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Déterminants socio-culturels de la persistence de l'excision à  Pira (Bénin)

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par Fabien Affo
Université de Lomé (Togo) - DES 2007
  

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IV- Résultats attendus

A la fin de cette étude :

- les raisons de la persistance des MGF sont mises à jour ;

- les facteurs de blocage expliquant la régression scolaires des filles sont relevées ;

- un nouveau discours sur l'éradication des MGF ;

- un diagnostic sur la situation est réalisé ;

- une nouvelle stratégie prenant en compte les discours des différents acteurs est élaborée.

Dans le cadre de cette étude, notons que les travaux se limiteront à la présentation de :

- la problématique sur le sujet ;

- la revue critique de la littérature ;

- la méthodologie de la recherche ;

- un plan provisoire et commenté de la thèse;

- la présentation d'un thème.

Chapitre 2 : Inventaire critique de la documentation

Comme nous le recommande Beaud (1986), « Il faut lire les livres les plus importants en prenant des notes (...) brasser dans votre tête les questions, les débats, les certitudes, les doutes, les interrogations, les points forts, les zones d'ignorance ; il faut faire un premier tri, dégager l'essentiel de l'inutile ou du secondaire ... ». ce chapitre fait le point sur les principaux ouvrages que nous avons consultés. Il présente dans un premier temps la liste de ces ouvrages (elle n'est ni limitative et ni exhaustive) et dans un second, une analyse critique de leur contenu.

I- Les principaux ouvrages

1- ATTANASSO O. (1999) «Les droits de la femme et les Mutilations Génitales Féminines », Conférence-débat organisée par le CI-AF/Bénin.

2- BOURDIEU P. (1998) La domination masculine, Paris, Seuil,

3- DJAGBA B. K. (1995) " Comportement nuptial et procréateur en période de crise économique au Cameroun: le cas d'Edéa ", Mémoire de DESS en Démographie, IFORD, Yaoundé, Cameroun

4- DJAGBA B. K. (2000) "L'excision au Bénin: Identification des Facteurs Explicatifs Cas de Kandi et de Karimama, PBA-SSP, Rapport d'études.

7- KIT AGU K. (1995) "La mutilation génitale des femmes: un problème de santé publique", Population Reports, USAID, Population Information Pro gram, John Hopkins Center for Communication Programs, 111 Market Place, Baltimore, USA.

8- NAHID TOUBIA (1995) " Mutilation Génitale Féminine: Appel à la mobilisation mondiale", New York, USA

9- ODOUNLAMI V., (2000) "Mutilations Génitales Féminines à l'orée du 3ème Millénaire", in Agenda de la Femme 2000, PBA-SSP, GTZIDED

II- Revue documentaire critique

Cette section sera consacrée à la revue de la littérature sur l'ampleur des MGF au Bénin et ailleurs dans le monde ainsi que les formes pratiquées.

La littérature dans le domaine des MGF est florissante vu l'importance qu'elle revêt. Des recherches ont abordé la question sous plusieurs angles. Les ouvrages qui ont retenu notre intérêt sont ceux qui ont tenté d'expliquer les fondements culturels des MGF à Bantè. N'ayant rien obtenu dans le domaine, nous nous sommes intéressé aux ouvrages qui traitent les MGF au Bénin.

Compte tenu de l'ampleur des dégâts qu'engendre l'excision dans le monde, en Afrique et au Bénin les mutilations génitales féminines ont préoccupé plusieurs chercheurs et beaucoup d'études et d'ouvrages ont été édités et publiés. Ces ouvrages ont mis en exergue la prévalence, les formes et les conséquences des MGF sur la santé des femmes et des enfants.

Ainsi, dans le monde, chaque année, au moins deux millions de fillettes et de jeunes filles sont menacées de mutilation génitale, soit 6.000 jours (Toubia 1995: 8)

Le nombre de filles et de femmes mutilées est estimé à 115 millions et elles vivent beaucoup plus en Afrique, quelques unes en Asie, en Europe, qu'au Canada et aux Etats-Unis. En général, cette pratique existe dans plus de trente (30) pays d'Afrique, sept (7) au Proche Orient et quatre (4) pays d'Asie, ainsi que dans les pays développés où certains groupes ethniques ont immigré. Dans les pays où des enquêtes Démographiques et de Santé (DHS) ont été menées, la mutilation génitale féminine est une pratique courante. Ces procédés sont pratiquement universels chez les femmes en Egypte, en Erythrée, au Mali et dans le nord du Soudan ou environ neuf femmes sur dix connaissent une ablation d'au moins une partie de leurs organes génitaux extérieurs. De même, la mutilation génitale féminine est une pratique moins courante en République Centrafricaine et en Côte d'Ivoire (le niveau de prévalence est de 43% des femmes de 15-49 ans dans chacun des deux pays) et elle est assez faible en Tanzanie (18%).

Pour ce qui concerne le moment où se réalise l'excision sur les filles, il a été remarqué qu'elle varie d'une région à l'autre.

Au Bénin, selon les recherches d'une assistante sociale en 1998, dans le cadre de son mémoire de fin de formation, dans le département de l'Atacora, des femmes adultes subissent également l'excision, qu'elles aient amorcé leur vie féconde ou non bien qu'en général au Bénin, l'excision a lieu à bas âge. Cette pratique est souvent imposée ou décidée de façon libre et volontaire par des femmes adultes qui connaissent des difficultés sociales mais également pour gagner une dignité sociale. En effet, il a été constaté que dans certaines régions une femme non excisée ne peut pas accéder à certaines responsabilités au sein de la société. Dans les localités de Kandi et de Karimama, les femmes ont déc1aré que l'excision est pratiquée sur des filles aux âges de quatre à douze ans (Djagba, 2000). Ce qui pose un problème juridique d'importance lorsqu'on sait qu'elle constitue une violence exercée sur des personnes sans défense, ni de volonté.

La prévalence des différentes formes de mutilation varie d'une région à l'autre dans le monde. Au Bénin, il a été constaté que la forme la plus pratiquée est la clitoridectomie c'est-à-dire l'ablation du clitoris.

De nos jours, beaucoup de voix s'élèvent également pour lutter contre cette pratique et essayer de créer un cadre juridique susceptible de freiner, voire d'éradiquer cette violence exercée sur des personnes sans défense. Toutefois, on remarque que très peu d'ouvrages font état de la mobilisation de la société civile ainsi que des pouvoirs dans le cadre de la lutte contre la pratique. Attanasso O. (1999), dans une communication présentée en conférence-débats, a montré qu'à travers quelques conventions internationales, chartes et autres dispositions dans le monde et au Bénin, que les MGF constituent une atteinte aux droits de la femme et fait souligner la nécessité pour l'Etat de prendre des dispositions efficaces pour enrayer la pratique des MGF, car elle constitue une préoccupation de santé publique.

La pratique de l'excision va à l'encontre des principes fondamentaux des Nations Unies sur la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée en 1948. Cette déclaration dans l'un des articles stipule que «Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne» et que «nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». La Déclaration de Vienne, adoptée après la conférence des Nations Unies sur les Droits de l 'Homme en 1993, souligne que les droits des femmes et des filles font partie intégrante, indivisible et indissociable des droits universels de l'Homme.

L'application de tous ces textes de référence au plan mondial laisse à désirer. C'est ce qui motive Nahib Toubia qui exprime que « ... Beaucoup de femmes, qu'elles aient été traumatisées par leur circoncision, qu'elles soient inquiètes d'une complication physique, qu'elles ressentent ou qu'elles craignent les rapports sexuels, n'ont aucun moyen jugé acceptable pour exprimer leurs sentiments; elles souffrent donc en silence » (1995 : 22).

Grâce aux multiples campagnes de sensibilisation aux différentes formations organisées et au plaidoyer en direction des leaders d'opinion et des Autorités politiques de 1992 à ce jour, le phénomène a connu une diminution notamment dans les centres urbains (Odounlami 2000).

Elle poursuit en disant que beaucoup de facteurs ont contribué à ce résultat et elle cite entre autres:

- la mise en place et le fonctionnement réel de relais communautaire de sensibilisation;

- la prise de conscience par les populations des répercussions sanitaires des MGF sur les femmes et les enfants;

- l'utilisation des médias pour la vulgarisation des informations;

- l'éducation et la conscientisation des exciseurs et des exciseuses sur les méfaits de l'excision et le rôle des organes visés sur l'évolution et le bien être de l'espèce humaine;

- les mutations économiques et autres.

Néanmoins, comme d'autres auteurs, elle précise que le problème de l'excision demeure encore vivace parce que ancré dans nos valeurs culturelles et cela se constate surtout actuellement dans les villages et hameaux les plus reculés. Les résultats de cette enquête devront confirmer si le phénomène est actuellement plus rural qu'urbain. Elle conclut en soulignant aussi l'influence de la proximité du Bénin avec certains pays à fortes prévalences de la pratique.

La description ethnographique de la société Kabyle a servi de matériaux à l'ouvrage de Pierre Bourdieu sur «  La domination masculine ».

Dans cet ouvrage, Bourdieu retrace le processus de construction sociale de la domination de l'homme Kabyle sur la femme. Il montre la manière par laquelle, l'homme impose sa socialisation à la femme qui l'a subie passivement. Il met en lumière ce lent mais long processus historique qui a fait de la femme un être perçu par le regard de l'homme tout en démontrant comment diverses instances de la vie sociale contribuent à la perpétuation et au renforcement de cette réalité sexuée.

Comment les hommes berbères de Kabylie se représentent-ils les femmes ? C'est autour de cette interrogation que commence l'ouvrage. Cette image découle de l'opposition entre les sexes masculin et féminin, laquelle trouve sa nécessité dans une série d'opposition homologue : « haut/bas, dessus/dessous, dehors/dedans, public/privé, ... » Cette division qui semble normale est incorporée dans les habitus des membres de ce groupe. Aussi, pour eux, « le monde social construit le corps comme réalité sexuée et comme dépositaire de principes de vision et de division sexant. »

C'est au cours de cette construction que des schèmes de perceptions dominantes se sont opérés et ont légitimé la place de la femme Kabyle à la sphère privée. Cette violence symbolique des hommes dominants sur les femmes dominées « ne se comprend que si l'on prend acte des effets durables que l'ordre social exerce sur les femmes, c'est-à-dire des dispositions spontanément accordées à cet ordre qu'elle leur impose. » La différence entre les sexes, « la domination de l'un sur l'autre se présente à travers la définition que le dominant donne à sa pratique car le propre des dominants est d'être en mesure de faire reconnaître leur manière d'être particulière d'universelle. »

Ainsi, c'est la domination masculine qui catégorise les femmes à être perçues en objets symboliques. Elle les place dans une situation d'insécurité corporelle. « Elle existe d'abord par le regard des autres, c'est-à-dire en tant qu'objets accueillants, attrayants, disponibles. » Et dans ce mouvement de réification de la femme, l'éducation joue un rôle primordial. Elle les prépare à devenir les subordonnées des hommes en les excluant des jeux du pouvoir. Enfin, elle ne cesse de retransmettre les présupposés de ces représentations sexuellement connotées qui relèguent les femmes à l'arrière plan.

La normalité de cet état se trouve aussi renforcer par certaines institutions concourrant à leur permanence. Par l'entremise de la famille, de l'église, de l'Etat (et de l'école), le discours sur l'infériorité féminine est reproduit. L'institution famille détient, selon Bourdieu, « le rôle principal dans la reproduction de la domination et de la vision masculine ; c'est dans la famille que s'impose l'expérience précoce de la division sexuelle du travail et de la représentation légitime de cette division, garantie par le droit et inscrite dans le langage. »

Vers la fin de l`ouvrage, l'auteur relève un paradoxe au sujet de l'institution scolaire: en même tant qu'il affirme qu'elle contribue au stéréotype qui a cour, il affirme aussi que c'est par elle qu'un changement en faveur des femmes va s'opérer. L'accroissement du taux de scolarisation des filles va contribuer à une certaine indépendance économique de ces dernières d'où une transformation des structures familiales. Ce qui peut se remarquer de nos jours au regard du nombre croissant des unions libres et des divorces (lire à cet effet F. de Singly, Sociologie de la famille contemporaine). Mais pour une action d'envergure en faveur de la scolarisation des filles, il faudrait également un réel engagement politique.

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