WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Etudes de la pierre de taille à  travers les temples commémoratifs d'Antananarivo: essai d'ethnologie des techniques


par Haja Mampionona Hillarion RAJERISON
Université d'Antananarivo- FLSH- Etudes Culturelles- Madagascar - Maitrise 2011
  

précédent sommaire suivant

VII-2 VALEURS CULTURELLES

Si l'on parle du matériau pierre, les Malagasy en avaient leurs propres styles et usages. Nous en avons déjà parlé auparavant. La pierre était utilisée dans divers contextes de la vie de nos ancêtres. Dans le contexte profane, tels les portails (disques de pierre) des villages comme dans le contexte sacré (à l'exemple du vatomasina), lors d'un sacre d'un souverain ou bien les vatolahy, afin de commémorer un défunt ou un évènement, la pierre jouait de grands rôles. Etant donnée que cette matière est sans vie ; inerte et glacée, on évitait son utilisation dans la construction de maison. La pierre était réservée pour construire la demeure des morts. Les vivants n'avaient pas le droit de fonder une maison qu'avec des matières vivantes tel le bois. L'avènement des missionnaires apportait de nouvelles visions concernant l'utilisation de la pierre. Ces européens faisaient appel à des matériaux jamais utilisés pour les maisons ou autres bâtiments dans ce pays, à civilisation du végétal. Aussi, un style totalement nouveau et étranger apparaissait en Imerina. Cette nouvelle architecture et l'usage d'un nouveau matériau constituaient le nouveau reflet de l'identité de l'Imerina dont l'ancienne était celle du bois. L'utilisation de la pierre ne se limitait donc plus aux domaines de la mort. Les missionnairesarchitectes apprenaient aux ouvriers locaux de nouvelles techniques, les façonnages et le travail esthétique de cette matière. Une matière à laquelle on n'imaginait jusqu'alors, construire la demeure des vivants. Un nouvel art de bâtir apparaissait donc en Imerina. L'apparition de nouvelles techniques de construction ainsi que la fondation des églises, avec comme matériau la pierre, contribuaient à changer le visage et les formes architecturales de la colline de l'Imerina.

Nous savons bien que toutes les monarchies de l'Imerina, depuis leur début avaient une confiance totale aux « dieux » qui leur fournissaient une protection et bénédictions assurant la prospérité de la cité. Ces Sampy jouaient des rôles vraiment importants dans la bonne marche de la société ancienne. Mais afin que les sampy aussi bien royales que populaires aient des effets bénéfiques sur la société que sur un individu ; elles exigeaient des règlements à ne pas enfreindre. Ikelimalaza, l'une des sampy royales la plus célèbre, était à l'origine de l'interdit empêchant toute construction en dure, aussi bien en brique qu'en pierre. Tous les souverains qui se succédaient en Imerina suivaient à la lettre ces tabous. L'avènement de Ranavalona II au pouvoir entrainait un bouleversement de la tradition. En effet, lors de son intronisation, la reine avait à ses cotés une bible alors que tous ses prédécesseurs tenaient en main

les sampy. La reine ordonnait ensuite la destruction de toutes les sampy. Dès son accession au trône, la reine se déclarait chrétienne1, comme le confirme Delahaigue-Peux2 dans son ouvrage. En 1868, une importante décision a été prise par Ranavalona II. En plus de sa déclaration comme étant chrétienne, la reine promulguait une loi levant l'interdiction de construire en pierre à l'intérieur de l'ancienne cité. La reine voulait montrer sa volonté à changer complètement le cours de l'histoire ainsi que les traditions locales. Le protestantisme était devenu la religion de l'Etat. Un an après la levée du tabou, le palais de la reine était revêtu en pierre par l'architecte-missionnaire britannique Cameron. Pour montrer sa conversion, la reine et quelques membres de son gouvernement se faisaient même baptiser. Un temple était également en cours de construction dans l'enceinte du palais. Avec la libération des tabous ainsi que l'implantation des églises commémoratives, un nouveau cadre culturel a été mis en place. Depuis, le royaume n'était plus concentré sur un seul pôle de croyance3. Puisque la croyance traditionnelle a été renversée par le christianisme, une nouvelle conception de la notion du « sacré » faisait son apparition. Aux temps des fétiches, les souverains et le peuple se rendaient à l'emplacement du sampy afin de demander des bénédictions avec des offrandes, exemple à Ambohimanambola, chez Ikelimalaza. De leur coté, les temples mémoriels devenaient des nouveaux lieux où se déroulaient des cultes à un dieu totalement nouveau pour la population locale de la capitale. A la place des tabous sous l'emprise des sampy, de nouvelles lois d'interdiction faisaient apparition dans la société merina. Avec la conversion des dirigeants au christianisme et l'adoption de cette religion comme religion de l'Etat. De nouveaux interdits apparaissaient4. Le marché était, par exemple, interdit le dimanche, les corvées et tous manoeuvres militaires également. Ainsi, toutes les décisions prises par la reine montraient sa volonté d'adopter une nouvelle coutume et d'en laisser une partie de la sienne à laquelle ses ancêtres étaient rudement attachés. Les questions religieuses prenaient d'ampleur dans la capitale. Une rupture avec la tradition s'annonçait. En effet, suivant la coutume, la reine manifestait un désir de construire un nouveau palais, un projet qu'elle abandonna au profit de la réfection en pierre des façades de Manjakamiadana5. Les Tranovato en étaient également des preuves concrètes de changements d'un lieu de culte, mais aussi une nouvelle perception de ce qui était sacré. Les temples commémoratifs,

1 « Mon royaume se repose sur dieu. Mes ancêtres par ignorance mettaient confiance aux sampy, mais moi en dieu » ; Ranavalona II in Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat RAISON-JOURDE (F.)

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

3 La fondation des Temples protestante à Tananarive entre 1861- 1869 in Annales de l'Université de Madagascar série Sciences Humaines n°11, 1970 RAISON-JOURDE (F.)

4 Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat RAISON-JOURDE (F.)

5 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

devenaient des lieux de mémoire important pour la population de l'Imerina. Avec leurs flèches grise ; les Mémorial Churches s'érigeaient telles les pierres levées en mémoire des martyrs de la foi.

Les Eglises Mémorielles montrent, d'une façon ou d'une autre, les liens entre la culture malagasy et celle des Britannique. « La forme et les aspects des bâtiments devaient rappeler aux générations futures l'origine britannique de ces structures ». A traves ces monuments se matérialisent une acculturation. Ceci puisque d'une partie, certaines des traditions ancestrales ont été mises à l'écart voire même supprimées. De l'autre partie, il y avait l'adoption de certaines des habitudes et croyances des Européens, véhiculées principalement par les Britannique. Ces derniers apportaient de nouvelles techniques de construction qui, pour la première fois étaient utilisées en Imerina. La pierre n'était plus seulement utilisée pour la construction d'un tombeau. La civilisation du végétal se transformait en civilisation de la pierre. On voyait cette matière d'un angle différent, sa conception changeait. Ces édifices, étrangers à la ville et au pays, étaient des morceaux d'Angleterre implantés dans la capitale (voir : Raison-Jourde : Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle). La pierre devenait un objet ordinaire comme un autre après la levée du tabou lié aux sampy qui, pendant longtemps emprisonnait l'ancienne cité.

On ne peut donc nier les valeurs culturelles que véhiculent les quatre temples commémoratifs. Si on parle d'habitation : son organisation ainsi que les matériaux et les techniques de construction, les Malagasy avaient leur savoir-faire et des caractéristiques qui leur étaient propres. Certes, la pierre était utilisée comme matière première. Cependant, les Malagasy, surtout les anciens, voués aux cultes des ancêtres, utilisaient la pierre pour commémorer les défunts ; pour demander leur bénédiction mais également pour invoquer les esprits. Les Européens, avec l'aide de Ranavalona II changeaient totalement la façon dont on usait la pierre. Les influences architecturales européennes commençaient dès le début du XIXe siècle. Seul le bois était encore admis. Le gigantisme avec ce matériau prenait de l'ampleur1 avec divers styles de construction. Ravagé à plusieurs fois par des incendies, le bois devenant de plus en plus rare favorisait l'avènement de la pierre. « Le passage du bois à la pierre, par la levée de l'interdit sous le règne de Ranavalona II, était né de la volonté politique d'affirmer la nouvelle religion - Mais la fin de ce tabou correspondait également à une période de développement des techniques qui a favorisé la pierre dans la construction des édifices religieux2 »

L'arrivée des Européens entrainait beaucoup de changements. Influencées par celles de ces étrangers,
certaines des coutumes ancestrales ont été mises à part, voire même, supprimées et oubliées. Par le

1 Etude du patrimoine architectural urbain de Tananarive .Cet ouvrage rapporte même que sous Radama I, il existait déjà un palais en pierre à Ambohipotsy.

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

contact avec ce groupe, de nouvelles habitudes et traditions faisaient leur apparition. Les temples commémoratifs matérialisent de nouvelles valeurs culturelles du XIXe siècle à nos jours. Ils montrent non seulement une révolution dans le domaine de la technique de construction mais également l'utilisation et la nouvelle conception du matériau pierre. Les temples de pierre véhiculent aussi des valeurs religieuses. Quelles sont ces valeurs ?

précédent sommaire suivant