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tourisme et développement : comment le tourisme s'est il imposé au sein du renouveau théorique


par Nicolas Lehoucq
ILERI - Master 2007
  

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I.2.1.1.2. Les effets partiels sur l'économie nationale, c'est-à-dire sur les agents, les secteurs, les variables fondamentales de l'économie nationale
I.2.1.1.3. Les effets externes qui, dans le domaine socioculturel, le domaine physique et celui des ressources humaines, sont plus proches des effets économiques pris dans le sens strict du mot82(*).

Pour mesurer ces effets du tourisme sur le développement, il convient d'élaborer des indicateurs spécifiques. En 1991, Robert Lanquar a étudié83(*) « l'impact quantitatif exhaustif, direct, indirect et induit, économique et financier du tourisme »84(*). Un certain nombre d'indicateurs ont été alors déterminés pour ces mesures : les chiffres d'affaires et les revenus des entreprises dépendant directement ou indirectement du tourisme, les emplois liés à ces entreprises, les salaires, traitements et prestations sociales qui en découlent...85(*)

Quelques aspects spécifiques de l'influence du tourisme 

L'effet multiplicateur du tourisme

Keynes avait théorisé le concept de l'effet multiplicateur de l'investissement. Par ce paradigme, il démontra qu'un investissement primaire (fait par l'Etat le plus souvent) entraîne une série d'investissements ultérieurs. Pour mieux comprendre, prenons l'exemple d'un Etat ordonnant la construction d'un nouvel aéroport. Pour réaliser ce dernier, l'Etat va contracter avec plusieurs entreprises (architecture, construction...) ; elles-mêmes vont devoir peut-être embaucher, augmenter les salaires voir même contracter avec d'autres entreprises (fournisseurs de matières premières) qui elles aussi vont voir leurs chiffres d'affaires augmenter. Ce découlement en cascade entraîne donc de nouveaux revenus qui seront soit épargnés soit dépensés. De ce fait la consommation relancera l'économie et l'Etat verra ses recettes augmenter (impôts, taxes). En conclusion, un investissement de départ entraîne des investissements successifs au niveau des entreprises mais également des ménages.

Cette théorie de l'effet multiplicateur est applicable au secteur touristique dans la mesure où il permet d'évaluer les impacts économiques du tourisme. L'idée est ici de voir comment une unité monétaire dépensée par un touriste circule dans l'économie d'un Etat. Par une étude approfondie, on peut noter que le premier cercle de bénéficiaires, de la dépense du touriste, est constitué par des activités directement liées au tourisme, en contact direct avec les activités principales du touriste (logement, restauration, visites guidées, animation...). Le deuxième cercle rassemble quant à lui les prestations de services annexes au tourisme, ce sont par exemple les services comptables qui étant donné l'augmentation des chiffres d'affaires des agences de voyages ou hôtels auront plus de travail et verront leurs honoraires augmenter. Pour finir, dans le troisième cercle de bénéficiaires, on retrouve l'ensemble des activités et professions présentes au sein d'une société ; en effet, l'augmentation des revenus des travailleurs présents dans le premier et second cercle de bénéficiaires entraînera de facto une consommation plus forte qui se répercutera sur l'ensemble des agents économiques de l'Etat.

L'effet multiplicateur résume donc l'impact des dépenses touristiques sur l'ensemble de la société par vagues successives : des effets directs, puis indirects et enfin induits.

La liaison entre le tourisme et l'emploi

Comme nous l'avons noté plus haut le tourisme est un important générateur d'emplois ; ces derniers peuvent être répartis en trois catégories :

· Les emplois directs : personnel dans les agences de voyages, les guides, le personnel hôtelier...

· Les emplois indirects : les marchands de produits manufacturés (textile...)

· Les emplois induits86(*) : ce sont les travailleurs qui ne sont pas directement en relation avec le touriste mais qui voient leurs activités augmenter via la demande touristique. Cette catégorie représente l'ensemble des emplois pouvant être affectés par le tourisme.

Schéma emplois

Le tourisme garantissait ainsi plus de 250 millions d'emplois en 1996 ; ce chiffre devant dépasser les 380 millions d'emplois en 200687(*), ce qui représente un nouvel emploi toutes les 2,4 secondes88(*).

Ces chiffres semblent effarants surtout dans un monde où l'on a tendance à réduire le nombre de travailleurs au profit d'une meilleure productivité ; mais ce lien de cause à effet ne semble pas s'appliquer au tourisme. En effet, le tourisme nécessite une main d'oeuvre certes abondante mais peu qualifiée en vérité. Même si dans les Etats du Nord, les entreprises touristiques tentent de réduire le nombre de salariés89(*), cette donnée ne s'applique pas au pays du Sud où le « cheap labour » amène les entreprises touristiques à multiplier les effectifs afin de satisfaire au mieux la demande et ainsi de réduire les écarts de productivité. Le tourisme, activité de service personnalisé par essence offre donc une opportunité énorme à des pays sous-développés dans lesquels la population a du mal à trouver un emploi.

Le tourisme regroupe ainsi en vérité deux visages distincts ; le premier est celui d'un secteur nécessitant de gros moyens comme nous le verrons plus tard, le second est celui d'une activité offrant une large offre d'emploi. Dans cette optique, le secteur de l'hôtellerie correspond à la fois aux caractéristiques de l'industrie lourde et de l'industrie de main d'oeuvre90(*) :

· Une industrie lourde du fait de l'importance des investissements à effectuer et du capital à mobiliser pendant une durée de moyen et long terme correspondant à la construction immobilière

· Une industrie de main d'oeuvre du fait de l'activité de service qui correspond au fonctionnement des hôtels et qui nécessite un ratio d'emploi par chambre élevé, en particulier si l'on veut répondre aux normes internationales.

Ainsi le tourisme est un pourvoyeur d'emploi énorme pour les pays sous-développés. Une partie de la population locale travaillant dans l'hôtellerie et dans les autres branches de l'activité, ce qui lui procure des revenus meilleurs. Malgré tout, cela peut amener la population à un décalage de niveau de vie. Par ailleurs, il y a des phénomènes d'acculturation ou de mutation de l'identité au service du tourisme qui, d'un point de vue sociologique, dénaturent les comportements de la population locale (changement des modes de consommation ou folklorisation par exemple). Nous étudierons les solutions à ces problématiques dans notre seconde partie.

Les effets annexes du tourisme

Comme nous l'avons noté précédemment, le tourisme implique des « effets induits ». En effet, le tourisme international, bien au-delà du simple développement d'hôtels et d'agences de voyages qui sont des effets que l'on qualifiera de « normaux », peut être à l'origine de développement d'industries de biens d'équipements et de services ; à ce titre il constitue des débouchés importants pour différentes filières telles que l'agro industrie, les transports ou les communications91(*). Le secteur touristique par ses besoins influe donc sur la création de nouvelles infrastructures vitales tant pour le secteur que pour les populations locales. On peut prendre comme exemple les réseaux de canalisation et l'eau potable ; ou encore les infrastructures routières et le développement de l'électricité. En effet, étant donné l'objectif de l'Etat qui est de répondre à une demande touristique internationale, l'Etat sous-développé se doit de se mettre en conformité avec les normes et usages internationaux (sanitaire notamment). Via la généralisation de ces dernières, on peut imaginer que la population se trouvera de plus en plus sensibilisée et donc adoptera peut-être à terme des comportements améliorant son bien être92(*).

Tourisme et devise

Nous avons noté précédemment que le tourisme international représente le premier secteur pourvoyeur de devises dans l'ensemble des PMA93(*). Il s'agit peut-être ici de la raison principale qui a amené les théoriciens à inclure le tourisme dans les programmes de développement. En effet, la remise en cause des politiques classiques de développement misent en place par la Banque Mondiale et le FMI, laissa malgré tout un aspect majeur du développement des Etats sous-développés : la dette94(*).

Après des décennies où cette dette s'est accumulée, les PMA sont aujourd'hui totalement englués dans les remboursements commensurables qu'ils doivent honorer. De ce fait, il est important de mettre en place une politique de développement permettant d'engendrer un flux maximum de devises dans l'optique du remboursement échelonné de la dette.

Dans ce contexte, le tourisme, grand fournisseur de devises, répond aux attentes des PMA ; ces derniers souhaitant pouvoir disposer de fonds suffisants pour certes rembourser la dette95(*) mais surtout pour développer leur pays via des grands projets vitaux telles que les infrastructures.

On peut donc affirmer que le flux de devises qu'engendre le tourisme permet aux Etats de réellement prendre leur destin en main comme le stipulaient Armatya Sen et le NEPAD.

Le tourisme comme catalyseur : un effet « boule de neige » recherché.

Nous avons donc souligné tout l'impact que le tourisme peut détenir sur le développement d'un Etat ; faisant de lui une véritable opportunité pour les pays sous-développés. L'intérêt de l'Etat pour le secteur touristique a de la sorte plusieurs raisons: du point de vue de la comptabilité nationale, le tourisme influe positivement sur la balance des paiements et génère des recettes fiscales ; du point de vue de la société, le tourisme crée de l'emploi, pourvoit des revenus au sein de la population, il stimule enfin le développement local et diversifie les économies locales.

Ainsi le tourisme pourrait jouer un rôle de catalyseur de l'ensemble des stratégies de développement économique et social des pays en développement. Ce rôle de catalyseur intervient notamment dans les domaines suivants :

· Infrastructures de base : électricité, eau...

· Infrastructures de transports : aérien avec notamment les aéroports, routes...

· Infrastructures environnementales : traitement des déchets et des eaux usées...

· Infrastructures de communication : téléphone, Internet...

· Infrastructures de santé : hôpitaux...

· Infrastructures culturelles : valorisation du patrimoine historique et artistique...

Maximiser cet apport du tourisme au développement

Afin de maximiser les effets du tourisme sur le développement, il convient de promouvoir les avantages comparatifs de chaque pays en mettant en place « une stratégie caractérisée par la recherche de qualité, de compétitivité et d'originalité »96(*). De facto pour assurer un développement durable du tourisme international, il est de plus en plus nécessaire d'adopter des politiques économiques destinées à constituer de véritables filières du tourisme dans la plupart des pays touristiques industrialisés et en développement.

Il convient d'éviter de se lancer à corps perdu dans des filières du tourisme sans en évaluer les conséquences à moyen et long terme. Dans cette optique les zones côtières, qui sont un des exemples les plus importants du tourisme de masse, permettent de démontrer également la vulnérabilité de ce type de tourisme et sa dépendance économique97(*). Avec une économie touristique basée uniquement sur des prestations bas de gamme98(*), les pays à dominante « tourisme balnéaire » n'ont pas pu développer des effets d'entraînement économique suffisant dans les zones réceptrices99(*). Ceci étant dû au fait que ce type de tourisme est caractérisé par un concept « all inclusive »100(*) et que les touristes n'ont que peu de relation avec les populations locales ; ajoutons également que les séjours balnéaires représentent ceux où les profits sont le moins redistribués dans le pays récepteur101(*).

Par ailleurs, les variations de taux de change ont une influence souvent décisive sur l'évolution des coûts comparatifs du tourisme international102(*) et, par conséquent, sur la répartition et l'évolution des flux touristiques.

Pour conclure notre première partie d'étude et introduire la seconde, nous avons choisi de nous prendre comme exemple le tourisme en Afrique. Ce dernier montrant les difficultés du secteur touristique et l'encadrement qu'il engendre.

Le tourisme international constitue pour l'Afrique une importante opportunité de développement économique103(*). L'Afrique dispose de très nombreuses richesses permettant d'assurer un développement durable et à grande échelle de ses activités touristiques104(*). Les grands espaces naturels, la diversité des cultures et les traditions d'accueil sont en effet essentiels pour assurer le succès d'une croissance durable des flux touristiques. De plus, la proximité immédiate du premier émetteur touristique mondial que représente l'Europe ou encore le fait que les pays tropicaux d'Afrique subsaharienne se situent dans les mêmes fuseaux horaires que les pays européens constituent deux avantages comparatifs énormes pour l'Afrique105(*).

Cependant l'insuffisance des « infrastructures de transport aérien et terrestre et le manque de moyens financiers pour réaliser les investissements dans le domaine du réceptif et de l'hébergement »106(*) ne permettent pas à la plupart des pays d'Afrique de mettre en place une réelle politique de développement touristique.

Par cet exemple africain, nous nous rendons compte de la complexité dans les faits de développer le tourisme. Il convient donc maintenant que nous avons élaboré notre cadre théorique, de le mettre à l'épreuve de la réalité ; d'analyser en un mot les limites de la théorie ?

* 82 Robert Lanquar, l'économie du tourisme ; Que sais-je ?, 1994, page 11.

* 83 Cette étude fut faite dans le cadre d'une commission régional du Canto de Vaud.

* 84 Robert Lanquar, l'économie du tourisme ; Que sais-je ?; 1994, page 45.

* 85 C'est par le biais de ces nouveaux indicateurs que l'on a pu par exemple déterminer que en Gambie le tourisme représente 58% du revenu national.

* 86 Robert Lanquar, l'économie du tourisme ; Que sais-je ?; 1994, page 46 ; on note que un emploi direct crée de 1 à 3 emplois indirects ou induits selon les pays.

* 87 La complexité du calcul des emplois liés au tourisme ne nous permettant pas d'avoir des données plus précises et récentes ; nous ne pouvons qu'établir des estimations pour ce début de 21e siècle.

* 88 D'après un document du WTTC, « Travel & Tourism - The World's Largest Industry and Generator of Jobs », Conférence de Vilamoura, 1997

* 89 Tout en offrant de nombreux postes à des jeunes l'été afin de conserver une main d'oeuvre peu chère et abondante.

* 90 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 78.

* 91 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 22.

* 92 Un exemple frappant ici peut être celui des femmes de chambres des les Hôtels des pays sous-développés. En effet, par le biais de rencontre d'Hôteliers à Madagascar, j'ai pu noter que nombre d'entre eux exigés une hygiène irréprochable à leur personnel. Via cette exigence, de nouvelles habitudes se sont mises en place au sein des proches du personnel de l'Hôtel créant ainsi une sorte de cercle vertueux.

* 93 A l'exception du secteur des combustibles et produits pétroliers qui lui représente la principale source de devise pour trois PMA à savoir l'Angola, la Guinée Equatoriale et le Yémen. Source OMT.

* 94 Cf. la première partie de notre étude.

* 95 Cette dernière s'évaluant et se remboursant en dollar le plus souvent, et dans certains cas en euro.

* 96 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 21.

* 97 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 21.

* 98 En effet, proportionnellement un séjour de type balnéaire est souvent moins coûteux qu'un voyage de type circuit ou découverte.

* 99 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 22.

* 100 Les packages all inclusive représentent environ 60% des voyages organisés.

* 101 Ceci est dû au fait que les grands tours opérateurs mettent en place des allottements (réservations) plusieurs mois voir plusieurs années avant l'arrivée des touristes ; ceci exerçant une pression phénoménale sur les hôteliers qui acceptent des rabais considérables dans l'optique d'avoir un taux de remplissage maximum.

* 102 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 67.

* 103 Parmi les pays européens, la France demeure le premier pays émetteur de touristes vers l'Afrique avec plus d'un million de touristes par an, suivi de l'Allemagne et du Royaume-Uni. Dans le tourisme africain, la part prépondérante est conférée à l'Afrique du Nord. Source OMT.

* 104 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 34.

* 105 Voir en annexe (8) tableaux sur le tourisme en Afrique.

* 106 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 35.

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