WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Aikiryu: un art, une communauté

( Télécharger le fichier original )
par Anthony Mettler
Université de Bretagne Occidentale - Master "Sport, santé, société", anthropologie des pratiques corporelles 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

C) Sociologie appliquée à l'étude de L'Aïkiryu :

1. Sociologie de la pratique de l'Aïkido :

D'après Jean Paul Clément1, les pratiquants d'Aïkido semblent être plutôt des cadres avec une majorité de travailleurs « intellectuels » et semble attirer également beaucoup de femmes. On peut remarquer que cette étude a eu lieu vers 1981 et que certaines choses ont pu évoluer depuis. Pierre Bourdieu, cité par JP Clément, l'explique par « on peut poser en loi générale qu'un sport a d'autant plus de chances d'être adopté par les membres d'une classe sociale qu'il ne contredit pas le rapport au corps dans ce qu'il a de plus profondément inconscient, c'est-à-dire le schéma corporel en tant qu'il est dépositaire de toute une vision du monde social, de toute une philosophie de la personne et du corps propre ». Cela précise l'idée que les pratiquants d'Aïkido adhérent à cette forme de travail car elle correspond inconsciemment à une culture qu'ils ont en commun, en d'autres termes la classe sociale détermine les formes de pratiques.

Cette citation de Pierre Bourdieu précise une chose importante, c'est que les personnes d'une même classe sociale ont intériorisé des « schèmes » propres à leurs rangs dans la société. C'est une chose qu'ils ont en commun, ils ont les façons de se communiquer, ils ont les mêmes codes que ce soit explicite ou implicite. Et c'est cela qui les rapproche car ils ont le même rapport au corps, donc un travail à distance sans corps à corps. Ce que Jean-Paul Clément met en avant, c'est le principe de distance de garde qui se fait en Aïkido par une mise à distance du partenaire tout en évitant les

1 Clément, JP. (1981) La force, la souplesse et l 'harmonie in sport et société, approche socioculturelle des pratiques de Christian Pociello

contacts corporels, par de grands mouvements tournants. De même que l'explication de Hall1 en 1971, indique des niveaux différents de distance en fonction de quatre espaces : intime, personnelle, sociale et publique. L'Aïkido utilise une distance sociale en mode éloigné.

Sur le plan du travail à deux, la logique de l'Aïkido n'est pas de s'affronter par une mise en opposition mais plutôt de se contrôler mutuellement par une coopération. L'idée est que la technique permet de faire passer un message de respect de soi et des corps mais aussi pour en revenir à Bourdieu, le fait de se contrôler est un signe de toute une vision du monde social où l'individu cherche à contrôler l'ensemble de ce qu'il fait. Ce qui explique le refus des Aïkidokas d'être reconnu comme sport de combat mais bien comme arts martial non violent, d'où la non compétition et l'euphémisation du combat pour ne garder que le principe d'harmonie, soit la coopération technique à visée esthétique. Le véritable art étant de ne jamais s'en servir. La fonction esthétique de l'assaut demeure primordiale et la pureté des mouvements, la vitesse d'exécution, la volonté de ne pas utiliser la force pure et le port de l'hakama2 accentuent encore plus la sensibilisation des pratiquants à la beauté de leurs mouvements.

Cette esthétisation extrême du combat se rapproche de la chorégraphie qui attire et inspire des groupes composés d'artistes tels que « Solaris » présentant un spectacle intitulé « la modern-dance saisie par l'aïkido ». Cette pratique distancée, euphémisée et esthétisée satisfait plus aisément les couches sociales élevées qui peuvent pousser sa stylistique jusqu'à la limite de la gratuité du geste. Luc Boltanski3 développe l'idée que chaque milieu social définit sa propre culture somatique ; c'est-à-dire que les cultures des classes aisées ont une relation plus attentive à leurs corps qui valorisent le rapport conscient à leur corps avec une perception de leurs sensations, une valorisation de la grâce de la beauté au détriment de la force physique. C'est-àdire que dans l'ensemble des pratiques légitimes à un moment donné elle apparaît comme socialement et culturellement déterminé car la pratique contient des normes et des valeurs qui se rapprochent de celles d'un groupe social élevé.

1 Hall, E. (1971) La dimension cachée, édition du seuil, Intuition

2 En effet, l'hakama est une jupe qui recouvre les jambes et masque le déplacement de celles-ci, ce qui donne une impression de fluidité, de déplacements harmonieux et c'est ce qui permet de masquer les intentions de déplacement.

3 Boltanski. L, (1971) Les usages sociaux du corps, Annales. Économies, sociétés, civilisations, 26(1), p. 205-233,

L'exploitation par l'Aïkidoka d'une énergie extérieure à son propre profit repose sur une gestion subtile de la gestualité et c'est une rupture culturelle que nous observons chez les Aïkidokas à travers la description même de leur pratique. L'Aïkido s'inscrit donc dans ce que nous pourrions appeler une « contre-culture » et constitue un élément essentiel de tout un style de vie1. En effet, la pratique véhicule des savoirs basés sur des influences religieuses, philosophiques et culturelles que Morihei Ueshiba a introduites en proposant la pratique de l'Aïkido. C'est une pratique asiatique basée sur des influences également asiatiques donc lorsque l'Aïkido a du être enseignée en occident, les occidentaux l'on appréhendé avec leur culture occidental. C'est ce décalage que l'on considère comme une « contre-culture » soit l'adhésion à de nouvelles façons de voir sa culture d'origine.

D'après l'étude de Jean-Paul Clément, faite en 1981, les grandes tendances des Aïkidokas sembleraient être qu'ils s'opposent aux interdits sociaux et moraux, ils seraient permissif sur le thème de l'homosexualité, sur la consommation des drogues douces, ils seraient favorables à l'abolition de la peine de mort, ils se sentiraient plus proches des partis écologistes plutôt que des partis traditionnels. Cela est du à la vision transmise par la pratique visant à se détacher de la culture occidentale qui est notre base de développement en France, par acquisition d'éléments d'une culture asiatique. Aujourd'hui, c'est une pratique riche en enseignement sur la vie en général. D'un point de vue plus universitaire, l'étude sociologique de cette pratique permet de pouvoir cerner au mieux l'état d'esprit dans lequel les pratiquants évoluent, leur inscription dans un mode de vie et de culture. L'idée de la pratique de l'Aïkido est que pour comprendre l'ensemble de l'enseignement il faut dans chaque instant de sa vie le réinvestir.

Tous les éléments abordés précédemment montrent bien que la pratique d'une discipline issue d'une autre culture tend à nous proposer une vision différente de la société. Toutefois, les personnes ayant les capacités à accepter ces modifications sembleraient être issues de milieu aisé ou avec un certain capital culturel. Cependant, dans un monde actuellement tourné vers la mondialisation, c'est-à-dire une ouverte sur le monde accessible par tous, peut on encore dire que seul les classes aisées ont la possibilité de pouvoir concevoir autre chose que la culture dont ils dépendent. C'est pour cela qu'il va être intéressant d'analyser le contexte dans lequel les individus évoluent aujourd'hui.

1 Valette-Florence, P. (1994) les styles de vie, Nathan

1 Weber, M. (2006) Sociologie de la religion, traduit par Kalinowski, I., Flammarion

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net