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Etudes de la pierre de taille à  travers les temples commémoratifs d'Antananarivo: essai d'ethnologie des techniques


par Haja Mampionona Hillarion RAJERISON
Université d'Antananarivo- FLSH- Etudes Culturelles- Madagascar - Maitrise 2011
  

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II-3 LES MATERIAUX AUTORISES

Tenant compte des tabous d'Ikelimalaza, d'après ce que nous avons évoqué précédemment, on ne pouvait jamais ériger des maisons qu'avec des matériaux vivants. En effet, même dans les jours favorables pour évoquer ce sampy, il fallut choisir les « andro velona » (littéralement jours vivants) pour que les demandes soient exaucées. Dans toutes ses constructions, nos ancêtres avaient toujours et uniquement utilisés des matériaux vivants. Puisque la pierre était interdite par des lois royales, ils utilisaient des matières végétales pour toutes constructions. La plus fréquente des ces dernières était le bois, ensuite, il y a le jonc...Cette utilisation de matière exclusive nous positionne dans ce qu'appelle Domenichini-Ramiaramanana (B.) « Civilisation du végétal »1 ; qui, en fait, dessine l'identité culturelle des Malagasy d'hier. On observait fréquemment des trano kotona, faites avec des madriers, type commun de l'habitation merina au XIXe siècle ou également des trano sarendry. On peut citer par exemple la case du roi Andrianampoinimerina, les besakana des palais d'Ambohimanga et de Manjakamiadana ou celui de Radama II sis à Ilafy. Notons que c'était aux temps d'Andrianampoinimerina que l'architecture en bois s'était développée. La construction de maison en bois a commencé, selon Belrose Huygues2avec ce roi qui forma des charpentiers et désigna des chefs pour les commander. Il y avait également des cases du peuple dont l'intérieur était couvert d'un enduit ; une mixture de chaux et de bouse de vache, parfois tapissé de nattes de jonc3.Ces maisons avaient tous à peu près les mêmes formes. Les toits de ces maisons étaient soient des chaumes soient des planches minces en forme de tuile qui sont appelés des bardeaux4.Tout cela montraient déjà une très grande capacité créatrice de nos ancêtre qui montre leurs savoir faire avec les matériaux de la nature et des inventions techniques étonnantes. L'auteur de l'article « architecture dans les traditions des hautes terres centrales » affirme même que le sens étymologique du terme « architecte » veut dire patronmaître des ouvriers du bois. On peut dire alors que les Malagasy d'hier étaient de véritables architectes. Bien avant l'arrivée des étrangers, ils avaient déjà certaines connaissances sur ce qu'était construire,

1 Architecture dans la tradition des hautes terres centrales in Bulletin de l'Académie Nationale des Arts, Lettres et Sciences Tome 71/1-2 1993

2 « Un exemple de syncrétisme esthétique du XIXe siècle » in Omaly sy Anio 1975(1-2)

3 Histoire de Madagascar BASTIAN (G.)-GROISON (H.), p 69, Paris 1967

4 « Architecture traditionnelle à Madagascar : reflet de l'identité d'un peuple », article de RAFOLO A. in Madagascar fenêtre décembre 2002 pp100-116

l'art de bâtir, d'aménager leur terres d'occupations. Certes, ils étaient de vrais architectes doués de multiples talents. Cependant toutes ces constructions, puisqu'elles avaient tous comme matières première des végétaux, n'avaient que de courte durée d'existence. En effet, ces constructions qui devraient être des témoins visibles de notre passée sont dans la plupart des cas incapables de traverser des siècles. Attaquées par des insectes (termites par exemple), et par les pourritures et souvent aussi par des incendies, ces constructions succombent et réduites à néant. C'est seulement à partir de récits et histoires écrites qu'on peut connaître que tels ou tels types de constructions, de tels bâtiments ont existé auparavant. Seules quelques constructions ont réussi à voyager dans le temps en Imerina, ils ont quand même reçus quelques touches de réhabilitations en gardant toujours les formes originelles. A l'exemple, ce que nous avons prit auparavant, le Besakana et le Mahitsielafanjaka d'Andrianampoinimerina et le Lapa de Radama II .Ces types de constructions et l'utilisation des végétaux étaient rencontrées presque partout dans l'île. D'après Decary1, à Madagascar, il existe des habitations tribales dont les aspects et les modes de constructions varient tout en respectant certaines règles générales d'ordre technique ou rituel avec les conditions physiques extérieures et la nature des matériaux. Ce sont en général des végétaux surtout dans les régions côtières. L'habitation humaine est conditionnée par les caractères naturels du pays. Le sol ; le climat et autres facteurs jouent des rôles cruciales. Les maisons doivent s'adaptées au pays comme s'y adaptent les habitants.

A part le fait que certaines matériaux de construction n'étaient pas autorisés à savoir la pierre et quelques végétaux (vintanina ; amontana : attirant la foudre, valimpangady ; lambinana qui sont réservés aux morts...)2, il y avait également eu une autre raison majeure dans le choix de matériaux de construction. Nous savons tous que le nom de la capitale était autrefois (retenu jusqu'à aujourd'hui) Analamanga (la forêt bleu).Ce nom nous donne une impression qu'à une époque, cette ville était couverte d'arbre. La population locale de ces temps avait donc une matière vraiment à proximité. Parce que la matière qui domine et qui existe le plus était le bois, ceci devait être plus utiles par tous pour construire. Il ne fallait pas aller loin pour chercher de quoi construire.

Nos ancêtres savaient parfaitement utilisés cette matière bois dans la construction de leurs habitations. Ils n'avaient pas seulement fiés à leurs capacités créatrices pour les érections. Pour eux et pas moins pour nous, toutes constructions sont toujours liées, selon Ratsimiebo3 aux destins zodiacaux (vintana).Il ajoute également que nulle ne construisaient qu'avec leurs sampy protecteurs. Toutes constructions avaient un sens et une signification bien définie et représente des fonctions symboliques.

1 In « Contribution à l'étude de l'habitat à Madagascar », imprimerie Marri poney Jeune, 2 place de la libération 1958 p3

2 In « Tantara ny andriana eto Madagascar » RP CALLET cité par DECARY dans « Contribution à l'étude de l'habitat à Madagascar » p 10

3 La cité des mille, CITE- TSIPIKA, ISBN 1998, p33.

Si on parle techniques de construction, on peut dire que les Malagasy en avaient. En effet, voyant les cases qui ont pu résistées et réussies à traverser des siècles et des siècles, on peu dire que les créativités et l'imagination étaient présentes. Nous pourrons nous demander comment les ouvriers de ces époques avaient fait pour transporter le mat grandiose qui se trouve au centre de la case besakana d'Andrianampoinimerina... ou pour le dresser ? Il a fallu certes beaucoup de monde pour cela et avec une technique bien définie .Cet art de bâtir, d'aménager l'espace ;nous pouvons affirmer que nos ancêtres les avaient déjà puisqu'il savaient en ces temps qu'il fallait construire sur les hauteurs (collines et sommets ).Ce choix pour pouvoir guetter l'ennemie mais surtout pour éviter les inondations et les montées des eaux et que les bas fonds étaient faites pour les cultures. Ils avaient comme matière vraiment à proximité le bois et ils en pouvaient user bon leur semblent de cette matière. Cette usage du bois comme matière première fait que toutes les cases même celui des souverains1 étaient en bois et avaient toutes à peu près les mêmes formes et orientations. Ces formes et architectures représentaient en fait l'identité de ce peuple.

De même dans les architectures funéraires, nos ancêtres savaient utiliser le matériau pierre qui était attribuée exclusivement pour ce domaine bien avant l'arrivée des Européens. D'après Lebras2, il y avait des styles prélabordiens tels les rochers aménagés, les types à gradins, les sépultures indéterminées, la sépulture royale...Autant de savoir faire liés à la matière.

Des influences venues de l'étranger s'observaient quand Radama I ouvrait la porte aux Français et les Britannique. La coopération apportait des fruits au bénéfice des Malagasy. On peut prendre pour exemple les jeunes Malagasy envoyés en Angleterre pour y apprendre l'artisanat et d'autres la musique3 à l'île Maurice. Nombreux développements étaient apportés par ces étrangers. Premièrement la mise en place d'une armée. Deuxièmement des progrès spirituels et intellectuel par l'entrée de l'écriture et la première école et aussi la traduction de la bible en langue malagasy. Enfin, troisièmement, des progrès de l'artisanat, de la forge et de la bijouterie, de la charpenterie et maçonnerie(le commencement du remplacement de la toiture en herana en bois).Sous le règne de Ranavalona I, cette coopération s'était affaiblie. Vu que c'était une reine conservatrice, elle considérait les vazaha comme des « diables ».Ils étaient même chassés du territoire4. Radama II, quant à lui essayait de réouvrir à nouveau les portes de Madagascar aux étrangers. Ce souverain accordait

1 En différence avec celles du peuple, les maisons des souverains étaient en planche et pourvues de cornes « tandro-trano »

2 LEBRAS op. Cit

3 Neuf jeunes garçons pour les artisanats et huit pour la musique in « Tantaran'i Madagasikara isam-paritra » RANDRIAMAMONJY (F.) 2006 p 505

4 Départ de tous les étrangers au mois de juin 1836. A partir de la, le christianisme était interdit et il y avait des terribles persécutions à l'encontre de ceux qui s'opposaient aux dires de la reine. RANDRIAMAMONJY (F.) op. Cit p517

beaucoup de faveur aux Français1. La coopération avec les britannique n'était pas vraiment visible durant le court règne de ce roi mais les sites (quatre) pour les futures églises commémoratives étaient obtenues sous son règne.

Rasoherina quant à elle renouvelait les coopérations avec les étrangers et commençait également à travaillait avec les Américains. Deux figures sont à retenir dans l'Histoire des innovations des constructions et de l'architecture en Imerina et même dans d'autres régions de l'île. Cameron (J.) (Ingahikama) était parmi les missionnaires les plus importants. Il arrivait dans la capitale le 6 septembre 18262. Il y avait aussi le Français Laborde (J.) (Sous Ranavalona I).C'était cet homme qui concevait le palais royal en bois. Il avait pour la première fois construit des fonderies pour la fabrication de fusils à Ilafy. Il construisait également le haut-fourneau à Mantasoa pour le fer et l'acier transformés en fusils, en canons et épées... Celui ci apportait des innovations dans la construction de tombeaux3 avec des pierres équarries des arcades et balustrades et divers décorations (de plusieurs hauts personnages Malagasy comme celui de Rainiharo...)

Ce qui marquait le plus l'Histoire du royaume malagasy c'était l'arrivée au pouvoir de Ranavalona II. Nous allons par la suite voir les changements culturels apportés par cette reine.

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