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Chiffrement homomorphe


par Dieudonné MOUYOUMÉ
Université de Yaoundé 1 - Master recherche 2025
  

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Mémoire de Master 2 Recherche 1 MOUYOUME DIEUDONNE(c) UYI

INTRODUCTION GENERALE

Contexte

La cryptographie est un terme qui a vu le jour au XVIIe siècle. Il se compose à l'aide de deux mots grec kruptos, « caché », et graphein, « écrire ». C'est l'art d'écrire en langage codé, secret, chiffré. En général, la cryptographie est une technique d'écriture où un message chiffré est écrit à l'aide de codes secrets ou de clés de chiffrement. La cryptographie est principalement utilisée pour protéger un message considéré comme confidentiel. Cette utilisation a aujourd'hui un intérêt d'autant plus grand que les communications en ligne circulent dans des infrastructures dont on ne peut garantir la fiabilité et la confidentialité. Désormais, la cryptographie sert non seulement à préserver la confidentialité des données, mais aussi à garantir leur intégrité et leur authenticité. Il existe deux principaux types de chiffrement : le chiffrement symétrique et le chiffrement asymétrique. Le chiffrement symétrique utilise une seule clé pour chiffrer et déchiffrer les données. Cette clé doit être partagée entre les deux parties qui souhaitent communiquer de manière sécurisée. Les algorithmes de chiffrement symétrique sont généralement plus rapides que les algorithmes de chiffrement asymétrique, mais il se pose un problème de partage de la clé sécrète, car il faut que les deux parties trouvent un moyen sécurisé pour se partager la clé. L'essor du chiffrement asymétrique remonte à 1976 avec la publication fondatrice de Diffie et Hellman, « New directions in cryptography » [49]. Ce mécanisme révolutionnaire introduit un paradigme à double clé : une clé publique librement partageable et une clé privée rigoureusement confidentielle. Parmi ses implémentations pratiques, le système RSA [45] s'impose dès 1978 comme référence incontournable, marquant une avancée majeure dans la sécurisation des échanges numériques.

Cependant, les schémas cryptographiques classiques (AES, RSA) révèlent des limitations criantes dans l'ère du cloud computing. Leur exigence systématique de déchiffrement préalable avant tout traitement expose les données à des risques critiques. Cette contrainte devient particulièrement problématique face à la tendance croissante des utilisateurs à externaliser des calculs complexes vers des infrastructures cloud. Bien que le chiffrement des données avant transfert semble offrir une protection théorique, il crée un dilemme opérationnel : les fournisseurs de services doivent nécessairement accéder aux données en clair pour exécuter les traitements, annihilant ainsi le bénéfice initial du chiffrement.

Cette vulnérabilité intrinsèque ouvre la porte à des exploitations malveillantes potentielles, no-

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Mémoire de Master 2 Recherche 2 MOUYOUME DIEUDONNE(c) UYI

tamment par des acteurs cloud peu scrupuleux. Même avec des protocoles d'accès stricts, la phase de déchiffrement constitue une fenêtre critique où les données sensibles (dossiers médicaux, secrets industriels, informations financières) deviennent accessibles en clair. Un paradoxe se dessine donc: l'outil même censé protéger les données (le chiffrement) devient un obstacle à leur utilisation sécurisée dans les architectures cloud modernes. Mais il se pose alors la question de savoir si le déchiffrement du résultat des calculs sur les données chiffrées sera le même que le résultat des calculs sur les données en clair. Si l'on suppose qu'on veut effectuer une opération * entre deux données en clair m1 et m2, étant données une fonction de chiffrement EncKp et une fonction de déchiffrement DecKs, on aimerait avoir DecKs(EncKp(m1) * EncKp(m2)) = m1 * m2. L'on peut remarquer qu'il suffit d'avoir EncKp(m1) * EncKp(m2) = EncKp(m1 * m2). Il faut donc de choisir un système de chiffrement qui vérifie de telles propriétés. Un tel système est appelé système de chiffrement homomorphe. Le système RSA ne vérifie malheureusement pas cette propriété pour toutes les opérations à savoir l'addition et la multiplication, ce qui le rend obsolète dans ce contexte.

L'idée du chiffrement homomorphe a été évoquée pour la première fois dans le contexte du chiffrement à clé publique par Rivest, Adleman et Dertouzos [45] en 1978. Les restrictions rencontrées dans les chiffrements homomorphes ont conduit à les classer en trois groupes [2] : Le chiffrement partiellement homomorphe (PHE) qui permet un seul type d'opération (l'addition ou la multiplication) avec un nombre illimité de fois, le chiffrement quelque peu homomorphe (SWHE) qui permet certains types d'opérations (l'addition et la multiplication) en un nombre limité et le chiffrement totalement homomorphe (FHE) proposé par Craig Gentry [32] qui permet tous les types d'opérations (l'addition et la multiplication) avec un nombre illimité de fois. Ce qui a constitué la première génération de cryptosystèmes FHE. Dès lors s'en est suivi depuis 2010, la deuxième, la troisième et la quatrième génération de cryptosystèmes FHE. Chaque nouvelle génération est une amélioration de l'ancienne, mais chacune garde son intérêt, notamment selon le type de donnée que l'on souhaite traiter. De manière chronologique, nous avons : le cryptosystème DGHV (de van Dijk, Gentry, Halevi, et Vaikuntanathan) en 2010, le cryptosytème BGV (Brakerski-Gentry-Vaikuntanathan) en 2011, les cryptosystèmes de LTV (Lopez-Alt, Tromer et Vaikuntanathan ) et BFV (Brakerski/Fan-Vercauteren) en 2012, le cryptosystème de BLLN (Bos, Lauter, Loftus, et Naehrig) en 2013, le cryptosystème de GSW (Craig Gentry, Amit Sahai, et Brent Waters) en 2013 et le cryptosystème CKKS (Cheon-Kim-Kim-Song) en 2016. La sécurité de la plupart de ces cryptosystèmes est basée sur la difficulté à résoudre le problème du (Ring) Learning With Errors (RLWE)[50] qui est un problème difficile basé sur les réseaux euclidiens capable de résister aux attaques quantiques. La mise en oeuvre de solution de chiffrement homomorphe est complexe, et nécessite une très bonne compréhension des principes mathématiques sous-jacents. Ainsi, pour faciliter leur utilisation en pratique, ces cryptosystèmes sont implémentés dans des bibliothèques logicielles et standardisés [6] par des groupes de chercheurs afin de permettre aux dévoloppeurs de les utiliser avec plus de souplesse.

En informatique, une bibliothèque ou librairie logicielle (ou encore, bibliothèque de programmes) est un ensemble de fonctions utilitaires, regroupées et mises à disposition afin de pouvoir être utilisées sans avoir à les réécrire. Ainsi, une bibliothèque homomorphique logicielle qui permet d'effectuer

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des calculs sur des données chiffrées de manière homomorphe et sécurisée. Dès lors, il se pose un problème de comparaison des bibliothèques FHE qui en raison de leurs différents coûts de calculs, peuvent guider les devéloppeurs à utiliser l'une au détriment de l'autre. C'est dans ce contexte que se situe notre travail de recherche.

Problématique

Dans le contexte de l'émergence du chiffrement homomorphe (CH), une technologie révolutionnaire permettant d'exécuter des opérations complexes sur des données chiffrées sans compromettre leur confidentialité, il devient crucial d'évaluer l'efficacité opérationnelle des implémentations logicielles existantes. Une analyse comparative s'impose entre les bibliothèques Microsoft SEAL, OpenFHE et PALISADE, supportant les cryptosystèmes BGV (Brakerski-Gentry-Vaikuntanathan) et BFV (Brakerski-Fan-Vercauteren).

Question de recherche

Question générale de recherche

La question de recherche qui découle de cette problématique est la suivante:

Quelle bibliothèque, parmi Microsoft SEAL, OpenFHE et PALISADE, optimise le plus efficacement les temps de calcul associés aux phases critiques du traitement homomorphe -- chiffrement, multiplication homomorphique et déchiffrement -- lors de l'exécution d'une multiplication matricielle, tout en respectant les garanties de sécurité des cryptosystèmes BGV/BFV?

Questions spécifiques de recherche

De cette question générale de recherche découle ces quatre questions spécifiques ci-dessous:

· Quels schémas (FHE, PHE, SHE) sont adaptés à quels cas d'usage?

· Quels sont les impacts des schémas de chiffrement homomorphe (FHE, PHE, SHE) sur l'ex-pansion des données, et comment les compromis entre sécurité et efficacité spatiale varient-ils selon les cas d'usage?

· Comment les choix de paramétrisation des cryptosystèmes (BGV, BFV) modulent-ils les latences induites par les opérations homomorphiques (addition, multiplication) dans les bibliothèques FHE (SEAL, OpenFHE et PALISADE)?

· Quelles classes de problèmes (traitement d'images, agrégation de données, ML confidentiel) justifient l'adoption de FHE, SHE ou PHE, et selon quels critères opérationnels (budget calcul, tolérance au bruit)?

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Mémoire de Master 2 Recherche 4 MOUYOUME DIEUDONNE(c) UYI

Objectif spécifique de la recherche

À partir de cet objectif général, notre objectif spécifique est de procéder à une analyse comparative de ces bibliothèques afin de déterminer laquelle présente les performances les plus optimales pour le chiffrement, la multiplication homomorphe et le déchiffrement.

Intérêt de l'étude

La comparaison des performances des bibliothèques homomorphiques revêt un intérêt majeur pour plusieurs acteurs impliqués dans le domaine du chiffrement homomorphe. Tout d'abord, les dé-veloppeurs qui cherchent à intégrer des fonctionnalités de calculs sur des données chiffrées dans leurs applications ont besoin d'informations sur les performances des bibliothèques disponibles afin d'uti-liser la plus adaptée à leurs besoins spécifiques. De plus, les chercheurs travaillant sur l'amélioration des cryptosystèmes de chiffrement homomorphe peuvent tirer parti de ces comparaisons pour identifier les aspects à optimiser.

Les praticiens du domaine, tels que les experts en cybersécurité, peuvent utiliser ces informations pour proposer des solutions appropriées aux entreprises et aux organisations qui cherchent à mettre en oeuvre le chiffrement homomorphe.

En fin, malgré les nombreux avantages du chiffrement homomorphe, le coût (temps de calcul) des différentes opérations (addition, multiplication) reste un problème crucial, d'où l'intérêt à les comparer.

Structure du mémoire

Ce mémoire est organisé, hors mis l'introduction générale, en cinq chapitres comme suit:

· Le chapitre 1

Ce chapitre porte sur les généralités.

· Le chapitre 2

Ce chapitre est consacré sur l'état de l'art du chiffrement homomorphe.

· Le chapitre 3

Ce chapitre porte sur les systèmes de calculs homomorphes

· Le chapitre 4

Ce chapitre porte sur l'étude de l'existant sur la comparaison des bibliothèques FHE

· Le chapitre 5

Ce chapitre porte sur l'implémentation et les résultats.

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"Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit."   La Rochefoucault