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Repenser la liberté comme mystère chez G. Marcel. une approche analytico-herméneutique de : "les hommes contre l'humain".


par Freddy KAKULE KANAMUNGOYA
Université Saint Augustin de Kinshasa (USAKIN) - Graduat 2020
  

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c) Maître ou esclave de l'avoir ?

Il est vrai que dans la plupart de cas l'avoir et le pouvoir s'impliquent. En effet, « je peux » signifie souvent « j'ai le pouvoir de... », « Je suis maître de... ». Ainsi, le « j'ai » ou sujet-possesseur est considéré dans ce sens comme un être doué de pouvoirs. Je n'ai donc que ce dont je peux en quelques sortes disposer et contenir. Nous sommes alors les maîtres de l'avoir aussi longtemps que nous gardons une certaine indépendance par rapport à l'avoir et nous évitons dans la mesure du possible de réifier notre être. C'est en cela que consiste le soubassement de la liberté.

L'illustration que Marcel utilise est très significative. Certes, il part d'une conception abstraite de l'avoir en tant que « idée », « opinion », « conviction ». Plus je traiterai, déclare-t-il, mes idées ou mes conviction comme quelque chose qui m'appartient et par là même je m'enorgueillis inconsciemment peut-être, plus ces idées et ces opinions tendront à exercer sur moi une sorte de tyrannie jusqu'à me rendre fanatique de ces dernières.43(*) Il est question dans l'exemple précédent d'une injustifiable aliénation de la personne par rapport à ses propres convictions et idéologies. Sans doute, nous trouvons-nous ici devant une dégradation et une négation indubitable de la liberté, puisqu'elle est comprise aussi comme une absence des contraintes non seulement extérieures mais surtout intérieures.

Si l'idéologue est l'un des types humains le plus redoutable qui puisse exister c'est parce qu'il se rend lui-même inconsciemment esclave de sa propre idéologie et cet esclavage tend à se convertir au dehors en tyrannie (ex : le nazisme d'Adolphe Hitler). Cependant, le penseur véritable quant à lui, est perpétuellement en garde contre toute aliénation et toutepétrification possible de sa pensée.

III. La liberté comme dépassement d'une phénoménologie du vouloir

Si nous questionnons l'homme de la rue sur ce qu'il entend par liberté, il est à croire que sa réponse sera approximativement : «  Pour moi la liberté, c'est de faire tout ce que je veux ». Il pourra sans doute donner comme argument la multiplication des techniques de plus en plus perfectionnées et articulées qui lui accroissent cette faculté de faire ce qu'il veut. 44(*)

Il est clair que l'évolution de la technique et des sciences humaines permet à ce que l'homme se sente épanouit davantage par rapport à la précarité à laquelle il était asservi jadis. Il ne faut pas toutefois oublier que cet asservissement qui se vivait dans le passé n'excluait nullement la possibilité de l'homme à accéder à une liberté intérieure. En d'autres termes, on peut être placé dans les conditions qui impliquent une réduction au minimum du confort technique et de tous de qu'on est habitué à considérer comme indépendance, et faire cependant l'expérience d'une liberté plus profonde que celle qu'on pourrait faire dans une vie normale. Prenons l'exemple des moines contemplatifs qui, pour un motif supérieur de la religion et de charité, renoncent aux avantages qu'offrent la technique, néanmoins ils vivent infiniment libre plus que ceux qui s'encombrent des biens. Retenons que la technique facilite le « faire » mais engendre encore plus des besoins artificiels et non nécessaires tandis que la liberté authentique ne porte pas sur le faire.

Revenons et analysons la phrase du départ : «  Faire tout ce que je veux » cette affirmation souffre en quelque sorte d'une ambigüité d'autant plus que celui qui la profère semble confondre la volonté et le désir. Or les philosophes sont unanimement d'accord que l'homme soumis au désir n'est intérieurement libre. En outre, nous avons dit au début de notre travail que la liberté véritable n'est pas de l'ordre du désir. Sur ce sujet Marcel déclare en effet que je ne m'appartiens principalement comme un homme libre que quand je suis amené à vouloir contre mon propre désir, à condition, bien entendue, qu'il ne s'agisse pas d'une simple veillété.45(*)

Ce faisant, la liberté doit aller au-delà d'un simple vouloir qui, en y voyant de près, a tendance à se réduire à une simple obéissance à nos désirs. Car si j'accorde à mes désirs le pouvoir de me réduire en servitude, je me mets par là même de plus en plus à leur merci. Ainsi, D. Bosomi avait constaté aussi cette collaboration et complicité entre la liberté et la volonté en soutenant que c'est la volonté qui pousse la liberté à ne pas se croire dans un état statique, à réaliser pleinement sa nature de conquête qui se fait jour après jour. Aussi, la volonté pousse l'homme à dépasser tous les conditionnements qui le maintiennent dans un cercle restreint pour aller plus haut46(*). En résumé, la volonté est l'âme même de la liberté dans le sens où elle lui fournit l'énergie nécessaire pour se dépasser, d'aller au-delà d'un simple vouloir qui tend à s'assujettir dans certains cas au désir.

* 43 Cf.R. TROISFONTAINE, De l'existence à l'être, op. cit.,p. 229.

* 44 Cf. Ibid., p. 322

* 45 Cf. G. MARCEL, Le mystère de l'être II, Paris, Aubier, 1951, p.111.

* 46 Cf. D. BOSOMI, Les thèmes majeurs de la philosophie contemporaine, op. cit.,p. 84.

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