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Analyse de la politique de décentralisation du système de santé au Burkina Faso.


par Issa SOMBIE
Université de Ouagadougou - Master en Population et Santé 2006
  

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5.1.2 Une vision étriquée de l'accessibilité

Le discours officiel ne cesse de se référer au rayon de couverture pour témoigner des efforts faits pour rapprocher les centres de soins des utilisateurs. Lorsqu'on aborde la question de l'accessibilité certains cadres avancent que le rayon d'action des CSPS est passé de 20 km à 8km. Tous les efforts vont ainsi dans le sens de construction des services de santé afin d'augmenter la couverture sanitaire qui est d' ailleurs l'objectif 1 du PNDS.

Nous pensons que cette seule acception qu'on donne à la notion d'accessibilité est préjudiciable à la décentralisation du système de santé. L'accessibilité est une question de disponibilité, une considération de l'autre, un plaisir à collaborer et à servir, une possibilité financière. Que prévoit la décentralisation sanitaire pour éviter aux populations de perdre du temps dans les formations sanitaires en augmentant le nombre du personnel ? A-t-on prévue des activités pour permettre aux prestataires des soins de santé de se comprendre et de se remettre en cause afin d'aboutir à des comportements favorables à une meilleure collaboration avec les utilisateurs. Il urge de comprendre que l'accessibilité des services de santé dans un contexte de décentralisation passe en plus de la construction des infrastructures, par l'augmentation du nombre des agents de santé et un impératif de changement de comportement des prestataires de soins, la prise en compte des plus démunis.

5.1.3 Décentraliser pour qui ?

« L'imputabilité, c'est ce qui manque le plus dans la décentralisation sanitaire chez nous » ainsi s'exprimait un de nos interlocuteurs (Enq04). L'imputabilité est ce principe selon lequel les administrateurs publics doivent à la fois reconnaître l'obligation de réaliser les mandats qui leur sont confiés et rendre compte à la société ou à ses mandataires de leurs activités et de tout le processus de transfert. (Turgeon J, Lemieux Vincent, 1999, P 175). L'imputabilité pose à notre sens, d'une part la question de la conscience que les administrateurs ont des missions qui leur sont confiées et l'obligation des bénéficiaires de demander des comptes aux premiers.

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Analyse de la politique de décentralisation du système de santé du Burkina Faso

La politique de décentralisation sanitaire, afin de promouvoir la participation des communautés a prévu la mise en place d'un certain nombre de structures dites communautaires à même de constituer un cadre de contrôle, d'expression et de revendication pour les populations ; ce sont les CoGes. L'existence seule de ces structures suffit aux autorités sanitaires à justifier de la participation des populations à la gestion de leurs problèmes de santé. Ce qui est le plus important, pensons-nous, est d'aller voir dans les pratiques, les pouvoirs que détiennent ces structures vis-à-vis des services de santé.

Leurs activités des CoGes se limitent pour l'instant à la gestion des fonds émanant de la vente des médicaments. Cette structure représentative des populations entreprend rarement des actions devant les cas d'absentéisme chronique et injustifié des agents de santé, au cas de manquement aux principes élémentaires de la bienséance qui caractérisent le comportement de certains agents de santé. Le personnel médical et paramédical utilise dans certains cas cette structure comme des caisses de résonance ou des alliées pour spolier les communautés. Autant de lacunes qui témoignent des énormes insuffisances qui entachent l'existence de cette structure sensée défendre les intérêts des populations.

Si les populations sont représentées au sein des CSPS qui sont les premiers point de contact avec le système de santé, elles sont quasiment absentes au niveau de la structure de gestion du district qui est l'équipe cadre. Aucune structure représentative des utilisateurs des services de santé n'a été prévue à ce niveau. Comment comprendre cet état des faits quand on sait que c'est à ce niveau que les questions importantes concernant la vie du district sont débattues ? On ne rend pas compte aux utilisateurs des bénéfices générés par le dépôt répartiteur et la pharmacie de l'hôpital des districts. Seule l'équipe du district, composée du personnel médical et paramédical, a un droit de regard et d'utilisation de ces fonds. Quelle différence avec la forme de gestion d'avant ? Que fait le MCD et son équipe cadre des plaintes des utilisateurs du comportement des prestataires, ou des cas de malversions des agents de santé ?

Ce qui se laisse voir dans la pratique, nous autorise à affirmer que la décentralisation dans sa forme actuelle n'accorde aucun pouvoir aux communautés. Ce qui permet à certains agents de santé d'utiliser des ressources des populations à des fins personnelles avec l'onction de certains

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Analyse de la politique de décentralisation du système de santé du Burkina Faso

cadres au niveau central. Devant les cas de malversions constatés ça et là dans les districts, la sanction la plus grave consiste à affecter le coupable dans un autre district ou il est probable qu'il se répande dans le même type comportement. L'argumentaire qui fait croire que la décentralisation permet l'amélioration de la capacité de répondre aux besoins des citoyens puisque ceux nouvellement chargés de les écouter seraient plus proches d'eux, est battue en brèche par le comportement des agents de santé qui sont loin de considérer et d'accepter les utilisateurs comme des partenaires et pourquoi pas des employeurs potentiels. Partant de ce constat, on est en droit de se demander pour qui on décentralise le système de santé ?

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"Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maitre !"   Léonard de Vinci