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Construction sociale des processus décisionnels en matière d'usage des pesticides par les maraichers de Sèmè-Kpodji

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par Daleb Abdoulaye Alfa
Université d'Abomey-Calavi - DEA 2014
  

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2. LE CHOIX DES PESTICIDES CHIMIQUES : CE QUI INFLUENCE LE MARAICHER

Le prix est toujours rapporté à l'efficacité, et les maraichers n'achètent pas forcément les produits les moins chers. Ceci a été constaté lors de nos séances d'observations et relevé également dans le discours de certains maraichers. Le maraicher, une fois dans la boutique du vendeur, après les salutations d'usage, pose son problème. Le vendeur à son tour met les différents produits sur la table et donne les différents prix. Généralement, le produit le moins cher n'est pas pris. « Si tous les produits qu'on me présente sont nouveaux pour moi, je ne peux pas prendre le risque de choisir le moins cher » [Sébastien, 25 ans, maraicher à VIMAS]. Ainsi, pour minimiser les risques le maraicher préfère ne pas choisir le produit le moins cher. Il associe la qualité au prix. Par ailleurs, même si cela n'est pas fréquent, il arrive que des maraichers choisissent le produit le moins cher. Dans ce cas, le maraicher a déjà fait l'expérience du produit et il est sûr de son efficacité. Il a donc déjà fait son choix avant d'être en contact visuel du produit. Le prix apparait comme un critère de qualité du produit, d'où une certaine méfiance relevée chez quelques maraichers à l'égard de produits peu chers.

Mais il arrive aussi que le choix prédéterminé du maraicher soit influencé par le vendeur. « ...Le litre de « Alphacal » que tu demandes est à 7000 CFA mais il y a maintenant un autre produit « Supercal » à 8500 CFA le bidon d'un litre qui est trop fort, c'est le grand frère de « Alphacal ». C'est plus rentable pour toi de l'acheter. Juste un bouchon dans le pulvérisateur et c'est suffisant. Mais avec « Alphacal », il te faut deux bouchons. Tu vois donc toi-même... » [Alphonse, Vendeur de pesticide à Cotonou]. « Je suis en rupture de « Polytrine » mais j'ai « Duel ». Je te le laisse à crédit. Après utilisation tu viendras me rendre compte, c'est à 3000 CFA » [Tundé, vendeur de pesticide à Cotonou]. On note que d'une part, les vendeurs de pesticides utilisent une stratégie de marketing pour convaincre certains maraichers et d'autre part ils jouent également sur leur psychologie. Entre ces deux niveaux les relations personnelles et de confiances interviennent.

En plus du rapport efficacité-prix, et l'influence du vendeur, d'autres critères sont constatés. « C'est la forme liquide des produits que j'apprécie le plus parce que ça s'utilise plus facilement que les autres formes. On fait le mélange rapidement et le travail commence... Les produits en poudre donnent du travail supplémentaire. Il faut d'abord préparer la concentration soi-même avec tous les risques d'erreur et d'inhalation de la poudre... » [Grégoire, 30 ans, maraicher à VIMAS]. Il est difficile de mesurer l'importance de la forme du produit dans les critères de choix. Il semble qu'il n'y ait pas énormément de formes différentes pour un même produit. Néanmoins la forme liquide est beaucoup appréciée par tous les maraichers même si avec celle-ci, il y a des problèmes de stabilisation. En effet, certains produits ont tendance à précipiter, et s'ils ne sont pas bien agités, il en résulte des différences de concentration. La poudre quant à elle, est peu appréciée à l'emploi, car elle est volatile. Ses atouts sont sa praticité de stockage, sa stabilité (par rapport à un produit qui se dépose) et son efficacité.

Sur l'emballage des 25 produits relevés sur le site de VIMAS durant notre étude, (tableau 3 en annexe), il est écrit EC14(*) sur 18. « Moi, c'est par les chiffres qui précèdent le EC que je sais si un produit est efficace ou pas. Plus le EC est élevé, plus le produit est efficace, cela signifie que la concentration est forte » [Jacques, 34 ans, maraicher à VIMAS]. 10 autres maraichers tiennent également le même propos. Certes les « EC » indiquent les concentrations en gramme par litre de matière active mais la perception liée à l'efficacité n'est pas juste. Par ailleurs le « EC » veut également signifier que le produit ne doit pas être appliqué directement sur les plants mais qu'il devra être d'abord dilué dans l'eau avant épandage. En se référant au « EC » il arrive que certains maraichers se trompent. (Confère photos 10 et 11)

Photo 10 : Acaricide sur le site de VIMAS

Source : ABDOULAYE

Photo 11 : Herbicide sur le site de VIMAS

Source : ABDOULAYE

Par exemple DUEL® 336 EC traduit la composition de matière active suivante (Profénofos 300 g/l + Cyperméthrine 36 g/l) et ALLIGATOR® 400 EC traduit la composition de matière active suivante (400 g/l de Pendiméthaline). Bien que le « EC » du second produit soit plus élevé que le « EC » du premier, le premier est un acaricide et le second herbicide.

De plus, il convient de signaler que les pesticides coton sont beaucoup prisés par les maraichers (voir photo 12 et 13). Ceci se reflète dans les propos de tous les maraichers. « Tu sais mon frère, je ne vais pas te mentir. Si quelqu'un te dit qu'il n'utilise pas les pesticides du cotonnier sur ce site, c'est qu'il t'a menti. Sans ça, on ne peut pas se tirer d'affaire. Tu vois ce bidon par exemple, tu vas penser que c'est un pesticide recommandé pour le maraichage parce qu'il est dessiné tomates, carottes, oignons, sur l'emballage ; mais c'est le grand- frère qui est là ! Il extermine tout sur son passage. On camouffle parce que les gens du CeCPA viennent parfois faire des saisis » [Blandine, 30 ans, maraichère à VIMAS].

Photo 12 : Insecticide du cotonnier utilisé en maraichage à VIMAS

Source : ABDOULAYE

Photo 13 : Insecticide et acaricide du cotonnier utilisé en maraichage à VIMAS

Source : ABDOULAYE

Le coton n'étant pas un consommable alimentaire, les matières actives de ses produits de traitement sont plus concentrés. Les maraichers constatant des résistances avec les produits de maraichage utilisent davantage les produits du cotonnier avec lesquels ils ont satisfaction. Ce qui importe pour ces derniers, c'est le résultat, c'est-à-dire un aspect physique attrayant des fruits et des feuilles ; premier critère pour vendre ses récoltes. Cette perception va en contradiction avec les travaux de Bon (2010) qui montrent que le désir de produire des légumes sains est une motivation importante qui donne sens au travail et justifie un temps de travail supplémentaire pour des performances économiques moindres.

En outre, il convient de faire une escale sur les causes des résistances des ravageurs et de l'inefficacité des pesticides selon les maraichers. Ils sont tous unanimes sur le fait que beaucoup de produits qui étaient jadis efficaces, ne le sont plus aujourd'hui. « ... autrefois, le produit DIMEX était efficace sur les acariens, mais aujourd'hui il ne sert plus à rien. Je pense que c'est la politique commerciale des firmes hein ! Ils ne dosent plus correctement les produits » [Tintin, 25 ans, maraichers à VIMAS]. 11 des maraichers partagent ce point de vue contrairement à 14 qui ne comprennent pas le phénomène de résistance des ravageurs. Toutefois, les 3 maraichers restants comprennent parfaitement le phénomène. Ceci se traduit à travers les verbatims suivants « les ravageurs se sont habitués aux produits qu'on utilise, c'est pourquoi ça ne marche plus. C'est comme la nivaquine qui ne marche plus pour le paludisme aujourd'hui. Les produits et les ravageurs sont devenus des amis... » [Angelo, 32 ans, maraicher à VIMAS]. « Pour faire de l'économie, on diminue la dose normale des produits de traitement, je pense que ça peut créer la résistance des ravageurs aussi » [Adizath, 31 ans, maraichère à VIMAS].

La facilité d'usage des pesticides est un critère qui guide également le choix du maraicher sur le site de VIMAS. Dans le but d'amener les maraichers à un changement de comportement face à l'utilisation des pesticides chimiques, certains ont été sensibilisés et formés par des ONG à l'usage des produits biologiques et des filets anti-insectes. « On les a initié aux produits phytosanitaires dits biologiques tels que l'aille, les feuilles de neem, l'huile de neem tout et tout, des produits qui marchent mais ils pensent qu'avec ces produits là, il faut faire trois à cinq traitements supplémentaires, ils pensent qu'avec ces produits là, il faut plus de temps pour les préparer, il faut plus de temps pour les mélanger, ils n'ont pas ce temps là. Mais c'est un peu ce qu'ils vous disent aujourd'hui par rapport au filet anti insectes. Lorsque nous sommes fréquents sur le site, ils placent les filets. Mais quand on cesse d'y aller pour un temps, les filets sont jetés quelque part... » [Agent animateur ONG APRETECTRA sur le site de VIMAS]. « Les gens sont venus nous former à l'utilisation des produits biologiques et l'usage des filets anti-insectes mais sincèrement, c'est trop tracassant, ça nous fatigue et en fin de compte tu vends ton produit au même prix que celui qui a utilisé les produits chimiques » [Pierre, 38 ans, maraicher à VIMAS]. Ceci rejoint Stoll (2002) qui affirme que les pesticides biologiques (feuilles et graines de neem, feuilles de papayer), bien qu'efficaces et peu toxiques ne sont utilisés que par une petite proportion de maraichers. Cette non acceptabilité de la nouvelle technique peut s'expliquer d'une part, par le fait que tous les maraichers sur le site ne l'expérimentent pas au même moment pour entrainer un mouvement collectif ; et d'autre part, qu'il n'y a pas de consommateurs exigeants du point de vue de la qualité des cultures. En effet, la majorité des produits de maraichage sont achetés par les consommateurs au marché sans que ces derniers ne sachent les conditions dans lesquels ces cultures sont cultivées.

La recherche de relations sociales de reconnaissance identitaire ou de plaisir dans la réalisation des tâches peut conduire le travailleur à adopter des comportements non rationnels du point de vue technico-économique mais qui le sont si on prend en compte sa subjectivité. C'est le respect de cette subjectivité dans le travail quotidien qui permet l'épanouissement et la satisfaction au travail (Bon, 2010).

* 14 Concentré Emulsionnable

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand