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tourisme et développement : comment le tourisme s'est il imposé au sein du renouveau théorique

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par Nicolas Lehoucq
ILERI - Master 2007
  

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II. La réalité du lien Tourisme/ Développement

« L'une des distinctions importantes entre l'idéologie et la science, c'est que la science reconnaît ce que l'on sait : il y a toujours de l'incertitude »107(*).

Joseph E.Stiglitz

Le choix de l'auteur et de la citation revêt ici une importance primordiale. En effet, l'ancien vice-Président de la Banque Mondiale met en garde contre les difficultés évidentes que rencontre toute théorie. Il conviendra donc dans la seconde partie de notre étude de déterminer les limites de notre paradigme.

Il faut ici faire un retour à l'essence même du produit touristique (que l'on dénommera X) qui est « un ensemble complexe de bien composite dans le sens où il constitue une combinaison particulière de plusieurs éléments que sont le transport T, l'hébergement H et les différentes prestations d'animation ou autres commodités P ». En résumé, nous pouvons établir l'équation suivante : X = X (Y ;H ;P)108(*).

C'est cette complexité qui fait que le tourisme, bien que nouveau vecteur de développement, comme nous l'avons souligné dans notre première partie, doit être ménagé et pris en compte avec les plus grandes précautions. En effet, alors que le tourisme est le principal pourvoyeur d'emplois et de richesses au monde, ce dernier reste incapable de se faire reconnaître. Pis, on accuse le tourisme de tous les maux dans les pays où il se développe. Que manque-t-il donc pour que l'on parvienne enfin à faire du tourisme un vecteur de développement indéniable? Le tourisme a en vérité simplement besoin d'être mieux structuré et, pour ce faire, il convient déjà de former les bases que nécessite toute industrie109(*).

II.1. La main mise des pays développés sur le secteur

Pour comprendre pourquoi le tourisme est souvent décrié comme un outil de domination des pays du Nord, il faut comprendre le fonctionnement de l'industrie touristique contemporaine. Avant d'analyser cela en détail, il m'est apparu essentiel, afin de planter le décor, d'évoquer l'accord de l'AGCS110(*).

Comme il le stipule en son préambule, l'AGCS constitue le premier accord multilatéral à fournir des « droits légalement exécutoires au commerce des services ». A la lecture de cet accord, il apparaît évident que l'AGCS n'aurait jamais vu le jour sans les pressions et appui des multinationales de services des Etats développés111(*).

A l'inverse, les Etats en développement marquèrent très vite leurs appréhensions face à cet accord ; en témoigne le fait que dès 1985, le secrétaire indien au Commerce , Prem Kumar exprimait les appréhensions de l'Inde dans le New York Times :

« La libéralisation du commerce des services pourrait ne pas entraîner d'avantages comparatifs pour les pays les moins développés et remettre en cause la protection des industries naissantes. Par ailleurs elle pourrait affecter leur souveraineté nationale et leurs ambitions économiques. L'article 17 : il ne peut y avoir aucun traitement discriminatoire envers les acteurs étrangers ».

En conséquence, l'AGCS retire à l'ensemble des Etats signataires leurs droits de protection de l'industrie des services. Respectant au pied de la lettre la théorie libérale112(*), cet accord sur les services risque d'entraver le développement de l'industrie des services dans les pays du sud et plus que tout les rendre encore plus dépendants du Nord. En effet, par cet accord les Etats ne pourront plus favoriser le développement d'entreprises locales ; les grandes entreprises du Nord pourront s'implanter comme elles le souhaitent. Dans le secteur du tourisme cela risque d'amener les grands groupes internationaux à maîtriser de plus en plus le circuit touristique.

Avant même la mise en oeuvre de l'AGCS, l'industrie du tourisme utilise d'ores et déjà diverses techniques anti-compétitives vis-à-vis des entreprises des pays en développement. Ces techniques sont notamment le de-racking qui consiste à retirer les brochures des petits hôtels des étagères des grands tours opérateurs afin de négocier des commissions plus grandes; ou encore l'usage exclusif des systèmes de distribution globaux et des systèmes de réservation par ordinateur comme barrières à l'entrée du marché113(*), en vue d'exiger des commissions plus élevées de la part des petits tours opérateurs et des chaînes d'hôtels des pays en voie de développement114(*).

Par ailleurs, bien au-delà de ces pratiques anti-concurrentielles, la conception du voyage forfait qui aboutit à des prix fondés à la fois sur le coût de transport aérien, du séjour hôtelier, de l'animation requise et de divers frais de gestion et de prévention, est le meilleur moyen de « brouiller les cartes »115(*). En effet, via cette pratique du « forfait », les grands groupes internationaux maintiennent d'une part une pression sur les marges des agences réceptives et hôteliers, et d'autre part ils maintiennent les profits dans le Nord, c'est ce que nous appelons « la fuite des bénéfices ».

II.1.1.1. La fuite des bénéfices

Quand les recettes quittent le pays.

Un indicateur important de mesure de l'influence du tourisme sur le développement est sans conteste le taux de fuite qui indique dans quelle proportion l'économie locale est en mesure de conserver les recettes du tourisme116(*). Une étude de la banque mondiale en 1996 calculait déjà que 85% des recettes de la réserve kenyane de Maa Sari Mara revenaient à des grands groupes privés, contre 5% aux populations locales et 10% à l'administration.

Le tourisme est donc certes une source importante de devises, mais dans les pays du Sud qui sont des destinations de vacances fréquentées premièrement par des touristes originaires des pays occidentaux, le poids commercial et de négociation des grands tours opérateurs réduit considérablement les recettes touristiques des économies nationales de ces pays, à quoi il faut ajouter les importations nécessaires pour satisfaire une demande exigeante en matière de consommation, nous reviendrons sur ce point plus loin.

En un mot donc, les effets du tourisme international sur le revenu national peuvent être différents selon que le tourisme est largement intégré à l'économie nationale ou qu'il n'est pas intégré117(*). Dans ce dernier cas, les touristes étrangers sont hébergés et nourris par des sociétés hôtelières étrangères qui importent la quasi-totalité des équipements et des produits de consommation et qui rapatrient leurs bénéfices et les salaires de leur personnel étranger. C'est ce que l'on dénomme la main mise des tours opérateurs.

L'influence des Tours opérateurs

Les tours opérateurs transnationaux rapatrient donc une part croissante des profits dégagés par l'activité touristique118(*), les flux financiers se concentrant vers l'Europe et l'Amérique du Nord. En Thaïlande par exemple seul 30% des recettes liées au tourisme resteraient dans le pays119(*).

Mais qui sont ces tours opérateurs ?

Les tours opérateurs sont :

« Des entreprises touristiques commerciales spécialisées dans la fabrication de voyages à forfait. Cette activité de producteur de voyages les distingue des agences de voyage qui n'interviennent habituellement que dans la commercialisation des produits touristiques en tant que détaillants » 120(*).

Schéma TO

Par cette activité centrale au sein du circuit touristique, les Tours Opérateurs peuvent exercer de fortes pressions sur les agences de voyages et les hôteliers.

Par ailleurs, il est important de noter que la commercialisation traditionnelle des produits des tours opérateurs s'adapte aujourd'hui aux nouveaux modes de commercialisation de l'e-commerce121(*) et à la concurrence des tours opérateurs spécialisés dans ce nouveau secteur et dans les ventes de dernière minute. Ce type de tourisme favorise en vérité les entreprises des pays développés qui sont seules capables de répondre tant techniquement que financièrement à ce type de tourisme ancré dans le concept du « all inclusive package ». En effet, il convient d'expliquer ce phénomène pour comprendre la main mise des tours opérateurs sur le tourisme international. L'offre touristique auprès du grand public est le plus souvent mise en avant via des packages de séjour balnéaire ou encore de circuit. Ceci a pour conséquence de grandes négociations préalables à la commercialisation des destinations, or lors de ces grandes négociations, les agences de voyage ou les hôteliers n'ont pas les moyens de résister, et même de refuser les offres des Tours Opérateurs.

Schéma package

Nous pouvons prendre comme exemple ici le e-tourisme ; ce dernier est un secteur en pleine expansion car il offre des séjours à bas prix ; mais comment cela marche ? Qui est à la tête de ce business ? Il s'agit là encore des groupes occidentaux et cela pour plusieurs raisons. Premièrement, le e-tourisme nécessite de pouvoir encaisser des paiements via Internet ; or pour ce faire il faut mettre en place un système de paiement sécurisé que seul les banques occidentales sont capables d'offrir aujourd'hui. De ce fait les sites de ventes en lignes de séjour seront hébergés dans les pays du Nord, de nouveau les paiements restent au Nord qui redistribuera les profits à sa convenance (et surtout à son intérêt). Deuxièmement, le e-tourisme nécessite une capacité financière énorme. En effet, afin d'offrir des prix imbattables sur la toile, les grands groupes vont réserver les hôtels et les payer en général un an avant la réalisation de la prestation. Ainsi l'hôtelier accordera des rabais pouvant atteindre -50% à -60% étant donné le fait qu'il sera payé comptant. Cette pratique scie littéralement la concurrence des agences locales qui ne peuvent s'aligner sur de tels moyens financiers. Les tours opérateurs occidentaux verrouillant encore plus le circuit touristique.

Schéma E tourisme

Face à cette demande de produit « packager » et afin d'assurer un développement rapide, les Etats du Sud tendent à favoriser le cas du tourisme de masse nécessitant certes de forts investissements (généralement faits par des groupes étrangers) mais une main d'oeuvre abondante, peu qualifiée et surtout bon marché. Pourtant via ce type de tourisme, les pays du sud accueillent beaucoup de touristes sans pour autant bénéficier au maximum des retombées financières ; « dans ces packages les marges sont en effet réduites au minimum »122(*).

Dans le même temps, la marge des tours opérateurs tend à s'affaiblir du fait de la concurrence de plus en plus accrue et surtout de la mise en place de comparateurs de prix, notamment sur Internet, qui amène les grands groupes à revoir leurs grilles tarifaires ; cette diminution des prix se répercute de nouveau dans les agences réceptives qui se voient imposer un barème de prix avant même d'établir une cotation. Mais les fabricants de voyages disposent également d'effets de leviers considérables lorsqu'ils peuvent dépasser leurs objectifs de coefficient de remplissage123(*), en cas d'affrètement d'avions charters en particulier.

Comment réagir ?

La coopération horizontale entre prestataires locaux de services touristiques constitue peut-être le point crucial de toute négociation commerciale. Il s'agit pour les prestataires locaux de se regrouper lors des négociations avec les voyagistes afin de bénéficier d'un effet d'échelle face à des acheteurs qui représentent un poids considérable. Cette coopération horizontale organisée plus fortement peut devenir un outil indispensable de la négociation commerciale. Cette coopération horizontale et verticale entre prestataires locaux de services touristiques est un des domaines les plus difficiles des négociations commerciales internationales mais peut-être un des plus prometteurs dans la mesure où il implique un nouveau type de partenariat qui peut servir de référence à l'utilisation de nouveaux contrats types entre prestataires locaux et voyagistes.

Afin de réduire les méfaits établis par la main mise des grands groupes, certains mettent en avant une idée selon laquelle l'Etat devrait définir des priorités nationales et des objectifs sociaux :

II.1.1.1.1. L'appropriation par le pouvoir public d'une part substantielle de l'excédent.

* 107 Joseph E. Stiglitz, « la Grande Désillusion », Fayard, 2002, page 363.

* 108 Jean Louis Laccomo, Bernardin Solonandrasana, l'innovation dans l'industrie touristique ; l'Harmattan, 2006, page 23.

* 109 Voir Jean Michel Hoerner, Traité de tourismologie ; collection études, 2002, page 154.

* 110 Accord Général sur le Commerce des Services.

* 111 « Sans l'énorme pression générée par le secteur des services financiers américain (American Express et Citicorp), il n'y aurait pas eu d'accord », David Hartridge, directeur de la Division des services à l'OMC. Conférence de Londres en 1997.

* 112 Le site officiel de l'Union Européenne mentionne que « l'AGCS n'existe pas juste entre les gouvernements. Il est d'abord et surtout un instrument au profit des affaires ».

* 113 Dans le monde, trente centrales intégrées gèrent les réservations de près de 20 000 hôtels situés sur l'ensemble du globe. Bien entendu, ces centrales intégrées sont détenus par des groupes localisés dans les pays du Nord. Voir Jean Michel Hoerner, Traité de tourismologie ; collection études, 2002, page 126.

* 114 Centre indien de recherche Equations, Expansion du tourisme international et libéralisation des services ; Alternatives Sud, volume 13, 2006.

* 115 Voir Jean Michel Hoerner, Traité de tourismologie ; collection études, 2002, page 131.

* 116 KT Suresh, Alternative démocratique à la logique dominante du tourisme mondial ; Alternatives Sud, Volume 13, 2006.

* 117 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 287.

* 118 Bernard Duterme, expansion du tourisme international : gagnants et perdants ; Alternatives Sud, Volume 13, 2006.

* 119 Source magazine Alternatives internationales, n°15, Voyages au Sud, profits au Nord, 2004.

* 120 Définition de François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 96.

* 121 Autrement appelé le tourisme par internet : vente de séjour et circuit directement sur la toile. Dans les dernières années de nombreux sites ont ouverts tel que promovacances, easy jet, last minute.com...

* 122 Boris Martin, Voyager autrement ; Edition Charles Léopold Mayer, 2002, page 28.

* 123 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 109.

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