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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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V.1.1. Le conte pidgin : une école d'éducation et de formation

S'il y a un genre littéraire qui peut réclamer une certaine universalité, tant il est connu de tous de part le monde, c'est sans contexte le conte. Car, plutôt qu'un simple genre oral, il est l'expression de la société dans toutes ses manifestations, il est le propre de l'homme de toutes les cultures et de toutes les époques.

Dans la société traditionnelle africaine en particulier, le conte est le genre qui : « semble passer pour le résumé de la littérature orale » (J. M.Awouna, 1970 :55). Ceci, en raison de ses nombreuses affinités avec plusieurs autres genres que sont: le mythe, la fable, la légende etc.

Comme l'ont montré des chercheurs tel que Pierre N'DAK (1984) qui, lui-même s'est servi des théories sur les origines des contes: le conte, comme le mythe, est une histoire qui relate les événements situés dans les temps immémoriaux mais à la différence, l'histoire racontée par le conte a un pied dans la réalité alors que le récit du mythe reste antérieur à l'histoire.

Ensuite comme la fable, le conte situe son histoire dans une société imaginaire avec les personnages animaux mais à sa différence, le conte raconte des histoires merveilleuses alors que la fable reste dans le monde du possible, du réel.

Enfin, comme la légende, le conte hyperbolise les faits en relatant les exploits des personnages. Dégradés, les légendes comme les mythes peuvent donner lieu à des contes. Ce sont ces affinités qui ont amené à dire: « la ligne de démarcation entre les genres narratifs traditionnels est en réalité très tenue, floue et poreuse et l'on passe de l'un à l'autre naturellement » (Pierre Ndak, 1984 :22).

Après cette pause définitionnelle, entrons dans le vif de notre propos en répondant aux questions suivantes: en quoi le conte est-il une école? Et d'abord qu'est-ce qu'une école?

Simplement dit et conformément au sens commun, une école est une institution à plusieurs niveaux où les enfants reçoivent un enseignement différencié selon ces niveaux et où ceux-ci sont soumis à des maîtres qui respectent scrupuleusement un programme prédéfini, bien entendu, propre à chacun de ces niveaux.

En appliquant cette définition dans notre contexte, nous dirons que le conte est une école parce qu'il a des niveaux qui sont dans son cas des niveaux d'âges. Il a un programme non pas défini mais qui fluctue au gré des événements de la société traditionnelle et selon que le conteur qui est le maître ici juge de la nécessité de faire sa récitation ou son cours sur telle ou telle leçon, qu'il juge apte à apporter aux auditeurs un enseignement sur tel ou tel acte de la vie.

A la différence du maître d'école, le conteur donne sa leçon ou l'enseignement du conte aussi bien aux enfants qu'aux adultes. C'est dans cette optique que Amadou HampateBä (1994 :33) a pu dire que le conte est un : « support d'enseignement aussi bien pour l'éducation de base des enfants que pour la formation morale et sociale, voire spirituelle ou initiatique, des adultes ».

Approuvé comme tel, nous dirions que dans la société africaine, il n'y a pas d'âge pour recevoir des enseignements. Tout le monde, jeune comme vieux reçoit la même éducation et à la même école. Toutes les occasions sont bonnes pour enseigner, informer de telle sorte que: « Tout est école, rien n'est simplement recréation (...) Que ce soit par les contes, par les chants, par la parole, rien en Afrique n'est vraiment une distraction simple ... tout a un but, tout a un motif » (A.Hampaté Ba, 1994 :335).

Bien plus, dans la société traditionnelle africaine:

Chaque conte est un livre que le maître récite et commente, le jeune, lui doit écouter, se laisser imprégner, retenir le conte autant que possible, le revivre en lui-même. On lui recommande de revenir sans cesse au conte à l'occasion des évènements marquants de sa vie. Au fur et à mesure de son évolution intérieure, sa compréhension se modifiera, il y découvrira des significations nouvelles. Souvent telle épreuve de sa vie l'éclairera sur le sens profond de tel ou tel épisode du conte; inversement, celui-ci pourra l'aider à mieux comprendre le sens de ce qu'il est en train de vivre (A. Hampate Bä, 1994 :16).

En d'autres termes le conte dans la société traditionnelle, doit être suivi et vécu par tout un chacun afin d'acquérir des valeurs indispensables pour une intégration totale dans la société.

Accepté donc comme tel, le rôle éducatif du conte n'est plus à démonter. Mais on n'y insiste pas toujours assez. Pour notre part, il s'agit de mettre en relief à partir des contes recueillis l'importance du conte dans l'éducation et la formation de l'homme (enfant et adulte).Cette éducation et cette formation sera développée sur deux volets :

o La fonction morale du conte

Surle plan moral, le conte constitue une des bases essentielles de l'enseignement traditionnel, un élément privilégié de l'éducation formelle.

Autrement dit, l'enfant apprend les rudiments de la morale en écoutant les récits que lui fait sa mère ou son père, en assistant à des séances de contes. Les contes, en effet véhiculent les idéaux de la société, indiquent les règles de conduite à tenir dans telle ou telle circonstance adopter pour la réussite de la vie personnelle et la bonne marche de la communauté. C'est dans ce sens qu'on a écrit que le conte est « une source de lumière pour la conduite personnelledans la vie et l'intégration harmonieuse dans le milieu social » (Victoire-hortense).

En effet, le conte contient l'essentiel de l'éthique traditione1le et invite chacun à s'y conformer. Quiconqueparticipe aux séances de contes s'en imprègne et les assimile parfois mêmesans s'en rendre compte.

Les principes éducatifs utilisés dans les contes traditionnels sont ceux de la pédagogie moderne : pour qu'une histoire intéresse l'enfant, il faut qu'elle soit amusante, qu'elle éveille sa curiosité, stimule son imagination. En d'autres termes, il s'agit de provoquer chez l'auditeur (l'enfant en particulier) l'intérêt et la motivation, et c'est ce à quoi s'emploie le bon conteur. Autrement dit, une approche attrayante; une mise en scène originale permettent à l'enfant de comprendre la situation et par conséquent de saisir sans trop de peine le message du conte.

Ainsi,la trame du récit, la présentation des acteurs, leurs actions, tout concourt à mettre en évidence les valeurs qui doivent être les normes de conduite. Aussi, lorsque la fin du conte ne donne pas les conseils appropriés, on peut soi-même à partir de conduites rapportées, dégager les leçons qui s'imposent.

En restant dans cette logique des choses, nous dirions que le conte contribue à développer le sens moral en présentant des aspects visibles du bien ou du mal. Par ailleurs, s'il est des récits dont la portée morale est incontestable, c'est bien les contes de l'enfant car, ils sont riches d'enseignements moraux. Prenons par exemple les contes de l'orphelin. Ils juxtaposent souvent deux personnages (une orpheline et sa demi-soeur) dont le contraste des comportements a pour but de souligner les qualités appréciées par la société et les défauts condamnables. Ainsi, l'orpheline incarne l'obéissance, la soumission, le dévouement, la serviabilité, le courage, la docilité, tandis que sa demi-soeur, (la fille de la marâtre) représente la suffisance, l'insolence, l'impolitesse ; ainsi la vieille femme rencontrée symbolise la compassion, la bonté, la protection maternelle tandis que la marâtre incarne la méchanceté, la cruauté, et l'on peut soi-même, à partir des conduites rapportées, dégager les leçons qui s'imposent.

Si nous prenons cet autre exemple, l'on se rendra compte que l'indiscrétion est stigmatisée dans les contes de l'enfant. L'attitude inhospitalière, la dureté de coeur sont fustigées dans les contes du pianique tandis que les contes de l'enfant malin revè1ent la valeur de l'intelligence. Ainsi donc les vertus sont exaltées et les vices condamnés.

C'est fort de cela que nous adopterions les pensées de Mahamadou Kane (1968 :20) qui dit que le conte

Constitue un genre vivant qui guide les premiers pas de l'enfant africain qui y puise les règles de morale pratique et lui permet ainsi de faire l'apprentissage de la sagesse. Il renforce chez l'adulte l'expérience de la vie et constitue une sorte de vaste répertoire de conduite à bannir ou à adopter et à partir desquelles il lui sera loisible de guider sa vie.

Dans cet extrait, l'auteur voudrait nous faire comprendre que l'enseignement des contes est essentiellement un enseignement de morale pratique ayant prise directe sur la vie. Car l'enfant ou même l'adulte a 

  besoin d'éducation qui subtilement, uniquement par des sous-entendus lui fasse avoir des avantages d'un comportement conforme à la morale non par l'intermédiaire des préceptes éthiques abstraites mais par le spectacle des aspects tangibles du bien et du mal qui prennent alors pour lui toute leur signification (B.Bettelheim, 1976 :16).

Sans doute, il s'agit de donner une éducation telle que tout individu puisse s'intégrer sans heurt dans la société. Il s'agit encore de lui inculquer un sens moral et particulièrement une morale telle qu'il puisse se conduire dans l'intérêt de la communauté.

En revanche, ce n'est pas par hasard si bon nombre de nos contes concernent effectivement les relations humaines, les rapports sociaux; rapport entre les frères, rapport entre parents et enfants, rapport entre marâtre et orphelin. Rapport entre le roi ou le chef et les sujets, rapport entre la communauté villageoise et l'individu déshérité ou malade etc.

En tout état de cause, c'est à travers la critique des relations humaines que se dégage la portée morale des contes qui n'échappe pas à l'auditeur. Cette critique paradoxalement devient un élément indispensable pour l'apprentissage et le développement des qualités humaines. Cela nous amènera à dire sans risque de nous tromper que les contes sont extrêmement formateurs.

o Fonction sociale du conte

A côté de l'éducation purement morale qu'il assure, le conte, tel qu'il se pratique dans les villages a aussi une fonction d'ordre social : il aide au renforcement des relations interpersonnelles, à la cohésion du groupe auquel il enseigne les mêmes normes morales ; il crée et développe également l'esprit d'amitié, de fraternité et de solidarité, il est aussi facteur de continuité de la tradition.

Et parlant justement de continuité, Roland Colin (1966) dira à ce propos que : « c'est un ciment puissant non seulement entre une pierre humaine d'une même époque de l'histoire, mais entre les cycles de l'histoire qui se reproduisent entre hier et demain ».

Notre auteur voudrait tout simplement dire que le conte sert de véhicule qui permet de transmettre de génération en génération une part importante du patrimoine culturel. Autrement dit, il s'agit de transmettre les idéaux et les principes qui soutendent et maintiennent l'ordre social. Le conte reflète une sorte de mémoire collective que chacun contribue à entretenir, car il n'est pas une femme, un homme, un enfant, qui ne connaisse un certain nombre de contes.

C'est sans doute pour cette raison que Struyf, cité par P. Erny (1972 :173) aura noté en exagérant un peu que « ces histoires sont retransmissent d'une génération à l'autre mot à mot. Chacun en connait des centaines depuis son enfance ».

Etant donné que la transmission des contes se fait oralement, le répertoire de contes que certaines personnes possèdent est la preuve que le conte contribue au développement de la mémoire et de l'attention soutenue, car il faut bien une mémoire exercée pour retenir tant de contes et surtout des contes dans l'ordre des séquences. Ainsi, dirions-nous que la séance de conte constitue donc un exercice de mémoire et une occasion de faire preuve de cohérence et de 1ogique.

Sans vouloir pousser le bouchon plus loin, l'on dira que, par les images et les émotions qu'ils impriment en chaque auditeur (spécialement l'enfant) les contes concourent à la formation de la sensibilité. En effet, les contes avec un enfant pour héros ne peuvent laisser indifférent. L'on est particulièrement sensible, par exemple, aux souffrances de l'orpheline chez une marâtre cruelle, à ses aventures, seule, dans un monde étrange. C'est avec soulagement et une grande joie que l'on la revoit, à son retour, comblée d'abondance et debonheur. L'on est également touché par l'attitude méprisante et inhospitalière des villageois qui chassent l'enfant pianique (P.N'Dak, 1984)et l'on approuve instinctivement le châtiment qui leur est infligé à la fin. Les malheurs de l'enfant désobéissant intéressent plus d'un enfant et le message du conte s'imprime profondément dans le coeur de chaque auditeur. L'on prend part à l'affliction et à la désolation de la femme stérile qui perd son unique enfant qu'un génie bienveillant lui a donné. De même, l'on se réjouit de la victoire de l'enfant terrible sur les puissants, les rois, les ogres. Comme nous pouvons le constater, les contes déclenchent chez l'enfant (ou même chez l'adulte) une résonance affective telle qu'il sympathise spontanément avec le héros et finit par s'identifier à lui.

A propos de cette identification, Charles Perrault (1968) écrivaitau17° siècle «  il n'est pas croyable avec quelle avidité ces âmes innocents (...) reçoivent ces instructions cachées ; on les voit dans la tristesse et dans l'abattement tant que le héro et l'héroïne du conte sont dans la malheur ».

Et pour emboiter le pas à Perrault, Bruno Bettelheim (1976 :20), l'un des plus grands spécialistes de la psychologie enfantine de notre temps écrit à cet effet :

 à cause de cette identification, l'enfant imagine qu'il partage toutes les souffrances du héro au cours de ses tribulations et qu'il triomphe avec lui au moment où la vertu l'emporte sur le mal. L'enfant accomplit tout seul cette identification et les luttes intérieurs et extérieurs du héro impriment en lui le sens moral.

Toutefois, pour une compréhension plus approfondie, il convient de faire une petite mise au point sur cette notion d'identification. Si l'enfant s'identifie avec tel ou tel héros du conte; c'est parce qu'il se reconnait en lui ou l'admire ou simplement parce que plus prompt à s'apitoyer, à s'émerveiller, à s'émouvoir, à sympathiser.Il "épouse" l'autre et se substitue à lui.

Mais, faut-il relever l'équivoque en insistant sur le fait que,cette identification ne signifie nullement que le conte s'adresse à l'enfant et d'abord à lui. Ce n'est pas parce qu'un enfant pleure ou admire le héros du conte ou se prend pour ce personnage qu'il comprend mieux l'enseignement proposé par le narrateur. Cen'est pas non plus parce que le héros, d'un conte, d'un film ou d'une piècede théâtre est un enfant que ce conte, ce film, cette pièce s'adressent àl'enfant qui, sentimentalement s'identifie naturellement aux héros.

Cependant, il faut signaler et cela sans risque d'offusquer les uns et les autres sur le fait que la plupart des contes visentd'abord les adultes mais, il est indéniable qu'ils concernent également lesenfants sur lesquels ils agissent nettement. Grâce aux contes, l'enfant apprend à participer par symbiose affective aux souffrances et aux joies des autres. Autrement dit, il développe en lui le sens de la fraternité humaine.

Fort de tout ce qui précède nous pouvons conclure que toute école, qu'elle soit moderne ou traditionnelle, dans ses finalités doit permettre à l'enfant de posséder à la fin de sa formation un certain nombre de savoirs que nous regrouperons en quatre: un savoir (sur le plan psycho cognitif) ; un savoir-faire (sur le plan psychomoteur) ; un savoir-être (sur le plan psychoaffectif) et un savoir-vivre (sur le plan psycho-environnemental). Voyons à présent en quoi le conte apporte, comme une école, ces savoirs à l'enfant.

Ø Un savoir (sur le plan psycho cognitif)

Entre la connaissance et l'intelligence il n'y a qu'un pas. Les contes, dans le cas particulier des contes de l'enfant malin comme par exemple: les contes, Sense pass king ou encore Trahoré et le mauvais chef,ces récitssuscitent et encouragent chez l'enfant l'intelligence. L'apologie de cette vertu atteint son paroxysme dans ces récits et est présentée aux enfants comme le seul moyen susceptible d'apporter des solutions adéquates aux difficultés qu'ils rencontrent dans la vie. Ici, les héros intelligents sont présentés aux plus jeunes et leurs exploits devant les chefs et les rois méchants qui leur tendent des pièges sont brandis comme des modèles.

Par ces actes intelligents, la société traditionnelle africaine, par le canal des éducateurs publics que sont les conteurs, informe les enfants sur des faits indispensables et aptes à développer chez eux non seulement l'intelligence,mais une capacité d'adaptation à la vie et surtout à la connaissance.

Cette connaissance, le conteur l'apporte aux enfants par le canal des contes étiologiques qui dévoilent l'origine de tel ou tel événement.

La connaissance est aussi véhiculée par le canal des contes généalogiques qui offrent un enseignement profond de l'histoire des membres de la famille de l'enfant. Ces contes permettent de connaître les liens de parenté ou des alliances qui se sont faits entre les familles afin de faire connaître aux enfants les limites à ne pas dépasser lorsque, le moment venu, ils décideront de prendre femme.

Parce qu'ils sont dits le plus souvent en langue vernaculaire, le conte permet aux enfants de cultiver l'éloquence mais aussi, il leur permet de maîtriser les nuances et les fluctuations de leur langue maternelle.

Mais le conte, par l'objectif premier qu'il a de donner aux enfants la connaissance des normes sociales, des manières subtiles d'agir et d'être, amène l'enfant à asseoir un certain nombre de pré requis utiles à sa propre intelligence. Dans le conte Sense pass king, le jeune enfant qui porte le nom du conte se sauve plusieurs fois des pièges tendus par le méchant roi ceci non seulement, par son intelligence hors du commun, mais surtout par sa connaissance profonde de la tradition.

D'ailleurs, la société africaine toujours par le canal des contes, présente la plupart du temps les héros enfantins, très jeunes et très intelligents pour amener les enfants à penser qu'ils peuvent eux aussi, s'ils le veulent, être à l'image des héros qui leur sont présentés comme modèles.

Aussi, les contes ont une manière subtile de susciter l'intelligence. Ils racontent des événements fantastiques dans des mondes féeriques et merveilleux pour transporter l'enfant dans l'imaginaire qui, comme nous le savons tous, est souvent un élément très important dans le développement de l'intelligence. L'imagination permettant à l'enfant « qui a besoin d'échapper parfois au monde de l'adulte, où tout est réglementé pour entrer dans un monde où il devient puissant » (A Dienget als, 1996 :10)elle permet de plus à l'enfant, de penser l'impossible pour le rendre possible.

Ø Un savoir-faire (sur le plan psychomoteur)

S'il est parfois très difficile de montrer en quoi le conte apporte à l'enfant un savoir-faire, il reste vrai que lorsqu'on prend le conte comme un art qui nécessite des techniques qui peuvent être apprises à l'enfant par l'entremise d'un artiste ou d'un conteur, cela devient très aisé.

Ce savoir-faire peut aisément se réaliser lorsqu'on sait que chez l'enfant: «il

y a une période pour apprendre, une période pour avoir l'explication et une période pour enseigner à son tour» A  Hampaté bä, 1994 :334). Autrement dit, le jeune enfant apprend d'abord l'art du contage en écoutant le conteur, pendant les veillées éducatives, au clair de lune, autour du feu. Puis, il peut s'exercer tout en recevant des explications sur la manière de procéder. Enfin, il pourra par la suite maîtriser l'art du contage et se mettre à diffuser le conte comme le faisait autrefois le conteur professionnel.

Etant donné que l'art du contage est une technique que possède le conteur, sa maîtrise peut donner à l'enfant un savoir-faire qui peut l'amener non seulement à s'intégrer dans la société mais aussi à avoir une sorte d'estime et de réalisation de sa personne.

Dans une moindre mesure, l'écoute de l'art du contage peut permettre à n'importe quel enfant de posséder des rudiments indispensables à la narration de n'importe quel événement qu'il était donné de faire connaître aux autres. De sorte que l'art de narrer les faits, était une qualité et parfois le sens commun arrivait à conclure que cet art était plus qu'une qualité mais un don.

Ø Un savoir-être (sur le plan psychoaffectif)

Entre susciter chez l'enfant des émotions, des affects nécessaires à son équilibre moral et affectif et le former moralement pour lui permettre d'avoir des modes de conduites conformes aux normes sociales, il n'y a qu'un pas. Le conte africain traditionnel a une manière bien particulière d'agir dans la conscience de l'enfant afin de susciter en lui des émotions et des sentiments. Il présente des personnages divers qui, à cause des évènements malencontreux se trouvent par la force des choses orphelins, invalides, prisonniers de la méchanceté des forces qui les dépasse. Par cette présentation, les enfants ressentent les douleurs, les peines et les souffrances de leurs héros. Avec eux, ils vivent dans le même monde, connaissent les mêmes péripéties. C'est dans ce sens qu'Amadou HampateBA a pu dire qu'entrer à l'intérieur d'un conte, c'est un peu entrer à l'intérieur de soi-même. Un conte en un sens pouvant être un miroir où chacun peut découvrir sa propre image.

Devant le récit que constitue l'histoire du conte, l'enfant est amené à prendre conscience des peines humaines.Il est amené à prendre conscience de ses attributs d'homme et dans ce sens le conte l'amène à se dire que l'histoire qu'il véhicule peut aussi se manifester dans sa propre vie. Il devra dans ce cas vivre intensément le périple de son héros, retenir l'action mise en jeu par celui-ci pour triompher du mal, pour se sortir lui-même du pétrin dans lequel il pourrait se trouver un jour. Mais, surtout le conte aura contribué à lui montrer que: «la lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable, mais que si, au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves inattendues et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par emporter la victoire » (propos de Bettelhein, repris par PNdak, 1984 :169).

Au-delà des émotions, des affects que suscite le conte chez les enfants, il y a en plus et surtout une formation sur le plan moral qui entraîne un savoir-être nécessaire à la formation de l'être spécifique de l'enfant: sa personnalité. Dans ce sens, le conte est le véhicule par lequel la société tout entière présente les conduites à tenir, les normes sociales à respecter. Dans le conte La jeune fille désobéissante, c'est la formation morale dans le strict respect des traditions qui est véhiculée. Dans L'orpheline et la vieille femme, on amène les enfants à être serviable. Enfin, dans le conte Les trois frères, le conteur insiste sur la nécessité pour chaque enfant de respecter les paroles des parents. Ce n'est que le respect scrupuleux des règles et recommandations qui préservent l'enfant du mauvais sort. Et dans ce sens Ngo Lipem dans le conte La jeune fille désobéissante est présentée comme un anti-modèle.

Ø Un savoir-vivre (sur le plan psycho environnemental)

Susciter chez l'enfant des émotions, des affects qui l'amènent à se comporter en stricte conformité avec les valeurs morales et l'amener à agir avec intelligence en lui donnant d'un même élan des connaissances qui lui serviront plus tard dans sa vie d'adulte ne sont pas les seules missions du conte. En un sens on peut dire que ces missions sont des préalables au savoir-vivre dans l'environnement aussi bien social que physique de l'enfant.

Après avoir suscité chez l'enfant un savoir-être, le conte a pour principale mission de l'amener à vivre avec d'autres membres de la communauté et ceci d'une manière harmonieuse: c'est en quoi consiste le savoir-vivre.

Pour cultiver ce savoir-vivre chez l'enfant, le conte véhicule les idéaux tels que l'union, le partage, l'esprit de communauté au détriment de l'égoïsme et de l'individualité. Dans le conte Un jeune enfantsauve l'humanité, c'est le comportement de Ngoulétama, l'homme qui n'avait jamais cru qu'en lui-même qui est ici proposé comme anti-modèle. L'individualisme conduit à la mort comme le montre ce conte. C'est plutôt l'union à travers le conte L'union fait la force, la camaraderie entre la soeur du mauvais frère et son amie dans le conte Le mauvais frère qui sont proposées comme des modèles de savoir-vivre dans la communauté.

Au-delà d'un savoir-vivre social, le conte suscite chez l'enfant le savoir-vivre dans son environnement physique. La plupart des contes n'opposent en aucun cas l'environnement physique et environnement social, les animaux et les hommes. C'est que dans l'esprit de l'Africain traditionnel tous ces milieux ne font qu'un. L'homme pour se réaliser doit s'accomplir dans ces deux environnements étant donné qu'ils vivent tous deux une relation de présupposition bilatérale.

Ainsi dit, le conte est une école de la vie. Il permet à l'enfant de posséder des savoirs qui l'aideront non seulement à vivre harmonieusement dans la société mais aussi, ces savoirs lui permettront de s'accomplir dans tous les aspects. C'est dans cette optique qu'à présent nous allons parler des vertus enseignées et des vices combattus dans la société traditionnelle africaine.

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