticiper le besoin du 7ème art dans l'éducation, domaine qui lui est cher.

2.1) Redorer le blason du cinéma français : zoom sur le Festival de Cannes

« Nous préparions pour septembre -hélas !- le Festival de Cannes, destiné à concurrencer par une manifestation française la fameuse Biennale de Venise, seule rencontre internationale du cinéma. Pour Cannes s'étaient inscrites déjà plus de nations et plus d'oeuvres que pour Venise. Notre festival, organisé avec le concours de « l'Action Artistique », aurait fait de la France chaque année le centre mondial du cinéma ; la Côte d'Azur aurait vu se dérouler à cette occasion des fêtes de qualités, qui eussent servi du même coup les intérêts du cinéma français et les intérêts du tourisme français. »128(*)

2.1.1) La Mostra Internazionale d'Arte Cinematografico de Venise en crise.

La préhistoire de la création du festival de la croisette se situe à Venise.

Forte de son succès depuis sa création en 1895, la Biennale d'Art de cette ville rajoute à son programme le cinéma en 1932, en reconnaissant ce divertissement populaire comme art autonome. Mais l'initiateur du festival de Venise n'est autre que Giuseppe Volpi Di Misurata, principal dirigeant d'une société d'hôtels de luxe.

De fait, la crise américaine puis européenne des années trente entrainant une mutation sociale et la diminution du « tourisme d'élite », le Festival de Venise se préoccupe moins de hausser le prestige du cinéma que de démocratiser l'hôtellerie de luxe en y attirant la bourgeoisie aisée, tout en présentant les oeuvres italiennes à un public international, l'Italie n'exportant que très peu de films129(*). « La Biennale devient une véritable Bourse du film. Beaucoup d'affaires y sont traitées et il est indispensable que les producteurs aient sur place des représentants autorisés à discuter leurs intérêts »130(*).

La politique entre en jeux au fil du temps : lorsque Jean Zay prends ses fonctions, la Mostra de Venise se déroule dans un climat relativement tendu, en particulier l'édition d'Aout 1938 (face au sort de la Tchécoslovaquie qui est en train de se jouer)131(*). Les deux principaux prix s'intitulent « coupe Mussolini » et « Coupe du parti national fasciste », ce qui n'est pas du goût de tout le monde. Les pays démocratiques (en particulier la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis) protestent contre l'attribution ex aequo du Grand Prix à un film supervisé par le fils de Mussolini et au film allemand de Leni Riefenstahl sur les jeux Olympiques, initiant un esthétisme cinématographique « fasciste »132(*), esthétique du cinéma qui est vue d'un mauvais oeil en France133(*)

Dans ces conditions, pas question pour la France de revenir l'année suivante et murit l'idée selon laquelle il faut s'opposer au festival de Venise, plus spécialement aux tournures fascisantes que celui-ci prend ...Ce processus va conduire à la création du Festival de Cannes.

* 127 Jean Zay devant la commission Renaitour, op. cit. p 134.

* 128 Jean Zay, Souvenirs et Solitude p 204.

* 129 Billard P, D'or et de palmes, le festival de Cannes, éditions Gallimard, Paris, 1997 p 18.

* 130 Cinématographie française du 5 septembre 36.

* 131 Latil L., Le festival de Cannes sur la scène internationale, éditions Nouveau monde, Paris, 2005 p 13.

* 132 Le jury voulait à la base récompenser un film américain mais les pressions de Berlin sur tous les satellites de l'Axe furent si fortes qu'à la dernière minute, le palmarès fut changé. Bimbenet J., Film et histoire, Edition Armand Colin, Paris, 2007 p 230.

* 133 La cinématographie française du 11 mars 38 titrant « le Cinéma, mauvais agent de la Politique ».

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