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Le contact de langues dans l'enseignement de l'espagnol au 3àƒÂ¨me cycle fondamental


par Wesner Yves Sinoïs
Université franco-haïtienne du Cap-haïtien  - Licence 2017
  

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4-1-2- Compréhension de la langue dans la société haïtienne

La langue est un instrument social. Comme instrument, elle est perçue comme un système de communication. Les êtres humains se communiquent entre eux particulièrement par le moyen de la langue qui est un système de signes oraux ou écrits exprimant des idées.

Il y a plein de théorie de communication, cependant celle de Roman Jacobson5(*) est l'une des plus avancées. Il explique la communication par un schéma dont le centre comprend le contexte, le message, le contact et le code. Alors que l'on trouve le destinateur et le destinataire de part et d'autre. Il énumère ainsi six facteurs de commination correspondant chacun à une fonction linguistique précise. La fonction référentielle correspond au référent ou contexte et répond à la question : De qui ou de quoi parle-t-on ? La fonction poétique correspond au message et concerne la rhétorique. La fonction relationnelle correspond au contact et concerne les paroles confisquées. La fonction métalinguistique correspond au code et concerne le code (qui est le langage) et la compétence. La fonction expressive correspond au destinateur et répond à la question « Qui parle ?». Et la fonction incitative qui correspond au destinataire et concerne la langue du pouvoir.

La langue en tant qu'instrument reste une réalité sociale. Et comme réalité sociale, elle investie des valeurs sociales comme le respect, l'autorité, l'appartenance, le sexe, etc. En ce qui concerne Haïti, il y a deux langues officielles : le créole et le français. Bien que la majeur partie de la population haïtienne soit monolingue créole, l'haïtien ne se sent pas confortable à prendre la parole en publique en créole. Etant donné que le français est la langue d'enseignement. Du coup, s'exprimer en créole devient une marque sociale dévalorisant. Alors que s'exprimer en français pourrait même être perçu comme marque de civilité et de compétence. Selon Saint-Fort (2011), cette discrimination contre le créole va très loin.

4-1-3- Diglossie et conflits linguistiques

Leclerc Jacques (1992) voit dans la diglossie une contribution au maintien des langues faibles. Etant donné que la langue dominante s'est approprié l'appareil administratif, l'école, le travail, les medias, etc. la langue minoritaire requière les données de la famille et de la religion. Deux grands axes principaux qui aident la langue à survivre. Il précise qu'« Aujourd'hui, beaucoup de petites minorités conservent leur langue parce qu'elles l'utilisent encore en famille et à l'église ou au temple. C'est là souvent le dernier rempart des langues oubliées avant de disparaitre. »

Louis-Jean Calvet (2011) explique que, le concept « diglossie » a été lancée par Charles Ferguson dans un article publié en 1959, expliquant la coexistence dans une même communauté de deux formes linguistiques qu'il baptise « variété hausse » et « variété basse ». Parmi les quatre exemples qu'il avait pris pour illustrer son approche, il avait considéré le cas d'Haïti : créole/français. Pour lui, les situations de diglossie sont caractérisées par un ensemble de traits. Une répartition fonctionnelle des usages : on utilise la variété hausse dans les lettres, les administrations, à l'école, université, etc. tant disque la variété basse est utilisée dans les conversations familiales et la littérature populaire. Le fait que la variété haute jouisse d'un prestige social dont la variété basse ne jouit pas. Le fait que la variété haute ait été utilisée pour produire une littérature reconnue et admirée. Le fait que la variété basse soit acquise de manière naturelle (comme première langue des locuteurs) et que la variété haute est acquise à l'école. Le fait que la variété haute soit fortement standardisée. Le fait que la situation diglossique soit stable, qu'elle puisse durer plusieurs siècles. Le fait que ces deux variété d'une même langue, liées par une relation génétique, ait un lexique, une grammaire et une phonologie relativement divergents. Ainsi, il définie la diglossie comme une situation linguistique relativement stable dans laquelle, outre les formes dialectales de la langue, existe une variété superposée très divergente, hautement codifié, véhiculant un ensemble de littérature écrite vaste et respecté qui est surtout étudiée dans l'éducation formel mais n'est pas utilisée pour la conversation ordinaire dans aucune partie de la communauté.

Il parait que l'avenir des créoles est douteux, parce que le nombre de ses locuteurs diminue, (Saint-Fort, 2011), on peut même ajouter considérablement. C'est le cas des pays DOM de la France. Contrairement aux autres créoles, le créole haïtien est parler par tous les haïtiens et commence à gagner du terrain dans les agglomérations d'immigration haïtienne. C'est le cas de la Floride qui a trois langues officielles : l'anglais, l'espagnol et le créole haïtien.

Les recherches de Ferguson datent de 1959 et les déductions de Jacques de 1992. Aujourd'hui cela fait exactement 58 ans depuis la découverte de Ferguson et 25 ans depuis les déductions de Jacques. Devrait-on parler de diglossie pour Haïti pendant que le créole est langue d'enseignement et langue enseignée? Dominique Fattier (2013) constate que la définition restrictive qu'en donne Ferguson dans son célèbre article 1, à condition de lui donner une acception plus ouverte, inspirée de celle proposée par Georges Lüdi et Bernard Py 2 : « Diglossie 2 : situation d'un groupe social (famille, tribu, ville, région, etc.) qui utilise une ou plusieurs variétés (langues, idiomes, dialectes, etc.) à des fins de communication, fonctionnellement différenciées, pour quelque raison que ce soit. » Dans le même sens il continue :

Même si la situation linguistique d'Haïti a beaucoup évolué depuis l'époque où Ferguson s'est penché sur elle, si l'on s'intéresse à la paire de langues en contact actuellement, on constate qu'en ce qui concerne le mode d'apprentissage, pour la majorité des Haïtiens, l'appropriation du français s'effectue (quand elle parvient à s'effectuer) par « apprentissage en milieu scolaire » tandis que celle du créole s'opère encore essentiellement par le biais de l'« acquisition en milieu naturel », pour reprendre une distinction popularisée par Clive Perdue 3. Quant à la hiérarchie de prestige qui s'établit entre les membres de la paire, elle ne semble pas près d'être fondamentalement remise en cause, même si le prestige du créole s'est accru localement de façon sensible à la fin du XXe siècle.

En Haïti, État institutionnellement bilingue depuis 1987, date à laquelle le créole est venu s'ajouter au français comme langue Co-officielle, seule une minorité de la population est reconnue comme bilingue, à l'instar des populations de l'immense majorité des pays officiellement francophones d'Afrique subsaharienne. Le changement de statut du créole n'a pas encore eu toutes les suites qu'on pouvait en attendre : l'administration haïtienne est encore très loin de parvenir à offrir ses services en créole.

Il est clair de dire que le créole ne soit pas minoritaire. Mais le conflit de langues continue. Najac, explique à propos de la situation linguistique en Haïti :

En effet, toutes les caractéristiques du conflit des langues y sont présentes : valorisation du français au détriment du créole haïtien; hypercorrection par rapport au français et hypercorrection par rapport au créole; utilisation du français dans les situations formelles; refus de parler français comme on parlait le créole, c'est-à-dire de façon simple, dans les conversations banales, etc. toutefois, il faut souligner que, dans les cas de conflits de langues, les locuteurs parlent, en général, les deux langues en cause.

Dans le cas d'Haïti, le `'conflits'' entre le français et le créole ne reste pa au niveau linguistique; car en Haïti la dualité français / créole = langue dominante / langue dominée correspond a la dualité bilingue / unilingue créolophone. Et, le statut d'unilingue attire des discriminations, des censures, des restrictions.

Ainsi pourrait-on déduire pour notre cas que la diglossie théorique dont parle Ferguson, n'est pas cette diglossie qui soit encore. On peut ajouter aussi que le créole n'est peut-être pas une minorité. Et que la réflexion de Najac est plus près de la réalité d'aujourd'hui. Le conflit linguistique haïtien dépasse la diglossie pour arriver à ce que Najac appelle « une dualité bilingue / unilingue créolophone » découlant d'une discrimination « élitiste » contre le créole et la culture haïtienne. Ce qui revient à poser cette question : Haïti plus précisément le peuple haïtien est-il bilingue?

* 5 Cite par Leclec, 1992

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