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Jean zay, ministre des beaux arts 1936-1939, étude de cas sur sa politique cinématographique

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par Lisa Saboulard
Université de Toulouse II Le Mirail - Master 1 Histoire Contemporaine 2010
  

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2.2.3) La machine Hollywood en marche face à un débouché pour le cinéma français.

« Notre meilleur agent de publicité, c'est le film »

Roosevelt

L'application du visa de la censure permet le contingement de certains films étrangers afin de permettre au cinéma français de s'épanouir sur ses propres écrans.

Il convient de remarquer que la question du visa spécial à l'exportation est très étroitement liée à la question de la censure cinématographique en général et du maintien ou de la suppression de ce service.

En effet, le décret datant du 7 mai 1936167(*) portant sur la réglementation du contrôle cinématographique prescrit la création d'un visa spécial pour les films destinés à être exportés : cette création avait paru depuis longtemps nécessaire. En effet, il est des films qui peuvent être projetés sans inconvénient sur les écrans nationaux, mais qui risquent de produire des réactions fâcheuses et de nuire au bon renom de la France lorsqu'ils sont présentés à l'étranger.

Les professionnels du Cinéma américain admettent parfaitement que la France a le droit d'imposer une censure pour tous les films montrés sur son territoire, mais ne peuvent absolument pas accepter un décret permettant à la Censure française d'interdire tous les films d'une Compagnie ou d'une personne si ceux-ci ne sont pas au gout de la commission. Ce nouveau décret causa une vive sensation dans les milieux cinématographiques américains168(*).

À New York, les Distributeurs se sont réunis en hâte pour étudier comment ils pourraient lutter contre cette clause. Ceux-ci protestent également contre le contrôle des films exportés hors de France et ne peuvent admettre qu'une licence d'exportation soit nécessaire pour les films qu'ils font rentrer en France pour le doublage ou le sous-titrage.

Cette clause rend, en effet, possible le contrôle par le gouvernement français de tous les films américains exploités en Europe Continentale, dont Paris est le centre, pour le tirage, le titrage et le doublage. Les Distributeurs et Producteurs américains suggèrent même, en signe de protestation, que les actualités américaines ne présentent plus aucune bande sur la France, et que les producteurs américains ne tournent plus des adaptations de livre ou pièce française.

Ils sont même prêts à demander l'appui au Département d'État (State departement) qui aurait agi en leur nom auprès du gouvernement français.

Face à ces pressions américaines, le texte en question n'entrera jamais en vigueur et une note du secrétariat des Beaux arts envers la Présidence du Conseil169(*) détaille les problèmes rencontrés concernant l'application de ce décret, notamment par les services des Douanes et fait remonter les vives réclamations de la part des intéressés, les producteurs américains, affirmant que cette réglementation entrave le fonctionnement de leur industrie. De plus, les succursales de sociétés américaines - particulièrement en cause- font courir le bruit qu'elles abandonneraient la France pour transporter leurs bureaux dans d'autres pays où elles rencontreraient moins de difficultés dans l'exercice de leur activité. L'application de ce texte est dons mis en sommeil comme le signale la cinématographie française du 4 juillet 1936 et un nouveau décret rentre en application le 1er juillet 1937 afin de réajuster le tir. En effet, celui-ci stipule que « les films étrangers sont soumis au même régime que les films produits en France, en particulier en ce qui concerne l'application du visa par le service du contrôle cinématographique »

Si la France cède face aux pressions américaines, c'est aussi parce qu'elle voit dans le marché américain d'importants débouchés. Le cinéma est indiscutablement une des armes les plus puissantes de propagande et d'expansion. Il est possible et même il serait facile avec un peu de compréhension de la part des intéressés (dont le premier est l'État) d'intensifier la diffusion du film français aux U.S.A. Cela suppose naturellement une amélioration de la qualité de la production cinématographique française, qui est encore et toujours un des principaux défauts de l'industrie cinématographique à l'époque.

Sur ce sujet, trois rapports trouvés dans les cartons des archives du cabinet Abraham font le point sur la situation de la diffusion du film français aux États-Unis et sur les mesures qu'il conviendrait de prendre pour que celui-ci prenne son envol dans la première puissance mondiale. Ces rapports ont été envoyés à la presse170(*) et aux services concernés ; le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Education nationale, plus précisément le secrétariat des Beaux arts. Ils proviennent de la même source : la société France-Amérique-Films, spécialiste dans ces questions.

Un rapport intitulé « l'avenir du Film français aux U.S.A » datant du 24 septembre 1936 donne quelques chiffres clés sur à propos du public américain qui s'intéresse aux films français : certaines villes du Nord des États-Unis comptent de 30 à 60 000 habitants pour lesquels le français est la langue maternelle et on compte 14 000 professeurs de français qui permettent à de nombreux spectateurs passionnés d'étudier la langue française, et donc susceptible d'être intéressés par les films français.

Les atouts espérés pour attirer le public sont les suivants :

- montrer aux Américains qu'ils retrouveront les qualités qu'ils aiment en nous, notre gout, notre esprit et notre culture dans des films typiquement « français ».

- Ne pas confondre le soin de défendre cette propagande ardente à de simples mercenaires pour lesquels le film français n'est qu'une « marchandise » comme les autres, « comme ces bouteilles de nos grands crus que l'on importe là bas, et parfois frelatées ».

Hélas, les films de langue anglaise bénéficient d'un débouché considérablement plus étendu que ceux de langue française171(*). Cette infériorité tient essentiellement à l'inexistence d'organismes de diffusion et à l'absence totale de politique française d'expansion et de propagande dans ce domaine. Lorsque les auteurs du rapport ont commencé le travail de diffusion exposé plus loin, les plus grandes difficultés qu'ils ont eu à surmonter provenaient souvent soit de ceux qui aux U.S.A, ont pour mission d'assurer la propagande française, soit de ceux auxquels la diffusion du film français devait apporter un débouché nouveau.

Autre rapport datant du 15 juin 36 mais cette fois-ci confidentiel : une note pour Mr Bonnet, ambassadeur de France à Washington, sur « la propagande et la diffusion par le film français aux U.S.A »172(*).

Celui-ci expose les derniers progrès de la promotion du cinéma français au sein de la première puissance mondiale. Sur le plan moral, l'attribution en 1936 d'une distinction importante à un film français, « La kermesse héroïque » qui a été classé par le « National Board of review » comme le meilleur film étranger présenté aux U.S.A, tout comme en 1934 avait été classé le film de Jean Renoir « Madame Bovary » et en 1935 le film de Jean Benoit Levy « La maternelle », est venu renforcer la position de la production cinématographique nationale vis-à-vis de la clientèle américaine.

Une liaison établie avec les maisons d'édition telles que  Heath, appleton, et Century, spécialisées dans la littérature française permet d'avertir d'une façon régulière les librairies et les professeurs de français des films édités aux U.S.A173(*) en leur rappelant l'intérêt que présente pour eux l'utilisation de ces films comme éléments complémentaires de leur enseignement et de leur vente de livres.

L'exploitation des films français aux U.S.A présente un intérêt indiscutable au double point de vue : commercial au bénéfice de l'industrie cinématographique française, moral au bénéfice de l'influence française et de l'expansion touristique.

Le rapport mentionne en particulier à l'ambassadeur l'intérêt d'une liaison plus étroite entre l'Ambassade, les Consuls et Attachés commerciaux et les organisations privées qui entreprennent la diffusion du film français aux U.S.A174(*).

Cependant, à la base de toute action se trouve une condition essentielle : l'amélioration de la qualité du film français. L'insuffisance de la production française à l'époque est évidente, même si des efforts sont faits, et il est pratiquement impossible de constituer un programme de diffusion comportant une vingtaine de films par an, ce qui est nécessaire au développement du « circuit » à constituer pour la production française aux U.S.A.

Pour les auteurs du rapport, la création d'un visa d'exportation peut favoriser l'image des films français Outre Atlantique. Jean Zay l'évoque devant la commission Renaitour175(*) :

« On souhaite de divers côtés [ ...] l'existence d'une sorte de visa à l'exportation qui permettrait au gouvernement responsable d'exercer parfois sur des films qui servent plus ou moins le prestige français à l'étranger, un contrôle qui, jusqu'ici, n'existe pas et qui doit être minutieusement adapté soit à la nature du film, soit au pays dans lequel va ce film ».

D'autres parts, les auteurs176(*) du rapport n'hésitent pas à donner leur opinion sur « l'affaire » du visa de censure touchant directement leurs homologues américains :

« La création envisagée d'un visa spécial de censure pour l'exportation semble devoir supporter un moyen de pression sur les producteurs. Les protestations récemment émises par les dirigeants de certaines organisations corporatives contre cette mesure ne résistent pas à l'examen. Ne prétendaient-elles pas que ce visa spécial empêcherait la vente à l'Étranger avant achèvement des films ? Mais le visa normal de censure ne peut il déjà par arrêter la sortie d'un film ? Et n'est il pas nécessaire de faire réfléchir un producteur sur sa responsabilité avant la mise en circulation d'une oeuvre susceptible de faire le plus grand bien, ou le plus grand mal à l'expansion française ».

Autre question du rapport : le gouvernement n'a-t-il pas le devoir impérieux d'empêcher la diffusion à l'étranger de certains « navets » qui même sans renfermer d'idées subversives ou dangereuses sont un déshonneur pour l'esprit français ? En effet, il n'est pas rare à cette époque de voir fréquemment projeter sur les écrans américains des films « dits français » inconnus dans leur soi-disant pays d'origine177(*). Leur origine reste, ce qui a pour conséquence des incidents : certaines salles passant comme films français des versions françaises réalisées en Allemagne ont dû fermer leurs portes puis en venir aux films français réels. Jean Zay, afin de contrer ces films, a comme idée d'un examen préalable sur le scénario, avec un contrôle sur son exécution, afin de créer ensuite une « sorte d'estampille d'honneur » appelé « Films-France » et qui confère aux projets qui en aurait été reconnues dignes un certain nombre d'avantages de nature diverse, par exemple une facilité d'exportation178(*).

Néanmoins, le Gouvernement Blum, et en particulier l'équipe de Jean Zay, n'a pas su ou pu exploiter toutes ces données afin de faire un quelconque pas vers une expansion du cinéma français aux États-Unis, l'industrie cinématographique ayant d'abord besoin d'une sérieuse « épuration » selon P-A Harlé.

Malgré tout, même si Jean Zay n'a pas su profiter de l'opportunité d'exporter le cinéma français, il a su anticiper en faisant une promotion importante du cinéma éducatif au sein des collèges et lycées où de futures générations de cinéphiles étudiaient.

L'Education Nationale qui chapeaute les Beaux Arts et le Musée Pédagogique favorisa en effet le cinéma éducatif et « sain », tout en renouvelant les équipements éducatifs.

* 167 Décret paru dans le Journal Officiel du 8 mai 1936, voir en annexes.

* 168 Cinématographie Française du 17 juin 1936.

* 169 Note carton AN 312 AP 6

* 170 Particulièrement à la Cinématographie Française

* 171 Près de 30 000 salles passent des films en langue anglaise, contre 8000 au maximum pour la langue française. Les statistiques américaines début 1936 accusent un chiffre de 81 millions de clients par semaine dans les seules salles des U.S.A Sur un marché américain en particulier, la place du film françaisest infime jusqu'en 1935, on compte 5 à 15 films français par an sur un total annuel de 100 à 200 de films étrangers projetés sur les écrans américains.

* 172 À cette note est joint un rapport établi par le Service des OEuvres Françaises à l'Etranger en 1936.

* 173 La société French Motion Picture qui dispose de 200 correspondants réguliers plus particulièrement dans les centres universitaires.

* 174 En ce qui la concerne, la société «  France Amérique Films » 43 avenue de l'Opéra à Paris et sa filiale de New York, la « French motion picture » 126 West 46th street, se tient à la disposition de l'Ambassade pour toute information ou intervention qui serait jugée dans l'intérêt de la propagande française.

* 175 Où va le cinéma français, p 130.

* 176Paul Charles Biver société France-Amérique-films ; Jean Coupan, service cinéma à la compagnie générale transatlantique.

* 177 Les soi-disant films documentaires-historiques tiennent une place importante dans cette catégorie tels que « Louis XIV » ou « Charlemagne ».

* 178 Où va le cinéma français p 131.

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