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Alcoolisation des jeunes en France

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par Quentin Diot
Université Charles de Gaulle - Master 2011
  

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Remerciement:

Je tenais à remercier dans un premier temps, toute l'équipe pédagogique de l'université de Lille 3 et surtout mon tuteur: Mr Vincent Caradec pour avoir assuré la partie théorique et empérique de celle-ci ainsi que pour l'aide et les conseils concernant le bon déroulement du mémoire.

Je tenais aussi à remercier les nombreuses personnes de Lille et de Picardie d'avoir bien voulu se soumettre aux entretiens et d'avoir répondu le plus sincèrement possible aux questions , sans qui, je n' aurais jamais pu réaliser ce mémoire.

Et pour finir , je tenais à remercier toutes les personnes m'ayant poussé et motivé à la réalisation du mémoire .

Merci à tous et toutes pour votre aide precieuse.

Introduction

L'envie de travailler sur le rapport des jeunes d'aujourd'hui avec l'alcool m'est venue assez tardivement. C'est à la suite de la diffusion d'un reportage sur une chaine télévisée à propos des « apéros géants » organisés par Facebook (réseau social sur internet) comme étant une nouvelle tendance venu des pays anglophones, que l'idée m'est venue de me pencher sur ce sujet. De plus, suite à de nombreux faits divers survenus ces derniers mois en France, la question de l'alcoolisation à outrance chez les jeunes est devenue un phénomène de premier plan qui interpelle les pouvoirs publics et les politiques sanitaires. Dans le reportage dont j'ai fait mention plus haut, on pouvait voir qu'une nouvelle forme alarmante d'alcoolisation abusive et excessive s'était amplifié chez les jeunes : le « binge drinking ». Il a pour objectif d'absorber très rapidement et en quantité excessive et intensive de l'alcool pour parvenir le plus rapidement possible à l'ivresse. Ce phénomène concerne essentiellement les adolescents de 14 à 18 ans.

L'histoire de la construction des habitus au sens bourdieusien du terme dans la population française montre que la consommation d'alcool est associée à différentes notions sociales et sociétales.

L'alcool est un produit obtenu par la fermentation de végétaux riches en sucres dont la consommation est très réglementée en France, voire interdites dans certains pays. L'alcool est une substance psychoactive qui agit dans le système nerveux. Sa consommation à court terme provoque une sensation de bien-être, de plaisir, d'excitation, alors qu'en quantité importante, elle peut engendrer l'ivresse, des nausées et autres douleurs désagréables. Aujourd'hui, l'alcoolisation des jeunes est devenue un problème de santé public ; il s'avère que la consommation en forte quantité s'est démocratisée et est même devenue à la mode. Comme l'explique Pierre Coslin dans son ouvrage Les conduites a risques à l'adolescence, l'adolescence est une période de changements physiques, physiologiques ou encore sociaux. L'instabilité qu'ils engendrent chez l'adolescent s'est amplifiée ces dernières années avec la perte des repères, l'éclatement des familles ou encore la peur de l'avenir .De ce fait, certains jeunes vont tenter d'oublier ces problèmes à travers une consommation élevée d'alcool. Ce qui peut être épisodique au départ peut très vite conduire vers une alcoolisation chronique et régulière chez les plus faibles et vulnérables d'entre eux. C'est durant l'adolescence qu'a lieu le moment de la découverte des usages de produits dits psychoactifs (alcool, drogues....). L'adolescence est une période où les jeunes sont à la recherche de l'interdit, de transgression des normes, des codes, mais sont surtout empreints de fragilité et de vulnérabilité. Les premiers résultats de l'enquête ESCAPAD en 2008 mettent en évidence qu'un peu moins de 80 % des jeunes âgés de 17 ans déclarent avoir déjà consommé de l'alcool au cours du dernier mois. Encore plus saisissant, l'enquête dévoile que 8,9% d'entre eux boivent de l'alcool régulièrement, et 0,8% déclarent en boire tous les jours de l'année. D'autres chiffres peuvent faire froid dans le dos ; un adolescent sur trois connaît sa première "cuite" avant 15 ans, et trois jeunes sur cinq ont déjà consommé de l'alcool à cet âge (65 % des garçons, 59 % des filles). Durant cette période difficile qui est l'adolescence, un certain mal-être peut apparaitre ; boire de l'alcool permet de s'évader. En effet, beaucoup de jeunes font un parallèle entre l'alcool et la fête, qui est symbole par excellence de la rupture avec le quotidien. Par conséquent, l'état d'ivresse est plus fréquent, et concerne plus de jeunes qu'auparavant.

On peut se poser la question suivante ; pourquoi les jeunes aujourd'hui boivent-ils? Pourquoi est-ce le plus souvent à cet âge que l'on entre en consommation? La question d'un possible alcoolisme de l'adolescent fait problème, et encore aujourd'hui, il existe peu de travaux à ce sujet. Même s'il est possible de recenser des études de l'INSERM, notamment sur les modes d'alcoolisations des jeunes, encore de nos jours et dans les ouvrages sociologiques, l'adolescence et l'alcoolisme sont des termes très peu souvent associés. Comme le souligne Daniel Bailly, spécialiste de la relation parents-enfants et des comportements addictifs chez les jeunes dans Particularité cliniques de l'alcoolisme de l'enfant et de l'adolescent (p170) : "Cette méconnaissance des conduites d'abus d'alcool chez l'enfant et l'adolescent apparaît d'autant plus préjudiciable que l'on sait que la plupart des sujets d'adultes traités pour l'alcoolisme ont vu débuter leur consommation excessive d'alcool avant l'âge de 20 ans".

Comment expliquer ce phénomène si précoce? Aujourd'hui dans nos sociétés, l'alcool est partout, depuis les pubs dans les revues aux magasins, en passant par la télévision, ou encore dans nos frigidaires. Certains vont jusqu'à dire que l'alcool est une drogue licite, culturellement acceptée dans les moeurs de nos sociétés. On peut donc constater que la consommation d'alcool est intériorisée en France. On peut même affirmer qu'il existe une symbolique historique à propos de l'alcool, contre laquelle il est difficile de lutter. Cependant, l'alcool consommé quotidiennement et en certaine quantité provoque chez la personne une dépendance physique et psychologique. Comme le démontre Raymond Gueibe dans son ouvrage L'alcoolisme au quotidien (page 59) l'alcool est intégré à notre culture et certaines personnes peuvent en consommer dans le but de ressentir les même effets que la drogue tels que les sensations d'évasion, d'euphorie, l'oubli des soucis. Pour Gueibe, chaque culture a sa drogue.

Alors que la mobilité sociale, la précarité, les inégalités homme/femme ou encore le chômage sont des phénomènes sociaux dont l'étude est devenue classique en sociologie, l'alcoolisation des jeunes reste encore un objet de recherche très peu étudié. Il existe peu de recherche du côté des sciences sociales dans ce domaine, qui pourtant aujourd'hui est un phénomène qui mérite d'être analysé dans nos sociétés occidentales, et plus particulièrement en Europe. En effet, la sociologie s'est très partiellement intéressée aux trajectoires de consommation et aux significations que les individus attribuent à ces pratiques, comme le remarque Sophie Le Garrec dans son ouvrage Ces ados qui `ne prennent'. Comme elle le constate, les sociologues ont le plus souvent analysé ce problème sous l'angle de la déviance ou de la marginalité. Comme le remarquent les sociologues Castel, ou encore Clément, ce sujet a longtemps été délaissé et abandonné aux sciences biomédicales, il y a eu une "problématisation médicalisée" de ce phénomène.

C'est pour cela que je m'efforcerai, dans le cadre de mon mémoire, de comprendre les significations attribuées à ces pratiques d'alcoolisation chez les jeunes, d'en analyser les configurations et les évolutions et de m'intéresser aux manières de consommer ce genre de produit.

Cependant ,il ne faut pas confondre deux phénomènes qui sont bien distincts: le phénomène de l'alcoolisation, c'est-à-dire à la consommation plus ou moins modérée d'alcool ou de boissons alcoolisées de façon relativement régulière, et le phénomène de l'alcoolisme qui est l'addiction à l'alcool contenu dans les boissons alcoolisée et qui rend une personne totalement dépendante de cette substance.

Le fait de boire de l'alcool n'est pas une activité sans conséquence puisque cela suggère une organisation, qui répond à des codes, des valeurs, des normes de sociabilité et de convivialité établis. Toutes les dernières enquêtes sur ce sujet montrent que la consommation d'alcool est généralement en diminution en France et dans le reste de l'Europe. Cependant, nous pouvons constater un phénomène de banalisation de l'alcoolisation chez les jeunes. Les dernières données à ce sujet montrent que la première "défonce" arrive dès 16 ans. La surconsommation chez les jeunes est aujourd'hui banalisée. En effet, boire devient un élément indispensable au bon fonctionnement de la fête afin de s'amuser. C'est cette banalisation de la "cuite massive" qui pose un réel problème dans nos pays occidentaux. De plus, cette alcoolisation rapide qui était majoritairement étendue chez les garçons devient de plus en plus un véritable phénomène de "mode" chez les filles.

Malgré une consommation de boissons alcooliques en constante diminution en France et en Europe depuis plusieurs décennies, une nouvelle forme plus alarmante d'alcoolisation abusive a vu le jour chez les jeunes et occupe aujourd'hui une place importante dans nos sociétés et dans notre culture. L'alcool est intégré socialement et culturellement en France, au moyen d'une tradition bien française de l'alcool avec pour acteur principal le vin, qui participe au rayonnement de notre pays à travers le monde. Cependant, aujourd'hui, les jeunes français boivent comme dans les pays anglo-saxons et ainsi pratiquent l'alcool « défonce », c'est-à-dire qu'ils sont abstinents la semaine et boivent énormément d'alcools forts le weekend.

La consommation d''alcool est souvent vue comme un passage obligatoire, un rituel pendant la jeunesse, puisqu'il est profondément intégré à de nombreux aspects de la vie quotidienne ou festive et sont insérés dans de nombreuses normes sociales. Qu'est-ce qui pousse les jeunes à se saouler et à boire autant d'alcool pour «faire la fête» ? L'alcool est-il un facteur d'intégration important? Existe-t-il un malaise chez les jeunes? Consommer de l'alcool, est-ce une déviance dans le sens propre de la sociologie de Becker? L'alcool est-il un rite de passage d'adolescent à adulte?

La consommation d'alcool est-elle due à une recherche de sensations fortes chez les jeunes? Pourquoi l'alcool est-il devenu nécessaire pour profiter pleinement d'une soirée ? Quelles raisons poussent les jeunes de 13 à 24 ans à consommer des boissons alcoolisées en soirée ?

Il ne faut surtout pas oublier que « jeunesse » est un terme très vague, surtout en sociologie ; il n'existe pas une « jeunesse standard », mais bien plusieurs dont les frontières et la définition ont évolué au cours de l'histoire. Dans son ouvrage Sociologie de la jeunesse, Oliver Galland explique que la jeunesse est une période de changements, de bouleversements chez un individu : « L'adolescence est donc un âge de transition particulièrement propice à une remise en question des règles et à une contestation des figures d'autorité. C'est un âge de grande fragilité ».

Dans un premier temps, nous allons retracer l'historique de la consommation de l'alcool dans la société française. Ce produit qui était autrefois considéré comme sain est devenu au fil des décennies un symbole de déviance. La consommation à outrance est maintenant perçue comme une maladie, même s'il existe en France une certaine culture de l'alcool. Puis nous allons observer dans une seconde sous partie pourquoi l'alcool a longtemps été un thème renié par la sociologie et laissé au domaine du médical. Pour cela, nous allons aborder les sociologies de la jeunesse et de la déviance afin d'approfondir notre réflexion sur ce sujet.

Dans une deuxième partie, nous allons faire un état des lieux de la situation actuelle en France et en Europe, en nous intéressant au passage de " l'alcool convivial " à un "alcool défonce ".

Pour finir, nous allons étudier le nouveau phénomène à la mode chez les jeunes, le « binge Drunking », et ainsi essayer de trouver quelles sont les raisons qui poussent les jeunes d'aujourd'hui à boire autant en si peu de temps.

De ce fait, nous allons commencer par une lecture historique de la relation des français à l'alcool telle qu'elle a été vécue et véhiculée en France au cours de ces derniers siècles. Pour commencer, on peut affirmer que la consommation d'alcool a deux fonctions essentielles ; une fonction sociale et une fonction sacrée (divine). En effet, à la lecture du livre de Frédérique Gardien L'alcoolisme adoslescent, en finir avec le déni (page 24), nous pouvons affirmer que l'alcool a toujours eu pour fonction première de favoriser et de créer des liens, de l'hospitalité et du plaisir. En effet, l'alcool a pour propriété première de favoriser la communication et l'interaction. Cependant, l'alcool a également une fonction sacrée ; en effet, comme le souligne Coslin dans Les conduites à risque à l'adolescence en 2003 :"la è, le vin, ou encore le cidre seront utilisés, à différentes époques, dans des contrées plus ou moins lointaines, pour approcher le Divin". Pour cela, dans son ouvrage, Coslin prend l'exemple de la culture celtique où la cervoise était servie durant les cultes pour célébrer les forces de la nature.

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