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Alcoolisation des jeunes en France

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par Quentin Diot
Université Charles de Gaulle - Master 2011
  

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Comment expliquer cette désacralisation de l'alcool en France?

Retour historique

« Alcoolisme » est un mot inventé en 1849 par Magnus Huss (médecin suédois). Ce phénomène repose sur un malentendu culturel et social: l'alcool, « drogue potentielle », n'est pas perçu culturellement comme tel, mais au contraire, connoté très positivement donc le prolétariat (qui cherchait un soulagement à ses souffrances) en consommait beaucoup. L'alcool est le véritable opium du peuple, en effet il permet de supporter les conditions de travail très dures et fatigantes.

Durant des décennies, les boissons alcoolisées étaient considérées comme des produits d'origine divine. L'ivrognerie était présentée comme un phénomène individuel qui touchait toutes les couches sociales. L'image de l'ivrogne était sympathique même si en France, deux législations royales (Charlemagne - François 1er), réprimaient l'ivresse qui était considérée comme un «trouble à l'ordre public», pourtant, jusqu'au 18ème siècle, la relation homme-alcool n'a pratiquement jamais été présentée comme un problème sanitaire majeur. En effet, durant des centaines d'années, les sociétés anglo-saxonnes et méditerranéennes désignaient l'ensemble des boissons enivrantes comme des boissons magiques ayant un lien sacré entre l'homme et le divin.

Il faut attendre le XIXème siècle avec la Révolution Industrielle, pour que le Prolétariat (populations rurales ayant été déracinées des campagnes, et ainsi devenues main d'oeuvre des usines et vivant dans des situations précaires et dans l'extrême pauvreté), change la relation de l'humain avec l'alcool, en effet l'alcool étant devenu moins rare et surtout moins cher. Comme le souligne Pierre Coslin dans son livre « Les conduites à risque de l'adolescence » (page 116), la consommation de boissons alcoolisées est « intégrée à notre patrimoine socioculturel». En effet, l'alcool représente en France la première toxicomanie par son ampleur dans la population et surtout par son coût social. Durant la période de la révolution industrielle au XIXème siècle, la consommation a été favorisée par le fait que la France soit un des grand pays producteur d'alcool et à bas prix. Comme le souligne Coslin, la consommation d'alcool a également été confortée durant la guerre de 1914, par la distribution automatique de vin et d'alcool aux soldats.

Il faut attendre le début du XXème siècle pour voir une sorte de diabolisation de l'alcool auprès de la Bourgeoisie, organisations confessionnelles qui amènent en France, une nouvelle idéologie antialcoolique virulente, qui présente l'alcoolique comme un buveur d'alcool hors norme , comme une personne « vicieuse », « tarée », un déviant voir un délinquant social, et l'alcool comme un poison diabolique. La lutte contre l'alcoolisme durant ce siècle a pris une autre dimension avec la montée du courant hygiéniste qui est basée sur l'augmentation du niveau d'hygiène des populations, se traduisant par une diminution des contacts avec des substances microbiennes au cours de l'enfance, associée à un niveau de protection accru contre les infections en raison des vaccinations. (def: Wikipedia). De plus, avec l'évolution de la médecine, on fait progressivement le lien entre la consommation excessive d'alcool et certaines maladies des buveurs. L'ivrogne devient un malade. La sociologie dénonce l'alcoolisme comme production de la société, comme effet culturel.

Après, avoir relaté l'évolution de la perception de l'alcool en France, nous pouvons nous interroger dans cette partie, sur le fait que ce phénomène touchant énormément de personnes depuis plusieurs siècles a longtemps été délaissé, abandonné des écrits sociologiques. En effet, nous pouvons trouver cela paradoxal, mais il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que la sociologie s'intéresse à ce phénomène social de grande envergure. Quelles en sont les raisons?

L'alcoolisme des jeunes, un sujet trop longtemps délaissé par la sociologie.

L'alcoolémie a longtemps été abandonnée par les sciences humaines. En effet, seuls les médecins alcoologues ont pris au sérieux cette question dès le XIXème siècle. Le premier à s'être intéressé à ce problème fut le Professeur Magnus Huus en 1852. Cette reconnaissance tardive de la pathologie montre cette lente prise de conscience. Dans son ouvrage "Sciences Sociales et alcool», sous la direction d'Alphonse D'houtaud et Michel Taleghni, ils nous dévoilent les raisons de cette tardive reconnaissance. En effet, comme ils le constatent, l'alcoologie reste majoritairement hégémonique dans les sciences biomédicales, alors que dans les sciences humaines, ce domaine ne bouscule pas les foules. Comme ils le dénoncent dans leur ouvrage, peu de sociologues ont traité ce sujet, en effet page 6 " Certes, il y a bien des sociologues français qui ont abordé à temps partiel, de façon sporadique et intermittente, des recherches alcoologiques, mais la plupart du temps ponctuelles et surtout géographiquement dispersées". Ils constatent donc un "vide", des carences des travaux sociologiques dans ce domaine. Pour cela, ils énoncent les principales raisons, comme le fait d'un manque de "financements stimulants" pour traiter ce champ. Les premières recherches dans ce domaine, sont apparus en psychologie sociale par Gabriel Tarde (1843-1904), d'ailleurs comme le constatent les auteurs, on notera, le silence de Durkheim sur ce sujet, qui pourtant rendu célèbre sur son étude sur le suicide, n'a pas pris en compte ce fait social qu'est l'alcoolisme. En effet, on peut être surpris que ce grand fléau, problème de santé publique n'a pas été étudié sociologiquement parlant à l'époque. Pour cela, Marcel Drulhe et Serge Clément, ont repris la logique de la tradition durkheimienne afin de l'appliquer sur l'alcoolisme comme un fait social. De ce fait, les deux auteurs ont prolongé la tradition sociologique durkheimienne en " l'enrichissant de réflexions nouvelles sur le boire, l'alcoolisation et l'alcoolisme, envisagés selon les différenciations par classes sociales, par sexe et par générations, n'hésitant pas à y déceler, à leur tour, un processus interactif " (page 11).

La création d'un champ de la sociologie de l'alcoolisme et des alcooliques est arrivée tardivement en France. Alors même que le chômage, les rapports de classes, les inégalités hommes/femmes sont des phénomènes sociaux dont les écrits sont devenus classique en sociologie, l'alcoolisme reste un champ d'étude délaissé aux sciences médicales. Comme le souligne les deux auteurs " il est étonnant qu'en France, où la mortalité alcoolique est plus importante que chez nos voisins occidentaux (...) il y ait si peu de recherches du coté des sciences sociales en domaine" (page 93).

Il faudra attendre que l'alcoolisme soit accepté comme un phénomène social, qui soit irréductible à un fonctionnement psychologique ou biologique, pour qu'on puisse lui appliquer le "même mode de discussion que Durkheim déploie quant au rapport du suicide ou de l'homicide" (page 101) et ainsi en faire un objet légitime dans l'analyse en sociologie.

L'étude de l'alcoolisme est passée d'une vision morale à médicale, pour ensuite tendre vers des approches psychologiques et sociologiques, et se concentrer.

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