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L'insertion du tourisme et les problèmes de son développement dans les marges côtières de la province du sud Cameroun

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par Diderot Serge NGUEPJOUO M.
Université de Ngaoundéré - DEA 2005
  

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INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE : ANALYSE DES PROCESSUS D'INSERTION DU TOURISME Chapitre 1 : Etat des lieux de l'intégration progressive du tourisme dans le littoral du Sud Cameroun.

Chapitre 2 : La demande touristique et les contingences du tourisme

DEUXIEME PARTIE : MODES D'APPROPRIATION DU TOURISME DANS LES SOCIETES ET ESPACES LITTORAUX

Chapitre 3 : Adoption participative

Chapitre 4 : Attentisme et indifférence

Chapitre 5 : Tourisme, entre désenchantement et désespoir

TROISIEME PARTIE : TRANSFORMATIONS INDUITES PAR LE TOURISME DANS LES MARGES COTIERES

Chapitre 6 : Impacts du tourisme sur le milieu physique et humain

Chapitre 7 : Tourisme et risques socioenvironnementaux

Chapitre 8 : Perspectives du développement de l'activité du tourisme dans les marges côtières du département de l'Océan

CONCLUSION

9. CHRONOGRAMME PREVISIONNEL DU TRAVAIL DE THESE

Année

Durée

Activités

Lieux

2005

1 mois

Discussion avec les co-directeurs et correction du
mémoire de DEA

Ngaoundéré et Dschang

2 semaines

Production et dépôt du mémoire de DEA

Ngaoundéré

2006

1 mois

Travail complémentaire de bibliographie 1

Ngaoundéré et Yaoundé

4 mois

Descente sur le terrain 1 / collecte des données

Kribi-Campo

2 semaines

Rapport d'étape 1

Ngaoundéré

2 semaines

Discussion avec les co-directeurs

Ngaoundéré et Dschang

2 semaines

Correction du rapport

Yaoundé

1 mois

Travail complémentaire de bibliographie 2

Ngaoundéré et Yaoundé

4 mois

Descente sur le terrain 2

Kribi-Campo

2007

3 semaines

Rapport d'étape 2

Ngaoundéré

3 semaines

Discussion avec les co-directeurs

Ngaoundéré et Dschang

3 semaines

Correction du rapport

Yaoundé

4 mois

Descente sur le terrain 3 / collecte des données

Kribi-Campo

3 semaines

Rapport d'étape 3

Ngaoundéré

3 semaines

Discussion avec les co-directeurs

Ngaoundéré et Dschang

3 semaines

Correction du rapport

Yaoundé

2008

3 mois

Traitement des données

Yaoundé

1 mois

Descente sur le terrain 4 / Vérification

Kribi-Campo

1 mois

Saisie du 1er draft de la thèse

Yaoundé

1 mois

Discussion avec les co-directeurs

Ngaoundéré et Dschang

2 mois

Correction et saisie du 2è draft

Yaoundé

1 mois

Discussion avec les co-directeurs

Ngaoundéré et Dschang

1 mois

Dépôt de la thèse

Ngaoundéré

2 mois

Préparation à la soutenance et Soutenance

Ngaoundéré

PREMIERS RESULTATS

DE TRAVAIL

CHAPITRE I : ANALYSE DES PROCESSUS D'INSERTION DU TOURISME DANS LES MARGES COTIERES DU SUD.

De nombreux slogans de marketing touristique présentent le Cameroun comme un échantillon représentatif à plusieurs égards des spécificités attractives africaines, qu'elles soient naturelles ou culturelles. C'est un potentiel caractérisé par la diversité et la densité qui se trouvent réparti sur l'ensemble du territoire national. D'ailleurs, la connaissance que l'on en a aujourd'hui est partielle et la carte touristique nationale éloignée de la réalité qu'offre le milieu. De même, les acteurs du jeu touristique ne sont pas tous identifiés et les populations locales occupent une place marginale dans la réalisation des actions à portée touristique. Cette réalité est encore plus dramatique au niveau régional.

C'est ainsi qu'eu égard à ce qui précède, nos consacrerons ce chapitre à l'échelle départementale (Océan) à dresser un état des lieux du développement touristique avant d'en présenter les conséquences. Pour y parvenir, nous répondrons à la question de savoir pourquoi le tourisme se développe-t-il si difficilement dans le département de l'Océan pourtant si riche en potentialités?

Au départ, nous formulerons l'hypothèse que le tourisme s'insère selon un mouvement soutenu mais reste largement subi dans le contexte socio-environnemental des marges côtières du Sud Cameroun. Le test de cette hypothèse se fera en exploitant les données bibliographiques relatives à la question, la statistique touristique, par observation directe et entretiens semi directifs sur le terrain. Tout ceci nous permettra de présenter le milieu d'action, l'évolution et les effets de cette insertion dans la ville de Kribi.

1. LE MILIEU DES MARGES COTIERES : UN CADRE A LA GEOGRAPHIE FAVORABLE AU TOURISME

Bien que le trait d'union entre ces territoires soit leur proximité de la côte (moins de 45 km), ils présentent cependant une grande variété physique et humaine dont le produit est un abondant vivier potentiellement utilisable à des fins touristiques.

1.1. Le milieu physique : atouts et contraintes au décollage touristique

Le département de l'Océan est logé dans l'angle Sud-Ouest du Cameroun forestier et est bordé à l'Ouest par les eaux de l'Océan Atlantique. Son relief qui échappe heureusement à la monotonie détermine - cependant bien qu'en partie - le climat, la végétation, l'hydrographie et les sols.

1.1.1. Un relief de plaine dominé par un bas plateau

Dans l'ensemble, c'est une région de basses terres d'une part et d'autre part de plateaux. La morphologie de détail est un paysage de nombreuses collines séparées par des ruisseaux à débit lent et régulier, collines dont le profil en demi-orange est reconnu par les géographes comme assez caractéristique de la zone équatoriale. Ce type de paysage concerne la majeure partie des plaines sédimentaires de la façade maritime (Olivry, 1986).

La plaine côtière est comprise entre les embouchures de Londji au Nord et du Ntem au Sud et séparées par une distance de 90km. On remarque le long de cette côte une décomposition en segments avec des orientations variées entre 340 degrés Nord et 20 degrés Est. Aussi y a-t-il une forte apparition de la convexité Ouest de l'ensemble de la côte ; un profond rentrant des bouches du Cameroun s'oppose à cette convexité, partie la plus profonde du Golfe de Guinée. Ainsi morcelée, segmentée et arquée, les mouvements ondulaires de la houle qui agitent la mer attaquent la roche sur divers angles : oblique, perpendiculaire ou se déplacent parallèlement au tracé du rivage. Sa platitude (13-18m) est rompue par la présence de quelques reliefs résiduels tels le massif des Mamelles (323m), le rocher du Loup et les monts des Eléphants tandis que la plaine fluviale, inclinée sur le Ntem, côtoie par les deux bras dudit fleuve, l'île de Dipikar et aide par son inclinaison à évacuer les eaux continentales vers la mer.

Il existe un escarpement très abrupt qui sépare la plaine du plateau. Le plateau Sud camerounais prend effectivement le relais à partir du village Nko'élon vers l'Est au délà du fleuve Mvini et atteint son maximum au Nord du massif de granites de Nkolebengué (1 020m) dans la zone d'étude. Dans l'ensemble, il y prévaut un climat très humide.

Eu égard à ce qui précède, le relief offre une importante diversité. Bien qu'il n'existe pas de règle en matière de pouvoir d'attraction d'un paysage, les principes d'originalité et d'unicité (Dewailly et al, 1993), de diversité (Béteille, 2000) qui favorisent le dépaysement sont généralement pris en compte. Ils ont d'ailleurs servi à l'inventaire des 120 sites touristiques du Cameroun réalisés par le GTZ et le MINTOUR en 2001 (Cf. Annexe C).

Au total, ces ressources nombreuses dont regorgent ces reliefs globalement bas restent dans l'oubli ou l'ignorance du fait d'une accessibilité limitée et très laborieuse, quoiqu'ils n'aient rien de banal ni de commun. La variété observée ici contraste avec la régularité du climat.

1.1.2. Un climat doux mais pluvieux

Le département de l'Océan appartient au grand ensemble du domaine climatique de la variante guinéenne qui prévaut sur l'ensemble du domaine forestier camerounais. Elle présente deux nuances (maritime et guinéenne de l'intérieur).

La nuance maritime se caractérise par l'inexistence de mois secs quoiqu'il existe deux minima (Janvier et Juillet) de pluies avec 240 mm à Campo en juillet et évidemment deux maxima (Mai et Octobre) de pluies. Les amplitudes thermiques sont faibles (autour de 2°C). L'année est découpée en quatre saisons mais bien arrosées avec des précipitations dont la quantité est largement au-delà de 2 500 mm. C'est ainsi que plus près on est de la côte, plus les précipitations sont importantes (Kribi : 2 970 mm, Campo : 2 772 mm) du fait que la mousson balaie de pleins fouets cette zone où la végétation est dégradée avant d'être ellemême brisée par les contreforts du massif du Ntem, d'où la variante guinéenne continentale.

Dans la variante du climat équatorial guinéen continental, la pluviosité est moins abondante mais reste élevée (1 686 mm à Nyabizan), les températures sont plus douces avec des journées ensoleillées et chaudes, les nuits et matinées fraîches. L'année est divisée en quatre saisons bien marquées (deux saisons sèches et deux saisons de pluvieuses).

Figure 4: Histogrammes pluviométriques pour chacune de ces nuances (Suchel, 1972).

De façon générale, le fait touristique est marqué par un héliotropisme dominant11 (Dewailly, Op.cit.). Le Las de Kribi est assez illustratif de Lette réalité oü les saisons sèEhes correspondent aux hautes saisons touristiques. L'amplitude thermique annuelle basse n'influenLe que positivement le mouvement des visiteurs a Kribi.

400

600

500

300

200

100

0

Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Aoüt Sept. Oct. Nov. DéE.

Précipitations en mm Températures en °C Nombre de touristes

P=2T

Figure 5 : Tourisme et saisonnalité à Kribi (Données 2004).

Selon BesanLenot (1990), le touriste exige la séLurité pour ne pas avoir a faire face aux caprices du temps Lonnus a l'avanLe, le Lonfort pour éviter tout préjudiLe sur son état sanitaire et l'agrément sans Lontrainte sur sa jouissanLe. Ces conditions favorables sont réLapitulées dans le tableau suivant :

Tableau 2: Paramètres du très beau temps touristique confortable

Latitude

Type de temps

PARAMETRES

I ou Nb

D ou P

Tx

K

THI

V

U

Basses
latitudes

Très beau temps confortable

>7

<3/8

0

0

22 à 31

58 à 525

= 26,5

2 à 8

< 26,5

Source : Besancenot J.P., 1990.

I = Durée de l'insolation (en heures)

Nb = Nébulosité en milieu de journée (en octats de ciel ouvert)

D = Durée des précipitations entre 6 à 18 heures (en heures)

P = Hauteur des précipitations entre 6 à 18 heures (en mm)

Tx = Température maximale (en °C)

K = Pouvoir réfrigérant de l'air en milieu de journée (en watts/m2 de surface corporelle)

11 Il s'agit d'un tourisme dont les périodes de rushes se Ionfondent avec [Ielles de Lhaleur et d'absen[Ie de pluies.

THI = Indice thermo-hygrométrique en milieu de journée (en °C)

V = Vitesse du vent en milieu de journée (en m/s)

U = Tension de vapeur de l'air en milieu de journée (en hectopascals)

Malheureusement, ces données ne sont pas disponibles dans les services de la station météo de Kribi. Quant elles le sont leur format est inapproprié. Trois d'entre elles existent pour la durée de 24 heures à savoir la hauteur des précipitations (P), la température maximale (Tx) et la vitesse du vent en milieu de journée (V), pourtant elles auraient été convenables pour la période de la journée comprise entre 6 et 18 heures.

Tableau 3: Paramètres disponibles du temps touristique confortable de Kribi

Paramètres

Mois

hauteur des
précipitations (mm)

température
maximale (°C)

vitesse vent en
milieu journée (m/s)

Janvier

9,8

32,8

2

Février

2,1

34

2

Mars

31,6

34,5

2

Avril

42,3

35

2

Mai

75,7

34,2

2

Juin

111,9

32,6

2

Juillet

9

31

2

Août

106

30,8

2

Septembre

83,1

31,5

3

Octobre

67,6

32

2

Novembre

25,2

32,6

2

Décembre

6,2

32,5

2

Station météorologique de Kribi, 2005.

Globalement, à défaut d'être très beau, le temps touristique confortable est tout au moins beau. D'ailleurs les touristes ne le présentent jamais comme un obstacle strictement insurmontable à leur séjour dans une région. Car, quand bien même la qualité du temps constituerait un frein à la fréquentation, elles créeraient sous certaines exigences des conditions plutôt stimulantes pour les aventuriers naturels à la recherche de sensations exceptionnelles. Quoiqu'il en soit, chaque visiteur évalue les bénéfices à retirer d'un voyage et en paie le prix (argent, risques...) si cela lui paraît nécessaire. C'est bien souvent le cas des destinations exotiques où la végétation constitue elle aussi un atout non négligeable pour étoffer l'offre touristique dans une contrée donnée.

1.1.3. Une végétation dense, variée et séduisante

C'est une zone de forét ombrophile dense humide sur une bonne partie de la zone d'étude. Elle est cependant dégradée en partie par les activités humaines (tracé routier, habitation, agro-foresterie) et présente aussi une végétation originale (mangrove) qui se développe le long de cours d'eau et de l'océan.

Le massif forestier du sud présente trois grandes unités végétales qui se rattachent à l'écologie du milieu (Letouzey, 1968) : la forêt littorale, la forêt de moyenne altitude, la forêt atlantique et congolaise. La première forme un triangle rectangle dont l'angle droit est sur la côte Nord de Londji et la pointe à l'extrémité Ouest de l'île de Dipikar. Elle se caractérise par l'abondance de deux espèces (Lophira alata et Sacoglottis gabonensis) qui seraient le produit des défriches anthropiques anciennes. C'est une la forêt atlantique et congolaise liée à un fort taux de pluviosité. La deuxième quant à elle, forme un couloir rectiligne dont la limite à l'Ouest côtoie l'hypoténuse du triangle et à l'Est part de la confluence Ntem-Bongola à l'extrémité Est d'HEVECAM en passant par Nyabizan. Elle est sujette à des précipitations inférieures à 2 000mm. Elle est fortement dégradée par le développement des plantations de cacao.

Photo 1 : Une végétation dense de la forêt de moyenne altitude.

Le troisième type est la forêt atlantique et congolaise. Elle présente à peu près les mêmes caractéristiques que la précédente (forêt atlantique et congolaise) et ne se trouve que par endroits dans la zone périphérique Est de notre zone d'étude et forme quelques enclaves individualisées.

Les autres formations végétales sont des forêts sempervirentes à faciès dégradé le long des axes routiers Kribi -Akom II et Kribi-Campo où le sous bois est pauvre voire inexistant. Ces régions sont occupées par des jachères et des recrus broussailleux. Aussi des forêts se rencontrent-elles sur les sables marins des cordons littoraux sablonneux. On les retrouve entre Campo et Dipikar, le long du fleuve Lobé et les terrains de basses altitudes envahis par intermittence par les eaux.

1.1.4. Un réseau hydrographique dense mais non valorisé

Le tourisme fluvial se développe sur un diamètre de 15km autour du fleuve associant le bord à voie d'eau et l'arrière pays (Damien, 2001). Du Nord au Sud de cette zone se succèdent trois fleuves dont le plus important est le Ntem qui coule en direction de l'Océan Atlantique, déversoir des eaux charriées par ces cours d'eau.

- La Kienké et la Lobé

Deux petits fleuves se jettent dans l'océan à quelques kilomètres de distance, la Kiénké au nord par une succession de rapides dans le petit port de Kribi, la seconde sans transition par des chutes directes dans la mer ayant auparavant pris naissance dans les collines d'Ongongo au Sud d'Akom II. Leurs bassins versants sont entièrement occupées par la forêt équatoriale dense anthropisée, soit respectivement 2 305km2 et 1 435km2. Le tarissement est observé pendant les deux saisons sèches et les crues pendant la grande saison de pluies (OctobreNovembre) pour le maximum annuel.

- Le Ntem

Il prend sa source au Gabon et son bassin versant de 31 000km2 est partagé entre trois pays (Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale). L'hydrographie du Ntem est caractérisée par des étiages accentués, des débits moins forts, la régularité des drains, la dichotomie du cours principal du fleuve et une série de chutes amenant rapidement le fleuve à l'Océan par une grande embouchure. Les deux bras du Ntem (Ntem, Bongola) isolent l'île de Dipikar, qui atteint 16km dans sa plus grande largeur et 40km de longueur ; ces deux bras se rejoignent dans l'estuaire appelé aussi Rio Campo, 8km avant de se jeter dans l'océan.

- L'Océan

Le contact de l'Océan Atlantique avec le continent se caractérise par un affleurement du socle constituant par endroits des murs. Le plateau continental au large de Campo mesure

moins de 25km et se remarque par des écueils rocheux qui constituent de véritables abris d'assez gros poissons (MEAO, Op.cit.) pour les parcours de pêche touristique.

De plus, pour un agrément maximum, les eaux doivent être à bonnes températures (>20°C), de couleur claire, propre et non polluée (Dewailly, Op.cit.). Les eaux de l'océan remplissent plusieurs de ces conditions avec une température supérieure à 24°C (MEAO, Inédit), un faible niveau de pollution, plus ou propre et de couleur tirant sur le verdâtre à cause de l'eutrophisation.

1.1.5. Des sols propices à l'agriculture

Deux catégories de sols existent dans cette région : les sols ferrallitiques et les vertisols. Les sols ferrallitiques jaunes et rouges dérivent des roches métamorphiques, sont peu profonds, acides et tiennent une grande région dans la zone. Ils sont généralement argilosableux, meubles, associés à une faible quantité d'humus. Cependant, leur faible fertilité est atténuée par la présence de la matière organique d'origine végétale et favorable à la culture arborée.

Les vertisols quant à eux sont des sols agricoles par excellence du fait de leur fertilité remarquable et se retrouvent principalement le long de la frange Sud-Ouest de l'arrondissement de Campo.

Ces sols agricoles ont permis l'implantation de deux agro-industries dans la région (SOCAPALM et HEVECAM) qui donnent l'occasion de développer l'agritourisme. De même, ils permettent de faire face à la saisonnalité des emplois touristiques et de pourvoir aux besoins de cette industrie en vue du bien-être des communautés locales.

1.2. Le cadre humain : forces et faiblesses d'un tourisme de culture 1.2.1. Le peuplement et les modes de vie

Il existe deux grands groupes ethniques dans cette zone : les pygmées (Bagyéli), les plus anciens occupants du site, qui ont été refoulés par les bantous pour s'y installer. Les Bagyéli sont minoritaires et chasseurs-cueilleurs avec un mode de vie nomade. Pour leurs activités forestières (chasse et cueillette), ils parcourent 30 km à la ronde en pratiquant de la chasse artisanale au moyen des filets à base de fibres tirées d'arbres qu'ils appellent `Essalé' ou de fibres synthétiques, mais aussi avec des chiens et des sagaies. Généralement, ils font 2 à 3 parties de chasse par semaine en groupes de 5 à 10 personnes. Leurs prises ne dépassent que très rarement 5 gibiers et parfois ils reviennent bredouille. La communauté se partage les

fruits de la chasse, et s'il y a un surplus, celui-ci est vendu aux bantous, et le produit de la vente leur permet d'acheter des produits de première nécessité. Leur habitat reste encore très précaire, il est construit essentiellement à partir de feuilles et d'écorces d'arbres en dehors de quelques cases faites en terre. Pour le pygmée, la forêt a de la valeur. Elle symbolise pour lui la paix et l'harmonie, elle lui permet d'être soi-même, d'être entre soi. Les valeurs qui soustendent les modes de vie en forêt s'inscrivent dans une conception du temps (court terme) et de l'espace (mobilité) qui n'est pas reconnu par les Etats-Nations, ni par les peuples environnants (Maryvonne, 1999). Il faut cependant ajouter que ce mode de vie connaît des mutations profondes du fait notamment de la sédentarisation obligatoire impulsée par le gouvernement et soutenu par certaines ONG. Cela implique « [la perte] de leur patrimoine culturel, une conséquence en contradiction avec les normes internationales qui reconnaissent leur droit à leur culture et à l'auto-détermination » (Owono, 2001).

Clichet : D. NGUEPJOUO

Photo 2 : Un campement de pygmées assez évolués.

Les Bantous appartiennent à la deuxième vague de migration bantou composée de FangBéti en provenance du Sud de l'Adamaoua chassés eux-mêmes par les Baboutés vers la fin du XVIIè siècle. Ils sont très nombreux et se subdivisent en plusieurs groupes : les pêcheurs qui sont installés sur la côte (Batanga, Mabi et Iyassa), et plus loin sur le continent, les agriculteurs (Ntumu, Mvae, Bulu). Les villages sont linéaires, suivant le tracé routier et les habitations construites à l'aide des matériaux locaux. De plus en plus, l'élite urbaine introduit des matériaux modernes qui modifient quelque peu le visage de l'habitat. En ville, on observe une typologie classique de l'habitat avec notamment l'habitat moderne construit selon les

normes en vigueur, le type spontané caractérisé par le sous équipement et l'anarchie des constructions (Petit Paris, Afan Mabé, Nkolbiteng, Dombé) et le type traditionnel que l'on rencontre dans les quartiers à dominance autochtone (Talla, Boamanga). Ils forment une seule unité linguistique nonobstant quelques légères différences d'accent et phonologiques (Chendjouo et ali, 2003).

1.2.2. Les cultures des peuples de l'Océan

Le département de l'Océan est une véritable mosaïque de cultures dont la variété illustre à suffisance la richesse de ces peuples. Sur le plan des croyances, les religions tels le christianisme, l'islam et l'animisme sont bien implantées dans la zone d'étude. Quant aux rites, danses et instruments de musique, le tableau suivant en fait un récapitulatif.

Tableau 4: Quelques éléments culturels du département de l'Océan.

Eléments culturels

Département de l'Océan

Rites

Fêtes traditionnelles Bapuku et Banoho'o, Akoumaba, Ivanga, Mukuye, Ndjengu, Sô, Gui, Mukulu, Mevugu, Ndje...

Danses

Baka dance, Ozila, Mengang, Ebolasa, Ebaza,

Ebol'Asan, Enyngué, Akoumaba, Omiasse, Engueb avia, Ivanga, Mekuye, Mebongo, Bevala, Mookoum, Mbaya, Betjibwa, Assiko, Nzanga, Nsebito, Bol, Abok bekon...

Instruments de musique

Accordéon, tamtam, tambour, balafon, claquettes Mvet, ...

Spécialités culinaires

Ndjomba, Bouillons de poisson...

Sources : enquêtes de terrain, septembre 2004 et MEAO, 2003.

Malheureusement, les cultures de ces peuples sont en perte de vitesse. Chez les pygmées, les efforts de multiples acteurs ont réussi à émanciper une bonne frange de ce peuple. Le phénomène va d'ailleurs en s'intensifiant du fait des contacts avec l'extérieur. Mais l'essentiel reste encore sauf. Quant aux sociétés bantou, infiltrées, elles ont dû perdre une bonne part de leur substance et les jeunes générations les ignorent et s'en passent même. Bien que quelquesuns désirent conserver cet héritage à travers l'instauration des fêtes historiées et les festivals entre autres, il n'attire pas encore l'intérêt des touristes au point d'en faire des événements touristiques programmables. L'archéologie pourrait peut-être y contribuer de façon forte.

1.2.3. Les révélations de l'archéologie dans le contexte de retour aux sources

De nombreuses études archéologiques ont été conduites dans les marges côtières du département de l'Océan. Elles ont permis de savoir par exemple qu'il existe une importante discontinuité chronologique dans cette zone (Zana, 2000) due au fait que les fouilles archéologiques révèlent des traces indubitables de vie humaine tout au long de l'ère Quaternaire d'après la première chronoséquence et que les occupants actuels ne s'identifient pas à leurs ancêtres (?).

-L'âge récent de la pierre taillée (40 000-5 000ans BP), caractérisé par la présence de l'industrie microlithique qui se distingue par les objets faits sur les quartzites, le quartz à l'instar de la pointe de flèche pour la chasse ou des petits outils tranchants pour le dépeçage du gibier par des tailleurs de pierre de Nko'élon qui étaient des prédateurs.

-Le stade Néolithique (4 000-1 500ans BP) est marqué par le début de sédentarisation en hautes altitudes sur le littoral des populations bantoues venues des Grassfields avec la production d'outils de poterie et en pierre (hache, houe...), l'agriculture sur brûlis. La fosse dépotoir est l'indicateur remarquable des premières formes de sédentarisation. C'est le cas des fouilles sur le site de Bwambé, Nlendé-Dibé.

-L'âge du fer ancien (2 300-2 200ans BP = 300-100 avant Jésus-Christ) pendant lequel l'analyse des artéfacts montrent la production de nombreux objets en poterie, en céramique et des outils en fer. C'est le cas des sites de Bwambé et de l'église catholique de Campo dont les fouilles montrent la présence de l'hameçon et des scories, preuves de la pratique de la pêche par ces populations et de la maîtrise de la technique de la réduction du fer (Oslisly, 2001). Pour la période de l'âge de fer récent, les sites de Campo Beach (Kadomura et alii, 2000), de Bwambé et de l'église catholique de Campo montrent aussi la présence des objets en fer.

Ces résultats pour partiels qu'ils sont, restent intéressants quoique n'ayant pas encore donné lieu à la mise en place de sites archéologiques, ni même d'écomusée. Tous les artéfacts récoltés jusque-là sur divers sites sont provisoirement hébergés au bureau de l'IRD à Yaoundé. Ceux-ci permettraient à coup sûr de développer un tourisme culturel dont la vitalité contribuera fortement à la valorisation de nos cultures en perte de vitesse. De plus, Le tourisme scientifique peut aussi être développé dans cette région pour aider à trouver une explication aux discontinuités chronologique, humaine et culturelle.

1.3. Le potentiel écotouristique

Il peut être compris comme l'ensemble des atouts à l'état sauvage dont dispose une région et qui, pour diverses raisons, n'ont pas encore pu être valorisés pour servir au secteur touristique comme produit touristique. Le produit est un tout indivisible qui renferme aussi bien l'offre originale que toutes les facilités qui en favorisent la consommation (moyens de transport et de télécommunication, HCR, sécurité des biens et des personnes, stabilité politique et économique, hygiène et salubrité, hospitalité, bon rapport qualité-prix...) qui doit par le marketing faire correspondre à la demande touristique. Pour ce qui est de l'offre touristique, c'est un ensemble d'éléments naturel et culturel, matériel et immatériel qui présente une valeur exceptionnelle du point de vue esthétique, artistique, historique, culturel et économique d'une région ou pays. Ceux-ci sont susceptibles d'attraction et de curiosité chez des visiteurs potentiels en fonction de leur distribution spatiale et par rapport à leur lieu de loisir, d'hébergement méritant d'être conservé pour l'intérêt du tourisme.

1.3.1. Offre naturelle

Il s'agit de toutes les attractions touristiques d'origine naturelle (mer et plages, lacs et rivières, forêts, faunes, rochers et grottes).

- Mer et plages : Toute cette côte Ouest est couverte par les eaux de l'Océan Atlantique. De même, chaque village le long de cette côte dispose d'une ou de plusieurs plages (Bwambé, Grand Batanga I et II, Eboundja, Bongahélé, Lobé, Lolabé, Ebodjé) régulièrement fréquentées en haute saison touristique. Il reste encore une multitude de plages plus larges et plus belles qui sont ignorées et par conséquent non promues entre Ebodjé et Campo, et plus généralement en dehors du territoire touristique (Cf . Fig. 10).

Photo 3: Plage à Itondé-Fang.

Figure 6 : Carte de l'espace touristique des marges côtières de la province du Sud Cameroun

- Lacs, rivières et chutes: Dans cette zone, il existe quatre lacs (Etondé-Fang, Mba Ayam, lac à Caïmans et Mvini) de même que les rivières et les chutes. Pour ce qui est des rivières, il en existe un très grand nombre, mais nous en retiendrons les principaux : (Kienké, Lobé et Ntem) qui reçoivent de nombreux ruisseaux en amont avant de se jeter dans la mer. Seuls, le Ntem et dans une certaine mesure la Kienké pour les fleuves et l'ensemble des lacs sont navigables en toute saison et peuvent de ce fait être exploités pour la pêche-promenade. Sur le

cours de ces fleuves, on peut relever la présence de deux fameuses chutes (les chutes de la Lobé et les chutes de Memve'élé) et deux autres d'importance relative (les chutes d'Edjang zo'o et chutes sur la Biwoumé).

Photo 4: Quelques chutes dans les marges côtières de la province du Sud Cameroun.

- La forêt : la forêt biafréenne, la forêt littorale et la forêt congolaise sont pourvues d'une importante richesse biologique dont la particularité est la densité et la diversité de la flore : plus de 1500 espèces de plantes dont 45 sont endémiques ou rares.

- La faune : Au stade actuel des études, la faune est évaluée à 80 espèces de mammifères moyens et grands (critère important de développement de l'écotourisme), 18 espèces de primates, 28 espèces de chiroptères, 307 espèces d'oiseaux (Ndeh, 2002). 249 espèces de poissons, 23 espèces d'amphibiens et 122 espèces de reptiles. L'avifaune présente à priori toutes les espèces recherchées par les ornithologues et touristes verts (picatharte chauve, calao, perroquet...).

- Rochers, grottes, montagnes et massifs : Les marges côtières du département de l'Océan sont encombrées de nombreux reliefs résiduels, les uns aussi importants que les autres (Mont des Mamelles, Mont des Eléphants, Mont Nkolebengué, Akok-Benyat, Rocher des esclaves, Rocher du loup), que les autres (Mont Biwoumé, Ayak-Minkola-Imbong, Ozom-Zomo, Akok-Obek'Foui, Akok-Mevoui, Akok-Yaekukuankuk, Mbaz-Akok...).

1.3.2. Offre socio-culturelle

Elle présente une évidente variété et satisfait une demande socio-culturelle exigeante et composite. Très généralement, elle ne constitue pas l'offre principale mais la complète ou l'enrichit :

- Genre de vie : Les populations de cette zone se caractérisent par de nombreux traits tels le sens de l'accueil et de l'hospitalité, leur art culinaire, leur artisanat et leurs nombreuses techniques de conservation du poisson et de la viande.

- Folklore et tradition : Dans une enquête de terrain menée dans trois villages, nous avons obtenu comme résultats plusieurs danses traditionnelles (Ebianmeyong : `Ebol'Asan', `Akoumaba', `Engueb' ; Nko'élon : `Enyngué', `Ebolasa' ; Ebodjé : `Bevala', `Mokuyé', `Ivanga', `Baka dance' ; Campo : `Mookoum', `Ebaza', `Nsebito'). Il est à noter que les danses touristiques comme `Akoumaba', `Mokuyé' et `Ivanga' ne sont pas publiques, exceptée la phase non rituelle qui peut à certaines occasions être ouverte aux non-initiés. Mais de manière générale, les danses s'exécutent sur commande ou selon un calendrier culturel annuel.

- Les vestiges historiques : Ils sont tous de la période d'occupation allemande. Il s'agit des cimetières allemands à Kribi, de l'Eglise Catholique d'Ebodjé construite en 1900 par les Allemands, une boulangerie et quatre tombes d'Allemands à Campo, des ruines de l'agroindustrie (Hévéa et palmiers à huile) et d'habitations d'Allemands dans l'Ile de Dipikar.

Clichet : D. NGUEPJOUO

Photo 5: Quelques vestiges de l'occupation allemande sur l'île de Dipikar.

- Le rôle de l'archéologie : A la suite des premiers résultats de travaux archéologiques dans cette zone, une exploitation touristique peut en être faite. Dans la perspective de la valorisation de ce patrimoine, Oslisly (2001) suggère les possibilités :

(1) de présenter les artéfacts issus des fouilles dans un écomusée ;

(2) d'incorporer quelques archéosites dans les circuits écotouristiques.

Le tourisme scientifique peut aussi être développé dans cette région pour aider à trouver une explication aux discontinuités chronologique, humaine et culturelle.

1.3.3. Offre aménagée

C'est l'ensemble des aménagements effectués avec pour l'ambition de mettre le visiteur à l'aise pendant qu'il jouit de l'offre originale. On peut citer dans ce registre l'accessibilité : les moyens de transport (la présence et le bon état des infrastructures routières, ferroviaires et aériennes et de télécommunication), les conditions agréables de voyage, d'hébergement et de restauration. Dans les marges côtières du département de l'Océan, l'accessibilité - à partir des aéroports internationaux de Douala et de Yaoundé jusqu'à Kribi - ne pose aucun problème. En effet, une infrastructure routière en bon état dessert la ville tête-de-pont de cette zone (Kribi). Mais le reste de la zone, lorsqu'elle est accessible par voie routière, exige l'usage des véhicules tout terrain (4×4). Il existe aussi un aéroport non encore fonctionnel à Kribi et une piste d'atterrissage privée de la Société Forestière (HFC) à Ipono. De même en dehors de Kribi et sa proche périphérie, il est difficile de communiquer et d'accéder aux médias nationaux et internationaux (Journaux, radio, TV). Cette situation est semblable quand il s'agit de l'hôtellerie et de la restauration. Kribi est donc un pôle très favorisé pour le tourisme classique tandis que de nombreux efforts méritent d'être entrepris pour le reste de la région, mais cette fois, en tenant compte du volet de la durabilité. Ceci devra en principe réduire fortement les coûts des investissements à effectuer. Il est entendu que ces offres doivent être complétées par des garanties comme la sécurité des biens et des personnes, la stabilité politique et économique, l'hygiène et la salubrité, l'hospitalité, le meilleur rapport qualité-prix des prestations offertes entre autres.

En définitive, le milieu comporte à la fois des ressources dites anté-touristiques12 et celles dont la présence et souvent l'existence même sont intimement liées à un développement touristique préalable. Elles sont dites post-touristiques13 c'est-à-dire qu'elles sont mises en place pour agrémenter le séjour des visiteurs et contribuent de façon notable à la transformation d'un milieu naturel en un espace construit parsemé de ressources (Fig.6) et

12 Ce sont les ressources originelles et préexistantes au tourisme et même parfois à toute occupation humaine (Dewailly et al, 1993). Ce sont les ressources tels le climat, la faune, la mer, les paysages ...

13 Elles sont mises en oeuvre dans l'optique d'un tourisme à envisager, ou en sont la conséquence avec pour but d'améliorer un tourisme qui existe déjà.

potentiellement appropriés par les touristes (Fig.10). Quoiqu'il en soit, on est en droit de se demander si cette offre correspond à la demande des touristes se rendant à Kribi.

1.4. La demande des touristes de Kribi et du reste du département de l'Océan

Nous avons réalisé une enquête auprès de 75 touristes rencontrés sur les plages et les hôtels de Kribi au courant du mois de juillet 2005. Le questionnaire (Annexe A) s'est adressé à ceux qui ont bien voulu le remplir pour nous fournir des informations sur leur profil socioéconomique et leurs goûts en matière de pratique du tourisme dans la ville de Kribi et dans l'ensemble du département de l'Océan.

1.4.1. Le portrait socio-économique des visiteurs de KribiLes touristes internationaux qui se rendent à Kribi et sa région ne sont pas tout à fait

inconnus. Ils sont originaires de nombreux pays essentiellement occidentaux, de sexe féminin, célibataires, jeunes et d'un niveau d'instruction.

Pour ce qui est de l'origine des touristes internationaux, ils ne proviennent que très faiblement des pays du continent américain soit 3% du Canada, rien du tout des pays des autres continents. Cependant la part majoritaire de ces visiteurs proviennent des pays européens et spécifiquement de France.

Répatition par nationalité des arrivées internationales à Kribi

30

25

50 45 40 35

Pourcentages

20

15

10

5

0

Série1

Français Polonais Irlandais Russie Autriche Suisse Espagne Pays-Bas Canada

Nationalité

Figure 7 : Répartition par nationalité des arrivées internationales à Kribi

Cela peut s'expliquer par les raisons historiques notamment la mise sous mandat du Cameroun et donc l'administration française de cette partie du pays, la signature de nombreux accords de coopération, la participation des Français à certains secteurs de développement (industrie, économie...), la promotion de bouche à oreille d'anciens visiteurs satisfaits et enfin par le fait que le Bureau d'Informations Touristiques (BIT) du Cameroun pour l'Europe basé en France, assure une promotion de proximité plus grande. Notons au passage que jusque dans la décennie 70, les Allemands sont les plus nombreux à visiter Kribi et que leur nombre est progressivement allé en baissant pour des raisons politiques14.

Les touristes sont majoritairement de sexe féminin (78%) et l'on retrouve la même proportion de jeunes de moins de 30 ans de même que celle de célibataires. C'est une population aimant l'aventure et la diversité des loisirs. Le fait qu'elle soit à 85% de niveau universitaire la rend un peu exigeante. Cela contribue à contrebalancer l'insouciance qui caractérise habituellement la jeunesse et pousser à un certain raffinement de l'offre.

1.4.2. Les motivations des visiteurs de Kribi et alentours

Kribi et ses alentours présentent une diversité d'atouts qui fonde la motivation de voyage pouvant elle-même varier d'une personne à une autre.

60

50

40

Proportions de visiteurs

30

20

10

0

Kribi

Reste Océan

Motivations de visite

Figure 8 : Répartition des motivations des visiteurs de Kribi et le reste de l'Océan

14 La résiliation du contrat du tour opérateur QUELLE avec l'Office National du Tourisme Camerounais en 1970 se justifie pour partie par l'interdiction faite de se livrer au Cameroun à certaines activités telle la prostitution. Les incidences sur le chiffre d'affaires des établissements de tourisme et la population locale obligent le gouvernement à reporter sine die l'application des mesures prises à ce sujet (Essono E.F., 2000).

Le désir d'aventure mentionné plus haut est confirmé par la proportion des avis des touristes sur leurs motivations de voyage.

En face d'une offre non structurée, on a des visiteurs exigeants qui attendent un service d'un certain niveau. Bien qu'ils apprécient globalement la destination pour son caractère naturel et très faiblement artificialisé, ils trouvent la destination coûteuse et estiment du fait de la distance qu'ils pourraient manquer du temps pour revenir la prochaine fois.

En gros, le tourisme de Kribi et du reste du département a besoin d'une sérieuse structuration pour combler les attentes des touristes dont les exigences tiennent compte très souvent du contexte socio- économique et des possibilités du pays et même de la ville de Kribi.

2. L'EVOLUTION DE L'INSERTION DU TOURISME DANS LES MARGES COTIERES DU SUD CAMEROUN

Les Allemands sont à l'origine du tourisme dans le département de l'Océan. En effet, depuis la période de l'impérialisme germanique, leur intérêt pour les ressources naturelles du pays en général et singulièrement pour les régions côtières s'est accru (Nguepjouo, 2003). Pour la région du Mont Cameroun et notamment Limbé au départ, il s'est ensuite déporté sur les côtes kribiennes. Ceux-ci y ont installé des équipements de base susceptibles d'agrémenter le séjour dans un premier temps et de faciliter l'administration territoriale dans un deuxième temps vers la fin du XIXè siècle. Il s'est agi par exemple de valoriser les potentialités naturelles de cette localité notamment en exploitant les caractères favorables au développement de l'activité touristique et en y créant des conditions minimales de séjour agréable pour ses visiteurs (Port, constructions diverses...) (Essono, 2000). Après l'indépendance, le jeune Etat a réalisé de nombreux projets à portée touristique avant la période de désengagement caractérisée par un profond abandon de cette activité. Le secteur se structure peu à peu aujourd'hui autour de la municipalité de Kribi.

Il reste aujourd'hui que de nombreux atouts de la région sont encore inexplorés, voire inconnus. Et quoique encore émergent, le phénomène touristique a diffusé ses effets dans les villages environnants et/ou présentant les mêmes atouts (Lobé, Eboundja, Lolabé, Ebodjé, ...) le long de la côte.

2.1. Une évolution en ligne brisée dans l'espace touristique

Le tourisme dans son évolution a connu des périodes fastes et difficiles qui ont généralement alterné dans le temps et l'espace. Ce parcours n'est pas propre au tourisme, mais est le fait de l'ensemble des secteurs productifs de l'économie camerounaise. A une phase de démarrage promoteur, succède une autre de récession qui, elle aussi, cède progressivement la place à une timide reprise. En effet, le rôle de l'Etat est capital dans la mesure où le secteur privé est encore très faible. Ainsi au départ de ce profil se trouve la prise en charge quasi complète de l'activité par l'Etat, puis son désengagement et enfin par les frémissements d'une difficile relance.

2.1.1. L'Etat providence pendant les années de croissance

Comme dans les autres pays en développement, l'Etat a bien souvent réalisé l'essentiel des investissements dans l'hôtellerie, la restauration, les agences de voyages et les autres infrastructures du nouvel Etat indépendant.

Depuis lors, quelques autres réalisations y ont vu le jour au point de faire de cette ville de petite taille, la vitrine du tourisme balnéaire au Cameroun. Mais jusqu'en 1960, Kribi ne compte que 18 chambres. Plus tard, après les indépendances, les actions à vocation touristique se sont poursuivies avec le soutien effectif de l'Etat. En effet, dès le premier plan quinquennal de développement économique et social (1961-1966), le tourisme transparaît comme un secteur à la rentabilité immédiate d'autant que « la matière première existe : sites et paysages remarquables, faune abondante et variée, curiosités folkloriques nombreuses et spectaculaires ». Il ne faudra alors plus que réaliser l'inventaire du patrimoine touristique, créer et aménager les parcs nationaux, confectionner des circuits touristiques, poursuivre l'équipement hôtelier, créer un office de tourisme et lancer des opérations de propagande.

Les moyens mis en oeuvre pour y parvenir sont nombreux. Il s'agit de financements public, privé et communaux ; de mesures incitatrices ; d'organismes de crédit (banques et CNC15) sur le long terme et à faible taux d'intérêt ; de l'extension des réseaux électriques, télécommunicationnelles, routiers et d'adduction d'eau ; de la mise en place des structures d'intervention en matière d'information, de promotion, de commercialisation, de développement du tourisme ; et enfin de la formation professionnelle.

L'Etat a des partenaires dans la commercialisation de la `destination' Cameroun notamment les deux agences de voyages Quelle et Paneuropa. Plusieurs touristes internationaux en provenance d'Allemagne ont été envoyés sur les plages de Kribi, jugées

15 Conseil National de Crédit

plus captivantes, dès la saison touristique de 1968-196916 par ces voyagistes. Un hôtel à bungalow (Palm Beach) est construit en 1968. Mais en 1970, ces 2 Tour opérateurs ont interrompu la saison avec éclats : infrastructures insuffisantes, entretien incorrect... Ils vont être relayés par Transeuropa et Touropa Spezial (Mainet N., 1979). On atteint cependant la centaine de chambres en 1980.

Tableau 5 : Statistiques de 2 années touristiques 1974 et 1975

Saison

Arrivées

Nombre d'hôtels

1969

 

2

1974

1500*

 

1975

2161 dont 480 Allemands

 

*Allemands seulement

Source : Mainet N., 1979.

Si l'on s'en tient aux statistiques produites par la Délégation Générale au Tourisme, on peut affirmer que ce mouvement de croissance des arrivées internationales - du moins la part de Kribi déduite à partir des chiffres de la saison 1974/1975 sur le total global - est continue. Tableau 6 : Part des arrivées de Kribi sur les arrivées nationales (1972-1978)

Années

TG des arrivées internationales

Arrivées internationales de
Kribi

1972

76400

1528,7

1973

85000

1700,8

1974

96000

1920,9

1975

108000

2161

1976

118800

2377,1

1977

89990

1800,6

1978

102983

2060,6

1979

106251

2126

1980

103317

2067,3

1981

101375

2028,4

1982

115518

2311,4

1983

116386

2328,8

Source : DPTS, Mars 2005.

Les arrivées varient entre 1528 et 2335 et selon un mouvement de croissance soutenu. Mais cela n'est qu'une extrapolation qui ne doit pas avoir la valeur des chiffres exacts. En effet, nous avons obtenu les arrivées internationales de Kribi en partant des données de

16 Le lancement du tourisme balnéaire international organisé est opéré à Limbé la saison 1967-1968 et seulement une saison après à Kribi.

l'année 1975 dont le TG et les arrivées internationales étaient disponibles pour la même année. Mais beaucoup restent à élucider non seulement en ce qui concernent l'explication des données d'autant que les producteurs de ces données ne sont plus aux affaires mais aussi pour ce qui est des conditions de production et la quantité de crédit à accorder à de telles informations. Ainsi, on ne comprend pas déjà par exemple pourquoi le nombre d'Allemands se réduit drastiquement une année sur l'autre (Cf. Tabl.5).

Toutefois, il importe cependant de présenter l'allure de la courbe que les séries statistiques disponibles pour les périodes 1972-1983 et 1999-2004 donnent.

12000

10000

8000

4000

2000

0

Nombre de visiteurs

6000

Série1

Années

Figure 9 : Arrivées des visiteurs à Kribi (1972-1983 et 1999-2004)

Les arrivées ont toujours évolué en dents de scie parce que les dispositions pas prises ni pour anticiper, ni pour agir sur les problèmes qui influeraient sur les arrivées hôtelières. Il est très courant d'arguer que le caractère transversal du secteur rend cette approche difficile voire impossible. La courbe déjà brisée se rompt entre finalement1983 et 1998. Il est possible que le changement opéré dans l'orientation politique au plus haut niveau de l'Etat l'explique en partie. Une autre explication est le fait que les moyens nécessaires à la production de ces données ne sont plus alloués en quantité suffisante et dans les délais souhaités par ceux qui en ont la charge.

2.1.2. Le désengagement de l'Etat et le flottement du secteur touristique

Pendant les années de crise, l'Etat sous ajustement a dû se retirer des secteurs productifs dont le tourisme. Cela se traduit par une absence quasi générale des statistiques pourtant le MINTOUR est créé en 1989 - en remplacement du Secrétariat d'Etat au Tourisme (1982) elle-même ayant succédé à la Délégation Générale au Tourisme (1975) - avec entre autres missions la production de ces statistiques. Le pionnier de l'administration du tourisme est l'Office National Camerounais du Tourisme qui fut érigé en 1970 en Commissariat Général au Tourisme17. Ces structures ont certainement produit des statistiques mais qui nous ont pas été possible de consulter parce que ne les ayant pas trouver et parfois leurs détenteurs les qualifient de non crédibles et partant de non publiables.

Qu'à cela ne tienne, le tourisme bat de l'aile au courant de ce passage à vide, les services déconcentrés du MINTOUR sont réduits à leur plus simple expression, les délégations provinciales.

Dans ce contexte de désengagement, les collectivités essaient de se positionner en jouant un rôle de plus en plus fort pour tenter de maintenir le tourisme à un niveau appréciable.

2.1.3. La relative prise en main par la Communauté Urbaine de Kribi (CUK) et les autres partenaires.

Le secteur touristique tente de se réorganiser autour des municipalités sous le leadership de la CUK dans le département de l'Océan et l'appui des ONG tels la SNV et le WWF. Cela ne signifie pas que le MINTOUR cesse d'exister, au contraire, il a été récemment créé la délégation départementale pour l'Océan. Mais les missions de développement du tourisme sont aux mains des collectivités locales tandis que le MINTOUR en assure le contrôle (Aménagement de la Bande côtière).

Une étude portant sur le plan d'aménagement et de gestion de la bande côtière est en cours d'adoption à l'initiative conjointe des communes rurales de Campo et Kribi de même que de la commune urbaine de Kribi et avec l'appui technique et financier de la SNV. Suivra ensuite une deuxième phase qui consistera en réalisation (aménagement) de la bande côtière.

Ces débuts bien que pénibles sont promoteurs. Une des propositions de cette étude - la création d'un office intercommunal de tourisme - a été adoptée et mise en oeuvre et de nombreux projets sont en préparation. Le maire de la CUK en est le président.

17 Essono E.F., 2000.

2.2. L'analyse de la croissance du phénomène touristique

Le phénomène touristique dans les marges côtières présente une forte polarisation à Kribi. L'essentiel des investissements en infrastructures et équipements y sont concentrés et le reste de la région lui sert de faire-valoir. Ceci peut être attribué à une planification insuffisante, à un goût irrésistible pour le foncier en front de mer et aussi à l'insuffisance des moyens de gestion du secteur.

2.2.1. Les difficultés de planification

Le secteur touristique connaît de sérieux problèmes de planification et de prospective à Kribi. En effet, la croissance n'obéit ni à un plan d'ensemble, ni à la réalisation de quelque objectif mesurable. Ainsi, ni dans les services du DPTS et DDTO, ni au DDO/MINDAF ni ailleurs aucune carte n'est disponible. Les attributions du MINTOUR qui connaissent du reste une certaine souplesse dans leur application consistent en

· l'encouragement des investissements touristiques,

· l'aménagement des sites,

· la promotion du tourisme camerounais,

· la collecte des statistiques et la formation du personnel.

Il apparaît que les missions de prise en charge de la planification ne sont pas la préoccupation du ministère encore moins des municipalités de l'Océan. Aucun opérateur ne peut se prévaloir de cette prérogative qui fait partie des missions régaliennes de l'Etat. L'Etat et les autres opérateurs touristiques subissent l'implantation des structures hôtelières et de restauration. Il n'existe pas d'orientation en matière de capacité d'accueil de Kribi, de leur localisation et de leur rythme de mise en place.

De même, malgré l'inscription en bonne place du rôle incitateur de l'Etat au rang de ses missions, aucune mesure de nature à promouvoir et capter les investissements18 n'a été prise dans cette région. Au contraire, les griefs19 des promoteurs vis-à-vis des pouvoirs publics sont de plus en plus nombreux et témoignent bien souvent d'un découragement rampant au sein de la corporation des promoteurs touristiques de cet univers.

A la décharge des autorités en charge du tourisme, le contexte de crise économique avec ses corollaires sur le train de vie de l'Etat réduit les capacités d'intervention corrective et les possibilités de réalisation. De plus, la création d'un organisme ayant pour mission d'étudier et de mettre en valeur le département de l'Océan participe de cette logique de dédouanement des

18 Détaxe, création des lotissements touristiques, octroi des crédits aux potentiels investisseurs...

19 Tarification électrique asphyxiante, fiscalité exorbitante et écrasante, législation contraignante

pouvoirs publics. Leurs travaux sont aujourd'hui pratiquement à leur phase terminale - du moins pour ce qui est de la phase étude - et consacrent une large place au tourisme mais restent cependant pour une part dans l'imprécision en ce qui concerne le (s) type (s) de tourisme à développer sur la base de la demande actuelle dans la région et l'offre des destinations concurrentes.

Il reste que c'est de la navigation à vue dont les conséquences spatiales sont déjà perceptibles.

2.2.2. La ruée imparable vers le foncier en front de mer

Même pendant la période des plans quinquennaux où l'Etat définissait avec précision les objectifs sur tous les 5 ans et mettait tout en oeuvre pour les réaliser, on a pu se rendre compte d'une croissance spontanée. Cela peut s'expliquer par le fait qu'il se focalisait sur les investissements, les réalisations. Les objectifs premiers poursuivis concernent : l'augmentation et l'amélioration de la capacité d'accueil du pays, l'augmentation du nombre de touristes à recevoir, la participation effective des Camerounais à la consommation touristique, l'aménagement des sites et des circuits touristiques, la mise en place des moyens nécessaires à la réalisation des programmes de développement touristiques arrêtés. Ainsi la planification et la réglementation sont venues seulement par la suite du moins sur le domaine maritime et fluvial. C'est ainsi que le régime foncier entré en vigueur en 1974, trouve un front de mer ayant déjà fait l'objet d'une certaine occupation. L'Etat s'en accommode du fait de la non rétroactivité de la loi et/ou du risque de dédommager toutes les occupations antérieures à cette loi. Il se résout - selon les dispositions nouvelles du régime foncier - à maîtriser les installations futures. Aujourd'hui pourtant toutes les terres en bordure de mer sont totalement occupées et 75% de titres fonciers attribués20 de façon régulière et très souvent en violation de l'emprise maritime et fluvial. Car les normes prévoient que les installations en matériaux définitifs ne doivent se faire qu'à 50 m après la ligne des plus hautes eaux et 25 m après le lit majeur des fleuves. De plus, les sols ne doivent pas faire l'objet de vente par contre, ils peuvent être cédés. A ce moment-là, les morcellements et les mutations sont possibles. En outre, la porosité de ce sol sablonneux ne favorise pas l'édification des bâtisses colossales d'autant que sa capacité portante est très faible. Le constat sur le terrain est désolant (Cf. Figure 11). Les constructions nombreuses germent de terres tous les jours au grand dam de cette réglementation et les pouvoirs publics assistent impuissants au développement de la clandestinité.

20 Entretiens personnels avec le Délégué Départemental des Domaines et des Affaires foncières de l'Océan.

L'explication la plus plausible de l'attrait pour les espaces côtiers de plus en plus difficile à contenir tient au fait que les détenteurs de ces terres sont très souvent des hautes personnalités de la République qui se croient obligées d'être au-dessus de la loi pour satisfaire leurs caprices, même les plus folles. Elles y construisent des résidences secondaires de haut standing ou des hôtels qui sont par la suite classés.

2.2.3. La modicité des moyens

La DPTS et la DDTO sont tous les deux logés à Kribi. Il est vrai que la deuxième est de création très récente21 mais elle n'a pour assurer son fonctionnement que le Délégué dont les services occupent une pièce dans les locaux de la DPTS. Celle-ci n'est pas non plus bien lotie. La carence en quantité de personnel est aggravée le niveau de qualification de ce nombre.

Le manque de matériel fait également partie des difficultés rencontrées par cette administration. L'ordinateur est encore une curiosité ici et tout le travail se fait de façon manuelle et il n'est pas étonnant que les résultats des calculs des sommes des fiches statistiques que nous avons dépouillées ne coïncident que très rarement avec ceux qui sont automatiquement générés par le tableur Microsoft Excel.

Les finances manquent aussi cruellement et limitent les actions que voudraient

entreprendre ces autorités en charge du tourisme du point de vue institutionnel. Le DPTS a abandonner l'usage de son véhicule de fonction, l'unique de ses services, à cause des notes

d'entretien écrasantes.

Au total, on peut dire que l'évolution du tourisme dans les marges côtières de la province du Sud ne s'est pas faite selon un mouvement ascensionnel continu depuis l'indépendance. Car après la décennie prometteuse de démarrage (1960-1970) a suivi une longue période de flottement et de crise avant que ne s'observe tout récemment (depuis 1998), les nouveaux frémissements d'un probable décollage avec des acteurs nouveaux, l'Etat se désengageant progressivement des secteurs productifs de l'économie. Les marques de ce retrait de l'Etat sont perceptibles tant en ce qui est de la planification, de la régulation, de l'aménagement et du marketing du territoire touristique de cette région.

21 Mars 2005

3. LE TOURISME ET LE TERRITOIRE TOURISTIQUE DE KRIBI

Le tourisme s'insère dans un cadre physique par subversion et conquête22 (Cazes et ali, 1993). Ces pouvoirs dont le tourisme est doté en font souvent une source potentielle de danger aussi bien pour le milieu que pour les populations qui y vivent ou en dépendent pour leur survie. Kribi n'a pas toujours été un haut - lieu de tourisme au Cameroun, cette ville est même beaucoup plus récente que Limbé qui propose aussi le tourisme balnéaire. Le fait touristique s'y déploie depuis seulement moins de 3 décennies.

3.1. L'entrée et l'extension du fait touristique

La ville prend naissance bien avant 1884, autour d'un débarcadère, d'abord comme comptoir avec les Portugais, puis elle s'est ensuite développée en suivant le bord de mer et les principales voies d'accès (Chendjou et ali, 2003). Ceci permit les échanges des populations locales avec les Occidentaux. Ces relations se poursuivent aujourd'hui sous la forme de tourisme.

Tout commence dans la région par Kribi avant de s'étendre progressivement vers son arrière pays aujourd'hui. Dès la saison 1968-1969, des touristes sont envoyés à Kribi qui ne compte jusque là que 80 chambres. Le centre d'accueil est ouvert depuis 1932 et sert au départ de gîte d'étape pour l'administration française. Après l'indépendance, les étrangers viennent s'y reposer et se détendre sur les plages de Kribi. Palm Beach Hôtel et Strand Hôtel vont être construits par la suite tous sur la rive gauche de la Kienké et s'étirer progressivement vers le sud. Sur la rive droite, la construction de la Résidence présidentielle va retarder l'occupation. Mais de nos jours, elle est devenue dense et plus importante que sur l'autre rive.

22 Le premier se manifeste par détournement de l'utilisation dominante d'un lieu, tandis que le deuxième travaille à intégrer de nouveaux lieux à l'espace touristique.

Source : Tchawa et al, 2004

Figure 10 : Distribution des établissements d'hébergement dans les marges côtières du Sud Cameroun

L'analyse de cette entrée du tourisme dans les marges côtières de la province du Sud porte aussi bien sur la dimension spatiale que sur celle du temps. Sur le plan spatial, le mouvement d'insertion n'est pas que linéaire en suivant le trait de côte, mais il s'écarte maintenant vers l'intérieur en conquérant les terrains les plus intéressants. En effet, bien que les activités de loisir consomment souvent les espaces vacants sans valeur agricole, il leur est aussi usuel de conquérir « les replats bien exposés, plus faciles à travailler, terres draînées et remembrées et tentant les promoteurs [...divers] (Meur et al, 1991). Autrement dit, très souvent ce sont des espaces particulièrement convoités pour diverses activités humaines que les installations de tourisme cherchent à acquérir. La densité forte de l'occupation du front de mer en est une illustration.

Centre d'accueil & Palm Beach

OCEAN ATLANTIQUE

Vers Eboundja

Vers l'hinterland
en dehors de la
ville et vers le
Centre ville de
Kribi

Vers le fleuve
Nyong

Source : Tchawa et al, 2004

Figure 11 : Densité des établissements hôteliers et croissance du
phénomène touristique à Kribi

Avec les 65% des infrastructures hôtelières construites sur un espace compris entre 0 et 100 m du rivage, l'intérêt des promoteurs est manifeste pour ce genre d'espace. A défaut de pouvoir y avoir accès, certains autres investisseurs se sont contentés des terrains à la lisière du

front de mer (22%). Ce qui fait 87% du territoire touristique localisés à moins de 500 m de l'Océan Atlantique. Seulement 13% de cet espace se situent au-delà des 500 m et consistent essentiellement en auberges pour les visiteurs les moins fortunés et pour les noctambules du Carrefour KINGUE autour duquel la vie nocturne s'organise à Kribi. C'est d'ailleurs le cas depuis de nombreuses années.

Cette extension du tourisme à Kribi dans sa traduction spatiale comporte également une version temporelle. Le point de départ se situe au Centre d'accueil qui est à l'origine (en 1936) une maison de repos pour missionnaires puis plus globalement pour les étrangers dans la région. Il faudra attendre 1968 pour que l'Etat construise l'hôtel Palm Beach et Strand Hôtel pour répondre aux sollicitations des touristes Allemands. Aucune source à notre connaissance ne fournit les informations sur la progression détaillée des installations hôtelières à Kribi. Celle de la DPTS permet cependant de dire qu'en 1999, il existe déjà 43 hôtels à Kribi, 45 en 2000, 50 en 2001 et 2002. De nos jours, la barre des 50 établissements d'hébergement est largement franchie (Annexe E). En 2003, les trois structures les plus à l'Est voient le jour. Il s'agit de Hôtel Mont Neyang, Hôtel Consulat, Hôtel Le Marseillais. Ainsi la majorité des hôtels ont été créés dans la période de 1998 et 2003. Cela s'explique par la prise de conscience des promoteurs hôteliers qui n'ont pas continué à attendre la moindre mesure incitative pour se lancer dans le secteur de l'hôtellerie23.

En Septembre 2005, le dernier établissement hôtelier (Résidence Donna) se trouve entre le Cercle Italo-Atlantique et la Belle Hollandaise (Nord Est Fig.10), soit environ 6,5Km tandis que l'hôtel Consulat est situé à environ 5 Km du point d'origine (Centre d'Accueil). En soixante (70) dix ans, la vitesse moyenne de consommation de l'espace par les établissements d'hébergement à Kribi est d'01 Km tous les 10 ans environ tandis qu'elle tourne autour de 800 m pour la même période vers l'Est.

Quoique historiquement récente dans l'espace de la municipalité de Kribi, l'activité touristique y a déjà quasiment diffusé ses effets au point de devenir la raison d'être ou la fonction principale de la ville. Sa consommation de l'espace est sélective des milieux les plus prisés du fait de leur situation favorable par rapport aux attractions touristiques naturelles et abusive à cause d'une occupation anarchique et effrénée du territoire. On observe ainsi que le secteur de l'habitat de luxe est destiné à l'usage touristique et se développe à proximité immédiate de la grande avenue du front de mer sur un écosystème fragile. Tout logiquement, les populations sont casées à bonne distance dans les sites les moins convoités parce que mal

23 Entretiens personnels avec le DDTO.

famés. Leur habitat populaire s'étale en arrière-plan de ces espaces attrayants alors que les versants donnant sur la mer sont encore `mités' par des habitations de grand standing à l'image de la riviera italienne.

Au-delà de Kribi, il existe très peu d'établissements d'hébergement et ceux qui sont ouverts sont essentiellement les auberges (Annexe E). Il en est de même des restaurants qui n'existent pas dans l'arrière-pays du moins sous la forme classique comme à Kribi.

Si à Kribi, le fait touristique est déjà rentré dans les habitudes parce que bien inséré, il n'en est pas encore le cas dans l'arrière-pays. En effet, à une cinquantaine de kilomètres au Sud sur l'axe routier Kribi-Campo, se développent de nouvelles expériences différentes de celle de Kribi. Il s'agit du modèle d'écotourisme qui gagne progressivement les villages Ebodjé et Nko'élon.

3.1.1. Ebodjé, un village écotouristique de prestige

Ce village écotouristique n'est au départ qu'une idée dans la tête de Mme Monique Van MEEGEREN (assistante technique) qu'elle va gérer sous le couvert du projet Campo-Ma'an sans en préparer le document, ni associer qui que ce soit dans son élaboration. Il est difficile d'en connaître les objectifs de départ, les résultats attendus et le budget. En revanche, on sait que dès Mars 1999, un comité d'écotourisme (EBOTOUR) a été créé. Il est composé de dix villageois qui organisent les activités d'écotourisme, gèrent et distribuent les sommes d'argent versées par les visiteurs (touristes et chercheurs).

Les ressources du comité provenant de la compensation environnementale, des 10% du montant de la prestation, des dons et autres versements sont utilisées pour payer un perdiem aux membres du bureau (10% de la moitié des fonds prélevés sur le 1/60ème de l'ensemble des pourcentages prélevés), pour les oeuvres sociales du village (5%) et le reste pour le fonctionnement du bureau.

Le comité se réunit obligatoirement lorsque les touristes sont annoncés pour attribuer les tâches aux prestataires recensés. Ceux-ci travaillent de manière rotative selon un calendrier dressé par le délégué spécialisé (hébergement, restauration, culture, guidage et artisanat) membre de droit d'EBOTOUR.

L'offre touristique bien fournie de ce village a un coût. Il se compose de l'accueil, l'hébergement, la restauration et les services (pique-nique, camping à la plage, soirées culturelles, guidage : excursions et ballades).

Tableau 7: Offre touristique du village écotouristique Ebodjé.

Services et activités

Frais à payer

Logement

 

2 000 francs/chambre/nuitée

Restauration

Petit déjeuner

750 francs/personne

 

1 500 francs/personne

 

750 francs/enfant

Pique-nique

1 500 francs/personne

Camping à la plage

1 500 francs/personne

Excursions et ballades avec guides

Ballade au rocher du loup en voiture

1 000 francs/personne

 

2 000 francs/personne

 

2 000 francs/personne

 

1 000 francs/personne

 

5 000 francs/pirogue/2 personnes

 

5 000 francs/pirogue/3 personnes

 

3 500 francs/personne

 

2 000 francs/enfant

Soirées culturelles (danses, folklore, contes...)

10 000 francs/soirée

 

Source : EBOTOUR

Cette offre semble correspondre à la demande touristique effective exprimée par les visiteurs de ce village. En revanche, quelques améliorations provenant des suggestions de ceux-ci sont envisageables pour une offre actualisée et plus satisfaisante. Il s'agit par exemple du grill ou barbecue de poisson et de gibier non protégé, des soirées dansantes dans des bars dancings, des ballades libres à la plage et en forêt. En outre, l'organisation des sports nautiques, les soirées de guérison, les ballades au Rocher du Loup, les séances de théâtre portant sur le mariage et les funérailles chez les Iyassa pourraient étoffer cette offre déjà assez satisfaisante. La tarification ne pose pas de problème pour les groupes de touristes fortunés de ce village d'ailleurs dans une enquête effectuée à Kribi auprès de 212 touristes, 79% de cet effectif aimeraient séjourner à Ebodjé (Kamga, 2001).

A cette offre originelle se greffe aussi une filière de PROTOMAC (Projet de Protection des Tortues Marines d'Afrique Centrale) qui est un réseau de terrain hébergé par la cellule de coordination ECOFAC de Libreville au Gabon. Son objectif est la valorisation par le biais du tourisme de vision, des tortues marines en période de ponte sur les plages, en phase

d'alimentation sur les herbiers sous-marins (Rieucau, 2001). Cet effort porte sur cinq espèces de tortues du golfe de Guinée (la tortue verte : Chelonia mydas, la tortue imbriquée : Eretmochelys imbricata, la tortue luth : Dermochelys coriacea, la tortue olivâtre : Lepidochelys olivacea et la tortue couanne : Caretta caretta) des huit vivant dans l'océan mondial. Les quatre premières sont considérées par les scientifiques comme menacées tandis que la dernière est seulement vulnérable (Sounguet, 1998). La promotion sous-régionale du tourisme d'Ebodjé lui vaut une plus grande popularité. Mais quelques dysfonctionnements internes ternissent l'image de cette expérience recommandable. D'ailleurs, tout récemment l'OMT l'a choisi avec trois autres sites au Cameroun pour y mettre en oeuvre le concept d' écotourisme qui lui est cher.

La situation d'Ebodjé est déjà organisée et promeut une certaine forme de développement mais ne fait pas encore l'objet d'une ample promotion. C'est à peu près le cas du village forestier de Nko'élon au point naissant.

3.1.2. Nko'élon, une initiative naissante mais prometteuse

Suite à un séjour effectué dans ce village, il nous est apparu qu'il était préparé depuis les phases de sensibilisation menées dans la région par la SNV. Il y existe une organisation formelle (CEN) depuis 2000 qui tourne au ralenti. Il est exactement monté sur le modèle d'Ebodjé mais exige aujourd'hui d'être redynamisé. Des efforts sont en cours de réalisation pour modifier la donne. En revanche, les populations de ce village croient fortement en l'écotourisme comme levier de leur développement et un outil efficace de conservation de la diversité biologique, surtout qu'ils sont à moins de 10km du PNCM et peuvent plus habilement préserver les ressources de l'environnement qui sont sur le pas de leurs portes et des animaux qui sont fréquemment de passage au village.

3.2. Les mutations-socioenvironnementales provoquées par le tourisme

L'entrée du tourisme dans un milieu produit forcément des transformations dans la mesure où en s'inscrivant dans un espace qu'il marque notablement de son empreinte, il sollicite aussi les sociétés ouvertes ou non par infiltration et/ou par séduction. Mais il faut tout de suite indiquer que ces conséquences bien que souvent négatives sont aussi parfois positives. A Kribi, quelques-unes sont déjà connues tandis que les autres se présentent encore sous la forme potentielle.

3.2.1. Les effets négatifs et concurrence

Bien souvent mis sous l'éteignoir dans les guides de voyage et dans tous les autres supports à valeur promotionnelle, le tourisme comporte quelquefois de nombreuses conséquences négatives sur l'espace et les hommes qui y vivent. Elles sont variables mais déjà perceptibles sur les marges côtières de la province du Sud.

Pour être synthétique, nous en présentons une illustration (Celle du recul des plages et de l'instabilité des structures qui y sont édifiées) avant de résumer dans le tableau qui suivra quelques-uns de ces effets négatifs.

Photo 6 : Recul du trait de côte sous le fait de l'érosion marine

Les eaux de la mer ont déchaussé les cocotiers qui bordent les plages. Celles-ci ne subsistent plus que grâce à son système racinaire abondant et bien enfoui dans le sol. Cependant, il est lentement mais très sûrement érodé par la brutalité du ressac des vagues et l'action chimique de l'eau de mer.

Pour ce qui est du tableau synthétique, il présente les effets négatifs et les concurrences d'une part sur le milieu physique et d'autre part sur les sociétés humaines dont le vécu emprunte à ce milieu, certaines ressources précieuses à l'équilibre des populations de la région.

Ces effets négatifs malgré leur quantité importante sont peu évoqués dans les opérations marketing. On leur préfère toujours les autres plus généralement vantés du fait des bénéfices qu'ils génèrent, en prenant bien soin d'éluder toute allusion à ceux-ci malgré le fait qu'ils partagent tous le même espace.

3.2.2. Les effets bénéfiques

Par effet positif, nous entendons tout avantage que le tourisme procure au milieu physique et aux sociétés humaines dans une localité donnée, ce qui en fait très souvent un lieu de charme et de rêve. Dans les marges côtières de la province du Sud, on en recense un certain nombre. Tout comme les effets négatifs, les positifs sont ici structurés de manière synoptique dans le tableau ci-dessous avec leurs manifestations et leurs localisations.

Tableau 8 : Les effets positifs du tourisme sur le milieu et les hommes dans les marges
côtières de la province du Sud

Cibles

Effets positifs

Manifestations

Localisation

Sur le milieu
physique

Protection et entretien
des ressources
écologiques

Elaboration en cours du
plan d'aménagement et de
gestion,

PROTOMAC

Bande côtière
Ebodjé

 

Attractivité des ressources

Kribi

 

Création du parc pour la
conservation de
ressources menacées

Campo-Ma'an

Sur les
sociétés
humaines

Coopération

Jumelage des villes de
Kribi et Ebodjé avec de
deux villes françaises

Promotion des villes de
Kribi et Ebodjé

 

Echanges multiples entre
l'amphitryon et l'habitant

Nko'élon et Ebodjé

 

Propreté et modernité

Kribi

 

Occupation dans
l'hôtellerie, la restauration
et le guidage

Kribi, Ebodjé, et Campo

 

Salaires et/ou
commissions, retour sur
investissement

Kribi

 

Taxes et impôts divers

Municipalités de Kribi et
Campo

 

Tourisme, pêche et
agriculture

Kribi et son arrière-pays

 

Au Sud de Kribi, la présence de la base militaire de Campo constitue un atout sérieux pour le tourisme dans la région d'autant qu'elle est dissuasive pour les éventuels colporteurs d'insécurité. En conséquence, aucune menace d'insécurité n'est perceptible ici.

Il est vrai que ces effets positifs restent diversement appréciés parce que les bénéfices sont soit indirects ou imperceptibles, soit largement discutables. Mais quoiqu'il en soit, il faut reconnaître que s'il existe déjà des effets négatifs et positifs, leur survenance s'explique par des mécanismes sur lesquels il est parfois possible à l'homme d'agir pour en contenir les conséquences négatives. Tout cela passe par l'analyse des relations entre les différentes composantes en présence. Il s'agit de maîtriser les menaces virtuelles et potentielles que l'on appelle les risques (Cf. Figure 12).

3.2.3. Les risques

Ce sont des dangers réels ou supposés qui pèsent sur une localité donnée et peuvent avoir des effets déplaisants sur le tourisme et la vie des populations locales d'une part, et/ou d'autre part, dont l'origine se trouve dans le développement de l'activité touristique ellemême. Généralement, on les catégorise en risques naturels et sociétaux. Ainsi, en y souscrivant, nous dresserons un tableau qui récapitule les risques, leurs manifestations et leurs localisations. La carte des facteurs de risques viendra par la suite illustrer quelques-uns des signaux d'alarme qu'il faut prendre en compte pour éviter des situations dramatiques dans un avenir proche ou lointain.

Mais avant toute chose, il faut tout de même signaler qu'il s'agit pour ce qui suit des risques à l'échelle locale (Kribi et sa région). Les autres - couramment évoqués tels les risques à caractère politique et sanitaire liés à situation socio-économique générale du pays - ne sont pas recensés dans le présent travail.

Tableau 9 : Risques et tourisme dans les marges côtières de la Province du Sud

Figure 12 : Facteurs de risques pour le tourisme dans les marges côtières du Sud Cameroun

En guise de bilan, il est clair que le tourisme n'est pas partout le seul agent de perversion et de dégradation parce qu'il est rarement l'unique à l'oeuvre. C'est généralement la combinaison de facteurs complexes qui produit le résultat de l'altération de l'espace et de la vie des hommes. Par exemple à Kribi, le développement de la prostitution au carrefour KINGUE n'a pas de rapport avec la présence des touristes ou une quelconque activité proprement touristique. C'est aussi le cas de Campo Beach ou Ipono où le marché du sexe ne procède pas de l'activité touristique. Dans certains cas comme sur la plage, il l'explique en partie ou en totalité. Tout est fonction du fait et des causes qui l'expliquent. Il participe clairement et de plus en plus aujourd'hui au maintien et à la mise en valeur de l'espace, travaillant ainsi à la reterritorialisation.

La préoccupation de ce chapitre était au départ de répondre à la question de savoir pourquoi le tourisme se développe si difficilement dans le département de l'Océan pourtant si riche en potentialités? Pour y apporter une réponse, nous nous fixions l'objectif qui consistait à dresser un état des lieux du développement touristique avant d'en présenter les conséquences. Aussi avons-nous émis l'hypothèse que l'insertion du tourisme est subie et de plus en plus forte dans les marges côtières du Sud Cameroun. Pour y parvenir, nous avons exploité d'une part les données de première main que nous avons obtenues par observation directe et entretiens semi directifs lors des descentes sur le terrain auprès de quelques communautés villageoises et d'autre part les données de seconde main issues de la littérature et de la statistique touristique. Tout ceci nous a permis de présenter le milieu d'action, l'évolution et les effets de cette insertion dans la ville de Kribi. Nous sommes par la suite parvenus à la réponse que le milieu favorable comporte de nombreuses ressources touristiques naturelles et culturelles dont l'organisation et la prospection font défaut. Les conséquences tant positives que négatives sont déjà perceptibles tandis que d'autres sont encore seulement potentiels. Néanmoins, il est évident que l'insertion du tourisme est forte mais davantage polarisée à Kribi.

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