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Etudes de la pierre de taille à  travers les temples commémoratifs d'Antananarivo: essai d'ethnologie des techniques


par Haja Mampionona Hillarion RAJERISON
Université d'Antananarivo- FLSH- Etudes Culturelles- Madagascar - Maitrise 2011
  

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VII- 3 VALEURS RELIGIEUSES

La société malagasy ancienne était fondée sur le culte des ancêtres. Ils croyaient à des forces surnaturelles ; honoraient leurs ancêtres. En ce qui concerne la pierre, elle occupait une place vraiment cruciale dans cette société d'antan. En effet, ce matériau était réservé exclusivement à la demeure et à la commémoration des morts. En outre, la pierre était également le lieu sur laquelle le nouveau roi (ou reine) se plaçait lors de son intronisation. Parmi les pierres sacrées la plus connue à Antananarivo était celle d'Andohalo. La montée du nouveau souverain sur le vatomasina symbolisait le fait que ce roi (ou reine) prenait le plein pouvoir. Aussi, le peuple lui devait obéissance, tout lui appartenait (terres et quelques animaux comme l'Omby volavita). Des rituels se déroulaient également sur cette pierre. Le roi y invoquait les dieux créateurs et les ancêtres pour avoir leur bénédiction. Des sacrifices accompagnaient ces événements. Ainsi, la pierre tenait des fonctions symboliques importantes dans la société traditionnelle malagasy. On voit par tous ces faits cités la conception religieuse des anciens Malagasy. Rendre hommage aux dieux et aux ancêtres leur était vraiment essentiel.

Mais même si la pierre avait de telles importances pour nos aïeux, il existait des contraintes et des limites pour son utilisation. Les sampy, considérés comme des dieux protecteurs interdisaient toute construction d'habitation en pierre dans l'enceinte de la cité. Les Fady devaient être respectés pour la bonne marche de la société. Les sampy avaient droit également à des offrandes puisqu'ils étaient les « dieux ». Aussi, la pierre était interdite pour les sampy étant donné leurs caractéristiques inertes, froide et sans vie. Les sampy et la pierre n'allaient jamais ensemble. Le souverain ainsi que son peuple avaient une autre conception du matériau pierre, ici. Il était, comme tels autres aliments et animaux, interdit. Son usage entrainait des conséquences maléfiques car les sampy détenaient des pouvoirs ; des caractères divins leur étaient attribués.

Avec les Britannique et les constructions, la pierre prenait de nouvelles valeurs. En effet, dès 1831, début de la construction du temple d'Ambatonakanga, l'utilisation de ce matériau changeait complètement. Un nouveau culte orienté vers un nouveau dieu faisait son apparition. La présence des temples commémoratifs était une preuve du fait que la croyance n'était plus concentrée sur un seul

pôle. En effet, on sait bien que Ranavalona I, pendant son règne interdisait la pratique du christianisme1. Avec Radama II, la liberté religieuse s'instaurait de nouveau. Mais ce qui va marquer la royauté merina ce sera l'avènement de Ranavalona II. Se déclarant chrétienne, cette reine prenait des décisions bouleversant le cours de l'Histoire. Le passage du bois à la pierre par la levée de l'interdit, la pose de la première pierre du temple du palais étaient nés de la volonté politique d'affirmer une nouvelle religion2 A cette volonté s'ajoutait la décision sur le sort réservé aux sampy. La reine ordonnait la destruction de ces derniers étant donné que son royaume était sous la protection du dieu des chrétiens. Edifiés sur les sites des martyrs de la foi chrétienne, les temples commémoratifs constituent les fondements du nouvel enracinement religieux. A la place des anciens lieux sacrés des païens, ces endroits devenaient importants aussi bien pour le souverain que pour le peuple. En ces lieux se déroulaient des cultes totalement différents de ce qui existaient auparavant, dans des maisons totalement en pierre (Tranovato).

Les Malagasy d'autrefois avaient déjà une croyance en dieu. Pour preuve, l'existence des endroits sacrés dans tout Madagascar. Des lieux qui mettent les vivants en relation avec Zanahary, le créateur et les ancêtres. L'arrivée des Européens favorisait une nouvelle conception de la notion du sacré et de dieu. Les quatre temples commémoratifs possèdent incontestablement des valeurs religieuses. La pierre qui ne pouvait être mise ensemble avec les sampy devenait les murs d'édifices dans lesquels avaient lieu des cérémonies et des cultes rendant hommage à un nouveau dieu. Il existait en Imerina, selon Raison-Jourde3 deux tendances. D'un coté, il y avait les « vieux Malagasy » ; attachés aux coutumes et traditions- De l'autre, les protestants et les catholiques prenaient place. Outre ces valeurs citées, les quatre monuments religieux en pierre possèdent également des valeurs patrimoniales incontestables.

Ces valeurs patrimoniales méritent d'être parlées dans les prochains paragraphes.

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