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Enjeux énergétiques et logiques sécuritaires: une analyse du déploiement américain dans le golfe de Guinée

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par Gen-serbé SINIKI
Université Catholique d'Afrique Centrale - Master en Gouvernance et Politiques Publiques 2010
  

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CHAPITRE 3

LA SECURISATION DU GOLFE DE GUINEE AU MIROIR DES DEFIS
INTERNES ET SOUS-REGIONAUX

Les causes des crises africaines sont bien plus profondément enracinées (..). Prévenir les crises nécessite de désamorcer, en profondeur, la montée de l'angoisse sociale ; sortir de la crise exige d'organiser le reflux de cette angoisse ; construire la paix, c'est interdire son retour.143

L

a sécurisation du golfe de Guinée apparait capitale à un moment où les enjeux énergétiques sont à la base, soit directement ou indirectement, des risques d'insécurité permanente. Alors que les circonstances prêtent à la « décomposition des territoires »144 et à l'accentuation des « solidarités sans territoire »145, lesquelles participent du « contournement [même] des Etats » 146 dans la sous-région, il convient de comprendre que la sécurisation devient un aspect fondamental de la construction de la paix. Cette dernière est, d'ailleurs, mise à mal quotidiennement parce que le fonctionnement des Etats et, surtout, la répartition de la rente issue des ressources nationales sont des sujets de défiance.

Dans un tel contexte, la conjoncture sécuritaire est susceptible d'éclairer sur les ruptures, les repositionnements et les réinventions sociopolitiques à l'oeuvre dans la dynamique politique et sociale nationale147, mais aussi sous-régionale. Ce sont, justement, ces réinventions sociopolitiques qui structurent l'importance de la sécurisation dans l'édifice de la paix dans le golfe de Guinée (section 1). Les moyens sont aussi bien institutionnels, stratégiques qu'opérationnels. Néanmoins, la mise en oeuvre de cette approche ne se fait pas sans difficultés (section 2).

143 Joseph Vitalis, << Les crises africaines. Violence, pouvoir et profit », in Etudes 2003/6, Tome 399, p.595

144 Au sens de Bertrand BADIE, La fin des territoires. Essai sur le désordre international et sur l'utilité sociale du respect, Collection << l'espace politique », Fayard, 2003, p.132.

145 Ibidem.

146 Bertrand BADIE et Marie-Claude SMOUTS, op. cit., p.70.

147 Yves-Alexandre CHOUALA, << Conjoncture sécuritaire, champ étatique et ordre politique au Cameroun : éléments d'analyse anthropo-politiste d'une crise de l'encadrement sécuritaire et d'un encadrement sécuritaire de crise », in Polis, vol. 8, Numéro Spécial, 2001.

Section 1. Sécurisation comme outil de construction de la paix dans les Etats du golfe de Guinée

Aujourd'hui, la sécurité ne signifie pas éliminer la menace immédiate, mais aussi de travailler sur les sources de l'insécurité148. En effet, la sécurisation du golfe de Guinée passe par la restructuration de l'Etat dans le contexte africain qui, d'après Tshiyembe Mwayila, porte en lui-même les germes de sa propre insécurité149 et dont une des conséquences les plus manifestes est la difficile construction effective d'une nation.

Paragraphe 1. La restructuration de l'Etat et la construction nationale

S'il est admis, à partir des catégories wébériennes, que l'Etat a le monopole de la violence légitime, il n'en demeure pas moins que cet Etat-là est structuré autour d'un certain nombre d'institutions fortes à même de mettre en oeuvre les outils de sécurité. Il est donc important de considérer l'Etat comme « totalité », pas au sens totalitaire du mot, mais comme un ensemble intégrateur dans lequel se reconnaissent les citoyens.

A. La reforme de l'Etat comme moyen de renforcer les institutions et de restaurer la légitimité sécuritaire

Le processus d'étatisation est fondamentalement un processus de sécurisation150. En effet, parler de la réforme de l'Etat, revient à réaffirmer la place de ses différentes composantes au sens juridique: territoire, gouvernement et population. L'appareil sécuritaire de l'Etat devient, de ce fait, très important dans le golfe de Guinée où la perméabilité des frontières et la dissémination des territoires mettent quotidiennement à mal l'ordre politique. Parce que l'Etat est un système, la sécurité devient un instrument au service de son fonctionnement et de la répartition des pouvoirs en son sein, préalables à une redistribution des revenus nationaux151. Dans un tel contexte, la réforme de l'Etat est importante tant il est vrai que l'insécurité et la

148 Pélagie Chantal BELOMO ESSONO, «L'ordre et la sécurité publics dans la construction de l'Etat au Cameroun », Thèse de doctorat en science politique, Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux, Université Montesquieu Bordeaux 4, février 2007.

149 Tshiyembe MWAYILA, L'Etat post colonial facteur d'insécurité en Afrique, Dakar, Présence africaine, 1990

150 Yves-Alexandre CHOUALA, (3), op. cit. p. 14.

151 « L'État est en même temps une structure organisationnelle complexe, une collectivité et un instrument de politique. En ce sens, l'État est donc d'abord un instrument de promotion de la sécurité avant d'être le sujet ou le référent de la sécurité. Il est l'organe qui assure la médiation entre l'intérêt national, défini de façon unitaire, et les intérêts des communautés en son sein. », Thierry BALZACQ, op. cit., p. 34.

délinquance dans le golfe de Guinée relèvent de « l'ordre de la banalité », au sens que donne Achille Mbembe à l'expression152.

Il s'agit de réformer le secteur de la sécurité, non dans son approche primaire, mais dans ses interactions avec les autres secteurs dont dépend la survie de l'Etat. Yves Alexandre Chouala, dans ses travaux sur la conjoncture sécuritaire, le champ étatique et l'ordre politique au Cameroun, souligne, d'ailleurs, à propos que « si l'Etat voit l'ascension vertigineuse de sa décrédibilisation et l'érosion de son prestige social dans le phénomène insécuritaire, c'est à l'intérieur de celui-ci qu'il doit reconstruire sa noblesse et sa respectabilité tant nationale qu'internationale. Principal facteur de désocialisation/décivilisation de l'Etat, l'insécurité est aussi la ressource cardinale à mobiliser dans l'optique de la (ré) étatisation »153. Il convient donc de donner une nouvelle dimension à l'armée, la rendre républicaine, au service du développement. C'est peut être ainsi que l'armée intégrera son rôle dans « la division du travail » et recevra une nouvelle légitimité.

B. Le problème de la construction de la nation

La construction de la nation prend forme avec l'étatisation de la société en Afrique. Ce qui pose un problème étant donné que la dynamique des communautés ethniques défie aujourd'hui la figure sociale de l'Etat comme unité154. Le processus d'unification, et notamment, sous la forme de l'Etat-Nation, définit la communauté politique. Amitai Etzioni parle de la communauté politique comme une communauté structurée par trois types d'intégration: le monopole de l'usage légitime de la violence, etc., l'existence d'un centre de décision capable de déterminer l'allocation des ressources et des récompenses au sein de la communauté et, enfin, l'existence d'un point transcendant d'identification de la majorité des citoyens155.

152 Achille MBEMBE, De la postcolonie. Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000, 280p.

153 Yves-Alexandre CHOUALA, << Conjoncture sécuritaire, champ étatique et ordre politique au Cameroun... >> Idem, p. 15.

154 Ceci est un phénomène qui trouve déjà ses origines dans la présence même du colonisateur. << Au lendemain de la pénétration coloniale, la puissance colonisatrice, a compris très tôt que l'exploitation paisible et rationnelle des ressources de la nouvelle colonie, passait nécessairement par la maîtrise des populations autochtones. Il fallait à tout prix mettre en place des mécanismes de nature à retourner les structures sociales existantes contre les populations et s'en servir pour asseoir sa domination. Cette mutation ne devait s'opérer que par la remise en cause de la réalité sociale traditionnelle et par l'introduction des distinctions entre les populations », Xavier Bienvenu KITSIMBOU, << la démocratie et les réalités ethniques au Congo >>, Thèse de doctorat en Science politique, Université de Nancy 2, 2001, pp.35-36.

155 Amitai ETZIONI, << A paradigm for the study of political unification >> in World Politics, XV(1), 1962, pp. 45 -74.

La spécificité des sociétés en Afrique dans leur rapport avec la nation est problématique et doit être repensée pour une sécurité nationale effective. Dans un contexte de politique d'affection156, c'est-à-dire de mobilisation de la ressemblance, l'allégeance à la nation est supplantée par le communautarisme. Ainsi, la construction de la nation doit être un processus de légitimation du rôle social de l'Etat. Il s'agit de mettre sur pied un nationalisme légitime, c'est-à-dire la croyance en une communauté dont l'Etat a la charge ou en des intérêts supérieurs dont celui-ci a le monopole de la définition, en une unité des groupes sociaux épars dont il assure la représentation, qui permet de réaliser un consensus autour du pouvoir central157. Dans le golfe de Guinée, le discours officiel dans la plupart des Etats donne une forte dimension symbolique à la nation. Ce qui occulte cette ambition politique, c'est, justement le fait que la construction de la nation soit de l'ordre du discours et non du concret. Autrement dit, la réalité, le vécu social des groupes ethniques qui ont intégré la méfiance des uns par rapport aux autres dans leur façon de faire et de penser, déconstruit le discours sur l'unité nationale.

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