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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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VI.1.2. La société enfantine

Dès que l'enfant a reçu, les premières bases de son éducation au sein de la famille à travers une foule de personnes qui constitue le groupe de parenté, dès qu'il a prononcé quelques mots et qu'il peut user de ses petites jambes, les adultes vont le pousser à aller, d'une certaine manière, percevoir les exigences d'une vie communautaire au sein de sa classe d'âge que nous avons convenu de nommer: la société enfantine.

Très tôt les adultes vont s'apercevoir que l'enfant va baigner au milieu d'une complexité relationnelle qui se fera par et autour du jeu et elle, constitue pour l'essentielle le creuset autour duquel s'opère singulièrement l'apprentissage de la vie.

Cette complexité relationnelle qui se réalise autour du jeu sera comparable à bien des égards aux relations que l'enfant entretient au sein de la famille. En un sens on pourra dire avec Alain (1986 : 36) que :

L'enfant tient à sa famille par des liens forts; mais il tient au peuple enfant par des relations qui ne sont pas moins naturelles. En un sens il est moins étranger au milieu d'enfants que dans sa famille, où il ne trouve point d'égaux, ni de semblables. C'est pourquoi, dès qu'il peut ronger sa corde, il court au jeu qui est la cérémonie et le culte du peuple enfant.

Cette société enfantine joue un rôle très important comme nous allons le voir dans l'éducation de l'enfant au sein de la société traditionnelle car, elle a souvent une importance au sein de la société globale. Dans le conte Sense pass kingpar exemple, le chef appelle tous les enfants du village afin de leur confier une tâche communautaire: multiplier au bout de deux ans un couple de chèvres qu'ils avaient reçu chacun. Cette société enfantine est organisée et, à un contenu et des finalités éducatives.

VI.1.2.1. L'enfant: acteur principal dans sa propre éducation

L'introduction de cet aspect dans cette partie consacrée aux acteurs de l'éducation vient d'un certain nombre de considérations. Il est coutume de penser que l'enfant est un être passif, qui est juste l'objet d'une éducation dont les principaux acteurs sont étrangers à son être. Coutume est encore de croire qu'il n'est là que pour exécuter ce qu'on lui dicte. Mais, quelle n'est pas la surprise parfois de constater que l'on est face à son refus de conformisme et à l'affirmation de son individualité qui va au-delà des règles. Ce qui rompt avec les considérations jusque-là admises et fait de l'enfant un acteur principal dans sa propre éducation.

Volontairement et en toute liberté, l'enfant choisit de respecter les normes du groupe social. De même, il peut décider de passer outre toutes les recommandations, tous les conseils.

La société traditionnelle africaine reconnaît à juste titre cette liberté de choix qu'a l'enfant d'agir ou pas. C'est dans cette optique que les conseils occupent une place considérable dans l'éducation traditionnelle. La plupart de temps la société à travers les vieux, les hommes d'expériences, les conteurs, les parents, conseille et guide. Elle présente aux enfants les conséquences de tel ou tel acte pour former leurs mentalités, pour les amener à canaliser leurs pulsion au profit d'une gestion rationnelle de leurs émotions et comportements en stricte conformité avec l'agir qui est admis par tous comme profitable à l'ensemble. Par ces conseils l'enfant: « acquiert le sentiment qu'il n'a pas le droit de vivre pour lui-même, qu'il doit, pour être aimé et accepté, se conformer à ce que les autres attendent de lui » (P.Erny, 1968 :105). 

C'est dans cette mesure que par la volonté, le choix d'agir ou pas, nous classons les enfants de nos contes du Cameroun dans deux grands groupes: le premier concerne ceux des enfants qui par la volonté et le libre-arbitre qu'ils possèdent décident de n'en faire qu'à leur tête: il s'agit ici de Ngo-lipem, dans La jeune fille désobéissante qui malgré les conseils de son père, décide malgré tout de diriger sa vie comme elle l'entend. C'est aussi l'exemple des frères aînés dans le conte Les trois frères et de Dudu dans Les poussins têtus.

Le second groupe concerne les enfants qui toujours par leur volonté décide de suivre les recommandations, d'écouter les conseils comme nous le constatons dans le conte Les trois frères avec le benjamin, dans La jeune fille désobéissante avec Ngo yi et Ngo Maliga.

Si pour chacun de ces groupes nous avons vu des destins opposés, ces destins constituent, notons le, des leçons que la société traditionnelle africaine présente comme modèles à suivre ou à ne pas suivre.

Ø Organisation

L'organisation de la société enfantine est d'abord sexuelle: les filles se regroupent entre elles, les garçons entre eux. Car la société traditionnelle fonctionne selon le principe de la division sexuelle du travail: une fille ne peut faire ce que fait un garçon et inversement.

Ensuite, la société enfantine s'organise selon une hiérarchisation bien précise comme dans le conte : Les trois frères où il y a un aîné, un cadet, un benjamin. Elle opère selon une hiérarchisation où les aînés règnent fièrement sur les cadets.

Une fois acceptés, les plus petits sont encadrés par les plus grands qui leur font passer des tests physiques et parfois d'intelligence comparables à une sorte de bizutage.

Parmi les aînés enfin, règne un chef qui est généralement le plus âgé des enfants à qui l'on confie comme dans la famille, la responsabilité des tout-petits. Celui-ci devra le plus clair de son temps répondre de ce qui pourrait arriver aux plus jeunes.

Si les sociétés enfantines ont des lois et des codes de conduites propres à elle, force est de s'apercevoir que: tout adulte à tout moment a un droit de regard. L'adulte pourra par exemple contrôler, proscrire tel ou tel acte, punir tel ou tel écart de conduite.

Ø Contenu éducatif et finalité

Le contenu éducatif de la société enfantine est essentiellement le jeu qui, constitue pour l'essentiel, le moyen par lequel l'enfant apprend des autres et apprend de lui-même. Les jeux auxquels se livrent les enfants sont aussi divers et nombreux et comprennent principalement les jeux qui visent à développer les aptitudes physiques et d'autres qui développent les aptitudes intellectuelles et mentales.

Parmi les jeux qui développent les aptitudes physiques, on peut citer les jeux de force, qui vise non seulement à développer la force mais aussi la musculature. Ceci, pour permettre à l'enfant de ne pas se faire menacer par les autres sous peine de se faire traiter de « femme».

Les jeux qui développent les aptitudes intellectuelles et mentales permettent à l'enfant d'avoir un esprit de discernement et d'intelligence. Ces facultés ou aptitudes se manifestaient le plus souvent par les devinettes et les énigmes qui au delà de l'intelligence, permettent à l'enfant, avec l'art du contage de développer l'éloquence et l'art de la parole facile.

Très souvent, c'est à travers ces jeux que l'enfant saura donner un peu de son être aux autres de son groupe. Il saura très vite que: « pour se faire accepter et intégrer, pour gagner la sympathie et l'estime des autres, [il] doit apprendre à faire des concessions et abandonner certaines conduites qu'il pourrait se permettre avec sa mère, mais qui lui causent du préjudice face aux semblables ». (P .Erny, 1968 :83)

Dans une large mesure, ces jeux sont une représentation ou une miniaturisation de tout ce qui se fait dans la société des adultes, ils visent à renforcer la fraternité entre les enfants. Les adultes ayant conscience de l'impact de la fraternité dans l'éclosion d'autres valeurs que sont: l'amour, la compréhension, la tolérance. Le conte Le mauvais frère est l'exemple illustrateur de cet esprit de camaraderie entre la soeur du mauvais frère aux jambes coupées et son amie qui, au delà des vents et marées étaient tout simplement inséparables.

Comme nous voyons, la société enfantine avait dans la société traditionnelle un rôle important dans le processus de socialisation de l'enfant.

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