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Le festival, légitimation ou instrumentalisation d'un concept ?

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par Camille PLANTE
Groupe EAC - ESARTS : Ecole Supérieure de gestion de médiation des Arts 2005
  

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Annexe 12

Bilan et perspectives du festival Chroniques Nomades.

Compte-rendu d'entretien : CLaude Geiss, directeur artistique du festivaL Chroniques Nomades, HonfLeur, Le 21 mai 2006.

La retranscription servile a été validée par l'interviewé.

BILAN ET PERSPECTIVES DU FESTIVAL CHRONIQUES NOMADES DE HONFLEUR

Interview de Claude Geiss, directeur artistique du Festival Chroniques Nomades

Par rapport aux différents emplois que peut générer un festival comme celui de Chroniques Nomades, vous arrive-t-il de travailler avec des bénévoles ?

Non, je ne travaiLLe pas avec des bénévoLes, car dans des viLLes très touchées par Le chômage comme HonfLeur, Le bénévoLat n'existe pas. Les premières années, j'ai travaiLLé avec une agence intérimaire qui me proposait une main d'oeuvre « quaLifiée » mais, La pLupart du temps, c'était une réeLLe catastrophe car eLLe n'avait aucune motivation. Je n'ai donc jamais travaiLLé avec des bénévoLes mais uniquement avec des gens aux conditions de vie, notamment famiLiaLe, assez difficiLe. C'est L'envers de La médaiLLe dans une beLLe viLLe touristique comme HonfLeur, ceLa donne un côté moins « gLamour ». On retrouve une popuLation en dehors des beaux quartiers qui « gaLère » et travaiLLe dans La précarité La pLus totaLe.

En majorité, votre équipe permanente est-elle constituée de personnes de la région ?

Bien sûr, tout d'abord, pour une question budgétaire, ceLa m'est pLus faciLe car iL n'y a pas de frais d'hôteL suppLémentaire à régLer. Par exempLe cette édition, j'ai fait venir un professionneL de Paris La veiLLe de L'ouverture pour prendre en charge L'accrochage, ce qui a donné Lieu à une facture de défraiement coLossaLe de 1000 euros au Lieu des 150 normaLement prévus... CeLa est bien évidemment Lié au phénomène de précarité des intermittents du spectacLe, qui préfèrent travaiLLer moins de temps pour de grosses factures, quitte à ne jamais revenir par La suite, mais ceLa entraîne, en contre partie, une détérioration de L'image des petits métiers, et surtout ceux de services en Lien avec ce type d'événements.

Existe-il une taxe ou impôt à verser à la commune pour la réalisation de ce genre de manifestations ?

Non, une association n'est pas assujettie à un impôt car eLLe est à but non Lucratif. ELLe peut L'être Lorsqu'eLLe vend du matérieL ou Lorsqu'eLLe a une activité d'édition dans un voLume proche de ceLui du commerce. En France, Lorsque L'on réaLise jusqu'à trois événements annueLs, iL n'y a aucune taxe à verser à La commune. Si c'était Le cas, se serait La fin de nombreuses associations...

De quelle manière sont gérées les subventions publiques que perçoit le festival Chroniques Nomades ?

Lorsque L'événement est présenté, ou queLque fois même après ceLui-ci, iL arrive que certaines subventions ne soient toujours pas votées. C'est d'aiLLeurs Le cas à cette date où deux subventions n'ont pas encore étaient attribuées. On fait aLors un budget « sur Le fiL du rasoir », avec un engagement de dépenses sans savoir qu'eLLes vont être exactement Les recettes. CeLa traduit maLheureusement bien Le fonctionnement des coLLectivités territoriaLes ou LocaLes, qui réaLisent cependant L'effort, depuis queLques années, d'être Le pLus en phase avec Les dates du festivaL afin de nous éviter tout décaLage de trésorerie.

Avec les prémices du Conseil général du Calvados en 2006, il semble que les subventions publiques soient amenées à diminuer pour les éditions à venir, avezvous pensé à de nouvelles formes de subventions ou de partenariats ?

Nous n'avons pas attendu Les premiers « craquements » au niveau des coLLectivités territoriaLes pour se poser cette question. En ce sens, je me suis rapproché de L'ADMICAL582, ce qui n'est pas forcement une bonne idée, car toutes Les associations en ont connaissance et se tournent aLors vers une même Liste de partenaires. La photographie fait partie des branches Les moins soutenues par Le mécénat à L'heure actueLLe, contrairement aux arts vocaux, La musique, Le théâtre, ou encore de nombreux événements sociaux et humanitaires.

Pour Le mécénat, Le pLus dur est de sortir des chemins battus et de trouver une entreprise intéressée. IL faut aLors mener une anaLyse de sa poLitique de communication et voir si eLLe peut entrer ou non en adéquation avec notre événement. IL s'agit en ce sens de Leur fournir un « kit », de L'argumenter et Le construire pour donner au partenaire potentieL Les cLés pour pouvoir communiquer en interne ou en externe. En effet, comment une entreprise peut-eLLe justifier La somme dépensée en matière de mécénat si eLLe effectue paraLLèLement des Licenciements ?

582 Association de loi 1901 crée en 1979 pour le développement du mécénat industriel et commercial.

Depuis queLques mois, nous avons donc engagé une personne en charge du déveLoppement, Frédéric Toussaint, président d'une société de conseiL en communication cuLtureLLe. CeLa reste récent car nous n'avions pas ce genre d'inquiétudes auparavant, mais désormais, iL faut éLargir nos partenariats. Nous nous y sommes sûrement pris en retard pour cette édition car Les pLans de budget sont votés à partir de janvier, mais nous avons de nouveLLes pistes pour 2007. Ainsi, pour Chroniques Nomades, La démarche sembLe être pLus précise car iL présente Le seuL festivaL en France qui traite de La photographie de voyage, La trame de communication reste donc reLativement simpLe. Les entreprises qui traduisent une certaine éthique ou qui exercent Le commerce équitabLe peuvent aLors être des pistes intéressantes pour Chroniques Nomades. Cependant, Le recours au mécénat sembLe être de pLus en pLus difficiLe car Les partenaires sont pLus « prêt de Leurs sous » et prennent pLus de temps pour verser Les subventions.

Cette année, le Prix Chroniques Nomades n'a pas lieu, cela tient-il a la baisse des subventions publiques ?

Cette aventure, soutenu par notre partenaire privé FUJI FiLm a commencé iL y a cinq ans et a donné Lieu à de très beLLes aventures et histoires. Ce Prix fonctionne grâce à un dossier de candidature que doivent rempLir Les Lauréats qui y expLique Leur projet de voyage. Ensuite, pLus ceLui-ci est intéressant et pLus ceLa peut aboutir. Pour Les éditions précédentes, quatre Lauréats sur cinq étaient des Lauréates, ce qui montre que La pratique de La photographie se féminise, eLLes sont en effet pLus Libres qu'avant. Mais FUJI FiLm, qui a de sérieux soucis financiers à L'heure actueLLe à cause du numérique, n'a pas eu Les reins assez soLides et a du réduire très vite son soutien pour de nombreux festivaLs. CeLa est très désagréabLe pour Chroniques Nomades qui tient à soutenir La création contemporaine. Cependant, pour un autre festivaL comme Visa pour L'Image à Perpignan, c'est un budget coLossaL qui passe à La trappe. Les répercutions de ce type interviennent même à L'écheLLe internationaLe. En effet, j'ai entendu récemment sur France info que toutes Les usines FUJI du Japon ont fermé et on été transférées en Chine.

Cet exempLe souLigne L'intérêt qu'iL y a à ne pas se jeter aveugLement sur Les mêmes partenaires privés qui sembLent avoir de moins en moins de moyens, mais de se tourner vers des entreprises pLus éLoignées de La photographie. Mais iL y a de grandes chances que La bourse Chroniques Nomades reprenne dès septembre...

Le Festival OFF des Chroniques Nomades fêtait cette année son sixième anniversaire, quel peut être aujourd'hui votre bilan entre interactions IN et OFF ? Je suis natureLLement contre tout ce qui est barrière ou frontière, car même si La tradition dans La photographie et La cuLture est d'être une famiLLe où « tout Le monde s'aime », iL existe maLgré tout des secteurs, des cLans, comme par exempLe La photographie documentaire méprisée par La photographie conceptueLLe. Ce sont des fissures qui partagent en deux La photographie.

ParaLLèLement, iL existe Le OFF, qui enrichie Le regard sur La photographie, et regroupe de jeunes taLents qu'iL ne faut cependant pas confondre avec ceux qui ont déjà un parcours. Ce qui sembLe regrettabLe chez ces derniers, est qu'iLs ne veuLent surtout pas donner de conseiLs ou s'approcher des jeunes. Pourtant, L'intérêt est pLus dans L'enrichissement que dans L'isoLement. Pour exempLe, à ArLes ou à Perpignan, et même à Madrid avec Madrid Photo Espana, iL y a un confLit vioLent qui dure entre Le IN et Le OFF. ParadoxaLement, ceLa peut queLquefois éveiLLer L'attention des professionneLs qui jettent aLors un coup d'oeiL au OFF. En effet, iL est « rafraîchissant », permet d'avoir un aperçu sur Les nouveLLes tendances, et peut pLaire à ceux qui sont bLasé par Les grandes expositions un peu conventionneLLes.

A HonfLeur, Le OFF enrichi La programmation mais iL a queLquefois L'inconvénient d'accueiLLir des photographes un peu dissipés, qui n'on pas compris que Le reLationneL est très important dans ce métier. On assiste dans Le OFF à queLques dérapages propres aux jeunes photographes. CeLa ne me gène pas outre mesure, iLs n'ont juste pas encore compris qu'iL faut savoir se tenir, avoir une attitude de prudence pour se faire accepter. Les photographes qui ont une manière de présenter Leur travaiL avec une grande discrétion et poLitesse, on Les remarque tout de suite et on Les suit. En effet, si on apprend qu'un photographe est «ingérabLe», on Lui dit non pLus faciLement et Les portes se ferment très vite. Le reLationneL est vraiment très important, c'est capitaL, ceLa n'est pas appris dans Les écoLes de photographie mais doit être natureL.

Prévoyez-vous le développement de nouveaux événements en parallèle du festival Chroniques Nomades pour les éditions à venir ?

J'ai effectivement un projet qui est déjà construit et presque prêt. CeLa s'appeLLera «Les Rencontres de Chroniques Nomades» : une rencontre d'une trentaine de personnes autour d'un photographe. J'ai très envie de travaiLLer avec Les scoLaires égaLement, qui ont un enthousiasme et une fraîcheur d'esprit pour LesqueLs iL existe des quantités d'axes à expLoiter. Mais Les rencontres vont se faire, c'est sûr.

Aujourd'hui, iL y a beaucoup de choses à faire, car L'événement à bien été compris, c'est donc pLus faciLe. Je suis même entré en contact avec une association de jeunes de HonfLeur et nous aLLons sûrement faire des choses ensembLe.

Combien de temps à l'avance vous y prenez-vous pour organiser votre festival ? Je commence dès à présent à voir de nouveaux dossiers, mais aujourd'hui, avec TrouviLLe, je dois chercher pLus de sujets et de projets de co-production. En effet, Chroniques Nomades travaiLLe égaLement avec des événements étrangers, notamment un festivaL au Cambodge à Angkor qui a vu sa première édition cette année. Si un sujet en commun nous pLaît, je Leur demande si iL est possibLe de produire à deux Les expositions. ILs sembLent surtout intéressés par Les sujets qui traitent de L'Asie, comme Le sujet de Patrick Brown exposé cette année à HonfLeur583.

Entretenez-vous le même type de collaboration avec les festivals de photographie de Arles ou Perpignan ?

En effet, c'est surtout Le cas pour Perpignan mais aussi avec un festivaL de BrookLyn qui va naître à La fin de L'année, un événement sur Le métissage photographique.

De quelle manière envisagez-vous le développement exponentiel du nombre de festival en France, notamment en ce qui concerne les festivals de photographie ? Je suis tenté de voir ceLa positivement. L'effet premier est d'amener Le pubLic à La photographie. En effet, on rattrape aujourd'hui Le retard accumuLé depuis queLques dizaines années, contrairement aux angLais ou aLLemands qui ont une éducation de L'image que L'on n'a jamais eu en France. Les jeunes générations commencent à acheter et à coLLectionner, ce qui est bien évidement positif pour Les photographes qui vivent beaucoup moins de La presse ou de L'édition. Mais paradoxaLement, je pense que ceLa peut aussi être responsabLe d'un certain « étouffement » car beaucoup d'événements se « tirent dans Les pattes » quand iLs sont sur Le même territoire ou traitent du même sujet.

Pour des événements « aduLtes » comme Chroniques Nomades, Visa pour L'Image, Etonnants Voyageurs à Saint MaLo Photo Espana à Madrid, je considère que L'on est à même de se pLacer un peu au-dessus de ce type de comportements. Nous nous appeLons souvent et trouvons des accords, surtout au niveau des dates, afin de se partager La disponibiLité des journaListes ou Les signatures d'ouvrage. Nous avons

583 Poaching in Asia, Le trafic des animaux sauvages, exposition de Patrick Brown présentée au Festival Chroniques Nomades à Honfleur du 13 au 28 mai 2006.

donc de bonnes reLations, mais eLLes peuvent être pLus désordonnées pour de jeunes événements qui ne regardent pas trop ce qui se passe autour. Certains journaListes sont tiraiLLés entre des événements qui prennent pied un peu sur tout Le territoire, La presse peut donc s'éparpiLLer. Par exempLe, L'année dernière, iL y a eu un recensement de 74 événements photographiques en France.

Enfin, dans le contexte financier, politique et de concurrence que vous avez pu nous décrire, la notion de pérennité semble donc être primordiale ?

En effet, iL existe des menaces sur Les événements photographiques, surtout pour La Basse-Normandie. A Cherbourg, un festivaL reste dans L'ombre car La photographie qu'iL présente est difficiLe d'accès, très cérébraLe et conceptueLLe qui vient peut-être de Leur répuLsion pour Le partenariat privé. Leur « éthique » est : 0 euros de partenariat privé et 100% de subventions pubLiques. Un projet de Centre RégionaL de La Photographie associé à L'enseignement et à La construction d'un bâtiment est en cours de réaLisation. Un teL projet est une réeLLe « pompe » aux financements, ceLa fonctionne en vase communiquant, iL y aura moins d'argent pour Les autres et ceLa est à prendre en compte... Comme Les budgets sont déjà en baisse, ceLa risque d'affaibLir Les événements voisins.

Interview réalisée le dimanche 21 mai 2006 à Honfleur.

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