WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Déterminants socio-culturels de la persistence de l'excision à  Pira (Bénin)

( Télécharger le fichier original )
par Fabien Affo
Université de Lomé (Togo) - DES 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

4- Conséquences sociales

`'J'ai perdu une jolie fille au cours de l'excision'' déclare une enquêtée.

Beaucoup ont attesté avec certitude que « l'excision tue les fillettes et les femmes ».

`'J'ai failli mourir et même mes parents avaient peur d'alerter les voisins,'' déclare une autre enquêtée.

D'après les adeptes de l'excision, ce sont toujours des `'facteurs extérieurs'' qui sont responsables des complications pouvant intervenir pendant ou après l'excision.

Les enquêteurs ont fait remarquer qu'à la suite du décès, l'exciseuse dégage sa responsabilité en trouvant des causes obscures au décès. Exemple, elle peut dire que « cela n'arrive qu'aux filles adultérines, donc illégitimes ou dont les parents, grands-parents ou quelqu'un de la lignée ont commis une faute grave et de fait un membre de la famille devrait être sacrifié ».

Au cours des conversations libres, certains vieux nous ont dit : `'Des enfants en meurent régulièrement, seulement l'exciseuse s'arrange toujours pour rendre l'enfant aux parents avant sa mort.

Dans tous les cas, lorsqu'une femme est morte des suites de l'excision ; la raison qui sera évoquée, sera qu'elle est adultérine. On essaie alors à titre posthume, de lui trouver son véritable père, ainsi commence des histoires de famille et l'exciseuse s'en sort sans tort reconnu.''

Lors des rapports sexuels, le rôle du clitoris est très peu perceptible ; d'ailleurs il est considéré comme une anomalie dans le vagin, une sorte de `'tumeur'' à enlever.

Une enquêtée témoigne : "Plusieurs femmes ont des déchirures qui vont jusqu'à l'anus au moment de l'accouchement ; une femme en est morte. Personne ne s'est douté que l'excision pouvait en être la cause."

Pendant un entretien ave des femmes peules une vieille dame évoquait avec amertume le cas de quelques femmes qui ont des problèmes d'incontinence urinaire depuis leur excision.

Question posée à une femme peule excisée : "Avez-vous ressenti quelque chose lors de l'opération ?" "J'ai eu l'impression que l'on voulait me tuer," a-t-elle répondu.

Une jeune femme affirme que sa soeur a perdu une de ses filles à la suite de l'opération.

Un agent de santé a raconté l'histoire de deux cas graves d'hémorragie traités par elle en novembre 2005 : Elle a tout d'abord surpris une première fille saignant, assise sur du sable ; elle était complètement souillée de sang. A la vue de celle-ci, elle a demandé aux parents s'ils n'avaient pas peur à la vue d'autant de sang. Elle a amené la fille à la maternité et lui a administré un produit et l'hémorragie s'est arrêtée. Quelques jours plus tard, un autre cas est survenu.

Dans la sous-préfecture de Bantè quelques personnes interrogées affirment avoir vu une femme enceinte faire une hémorragie.

Une enquêtée a remarqué ceci : "Il arrive que le sang coule jusqu'à ce que la femme s'évanouisse."

Les enquêteurs ont fait ce témoignage-ci. "Dans toutes nos localités enquêtées, nos informateurs reconnaissent les nombreux cas d'accidents graves dus à l'hémorragie et qui aboutissent parfois à la mort."

Un jeune homme raconte : "Il y avait au moins cette année-là plus de 30 fillettes opérées. La scène s'est passée il y a un an. Nous avons assisté à la cérémonie, cachés dans la brousse. Trois fillettes ont hurlé et urinèrent sous le choc de la douleur, l'une d'entre elles a beaucoup saigné et j'ai appris plus tard qu'elle était morte. Pour les vieilles l'enfant a été mangé par les sorciers parce qu'elle était de teint clair et avait trop de sang. Depuis, j'ai appris qu'il y a toujours eu des cas de décès dans les villages environnants."

Question posée aux femmes interrogées au hasard: "Au moment où vous avez été excisée, y-a-t-il eu un accident (ex : hémorragie, décès) ?"

- 18 nous ont répondu "non",

- .9nous ont répondu "oui", soit 33%

Un vieux a affirmé qu'il fut témoin de plusieurs cas de décès par hémorragie. "Quand il y a complication, tout se passe en cachette sans en informer les infirmiers. Les accidents sont fréquents mais on ne se présente pas au centre de santé."

Des cas d'hémorragie sont souvent enregistrés. La personne perd connaissance et pour la ranimer, on consulte l'oracle pour déterminer la cause de cette hémorragie. Les gens pensent alors qu'il s'agit d'un sacrifice non fait ou mal fait envers un fétiche ou un lieu sacré.

Dans la région un enquêteur affirme avoir entendu parler de nombreux cas de décès, mais il remarque cependant, que certaines personnes appréhendent d'en parler ouvertement. Beaucoup de filles sont excisées toues jeunes et ont oublié la douleur et les complications, raison pour laquelle, peut être, ne parlent pas beaucoup, étant adultes, des douleurs et des aspects négatifs de cette pratique. Cela peut également expliquer la volonté exprimée de voir cette pratique perdurer."

Photo 1 : Jeunes filles nouvellement sorties du couvent, ont certainement étaient excisées

Source : photo Affo, mai 2007

Par ailleurs, il est très difficile de savoir exactement combien de filles meurent ou subissent des conséquences médicales graves, car les cas de décès ou d'hospitalisation dû à l'excision ne font l'objet d'aucune donnée statistique ; ils sont volontairement camouflés.

La plupart des gens favorables à la pratique croient que si l'opératrice ou l'opérateur est habile, il n'y a aucun danger.

Certains estiment que : "C'est Dieu seul qui sait où se trouve la mort. Les femmes non excisées meurent aussi."

Le chef d'un village a perdu deux filles du fait de l'excision, une en 1999 et l'autre en 2000. Ces filles étaient gardées par leur tante. A leur mort, le chef n'a pas réagi, car pour lui " C'est Dieu qui l'a voulu ; qui peut aller contre la volonté de Dieu ?"

Il est dit : "il y a danger si la fillette n'est plus vierge, dans le cas contraire il n'y a aucun risque."

Les conséquences néfastes de l'excision sont souvent associées à des causes irrationnelles.

Pour 3 jeunes sur 7 de la région de soit 43%, l'importance de cet organe est perçue aussi bien pour l'homme que pour la femme.

Un jeune homme de 26 ans ancien élève dit ; "Cet organe rend les relations sexuelles très intéressantes."

Un homme de 35 ans dans la région remarque : "Avec la femme non excisée la satisfaction est beaucoup plus forte et d'ailleurs c'est pour cette raison que les filles fons (Sud-Bénin) ont beaucoup de succès amoureux auprès des jeunes"

Pourquoi cet organe existe t-il ? une personne interrogée qui est absolument contre cette pratique remarque : "Pour nous fidèles qui croyons en Dieu : Pourquoi Dieu aurait-il créé cet organe inutile ? Et pourquoi aurait-il créé un organe extrêmement sensible et capable de faire jouir une femme s'il voulait que nous l'enlevions ? Nous savons tous que les hommes jouissent très bien. Est-ce que Dieu est aussi sexiste pour vouloir que les femmes ne jouissent pas ?

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net