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Détermination des contraintes à  la mise en oeuvre de l'approche par compétences dans les écoles normales d'instituteurs (ENI) : cas des ENI de Tahoua, Zinder et Maradi

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par Issa Evaristho MOUSSA
Institut Supérieur de Formation et de Recherche Appliquée (ISFRA)/Bamako - DEA 2014
  

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CHAPITRE VI : ANALYSE ET INTERPRETATION DES RESULTATS

Après avoir présenté les données du terrain, il s'agit maintenant d'analyser et d'interpréter les résultats, c'est-à-dire leur donner un sens, une signification en mettant en relief les facteurs déterminants au regard des hypothèses formulées afin de les confirmer ou de les infirmer.

Il s'agit en fait de préciser la singularité ou l'originalité des résultats obtenus au regard de notre cadre théorique d'analyse.

6.1. Rappel du cadre théorique d'analyse

Comme déjà exposé dans la problématique et les théories explicatives, notre cadre théorique de référence est le modèle théorique de l'analyse systémique. C'est à travers ce schéma que nous analysons la réalité de la mise en oeuvre de l'APC dans les ENI afin de mettre en évidence l'interdépendance des éléments qui contribuent à l'atteinte des objectifs poursuivis par la réforme.

Ainsi, la théorie de système stipule qu'un système entretient à la fois des liens internes entre les éléments constitutifs et des liens externes avec d'autres systèmes plus larges dont il est en interaction.

De ce fait, notre analyse porte sur les liens qui existent entre l'innovation en cours dans les écoles normales et le système éducatif dans son ensemble à travers le Ministère de tutelle qui fournit les ressources et qui assure la supervision, le suivi et l'évaluation de la réforme. Elle porte aussi sur l'interdépendance entre le processus de la réforme dans les ENI et l'environnement pédagogique au niveau des écoles primaires.

Quand les liens sont suffisamment forts entre les différents éléments du système, l'innovation peut alors apporter le changement escompté. Par contre, lorsque les connexions entre ces mêmes éléments sont faibles, l'innovation a alors peu de chance d'apporter une amélioration significative au niveau du système d'éducation dans son ensemble.

6.2. Interprétation des résultats et vérification des hypothèses 6.2.1. Vérification de l'hypothèse 1

Les éléments de vérification de l'hypothèse 1 sont les suivants :

6.2.1.1. Les ressources financières de la mise en oeuvre de la réforme

Sur la question de la disponibilité des ressources financières pour la mise en oeuvre de l'APC dans les écoles normales, la plupart des responsables administratifs scolaires ont confirmé leur insuffisance et les conséquences négatives que cette situation entraîne pour les

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différentes activités. Cette situation dénote la faiblesse de l'engagement de l'Etat à financer la réforme en cours, choisissant de laisser le terrain libre à certains partenaires techniques et financiers.

Dans les ENI enquêtées, les principales sources de financement sont constituées des subventions accordées par l'Etat et des frais versés par les élèves-maîtres inscrits à titre privé. Au titre de la subvention de l'Etat, chaque ENI bénéficie de trois millions (3 000 000) FCFA par trimestre et dans l'attribution de ce montant, aucune distinction n'est faite de la taille et des besoins spécifiques de chacune des écoles normales. Cette subvention est dérisoire car les effectifs d'élèves à former sont élevés. La plus petite de ces écoles enquêtées, celle de Tahoua, compte 844 élèves et celle de Maradi 2 405 élèves tandis que l'ENI de Zinder abrite 2 641 élèves-maîtres.

Concernant le montant issu des inscriptions des élèves, il sert juste au paiement des primes du personnel et même à ce niveau, deux (2) de ces écoles sur les trois (3) n'arrivent pas à satisfaire cette exigence.

Nous relevons donc que l'incapacité des ENI à mobiliser d'autres ressources en dehors de celles données par l'Etat et les partenaires constitue la principale difficulté qui fait que ces institutions n'arrivent toujours pas à être autonomes sur le plan financier.

En fait, la rareté des ressources financières a véritablement affecté l'exécution des activités nécessaires au bon fonctionnement des ENI.

Par exemple, s'agissant de la question centrale de l'organisation des stages, le manque de moyens financiers conduit à des déprogrammations dans les activités d'encadrement des stagiaires. Cette contrainte entraîne le plus souvent la réduction du nombre de jours nécessaires à l'exécution des activités dans le but de faire face aux dépenses liées à la prise en charge du personnel impliqué. Dans ces conditions, l'encadrement n'est jamais fait dans les normes car le souci est de suivre et évaluer tous les stagiaires dans le délai imparti.

Une autre conséquence engendrée par l'insuffisance des ressources financières est la non-implication des encadreurs du terrain (conseillers pédagogiques et inspecteurs) dans l'organisation du stage et cela malgré que les textes l'exigent. Cette situation constitue aussi un autre facteur qui a des répercussions négatives sur la qualité de l'encadrement des élèves-maîtres dans les écoles primaires.

La question des primes accordées au personnel des ENI constitue aussi une préoccupation car non seulement certaines ENI n'arrivent pas à faire face aux dépenses liées à cette question mais aussi de plus en plus de voix s'élèvent au niveau du personnel pour souligner l'insuffisance du montant accordé au titre des primes. Alors, l'effet recherché à travers

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l'institution de ces primes qui est celui de motiver le personnel et de le maintenir dans les ENI peut ne pas être atteint.

Au regard de notre schéma théorique, il ressort qu'un des éléments essentiels à savoir les ressources financières n'entretient pas de connexions suffisantes avec les autres éléments de l'ensemble pour permettre l'atteinte des objectifs de la réforme.

6.2.1.2. Les ressources matérielles

Sur le plan du matériel didactique, la situation n'est pas non plus favorable dans les écoles normales où les manuels pour l'accompagnement de la mise en oeuvre des programmes selon l'APC sont quasi inexistants.

Les seuls documents qui traitent de cette nouvelle approche sont les modules ayant servi aux différentes formations reçues par les encadreurs.

Pour la planification et l'exécution des cours, les encadreurs adoptent plusieurs stratégies. L'une d'elles consiste à se référer aux anciens documents conçus selon la PPO qu'ils essaient d'adapter selon les exigences de l'APC.

Une autre stratégie relève selon leurs propres termes de la débrouille. Ils essaient à travers l'internet, de chercher les documents qu'ils peuvent exploiter dans le cadre de leurs activités. Cette solution, comporte également beaucoup de difficultés quand on sait que dans les ENI, l'accès à l'internet pose de sérieux problèmes : vétusté ou manque de matériel informatique, non maîtrise de l'outil informatique par certains encadreurs, charges liées aux frais de connexion difficilement supportables par les ENI, faute de moyens.

L'insuffisance de ressources pédagogiques nécessaires influe inévitablement sur la qualité de l'enseignement-apprentissage et le développement des compétences des élèves-maîtres.

S'agissant des moyens logistiques, le problème se pose avec plus d'acuité à l'ENI de Zinder qui n'a bénéficié d'aucun appui d'un partenaire financier sur ce plan, contrairement aux ENI de Tahoua et Maradi. Il en a résulté des conséquences sur l'organisation des stages notamment le transport des élèves dans leurs écoles de stage et le déplacement des encadreurs pour le suivi et l'évaluation des stagiaires.

Cette insuffisance des moyens logistiques dans les écoles normales, contraint donc les chargés de stage à placer les élèves-maîtres dans les zones faciles d'accès (urbaines ou périurbaines) pour le stage en responsabilité. Cette situation est contraire aux dispositions des textes qui prévoient de ne retenir que les zones rurales dans le cadre du stage en responsabilité, ce qui permettra aux futurs maîtres de se familiariser à l'environnement socio-culturel du milieu de stage en attendant la fin de leur formation pour y servir.

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Les ressources matérielles, à travers leurs faibles contributions au processus constituent également un élément défaillant par rapport à notre modèle d'analyse. Les liaisons que cette sous-composante entretient avec les autres éléments ne sont pas assez solides pour permettre à l'ensemble du processus de fonctionner sans contraintes majeures.

6.2.1.3. Les ressources humaines

Sur la question des ressources humaines, nous nous sommes intéressés aux effectifs du personnel et au profil des encadreurs.

D'abord du point de vue des effectifs, nos recherches ont révélé que les écoles normales manquent de ressources humaines suffisantes notamment le personnel d'encadrement et le personnel auxiliaire. Cette situation n'est pas sans conséquences sur les activités pédagogiques et l'exécution de certaines tâches nécessaires au bon fonctionnement de l'établissement. Il s'agit principalement de l'exécution des cours dans les salles de classe, de l'encadrement des mémoires de fin d'études, du suivi et de l'évaluation des élèves-maîtres en situation de stage.

Il ressort clairement que les effectifs pléthoriques des élèves-maîtres dans les écoles normales constituent l'une des raisons pour lesquelles l'effectif des encadreurs n'arrive pas à couvrir les besoins d'encadrement afin de satisfaire au ratio encadreurs/élèves-maîtres. Alors pour y faire face, parfois les directeurs des études procèdent soit à la diminution du volume horaire par matière, soit à la reconversion des encadreurs vers d'autres spécialités différentes de leurs spécialités d'origine.

Pour expliquer le manque de personnel en quantité dans les ENI, il est aussi évoqué le problème lié aux affectations. Selon un des directeurs centraux, les directeurs des ENI hésitent parfois à accepter les encadreurs qui sont affectés dans leurs établissements car ils savent que l'arrivée d'un encadreur entraîne un surplus de 40 000 FCFA par mois au titre des primes mensuelles alors même que le paiement de ces primes aux encadreurs déjà en poste devient de plus en plus difficile.

Concernant le personnel auxiliaire, son manque se justifie surtout, par le fait que, la grande majorité de ce personnel est vieillissante et, quand l'un part à la retraite, il n'est pas remplacé. Le recrutement à la Fonction Publique est de plus en plus rare ces dernières années et constitue un véritable casse-tête même pour les jeunes diplômés qui possèdent une certaine qualification à plus forte raison pour un personnel qui est parfois sans formation.

Le profil des encadreurs est aussi cité parmi les contraintes en termes de ressources humaines de qualité dans les ENI. En effet, selon les enquêtés, ce profil est peu adapté au

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regard des missions d'encadrement des élèves. Parmi les différentes catégories d'encadreurs, aucune n'a une formation spécifique qui la destine à l'encadrement des futurs maîtres. Ces catégories relèvent soit du domaine de l'encadrement sur le terrain (formation continue), soit du domaine de l'enseignement général.

A travers l'analyse, on constate que les ressources humaines font aussi défaut dans les ENI. Ce qui constitue également une entrave or, c'est la disponibilité en quantité et en qualité de ces ressources qui permettra donc aux autres éléments de l'ensemble tels les unités pédagogiques, l'interdisciplinarité, le suivi des stagiaires, l'évaluation des compétences des élèves-maîtres, de fonctionner convenablement. Malheureusement, sur ce point, il subsiste encore des insuffisances.

6.2.1.4. Déduction 1

A la lumière des données analysées dans les points 6.2.1.1 à 6.2.1.3., nous constatons des insuffisances notoires au niveau d'une des composantes essentielles du dispositif systémique pour la mise en oeuvre des programmes selon l'APC dans les ENI. En effet, les ressources, qu'elles soient financières, matérielles ou humaines sont nettement insuffisantes dans les écoles normales où nous avons mené nos investigations.

Partant de ces constats, nous pouvons dire que l'hypothèse selon laquelle " Les contraintes de la mise en oeuvre des programmes selon l'APC tiennent à une insuffisance de ressources financières, matérielles et humaines dans les ENI " est confirmée.

6.2.2. Vérification de l'hypothèse 2

A ce niveau, l'environnement pédagogique des écoles primaires est l'élément de vérification de l'hypothèse 2. Cet environnement pédagogique a été analysé aussi bien à travers les résultats des entretiens semi-directifs qu'à travers les résultats issus des observations de pratiques de classe.

6.2.2.1. L'environnement pédagogique des écoles primaires

? Résultats issus des entretiens semi-directifs

A travers l'environnement pédagogique des écoles primaires, nous avons mis en relief certains éléments qui le caractérisent notamment le matériel pédagogique et didactique, la formation continue dont bénéficient les enseignants dans le domaine de l'APC, les pratiques enseignantes et la méthode pédagogique privilégiée dans l'enseignement-apprentissage. Ainsi, c'est l'interaction de tous les éléments précités qui favorise la mise en oeuvre de la réforme, tout comme l'avait si bien noté HAMMOND (1973) : « le succès ou l'échec d'un

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programme est déterminé par le jeu interactif d'un ensemble de forces liées à l'environnement pédagogique »34.

S'agissant du matériel pédagogique et didactique, la disponibilité en quantité suffisante des manuels scolaires, des outils didactiques et leur adéquation à la nouvelle démarche pédagogique constituent des conditions nécessaires pour une bonne mise en oeuvre des programmes selon l'APC. C'est lorsque ces conditions sont satisfaites dans les écoles primaires que les élèves-maîtres pourront effectuer un stage dans l'esprit de la réforme et après leur formation, continuer à enseigner selon les principes de l'APC.

Malheureusement, selon nos constats lors des visites de classe et les opinions des interviewés, dans les écoles primaires la question des manuels scolaires constitue un véritable défi qui entrave la qualité de l'enseignement-apprentissage.

Tout d'abord, les manuels sont en quantité dérisoire. Ce qui fait que dans certaines classes où nous avons eu à observer des séances de lecture, on peut trouver jusqu'à 7 ou 8 élèves et parfois même plus, autour d'un seul livre de lecture. Pire, certains élèves sont même exclus de la leçon car n'ayant pas versé les frais de COGES (Comités de Gestion des Etablissements Scolaires) qui devraient servir à payer ces livres.

L'insuffisance des manuels scolaires dans les écoles primaires pose du coup la question de la responsabilité de l'Etat. Ces dernières années, le désengagement de ce dernier dans la gestion des établissements s'en ressent car les comités locaux mis en place pour le suppléer n'arrivent pas à faire face aux problèmes.

De leur côté, les stagiaires sont aussi confrontés au même problème d'insuffisance de livres et de matériel didactique. Par manque de guides, ces derniers se voient contraints de préparer certaines leçons et de laisser d'autres. Ou bien, parfois, ils sont obligés de préparer en classe au moment où le maître titulaire de la classe présente les leçons. Ce qui fait que le temps qu'ils doivent consacrer à écouter, suivre les titulaires dans leurs pratiques est en réalité consacré à autre chose.

Dans de telles conditions, comment favoriser l'émergence d'une vraie professionnalité au niveau de ces futurs enseignants ?

Par ailleurs, quelque fois, les rares manuels disponibles sont conçus dans l'esprit de la PPO. Ce qui nécessite de la part des stagiaires et des maîtres des écoles un travail d'adaptation pour prendre en compte les exigences de la nouvelle démarche. Ce travail n'est pas non plus aisé connaissant le faible niveau des enseignants.

34NADEAU M-A (1988). L'évaluation de programme, théorie et pratique, les presses de l'université Laval, p.81

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Dans ces conditions, comment créer une situation-problème sur la base de ce qui existe dans les anciens documents ? Comment traduire les contenus des programmes de 1988 en vigueur dans ces écoles sous forme de compétences à installer?

Autant de questions par rapport auxquelles le doute subsiste quant aux capacités des stagiaires et des maîtres des écoles primaires à y répondre.

Comme solution à cette contrainte, les élèves-maîtres lors des stages et certains enseignants pour dispenser un cours selon la nouvelle approche, essaient de formuler des compétences à leur manière. Cela est paradoxal quand on sait que la formulation des compétences relève du ressort des autorités politiques et des concepteurs des programmes et est fonction des orientations du système éducatif et des finalités qui sont poursuivies. Cette situation est aussi valable pour la situation-problème dont l'élaboration pose de sérieuses difficultés pour les stagiaires et les enseignants des écoles primaires. Sur cette question, un enseignant interviewé confirme qu'on rencontre les formulations les plus banales de situations-problèmes au niveau des enseignants. Selon lui, presque toutes les situations-problèmes qu'on trouve sont élaborées selon le même schéma, qui consiste à dire : « Un élève ne connaît pas ceci ou a un problème sur telle chose » et la consigne consiste à dire : « Aidez-le à trouver la solution ».

La formation continue est aussi l'un des axes importants qui peut améliorer la qualité de la mise en oeuvre des programmes selon l'APC mais, là également, la situation n'est pas satisfaisante car la question de la formation des enseignants n'a pas été traitée avec la rigueur requise. Ce qui fait que depuis le début de la mise en oeuvre de la réforme jusqu'à cette date, la grande majorité d'enseignants n'a bénéficié que d'une seule formation de quelques jours sur l'APC ; d'autres n'en n'ont pas du tout bénéficié. Or, c'est la condition nécessaire pour qu'ils puissent s'approprier l'innovation et assurer un encadrement de qualité à l'endroit des élèves-maîtres au moment de leur stage.

Par conséquent, étant donné que d'une part, les manuels qui ne sont pas adaptés, le référentiel des compétences officiel qui n'est pas encore disponible dans les écoles primaires, et d'autre part, les situations-problèmes sont mal formulées, la formation continue des enseignants non assurée ; on est en droit de se demander si enseigner dans ces conditions selon la nouvelle approche ne contribue pas davantage à détériorer la qualité des apprentissages au lieu de les améliorer ? Cela parait fort probable car lorsqu'une innovation manque de certains éléments fondamentaux pour sa mise en oeuvre (comme dans le cas de celle en cours dans les ENI), elle évoluerait à contre-courant de ses objectifs et des attentes placées en elle.

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Dans ces conditions, au lieu que la réforme permet l'amélioration de la situation de départ, elle va plutôt contribuer à la dégrader davantage.

Alors, en partant de notre schéma d'analyse, nous constatons que l'environnement pédagogique qui est pourtant un élément essentiel du dispositif n'arrive pas à maintenir des liens solides avec les autres éléments essentiels du processus de la réforme. Notamment le lien qui est censé exister entre ce qui se passe dans les ENI en termes de mise en oeuvre de l'APC et la réalité qui prévaut dans les écoles primaires. Par contre, on remarque que sur certains aspects, il y a même des contradictions flagrantes qui se manifestent notamment à travers les méthodes pédagogiques qui ne sont pas les mêmes, la formation sur l'APC qui n'est pas assurée aux enseignants du primaire, la non-appropriation de la démarche par ces derniers et le refus qu'ils manifestent parfois lorsque les stagiaires dispensent les cours selon la nouvelle démarche.

En conséquence, l'environnement pédagogique tel qu'il se présente n'offre pas de conditions adéquates à l'implantation de l'APC et sa généralisation au niveau du système éducatif du pays.

? Résultats issus des séances d'observation de pratiques de classe

Les visites de classe effectuées pour observer les pratiques pédagogiques des élèves-maîtres dans leurs classes de stage ont révélé que les stagiaires ne privilégient pas une seule approche pédagogique pour dispenser les cours. En effet, ils font recours soit à la PPO, soit à l'APC ou bien essaient d'alterner les deux approches.

Cette combinaison de stratégies de la part des élèves-maîtres s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, en considérant l'environnement pédagogique des écoles primaires, les élèves-maîtres, quand ils y arrivent pour le stage, ils sont confrontés à un contexte où cohabitent principalement deux approches pédagogiques (la PPO pratiquée par la grande majorité des enseignants et l'APC utilisée par un petit nombre). Face à une telle réalité, les stagiaires développent d'abord une stratégie d'adaptation au contexte qu'ils ont déjà trouvé. Cet état de fait est confirmé par Monsieur G.D. (encadreur) s'exprimant sur l'environnement des écoles primaires en ces termes .
· « sur le terrain (écoles primaires), il se pose un problème. Les élèves-maîtres qui sont censés être les vecteurs de la vulgarisation de l'APC sont confrontés au problème suivant .
· les titulaires ne pratiquent pas l'APC et là les élèves-maître sont obligés de se conformer, de suivre d'abord ce que les titulaires sont en train de faire. Alors au lieu qu'ils soient vecteurs, qu'ils soient des moules pour les titulaires qui sont sur le terrain, c'est le contraire, ce sont eux qui se mettent dans le moule des titulaires ».

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Ensuite, lorsqu'ils tentent d'appliquer la méthode acquise à travers leur formation, ils sont confrontés à plusieurs obstacles.

Les enseignants du terrain qui sont censés les encadrer lors du stage conformément à la nouvelle démarche sont dans l'incapacité de le faire étant donné qu'ils ne la maîtrisent pas eux-mêmes. D'ailleurs, certains d'entre eux empêchent même aux stagiaires d'appliquer la nouvelle démarche prétextant qu'avec l'APC les élèves ont des difficultés à comprendre les leçons.

D'autres facteurs liés aux conditions matérielles dans les écoles primaires interviennent également dans l'explication des difficultés éprouvées par les élèves-maîtres pour appliquer l'APC lors des stages. Il s'agit, en effet, du manque de matériel pédagogique adapté à la nouvelle démarche. Dans de telles conditions, la situation est plus délicate car comment les élèves-maîtres pourront-ils mettre en pratique ce qu'ils ont appris à l'école normale sans un minimum de guides, de manuels et d'autres supports tels les situations-problèmes et le référentiel de compétences ?

En face de ces obstacles majeurs, les élèves-maîtres choisissent soit d'appliquer maladroitement la nouvelle démarche avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les élèves, soit de privilégier l'ancienne où ils pourront au moins bénéficier d'un encadrement adéquat de la part des maîtres titulaires.

Dans tous les cas, l'objectif assigné au stage, qui est celui de permettre aux élèves de se confronter à la pratique et de développer leurs compétences professionnelles à travers l'accompagnement d'un enseignant expérimenté et compétent aussi, est rarement atteint.

6.2.2.2. Déduction 2

En considérant les informations analysées au point 6.2.2.1., il ressort que des liens existent entre la réforme des programmes au niveau des ENI et l'environnement pédagogique au niveau des écoles primaires. Etant donné que ces liens sont faibles ou insuffisants, l'innovation dans les ENI a alors peu de chance d'apporter le changement espéré au niveau du système d'éducation dans son ensemble.

La faiblesse et l'insuffisance de ces liens et connexions, confirmées aussi bien par les résultats des entretiens semi-directifs que par les résultats issus des séances d'observation de pratiques de classes, provoquent dans l'environnement pédagogique des écoles primaires plusieurs défaillances qui ne favorisent pas l'implantation de la réforme sur le terrain.

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Ainsi, au vu de tout ce qui précède, l'hypothèse selon laquelle "Les difficultés de l'application de l'APC sur le terrain de stage par les élèves-maîtres sont dues à un environnement pédagogique défavorable qui prévaut dans les écoles primaires" est ainsi confirmée.

6.2.3. Vérification de l'hypothèse 3

L'hypothèse 3 est vérifiée à travers les points suivants :

6.2.3.1. Divergences au sujet de la tutelle du suivi de la réforme

La contradiction entre les acteurs des deux Directions (la Direction de la Formation Initiale et Continue et la Direction des Curricula et de l'Innovation Pédagogique) du Ministère de l'enseignement primaire par rapport au choix de l'approche pédagogique et au sujet de la tutelle du suivi de la réforme est évidente et apparaît clairement dans les propos des responsables.

Pour la DFIC qui a suivi pendant cinq (5) ans la mise en oeuvre de l'APC dans les ENI, il est difficile d'admettre que cette approche soit subitement écartée du système au profit d'une autre approche, ce qui constitue à leurs yeux, une remise en cause des efforts déployés durant plusieurs années pour la mise en oeuvre de cette approche dans les écoles normales.

Par contre, à la DCIP, les cadres sont satisfaits du nouveau choix curriculaire du pays portant sur l'APS. Ce choix permettra non seulement de corriger les insuffisances qu'ils ont tant décriées au niveau des programmes selon l'APC mais favorisera également leur pleine implication dans le processus du pilotage de la réforme dans les ENI, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Soulignons, de ce fait, que ces divergences ont constitué un obstacle à la création de conditions favorables pour une mise en oeuvre efficace de l'APC dans les ENI. En effet, les directives contradictoires constatées dans le pilotage de la réforme ont entraîné une situation d'incertitude et de manque de confiance au niveau des acteurs, ce qui n'est pas de nature à faciliter l'exécution des activités sur le terrain.

6.2.3.2. La fonctionnalité des unités pédagogiques (UP)

La fonctionnalité des UP est un indicateur déterminant pour la bonne marche des activités pédagogiques. Sur ce point, la grande majorité des interviewés ont confirmé que les UP sont fonctionnelles même si par ailleurs, elles comportent des insuffisances. Au nombre de celles-ci, il y a d'abord le rythme des rencontres qui n'est pas du tout régulier.

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Il ressort des interviews que c'est surtout en début d'année que les UP se réunissent pour établir les progressions. Mais en dehors de ces rencontres du début d'année, les réunions entre les UP sont très rares.

Toutefois, en considérant les cas d'irrégularité et de rareté évoqués par les encadreurs à propos des rencontres, on est en droit de se poser la question de savoir si ces UP fonctionnent réellement. Ou bien, faudrait-il savoir jusqu'à quel rythme de rencontres peut-on considérer que les UP sont fonctionnelles ? En tout cas, il y a contraste dans les propos des interviewés et cela laisse planer le doute sur la régularité de ces activités pédagogiques.

6.2.3.3. L'interdisciplinarité

Comme stupilé dans les programmes de formation des Ecoles Normales d'Instituteurs, l'un des principes sur lesquels s'appuie la formation à l'ENI est que « toutes les disciplines enseignées doivent converger vers un objectif unique, celui de développer chez l'élève-maître les compétences nécessaires pour faire classe avec efficacité35 ». De ce fait, les encadreurs doivent promouvoir l'interdisciplinarité afin de pouvoir atteindre cet objectif.

Malheureusement, l'interdisciplinarité n'est pas effective dans leurs établissements respectifs, ce qui constitue un grand handicap pour la mise en oeuvre des programmes des ENI. En effet, si nous concevons que la compétence est un ensemble de savoirs intégrés utilisés pour faire face aux situations complexes, nous voyons aisément que l'acquisition de vraies compétences ne peut se faire qu'à travers un enseignement-apprentissage mené dans le cadre de l'interdisciplinarité.

Cette situation d'insuffisance de communication entre les encadreurs des différentes disciplines et des différents domaines s'explique par des facteurs objectifs tels que l'insuffisance de formation, la faiblesse du suivi interne exercé par l'administration même de l'école et du suivi externe exercé par les responsables des Directions centrales concernées. S'y ajoutent également des facteurs subjectifs liés aux comportements de certains encadreurs qui, non satisfaits de leur présence dans les ENI, se laissent gagner par le découragement et la démotivation car ambitionnant toujours d'occuper les fonctions de responsabilités dans les services déconcentrés relevant du secteur de l'enseignement primaire.

Le clivage au sein des encadreurs entre la catégorie des chargés d'enseignement et celle des inspecteurs et conseillers pédagogiques constitue également un autre facteur qui ne favorise pas une franche collaboration entre encadreurs des différents domaines et disciplines pour asseoir les bases de l'interdisciplinarité. Dans ces conditions, la question de l'évaluation des

35 Programmes d'études des écoles normales d'instituteurs, version provisoire, octobre 2008

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apprentissages se pose aussi car si l'interdisciplinarité n'est pas développée, comment peut-on objectivement évaluer les compétences des élèves-maîtres ?

Nous estimons que cette synergie d'action est indispensable car c'est la conjugaison des efforts fournis par les encadreurs au niveau de chaque unité pédagogique et entre les unités pédagogiques qui peut permettre d'installer les compétences pertinentes au niveau des élèves-maîtres.

6.2.3.4. L'évaluation des compétences des élèves-maîtres

La mise en oeuvre des programmes selon l'APC dans les ENI, ne s'était pas accompagnée d'un changement dans le système d'évaluation des acquis des élèves-maîtres. Les encadreurs continuent à garder les mêmes modes d'évaluation portant surtout sur les ressources et les savoirs théoriques.

En effet, les évaluations certificatives et les systèmes d'examen sont restés sans changement alors que l'APC recommande de privilégier l'évaluation formative et l'évaluation des compétences acquises par les élèves.

Cependant, pour atteindre cet objectif, d'énormes faiblesses restent à surmonter dont l'insuffisance de la formation des encadreurs, les effectifs pléthoriques d'élèves dans les salles de classe, le manque de matériel et outils didactiques, etc.

6.2.3.5. Le suivi de proximité assuré par le directeur des études (suivi interne)

Le suivi interne des encadreurs en situation de classe est une activité qui relève des compétences des directeurs des études (DE). Cependant, cette tâche pédagogique importante rencontre des difficultés dans les écoles normales enquêtées. Ces difficultés ont été évoquées par les Directeurs des études eux-mêmes, mais également par les encadreurs.

Selon Monsieur H.A. (encadreur) : « Le Directeur des études a le profil, il a les compétences mais le problème, ce qu'il y a aussi la question du temps. L'aspect administratif prend le dessus sur l'aspect pédagogique ».

Monsieur A.F. (encadreur) affirme de son côté ce qui suit : « Avec la direction des études, ça ne va pas du tout. Normalement, la direction des études doit être la coordonnatrice principale des activités ; malheureusement, nous remarquons que le directeur des études ne fait pas correctement son travail, sinon il aurait coordonné les activités mais ça ne se faisait pas ». Ces différentes déclarations attestent à suffisance que le suivi interne est défaillant or le suivi interne est une activité qui, au-delà de sa portée pédagogique permet à l'établissement de contrôler ce que les encadreurs sont en train de faire dans les salles de classe, de les encourager, de les motiver et aussi de s'enquérir des difficultés qui se posent à eux dans

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l'exécution des tâches pédagogiques. Mais, ce suivi de proximité n'est pas assuré comme ça se doit.

Les raisons qui entravent la tenue d'une telle activité sont de plusieurs ordres.

Il y a d'abord le manque de temps car il ressort que les directeurs des études se consacrent plus aux activités administratives qu'aux activités pédagogiques.

L'instabilité qui caractérise ce poste est aussi mise en cause. Lorsqu'un directeur des études est nommé, sa durée dans sa nouvelle fonction est brève. Parfois, c'est lui-même qui demande à partir pour un autre poste plus prestigieux.

Il y a également l'insuffisance de formation qui ne permet pas aux directeurs des études d'être à l'aise dans le suivi des encadreurs.

A toutes ces raisons s'ajoute l'insuffisance des textes soulignée par les directeurs des études eux-mêmes. En effet, selon ces derniers, ce suivi n'a qu'un caractère formel car les textes disponibles ne définissent pas clairement les contours de celui-ci et la forme qu'il doit prendre. Est-ce qu'il doit être un suivi-conseil ou bien doit-il se présenter sous la forme d'une inspection en bonne et due forme ? A ces questions, seuls des textes bien conçus et tenant compte de toutes les exigences pédagogiques de l'heure pourront y apporter des réponses claires.

En se référant à notre cadre théorique, il apparaît que le suivi de proximité dans les ENI est défaillant du fait de son incapacité à maintenir des relations solides avec les autres éléments internes du système que sont la fonctionnalité des unités pédagogiques, l'interdisciplinarité, la pratique de classe des encadreurs, ce qui constitue une contrainte majeure à l'atteinte des objectifs de la réforme.

6.2.3.6. Le suivi des élèves-maitres en situation de stage

Le suivi effectué par le personnel des ENI lors de la période des stages en responsabilité dans les écoles primaires est de trois sortes, à savoir le suivi-administratif, le suivi-conseil et le suivi-évaluation des stagiaires.

Le premier type de suivi est assuré par l'administration de l'école normale dans le but de prendre contact avec les inspections de l'enseignement primaire et les écoles primaires. Son but est de mettre en place le dispositif du stage. Mais, deux (2) des trois (3) écoles normales éprouvent des difficultés à le réaliser par manque de moyens matériels et financiers. Les moyens dont il est question ici concernent surtout la disponibilité de véhicules tout terrain en bon état pour permettre les déplacements entre l'école normale et les écoles retenues pour

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le stage et la disponibilité de fonds prenant en charge les frais de déplacement du personnel administratif impliqué dans le suivi.

Le deuxième type de suivi a pour objectif de faire le point des difficultés vécues par les élèves-maîtres au moment où ils sont en stage. Les encadreurs discutent avec eux et essayent de leur proposer des solutions sous forme de conseils. Cette activité, malgré sa contribution significative pour la réussite du stage en responsabilité n'est pas effectuée dans toutes les ENI. Deux des trois ENI enquêtées ne font pas le suivi-conseil, faute de moyens permettant de prendre en charge les frais de déplacement des encadreurs et les frais de carburant. La seule école normale qui arrive à effectuer cette activité le fait grâce à la bienveillance de la Coopération Suisse qui a mis à sa disposition les moyens nécessaires.

Quant au troisième type de suivi qui est le suivi-évaluation, il intervient généralement vers la fin de la période de stage. Il offre aux encadreurs l'occasion de suivre les stagiaires en situation de classe et d'évaluer les leçons qu'ils auront à présenter. En fait, il sanctionne la fin du stage. Malheureusement à ce niveau également les normes en matière d'évaluation des élèves-maîtres ne sont pas respectées par faute de moyens.

Les textes prévoient qu'au maximum un encadreur ne doit pas évaluer plus de trois (3) stagiaires par jour. Mais dans certaines ENI, les encadreurs évaluent jusqu'à six (6) stagiaires par jour. Lorsque le nombre de stagiaires à évaluer est élevé, cela ne permet pas à l'encadreur de suivre l'élève-maître dans plusieurs leçons. C'est pourquoi certains encadreurs affirment que l'évaluation d'un stagiaire porte le plus souvent sur une seule leçon, ce qui n'offre pas toutes les garanties d'objectivité requise.

En somme, il ressort que le suivi-évaluation des stagiaires par les encadreurs présente des insuffisances importantes qui ont sans nul doute des répercussions négatives sur la qualité du stage en particulier et sur celle de la formation des élèves-maîtres en général. Il faut le rappeler, c'est ce stage qui permet à l'élève-maître de se confronter à la pratique et, c'est en se confrontant à cette pratique qu'il pourra devenir un enseignant professionnel.

6.2.3.7. Le suivi-accompagnement de la réforme

Le suivi-accompagnement exercé par le pool des formateurs nationaux comporte beaucoup d'insuffisances et ne donne pas satisfaction aux acteurs de la mise en oeuvre de la réforme dans les ENI. Les principales raisons qui justifient cette insatisfaction sont les suivantes :

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Tout d'abord, la question du niveau de formation des membres du pool des formateurs nationaux est souvent évoquée dans l'explication des insuffisances du suivi-accompagnement de la réforme.

Il faut relever que ceux qui assurent ce suivi sont des chargés d'enseignement, des inspecteurs de l'enseignement du premier degré et des conseillers pédagogiques. Or, ce sont les mêmes niveaux de qualification qu'on retrouve chez les encadreurs des ENI. Mieux encore, parmi ceux-ci, la grande majorité a passé beaucoup d'années de pratique et par conséquent a pu capitaliser une grande expérience en matière d'encadrement, ce qui n'est pas le cas pour bon nombre des membres du pool qui sont juste à leurs débuts dans le cadre de ces genres de missions. C'est donc cette situation qui rend difficile leurs tâches et fait que les encadreurs et les responsables des ENI, dans leur grande majorité, sont insatisfaits par rapport au suivi de la mise en oeuvre de l'APC.

Ensuite, une autre insatisfaction est liée à la non-adéquation du profil et au manque de certaines compétences au niveau du pool des formateurs nationaux. Ainsi, en plus du suivi de pratiques de classes des encadreurs, ce sont aussi les mêmes accompagnateurs qui assurent les renforcements des capacités à travers les sessions de formation. Or, quand il s'agit de donner ces formations aux encadreurs, il se pose aussi de réelles difficultés dues au manque de spécialisation des accompagnateurs. En effet, beaucoup d'entre eux ne peuvent pas valablement assurer les missions de suivi et de formation qui leur sont confiées car pour bien suivre et bien former, il faut être du domaine ou tout au moins avoir des connaissances assez solides sur la question, tel n'est pas le cas pour beaucoup d'accompagnateurs qu'on envoie pour réaliser un suivi ou une formation dans un domaine qu'ils ne maîtrisent pas. Par exemple, il n'est pas rare de trouver des cas où ce sont des titulaires de licence ou de maîtrise en lettres modernes, en sociologie ou en histoire qui sont chargés de suivre et d'assurer la formation en psycho-pédagogie à des encadreurs titulaires de licence ou de maîtrise dans le domaine de la psycho-pédagogie. En plus, des difficultés se posent aussi lorsqu'il s'agit pour un inspecteur de l'enseignement primaire de suivre et d'assurer la formation en mathématiques à des encadreurs dont la formation initiale relève exclusivement du domaine des mathématiques.

Certes, les accompagnateurs ont eu à bénéficier de formation dans le cadre de leurs activités de suivi mais, ces formations sont généralement insuffisantes pour leur permettre une maîtrise parfaite des questions abordées lors du suivi des encadreurs en classe ou lors des séances de formation.

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La deuxième raison est relative à la fréquence des missions du suivi-accompagnement. Généralement, c'est une ou deux missions qui sont menées par an. Ce qui, du reste, ne permet pas de voir les difficultés qui se posent que ça soit au plan de la pratique de classe des encadreurs ou dans la mise en oeuvre de la réforme de façon générale.

Une troisième raison expliquant aussi les insuffisances du suivi-accompagnement de la réforme est la faible implication, des encadreurs intervenant dans certaines disciplines telles les langues nationales et la morale professionnelle et législation, dans les activités de suivi et de renforcement de capacités menées par les membres du pool des formateurs nationaux. Pourtant, ces disciplines sont très nécessaires dans le cadre de la mise en oeuvre de l'APC et doivent, par conséquent, être valorisées pour permettre la prise en compte des réalités locales dans la formation initiales des élèves-maîtres.

Soulignons en fait, que le but du suivi-accompagnement de la réforme est d'apporter de solutions adéquates aux insuffisances constatées dans le processus de la mise en oeuvre de l'approche et d'anticiper même sur les éventuels problèmes qui pourraient se poser. Malheureusement, les insuffisances constatées relativement à cette importante activité influent aussi négativement sur l'exécution des activités sur le terrain, notamment sur les questions liées à l'interdisciplinarité, à l'évaluation des compétences, au suivi-évaluation des élèves-maîtres en situation de stage.

6.2.3.8. L'évaluation de la réforme

En plus qu'elle permet de déterminer la valeur d'un phénomène, l'évaluation constitue un excellent outil qui fournit aux décideurs une information valide et en temps opportun. Malheureusement au Niger, l'évaluation est une composante qui est négligée dans le processus de mise en ouvre des réformes. Celle qui est actuellement en cours dans les ENI n'en fait pas exception. Cela fait cinq ans déjà que les programmes selon l'APC sont en expérimentation dans ces écoles mais, jusqu'à présent, aucune évaluation n'est encore entreprise pour voir les forces et les faiblesses de ladite réforme. D'ailleurs, le fait de rester pendant une longue durée dans cette phase d'expérimentation ne permet pas une harmonisation des pratiques entre les différentes ENI du pays. Ces dernières ont tendance à agir différemment en termes d'initiatives. A ce niveau, il est étonnant de remarquer que quand bien même la réforme des programmes selon l'APC n'est pas encore évaluée, le Ministère a déjà opté pour une nouvelle approche qu'est l'Approche Par les Situations (APS).

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Soulignons, toutefois, que le manque d'évaluation de la réforme constitue une défaillance qui ne permet pas de déterminer objectivement les forces et faiblesses des différentes composantes qui interagissent dans le cadre de la mise en oeuvre de la réforme.

6.2.3.9. Déduction 3

En se référant à notre cadre théorique, nous avons souligné qu'un système entretient à la fois des liens internes entre ses éléments constitutifs et des liens externes avec d'autres systèmes plus larges dont il est en interaction. Dans le cadre d'une réforme, lorsque ces liens sont insuffisants ou faibles, l'atteinte des objectifs poursuivis serait difficile.

Les résultats analysés dans les points 6.2.3.1. à 6.2.3.8. mettent en exergue la faiblesse des liens entre plusieurs éléments de notre dispositif systémique. En effet, ces résultats prouvent qu'au sein même des ENI, la question du suivi et de l'évaluation ne trouve pas de réponses adéquates.

Cette situation est aussi valable pour le Ministère de tutelle où beaucoup d'insuffisances sont constatées relativement au suivi et à l'évaluation de la mise en oeuvre de la réforme dans les écoles normales.

En considérant toutes ces informations, notre troisième hypothèse selon laquelle " les contraintes de la mise en oeuvre de l'APC dans les ENI s'expliquent par une insuffisance dans le suivi et l'évaluation de la réforme " est également confirmée.

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon